00:00RTL Matin, Olivier Bois.
00:037h43, l'invité d'RTL Matin est le ministre de l'éducation nationale, Edouard Geffray.
00:07Bonjour monsieur.
00:08Bonjour.
00:08Vous avez été nommé en octobre dernier dans le gouvernement Lecornu,
00:13septième ministre de l'éducation nationale depuis trois ans et demi.
00:16Et toujours cette question, nos enfants sont-ils en sécurité à l'école ?
00:19Mardi dernier, une professeure a été poignardée par l'un de ses élèves de 14 ans à Sanary-sur-Mer.
00:25Elle était dans un état grave.
00:26Sa famille disait qu'il fallait attendre plusieurs jours avant de se prononcer sur le pronostic vital.
00:32Comment va-t-elle ce matin ? Qu'est-ce que vous pouvez nous dire ?
00:34Écoutez, des dernières nouvelles, sa situation s'améliore un petit peu.
00:41Il faut attendre en réalité une semaine pour être sûr.
00:43Donc dans deux, on croise les doigts jusqu'à demain soir.
00:47Si demain soir son état est resté identique, on aura de bonnes raisons d'espérer son rétablissement rapide.
00:53Elle est toujours hospitalisée, elle a subi plusieurs opérations.
00:55Oui, tout à fait.
00:56Vous vous êtes rendu sur place la semaine dernière pour parler aux enseignants et aux élèves.
01:02Et je voulais vous faire entendre une réaction.
01:03On a eu la semaine dernière sur RTL un homme qui s'appelle Stéphane Voirin.
01:06Ça vous dit quelque chose ce nom Stéphane Voirin ?
01:08C'est l'homme qui avait dansé devant le cercueil de sa femme à Saint-Jean-de-Luz en 2023.
01:13Elle qui avait aussi été poignardée et mortellement blessée en l'occurrence par un élève.
01:17Écoutez ce qu'il vous adressait directement.
01:19Arrêtez de compatir à chaque fois devant les victimes.
01:23Agissez, agissez.
01:24Sept ministres de l'enseignement national depuis moins de trois ans, depuis le meurtre d'Agnès.
01:30Quelles mesures ont été prises ?
01:31Cessez le bras et de l'air.
01:32Voilà Stéphane Voirin qui a l'impression de voir les ministres de l'éducation ou de l'intérieur défiler à chaque fois qu'il y a un drame et que rien n'est suivi des faits.
01:39Qu'est-ce que vous lui répondez ?
01:42Par définition, ce monsieur lui-même a connu un drame.
01:46Et donc, tout est dérisoire face au drame.
01:50Toute réaction est dérisoire face au drame.
01:51Et donc, d'abord, c'est quelque chose que je respecte, que je comprends et avec lequel je souffre comme lui.
01:58Ensuite, tout ça c'est une chaîne.
02:02Il faut d'abord, on peut traiter un certain nombre de symptômes.
02:04Comme par exemple le fait que les jeunes aujourd'hui, certains jeunes viennent avec des couteaux à l'école.
02:10Avec Laurent Nunez, depuis entre mars et décembre dernier, on a fait en moyenne 1500 contrôles de sacs par mois.
02:171500 par mois.
02:19Donc systématiques, à l'entrée d'établissement, aux abords d'établissement.
02:22On a envoyé hier une instruction au préfet au recteur pour densifier encore ces opérations.
02:28On a trouvé dans ces opérations, en moins d'un an, 525 couteaux.
02:32Et moi, pour l'éducation nationale, on a fait 1600 conseils de classe, de discipline, pardon.
02:37525 élèves.
02:38525 élèves.
02:39525 élèves.
02:39A l'école avec un couteau.
02:41On a été interceptés par les forces de poulet avec un couteau entre mars et décembre dernier.
02:44Il est terrifiant ce chiffre.
02:46Et vous pouvez rajouter que moi j'ai fait 1600 conseils de discipline liés à des intrusions d'armes.
02:52Alors tout ça a ramené au fait qu'on a 14 millions de personnes.
02:55Tous les jours dans nos murs, c'est un français sur cinq.
02:57Ils sont exclus de leur établissement ?
02:59Pour être venus avec un couteau dans leur sac ?
03:01À partir du moment où un élève vient avec une arme dans son sac, par définition, il est exclu.
03:08Ça c'est la première chose.
03:09Et aujourd'hui, à 14h, je vais réunir tous les recteurs en visio pour là aussi m'assurer que toutes les mesures de sécurisation des établissements peuvent être prises.
03:19Quelles consignes allez-vous leur rappeler, leur marteler cet après-midi ?
03:22Alors d'abord, consigne de fermeté absolue, c'est-à-dire de densification et de fermeté.
03:26Densification, c'est-à-dire on travaille avec le service de police, on cible les établissements, on fait du contrôle aléatoire pour intercepter le maximum de choses.
