- il y a 17 heures
Dans ce nouveau numéro de "Contre-enquêtes", nous évoquons le mystérieux incendie d'un des centres de stockage de données informatiques d’OVHcloud en 2021, mais aussi les dangers plus globaux qui pèsent sur notre souveraineté numérique, thème ô combien crucial pour notre vie privée et notre indépendance en tant que nation.
Pour traiter ces questions essentielles, nous avons pu interroger deux experts : un diplômé de l’école de guerre économique et entrepreneur, Thomas Guillaume, et un député Modem s’intéressant aux questions de la souveraineté numérique, Philippe Latombe.
Pour traiter ces questions essentielles, nous avons pu interroger deux experts : un diplômé de l’école de guerre économique et entrepreneur, Thomas Guillaume, et un député Modem s’intéressant aux questions de la souveraineté numérique, Philippe Latombe.
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00:09Générique
00:16Bonjour à tous, chers téléspectateurs de TV Liberté
00:20et bienvenue dans ce nouveau contre-enquête.
00:22Dans ce contre-enquête, nous aborderons le mystérieux incendie du data center d'OVH
00:28mais aussi les dangers plus globaux qui pèsent sur notre souveraineté numérique,
00:34thème ô combien crucial pour notre vie privée et notre indépendance en tant que nation.
00:40Afin de traiter ces questions essentielles, nous avons pu interroger deux experts.
00:45D'abord, un diplômé de l'école de guerre économique et entrepreneur, Thomas Guillaume.
00:50Mais aussi un député modem s'intéressant aux questions de la souveraineté numérique, Philippe Latombe.
00:58Mais si vous le voulez bien, retraçons d'abord les faits.
01:01Dans la nuit du 9 au 10 mars 2021, un incendie majeur se déroule au data center OVH de Strasbourg.
01:09La veille de l'introduction en bourse de l'entreprise française de la tech.
01:13Comme c'est bizarre, dirait certains.
01:15Le matin, plus de 3 millions de sites internet sont inaccessibles.
01:20Hôpitaux, institutions publiques, sociétés privées, médias.
01:24La paralysie est massive.
01:26Des milliers de clients s'interrogent alors.
01:28Vont-ils retrouver l'intégralité de leurs données ?
01:32Les pertes, pour certains, sont définitives.
01:35D'autres, heureusement mieux préparés, disposent de sauvegardes externes.
01:40Mais alors, que s'est-il passé ?
01:43Était-ce un simple accident technique, une négligence humaine,
01:47ou un révélateur d'enjeux plus larges d'intelligence économique ?
01:52Alors, qui a mis le feu à notre souveraineté ?
02:05Thomas Guillaume, bonjour.
02:06Bienvenue sur TV Liberté.
02:08Merci d'avoir accepté cette invitation dans ce contre-enquête
02:10pour parler de l'incendie d'OVH.
02:12Alors, comment est-ce possible qu'un site aussi stratégique
02:15que le data center d'OVH ait failli si facilement ?
02:19Est-ce que la version officielle, elle est vraiment crédible, finalement ?
02:23Tout d'abord, merci pour l'invitation.
02:25Alors, pour recontextualiser un petit peu,
02:27ce n'est pas juste un bâtiment technique,
02:29comme on pourrait l'imaginer.
02:30Un data center, c'est vraiment une infrastructure critique,
02:34au même titre qu'une centrale énergétique,
02:36au même titre qu'un nœud de télécommunication,
02:39ou un port, on est vraiment sur ce même degré d'importance.
02:44Et c'est vrai que c'est surprenant,
02:46parce qu'on sait que ce type de bâtiment
02:48est soumis à beaucoup de normes.
02:50Il devrait y avoir des alertes
02:52qui permettent d'éviter ce genre d'incident.
02:55La tempérialité est très bizarre aussi.
02:58– Oui, c'était la veille de l'introduction en bourse.
03:00– Exactement.
03:00– Bon, sans aller plus loin dans les spéculations,
03:03avant d'élargir le sujet quant à la souveraineté en général,
03:06est-ce qu'on peut d'abord redéfinir un peu les notions
03:07pour nos téléspectateurs, parce que ce n'est pas forcément facile.
03:11Qu'est-ce que la souveraineté numérique,
03:12et qu'est-ce que la souveraineté en général, finalement ?
03:15– Alors, la souveraineté, c'est assez simple,
03:17la définition est très simple.
03:18C'est le fait qu'un État, une nation, puisse décider seul,
03:22décider seul de sa monnaie, décider seul de son droit,
03:24de sa défense, de tout ce qui importe en fait une nation,
03:29son système de santé, tout ce qu'on veut.
03:31La souveraineté, c'est le fait de se dire
03:33qu'on a une autonomie et une indépendance stratégique
03:35vis-à-vis des autres concurrents de la nation,
03:38donc d'autres pays, où aujourd'hui, par exemple,
03:41on peut le voir avec d'autres entreprises,
03:42des acteurs privés qui peuvent venir un peu challenger un État.
03:48Aujourd'hui, la souveraineté numérique,
03:50c'est globalement la même chose,
03:51mais on a changé d'époque, on a changé de champ de bataille.
03:55Aujourd'hui, la souveraineté se décline aussi sur l'aspect numérique.
03:58Donc, globalement, c'est trois questions.
04:02Qui contrôle les données ?
04:04Qui contrôle les infrastructures ?
04:06Et quels droits s'appliquent ?
04:07Une fois qu'on a défini ces trois questions-là
04:09et qu'on a les trois réponses,
04:10on sait si l'infrastructure est plus ou moins souveraine.
04:13Aujourd'hui, vous avez des opérateurs d'État,
04:16comme l'ANSI, qui viennent réguler et donner des labels,
04:20bien qu'il y ait des polémiques auprès de certains spécialistes
04:22vis-à-vis de ces labels-là.
04:24Ça permet au moins de débroussailler un peu l'horizon.
04:29On va aborder des termes assez techniques dans cette émission.
04:32Pour ceux qui ne les connaîtraient pas,
04:34par exemple, on parle de data center, de cloud.
04:37Est-ce qu'on peut un peu expliciter ces notions ?
04:41Oui, tout à fait.
04:42Il y a déjà une image mentale, une image dépinale
04:44qu'il faut tout de suite se supprimer de la tête.
04:46Quand on parle de cloud, on imagine le nuage de Microsoft.
04:50Pas du tout.
04:51Un cloud, c'est quoi ?
04:52C'est une usine de données avec des entrepôts de serveurs
04:55alimentés parfois par une centrale nucléaire dédiée au data center.
05:00On le voit aujourd'hui aux États-Unis.
05:02Oui, il y a des personnes qui achètent leur propre centrale nucléaire.
05:05Exactement.
05:05Et c'est des choses que, pour des usines plus classiques,
05:08on a rarement vues.
05:09Donc là, il faut vraiment prendre conscience
05:10que c'est une économie, l'économie du numérique,
05:13qui est très physique au final, très matérielle et très industrielle.
05:17C'est relié à de l'eau, relié à des câbles.
05:19Il y a des câbles qui traversent les océans
05:21juste pour relier en données.
05:25C'est un peu plus comparable au secteur pétrolier ou au secteur gazier,
05:29où on vient relier des pays avec des pipelines,
05:31qu'un secteur de services dématérialisés, etc.
05:36Alors, vous êtes diplômé de l'école de guerre économique.
05:39On parle d'intelligence économique dans cette école.
05:42C'est quoi l'intelligence économique ?
05:44Alors, l'intelligence économique, on fait parfois un peu le quiproquo
05:47entre l'intelligence à la française et l'intelligence à l'anglaise.
05:51Il faut le voir sous le spectre anglais, c'est-à-dire pas le quotient intellectuel.
05:54L'intelligence.
05:55Exactement.
05:56Il faut le voir sous le côté renseignement.
05:58Donc, globalement, c'est la maîtrise de l'information
06:02pour nous aider à prendre des décisions.
06:04Ça va être la collecte et l'analyse de cette information,
06:07la protection de notre propre information,
06:09pour qu'il n'y ait pas de fuite, pour qu'il n'y ait pas d'espionnage, etc.
06:12Et ça va être l'influence de l'environnement, de notre environnement,
06:16grâce à cette information-là.
06:18On peut prendre, par exemple, les cas d'usage en affaires publiques, par exemple.
06:23Alors, pourquoi, selon vous, cette question de la souveraineté ?
06:25Vous avez quand même dédié une bonne partie de votre vie professionnelle à ces questions.
06:29Elle est importante.
06:31Quel est l'état des lieux de notre souveraineté, finalement, aujourd'hui ?
06:33– On a des exemples un peu aberrants, qu'on entend parfois dans les médias.