03:33Et en fait, pour dissuader aussi les élèves de venir avec des couteaux.
03:35Et puis, évidemment, fermeté absolue, c'est-à-dire que dès qu'on détaque quelque chose, le conseil de discipline, c'est l'exclusion.
03:41Un recteur peut avoir ligne directe avec le commissaire, le directeur de la sécurité ?
03:45Il a ligne directe avec le préfet.
03:46Je sens quelque chose monter, il faut venir chez nous.
03:47On a des lignes directes entre les érectorats et les préfectures et ça nous permet d'agir.
03:51Mais la deuxième chose, et je me permets d'insister là-dessus aussi, c'est que tout ne dépend pas de l'école.
03:56Mais qui fouille les sacs, pardon, juste pour revenir là-dessus ?
03:58Les forces de police.
03:58Ce sont les forces de police qui fouillent les sacs.
04:00Les surveillants, les profs, le CPE, n'a pas besoin de fouiller un sac d'un élève.
04:03On peut demander à un élève d'ouvrir son sac, mais quand on fait des fouilles systématiques comme celles dont je vous parle, c'est les forces de police qui les font.
04:09Mais l'autre volet, pardon d'insister là-dessus parce que c'est important, c'est qu'on ne peut pas tout demander à l'école.
04:13Il y a un moment, si vous voulez, notre rôle, c'est d'instruire et puis c'est de protéger dans l'enceinte scolaire.
04:18Mais il faut aussi que tout le monde s'y mette et que par conséquent, et pardon d'appeler à ce social collectif, mais je crois que c'est nécessaire,
04:24que les parents discutent avec leurs enfants de la violence en général.
04:28Parce que ce à quoi on assiste, c'est une explosion de l'hyper-violence, mais qui en fait trouve ses racines dans une espèce de violence banalisée.
04:35Les gamins maintenant s'insultent, etc., de manière assez facile.
04:38Ce n'est pas acceptable.
04:39Et donc il y a un moment où il faut que tout le monde, si je puis dire, un peu relève le gant.
04:44Et moi je demande vraiment aux parents de parler avec leurs enfants, de leur dire qu'on ne part pas avec un couteau de manière générale,
04:49qu'on ne s'en prend pas au genre de manière générale, et qu'en tout est à cause, il y a un tabou absolu.
04:52Il y a un tabou absolu, c'est qu'on ne touche jamais un professeur.
04:55Mais pourquoi vous avez dit acte isolé, alors, la semaine dernière, quand vous étiez à la Sanarie-sur-Mer ?
04:58Je retiens ce mot, c'est-à-dire étonné et choqué, Stéphane Vaurin sur RTL.
05:02Vous venez de nous décrire exactement ce...
05:04Non, parce que l'acte paroxystique auquel on a assisté, ce que je n'ai pas, c'est que ce n'était pas...
05:10Il n'y avait pas, d'ailleurs le procureur de l'Union Directe, il n'y avait pas, j'en sais rien, de background religieux, politique, etc.
05:15Ce n'était pas un acte organisé.
05:17C'est un élève seul.
05:18D'ailleurs, aucun des professeurs que j'ai rencontrés ne m'a dit qu'on s'y attendait.
05:21Aucun.
05:22Personne ne s'y attendait.
05:23C'est un élève seul qui a commis un acte fou et sauvage.
05:27C'est pour ça que j'ai appelé ça d'acte isolé.
05:28Vous le regrettez ce mot, acte isolé ?
05:31Mais, enfin pardon, mais la qualification, c'est bien celle-ci.
05:34C'est un individu isolé qui commet un acte délirant.
05:38En revanche...
05:38Mais 525 élèves qui viennent depuis 6 mois avec un tout en sexe, ça n'est pas un acte isolé.
05:42Mais ce sont deux choses différentes.
05:43En revanche, ça s'est dans un contexte où effectivement, de plus en plus de jeunes
05:46vivent comme naturel le fait de partir avec un couteau à la poche.
05:51Mais dans la rue, comme à l'école, comme ailleurs.
05:53Et une fois qu'on a un couteau, par définition, quand on a une frustration, quand on s'énerve, etc.
05:58On a plus la tentation de s'en servir.
06:00Donc la première chose à faire, c'est quand un enfant part le matin de chez lui, il part sans couteau.
06:05Et d'ailleurs sans idée de violence.
06:07Vous avez évoqué l'impact des réseaux sociaux du téléphone portable.
06:09Il y a un grand projet qui vous concerne et un objectif ambitieux à la rentrée prochaine.
06:14Le fait de limiter et d'interdire les réseaux sociaux pour les moins de 15 ans.
06:17Mais aussi de lutter contre le téléphone portable dans les établissements.
06:20Mais le projet de loi, il a été édulcoré la semaine dernière.
06:22On ne parle plus d'interdiction du téléphone au lycée.