06:37– En fait, on a changé de terrain de conflictualité.
06:40Aujourd'hui, on n'est plus dans un rapport de force armée,
06:43comme on a pu le voir pendant le siècle précédent,
06:45encore, vous me direz, en Ukraine, etc.
06:47Mais en ce qui nous concerne, nous,
06:49on est plutôt dans des dialogues mêliens et un rapport de force,
06:52un retour au rapport de force, mais plutôt d'ordre économique.
06:55– Sous-titrage Société Radio-Canada
07:03– Ce nouveau contre-enquête concernant l'incendie d'OVH
07:06montre à quel point nos infrastructures numériques peuvent être vulnérables.
07:12Alors, qu'en est-il, 4 ans plus tard, 5 ans plus tard,
07:15la France a-t-elle tiré les leçons de cet événement ?
07:18Nous avons posé la question à Philippe Latombe, député Modem de la Vendée.
07:22– Oui, je pense que la France a tiré les leçons de ce qui s'est passé.
07:36La plupart, maintenant, des data centers qui sont construits
07:39se font construire avec des normes de protection incendie
07:41qui sont très importantes.
07:42Il n'y a qu'à voir le dernier data center qui a été inauguré à côté de Paris,
07:47qui est une vraie usine, une vraie forteresse.
07:50Ce sont des data centers qui sont protégés contre le feu,
07:53ce sont des data centers qui sont protégés contre les intrusions.
07:56On a à l'intérieur, en plus, des salles particulières
07:59qui sont elles-mêmes soumises à des restrictions de circulation
08:02et d'accès des personnels.
08:03Donc, on a vraiment compris que c'était des entités,
08:07des endroits qui étaient absolument à protéger.
08:10C'est très certainement aussi les conséquences
08:14de l'arrivée de l'intelligence artificielle en large mondiale de langage
08:20qui montrent que nous avons besoin des données pour pouvoir faire ces modèles
08:24et donc le stockage des données est absolument nécessaire.
08:27Et puis, c'est une zone de calcul.
08:29Donc, forcément, une zone de calcul, il y a des processeurs, ça chauffe.
08:33Et dès qu'il fait trop chaud, il y a des risques d'incendie,
08:35d'où des questions de circulation d'eau froide,
08:38mais aussi de gaz pour pouvoir éteindre les incendies beaucoup plus rapidement.
08:42C'est la différence entre l'hébergement.
08:44Et je pense que c'est ça aussi qui se passe.
08:47C'est que chez OVH, à Strasbourg, c'était de l'hébergement majoritairement.
08:53Maintenant, les data centers font du calcul
08:54et donc, forcément, consomment beaucoup d'électricité,
08:57produisent de la chaleur et doivent être protégés.
09:00Il me semble qu'il y avait des structures en bois aussi pour le cas d'OVH.
09:03Oui, c'était des vieux systèmes
09:05avec plutôt de la partie hébergement que de la partie calcul.
09:08Maintenant, dans un data center, il y a des racks de disques durs,
09:13mais il y a aussi beaucoup de puces pour faire du calcul
09:16et du calcul de haute intensité.
09:18Et donc, forcément, c'est très chaud.
09:19Donc, ça a été intégré.
09:29Le député Latombe a, justement, travaillé sur le rapport
09:33de la commission d'enquête sur la souveraineté numérique à l'Assemblée nationale.
09:37Alors, quelles mesures prioritaires recommandent les politiques ?
09:41Est-ce que l'instauration, par exemple, d'un label,
09:43infrastructure souveraine, garantirait la protection des données aux citoyens ?
09:57Je pense qu'il n'y a pas besoin de label supplémentaire.
10:00On a d'abord une norme qui est la norme française délivrée par l'Annecy
10:03sur la partie cloud, qui est Secnum Cloud.
10:06Il y a des questions aujourd'hui de protection des données,
10:09non pas dans le cloud, mais sur des serveurs qui appartiennent aux entités,
10:12le fameux on-prem, qui revient à la mode.
10:16Après le tout cloud, on revient quand même à une partie d'hébergement propre
10:20sur des data centers ou sur des serveurs à l'intérieur des entreprises.
10:24Les deux mesures principales, à mon avis, pour développer la souveraineté numérique
10:28européenne, française et européenne, c'est plutôt un small business act,
10:32c'est-à-dire que la commande publique soit déversée plutôt vers les PME,
10:35ETI en termes numériques et que ce ne soit pas directement vers les ESN,
10:39dont tendance du coup à capter toute la valeur ajoutée.
10:41Et puis, un buy European act, c'est-à-dire que la commande publique
10:45doit être délivrée vers les écosystèmes européens prioritairement
10:52et qu'on ne recourt à des écosystèmes étrangers que quand vraiment
10:56on n'a pas d'autres alternatives.
10:58Et ça, aujourd'hui, je pense qu'il y a une prise de conscience.
11:00En tout cas, l'Assemblée en France, c'est le cas.
11:02Je pense que c'est aussi parce que la France a toujours eu cette position-là
11:05depuis le général de Gaulle d'une forme d'autonomie stratégique de défense
11:09et que le numérique a suivi le pas.
11:12Ça commence à avoir le jour dans les pays voisins,
11:15je pense notamment aux Pays-Bas et aux Allemands
11:20qui commencent à avoir ces réflexes.
11:23C'est toujours un peu compliqué parce que pour travailler avec ces pays-là,
11:26il faut d'abord se mettre d'accord et ça prend du temps,
11:28mais une fois qu'on est d'accord, ça avance assez vite.
11:39On le voit dans les exemples cités par Philippe Latombe,
11:42l'un des enjeux majeurs pour notre souveraineté
11:45est l'extraterritorialité du droit, notamment américain.
11:49Par exemple, la simple utilisation du dollar dans les échanges
11:53ou l'emploi d'un logiciel comme Microsoft
11:56permet à la justice états-unienne de traîner,
11:59devant les tribunaux de l'oncle Sam, un ressortissant français.
12:13L'extraterritorialité, elle n'est pas simplement qu'américaine,
12:15elle est aussi chinoise.
12:16Par exemple, sur les métaux rares, on a vu lors de la crise des métaux rares
12:20depuis un mois, un mois et demi,
12:22on mettait des limites à l'export des métaux rares.
12:25Et donc, il y a une extraterritorialité du droit chinois sur les métaux rares.
12:30Et donc, ce n'est pas qu'américain, il faut se rendre compte
12:33que l'Europe est un pays, est une zone très ouverte,
12:37contrairement aux États-Unis ou à la Chine,
12:39qui sont très protectionnistes finalement.
12:41– La souveraineté française, notamment d'un point de vue numérique,
12:44elle est très paradoxale.
12:46Il faut savoir que 80% de nos dépenses en B2B…
12:49– C'est quoi B2B ?
12:50– B2B, c'est du professionnel au professionnel.
12:53– Donc, c'est lors d'une vente ?
12:54– C'est ça.
12:55– Ça passe aux entreprises.
12:56– Exactement.
12:57Vous êtes une entreprise, du B2B,
12:59c'est vous achetez une solution, un logiciel, etc., à une autre entreprise.
13:03Dans 80% des cas, en Europe,
13:05quand vous achetez une solution, un logiciel, ce que vous voulez,
13:10c'est à dessein d'une entreprise américaine.
13:13Et donc, ça pose un problème fondamental.
13:17Est-ce que nous, on est complètement absents de l'échec qui est ?
13:21Est-ce qu'il n'y a aucune solution française
13:22pour qu'on représente in fine que 20% ?
13:25Enfin, que le reste du monde ne représente que 20% de cette valeur de marché ?
13:29Et bien, en fait, ce n'est pas si simple que ça.
13:32Pourquoi ? Parce qu'en fait, en France, typiquement,
13:35on est un bon élément en Europe.
13:37On a des très bons ingénieurs, on a des très bons développeurs,
13:40on a des très bonnes infrastructures.
13:42Il y a parfois même des subventions publiques
13:43qui tombent sur les secteurs du numérique.
13:47La réalité, c'est qu'on finance beaucoup,
13:51pas forcément des solutions souveraines.
13:53Prenons l'exemple de la commande publique
13:54qui ont pour logiciel un CRM.
13:57Donc, un CRM, qu'est-ce que c'est ?
13:58C'est un logiciel pour…
14:02– Pour gérer la clientèle.
14:03– Pour gérer la clientèle, les ventes, etc.
14:05Exactement.
14:06Et en fait, leur logiciel, c'est Microsoft Dynamics.
14:09Là où ça pose une question,
14:11c'est-à-dire que l'État américain, s'il le souhaite,
14:14peut avoir accès à tous les appels d'offres
14:16que poste la commande publique,
14:18savoir qui est où dans tel contrat.
14:23Et ça…
14:24– Donc ça, vous dites l'État américain,
14:26ça veut dire qu'une entreprise comme Microsoft Pascal est américaine,
14:29l'État américain peut aller mettre son nez dedans
14:30et avoir des informations privées.
14:32– Exactement.
14:33En fait, il y a tout un appareil législatif,
14:35comme je vous le disais tout à l'heure,
14:37avec par exemple le Cloud Act,
14:39qui permet à l'État américain et à son service de renseignement
14:42d'avoir un droit d'ingérence, entre guillemets,
14:45et un droit de regard surtout dans les comptes
14:48et dans les activités des entreprises américaines.
14:51On peut le comprendre sur certains aspects.
14:54– Cependant, quand c'est des entreprises qui opèrent à l'étranger,
14:57c'est notamment pour lutter contre la corruption,
15:00on peut se dire, bon, ben voilà,
15:02on a quand même une situation privilégiée avec les États-Unis,
15:08ils pourraient nous faire une faveur, mais en fait pas du tout.
15:10Bien au contraire, on a pu le voir aujourd'hui avec,
15:13vous savez, vous vous souvenez des sous-marins australiens
15:16qui avaient été…
15:17– Oui, l'affaire diplomatique assez chaude.
15:19– Exactement, donc on a cet exemple-là,
15:22on a l'exemple de la police qui aujourd'hui travaille
15:25avec Windows, Microsoft, etc.
15:28L'État et un certain nombre d'opérateurs
15:31essayent vraiment de donner une bonne volonté,
15:35de mettre de bonnes dynamiques.
15:37Par exemple, on a la gendarmerie qui utilise Ubuntu,
15:40qui est un logiciel open source,
15:42et l'État a lui-même dédié une liste de logiciels open source
15:47pour aider les entreprises et les différents acteurs français
15:50à ne plus être dépendants de l'État américain.
15:53Cependant, c'est évidemment pas aussi performant.
15:56Aujourd'hui, vous voulez faire de la création,
15:59vous allez utiliser la suite Adobe,
16:01vous voulez faire du traitement de texte,
16:03vous allez en général utiliser Word.
16:05Et le plus inquiétant, c'est qu'aujourd'hui,
16:07on a certains députés, membres politiques ou diplomatiques,
16:10qui refusent d'abandonner leur pratique entre guillemets civile,
16:14c'est-à-dire ils refusent d'abandonner WhatsApp.
16:16Il y a un certain nombre d'articles de journaux qui sont là-dessus.
16:19Et en fait, ils refusent, même pour leur conversation confidentielle,
16:24de lâcher des outils plus classiques.
16:27– Oui, c'est un problème.
16:28Alors en fait, on a esquissé un peu le sujet d'actualité aussi.
16:33Qu'est-ce qui fait que nous ne sommes pas souverains aujourd'hui ?
16:36Par exemple, moi j'ai lu un article avant de préparer cette émission,
16:39c'était sur la DGSI,
16:41qui a re-signé un contrat avec Palentir pour son renseignement
16:45et la gendarmerie aussi l'utilise.
16:47Est-ce que vous pouvez nous expliquer un petit peu en quoi ça consiste ?
16:50– Alors, bon, je n'ai pas le détail des contrats,
16:53je ne sais pas exactement en quoi consiste ce contrat-là.
16:57Quelles sont les informations qui sont transmises à Palentir ?
17:01Quelles sont les informations ?
17:02Est-ce que ces informations-là sont cloisonnées
17:04sur un serveur propre à la DGSI, etc. ?
17:08Je ne sais pas, pour être tout à fait honnête.
17:10– Alors c'est quoi Palentir, si on retrace un petit peu ?
17:12– Alors, Palentir, c'est un logiciel de renseignement
17:15qui va vous permettre de monitorer, piloter des décisions
17:20et aussi tout un système de surveillance instantanée.
17:24On va prendre l'exemple, par exemple, de la DGSI
17:26qui veut traquer un terroriste.
17:28Ils vont mettre l'image du terroriste,
17:33ils vont pouvoir localiser les caméras de surveillance
17:36sur lesquelles il a été affiché
17:38et de fait de tracer un itinéraire avec un système de prédiction, etc.
17:42C'est un logiciel qui est extrêmement performant.
17:45Et c'est là où il faut sortir aussi un peu de la démagogie,
17:48parfois, qu'on a autour de la souveraineté.
17:50C'est que, typiquement, la DGSI a fait ce choix-là
17:52parce que, probablement, qu'il n'y avait pas de solution française
17:55qui avait ce degré, cette exigence d'excellence,
18:00entre guillemets, qu'a Palentir
18:02parce que ça fait des années qu'ils performent
18:05avec la plupart des unités armées ou de renseignements du monde entier,
18:09par exemple, très utilisées en Ukraine,
18:12donc avec un gros retour d'expérience.
18:14Il y a beaucoup de données sur lesquelles ils se sont entraînés.
18:17– Ce n'est pas forcément une mauvaise volonté de la part des services,
18:20par exemple, pour le cas de Palentir,
18:22c'est parce qu'il n'y a pas de solution française, en gros.
18:24– Alors, il y a des solutions françaises.
18:26Le problème, c'est qu'elles ne sont pas forcément au niveau,
18:29c'est-à-dire au degré de perfectionnement qu'est Palentir.
18:32On a des très bonnes solutions françaises
18:35qui n'ont évidemment pas le poids du contribuable américain en aide
18:42et surtout qui n'ont pas l'expérience qu'a Palentir.
18:45Maintenant, si on sort de ce cas-là,
18:48parce qu'il faut quand même repréciser, recontextualiser
18:50que quand il y a un échec de la DGSI, par exemple,
18:53c'est des vies qui ne sont plus là.
18:56Donc, après, on va chercher des responsabilités.
18:58La DGSI, je pense, par responsabilité,
19:01a fait le choix de prendre une solution qui n'est pas souveraine, certes,
19:04mais au profit de protéger des vies.
19:07Et là, c'est la balance entre le…
19:10– C'est un choix politique.
19:11– Exactement, exactement.
19:13On est plus dans une question politique.
19:15Est-ce qu'on est prêt à assumer des drames
19:19pour qu'une entreprise française performe un peu mieux ?
19:21Ou est-ce qu'on est prêt à avoir quelques dépendances,
19:25parce que c'est ça la souveraineté,
19:27c'est la gestion de ces dépendances,
19:28et de comprendre que, ok, là-dessus,
19:31je vais peut-être être dépendant de tel pays,
19:33mais sur ces sujets-là, je vais être souverain ?
19:35– Alors, il y a quand même des entreprises
19:39qui sortent un petit peu du lot,
19:40qui arrivent à trouver un écho dans cette question de la souveraineté.
19:44On pense à Waller, pareil, en préparant cette émission.
19:48Moi, je me rends compte que c'est un peu une alternative
19:50aux suites Microsoft que vous avez évoquées.
19:53Et on a des acteurs plutôt associatifs,
19:56Souveraine Tech, qui organise son colloque annuel à Saint-Malo.
19:59Est-ce que cette thématique de la souveraineté numérique,
20:02elle progresse dans le débat public aujourd'hui ?
20:04– Complètement, complètement.
20:05Vous pouvez ne serait-ce que regarder au niveau du ministère.
20:08Aujourd'hui, il me semble que le ministère s'appelle
20:09le ministère du numérique et de la souveraineté numérique,
20:14ou quelque chose comme ça.
20:16C'est quelque chose qui progresse beaucoup.
20:18On a Waller en société privée.
20:20On peut avoir Souveraine Tech comme acteur associatif
20:24ou comme page d'actualité.
20:26Le problème, c'est qu'aujourd'hui, ce qu'on voit,
20:28c'est que c'est un environnement qui est composé
20:30de beaucoup de pionniers, des pionniers qui sont isolés,
20:35très en stylo.
20:36C'est-à-dire que vous allez avoir les acteurs
20:39de la souveraineté numérique d'un côté,
20:40les acteurs de la souveraineté alimentaire de l'autre,
20:42les acteurs de la souveraineté industrielle.
20:44Et on peut continuer la liste comme ça pendant très longtemps.
20:47Tout le monde se bat, pas forcément à armes égales.
20:50Avec des fois des ministres ou des politiques
20:52qui sont plus à l'écoute.
20:54Par exemple, en ce moment, il y a une crise
20:55autour des agriculteurs.
20:57Évidemment que le sujet de la souveraineté alimentaire
20:59est dans tous les débats.
21:02En ce qui concerne la souveraineté sanitaire,
21:05ce qu'on a pu voir pendant le Covid,
21:06le fait d'être dépendant de principes actifs étrangers, etc.
21:11Aujourd'hui, on voit que ce n'est plus tellement
21:12un sujet d'actualité.
21:13On voit qu'il y a des choses qui se font dans l'ombre.
21:16Mais à chaque fois, c'est un débat
21:18qui correspond à un momentum politique et d'actualité.
21:22Et donc, oui, il y a des acteurs qui, aujourd'hui,
21:25font du travail et font du très bon travail.
21:28Mais ces acteurs-là sont encore malheureusement
21:30un peu trop isolés.
21:39Vous l'avez compris, chers téléspectateurs de TV Liberté,
21:42le sujet de l'incendie d'OVH est un exemple paroxystique
21:46de ces enjeux de souveraineté.
21:48Mais d'autres thèmes sont connexes,
21:50comme bien sûr l'intelligence artificielle française.
21:53Le député Philippe Latombe nous en parle.
22:06Où est-ce qu'on en est de l'IA française ?
22:10L'IA française, un, on a les meilleurs ingénieurs du monde.
22:13Et donc, on a vraiment des très bons ingénieurs
22:15qu'on s'arrache et qu'il faut qu'on essaie
22:17de garder au maximum chez nous.
22:19On a aujourd'hui quelques entreprises
22:23qui fonctionnent bien autour de l'IA.
22:25Forcément, des gens connus comme Mistral,
22:27mais aussi des petites boîtes dans les territoires
22:29qui font de l'IA, ce qu'on appelle de l'IA frugal,
22:33de l'IA on-edge.
22:34Donc, des petits modèles qui sont très efficaces
22:37pour des sujets de niche.
22:39On a vraiment un écosystème.
22:41Il nous manque la puissance de calcul.
22:42Et donc, le vrai problème, c'est l'approvisionnement en puces.
22:45Aujourd'hui, il n'y a qu'un seul énorme fournisseur,
22:48c'est NVIDIA sur le sujet.
22:50On a ASML qui est un fabricant de machines
22:52qui fabriquent des puces qu'on a gardées en Europe
22:54et qu'on a stabilisées, aussi en stabilisant Mistral
22:57puisqu'ils sont entre les capitales de Mistral.
22:59Il faut qu'on protège cette filière-là
23:00et qu'on développe la filière de fonderie de puces.
23:02C'est ce qu'on essaie de faire du côté de Grenoble
23:05avec STMicro, avec d'autres entreprises comme Cyperl
23:08qui sont des entreprises avec beaucoup d'avenir.
23:12Et on commence à intégrer le fait que Cyperl
23:15pourrait produire des puces qu'on pourrait mettre
23:17dans des supercalculateurs dans les années qui viennent.
23:19Donc, il y a une volonté vraiment de développer cette filière.
23:22Une fois qu'on aura ça, on aura vraiment les briques nécessaires
23:25pour être autonome en matière d'IA
23:27et en capacité de suivre ce qui se passe
23:30notamment par les Américains et les Chinois
23:32mais avec une consommation de dollars
23:37en milliards de dollars par les Américains
23:39qui fait que la course, si on n'est pas techniquement
23:42très bon et très efficace, on va la perdre.
23:44Parce que si c'est une question juste de moyens,
23:46on ne sera pas en capacité de rivaliser.
23:47Donc, il faut absolument qu'on puisse développer
23:49nos propres filières de calcul.
23:59Dans ce contre-enquête, nous avons étudié
24:01des pistes pour expliquer l'affaire de l'incendie d'OVH.
24:05Mais au-delà du phénomène en lui-même,
24:07nous avons posé les enjeux de souveraineté numérique.
24:12Dans un cadre concurrentiel,
24:14avec les acteurs chinois ou américains comme Microsoft,
24:17il faut se réapproprier les clés de compréhension
24:21de ce que l'on nomme l'intelligence économique.
24:25C'est ce que nous avons tenté de faire
24:27dans ce contre-enquête.
24:28Mais la question demeure.
24:30Aujourd'hui, qui est le vrai garant
24:32des secrets de notre vie numérique ?
24:34Le secteur privé ?
24:36L'État ?
24:37Ou personne ?
24:39L'incendie d'OVH Cloud
24:41n'est pas simplement un fait divers.
24:44Alors, qui a mis le feu à notre souveraineté ?
24:48A bientôt pour un prochain contre-enquête.
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