06:25On le dépose à l'entrée et on profite de la journée d'école sans avoir l'écran devant les yeux en permanence.
06:29Il en est où ce projet de loi ?
06:30Et quel est le vrai objectif sur le téléphone portable ?
06:32Alors d'abord, il est passé en première lecture à l'Assemblée, il va aller au Sénat et comme vous le savez, l'amélioration au fur et à mesure est l'affiné et c'est normal.
06:38D'accord ?
06:39L'objectif, c'est qu'on interdise l'usage du téléphone portable au lycée, comme il est déjà aujourd'hui interdit, à l'école et au collège.
06:46C'est-à-dire qu'un élève, il fait sa scolarité sans téléphone.
06:50Toute la journée, de 9h du matin à 17h, il n'a pas son téléphone portable sur lui ou il n'a pas le droit de l'allumer ?
06:56Il n'a pas le droit de l'utiliser, ce n'est pas pareil, sauf dans des circonstances qui sont éventuellement autorisées par le chef d'établissement,
07:01quand il faut par exemple bipper pour la cantine ou des choses comme ça, ou quand les élèves sont à l'internat.
07:04Ça, c'est la première chose.
07:05Et l'objectif, il est très clair, c'est qu'on a un enjeu de santé publique.
07:09On a un enjeu cognitif aussi, c'est-à-dire que nos jeunes n'arrivent plus à se concentrer.
07:12On a un enjeu civique, c'est qu'ils sont bombardés de contenus, de fake news, etc.,
07:17alors même qu'ils n'ont pas encore le discernement et la conscience civique qui sont totalement construits.
07:22Et donc l'idée, c'est de dire aussi en parallèle que les réseaux sociaux, ce n'est pas avant 15 ans.
07:25Édouard Jeffrey, ministre de l'Éducation nationale, on va parler maintenant du rythme scolaire.
07:29Emmanuel Macron s'est redit à nouveau favorable à une adaptation de ses rythmes scolaires,
07:32avec des journées plus courtes, mais en échange, les vacances scolaires, et notamment les grandes vacances d'été, plus courtes également.
07:39Est-ce que ça va se traduire dans les faits ?
07:40Qu'est-ce que vous pouvez nous dire sur le calendrier, cet objectif-là ?
07:43Alors, pour la rentrée 2026, la réponse est clairement non.
07:46On n'est pas aujourd'hui...
07:47Déjà, on a une situation qui a été contrainte par l'adoption tardive du budget.
07:52On n'est pas en situation aujourd'hui de changer la règle pour la rentrée 2026.
07:55Aucun changement pour septembre 2026.
07:57Après, ce que le Président a dit à la suite d'ailleurs de la Convention citoyenne,
08:00c'est qu'effectivement, on a des vacances d'été qui sont longues.
08:04Ça a des effets sur les jeunes.
08:06Est-ce qu'il y a des études qui montrent qu'il y a une perte de niveau entre juin et septembre,
08:09d'une même année scolaire ?
08:10En éducation prioritaire, c'est-à-dire pour les événements plus défavorisés,
08:14le mois et demi d'été ou les deux mois d'été de vacances,
08:16ça correspond à un mois de perte d'apprentissage.
08:18C'est-à-dire que vous récupérez vos enfants avec le niveau qu'ils avaient le 30 mai
08:21au lieu du 30 juin, pour faire simple.
08:23Donc oui, c'est parfaitement démontré.
08:25Et oui, c'est un problème.
08:26Ce serait quoi la durée parfaite, selon vous, des grandes vacances scolaires ?
08:30Je ne suis pas sûr de pouvoir, moi, déterminer ça tout seul.
08:34Mais on voit bien qu'au-delà de 4-5-6 semaines...
08:37Entre 4-5-6 semaines, entre un mois et un mois et demi de vacances.
08:40Et qu'est-ce qu'ils vont dire les enseignants là-dessus ?
08:42Vous en avez déjà parlé, on imagine qu'il va y avoir une...
08:43Non, parce que pour le coup, pour moi, c'est une vraie question de 2027,
08:47parce que derrière, ça touche aussi au rythme scolaire,
08:49ça touche aux calendriers annuels, etc.
08:52Et d'ailleurs, la Convention citoyenne n'a pas réussi à tomber d'accord
08:55sur le paramètre durée des vacances d'été.
08:58Donc c'est un sujet compliqué, qui est épineux.
09:00Quand est-ce que vous allez en discuter ?
09:01C'est le débat 2027, ou d'ici là, il y aura des débats
09:04avec des experts qui vont apporter de l'eau moulin.
09:06Il y a déjà eu un débat dans ce qu'on appelle
09:08le Conseil sur l'éducation, qui réunit tous les acteurs
09:10de l'éducation nationale, qui a lieu d'ailleurs aussi en ce moment.
09:13Il y a des travaux un peu récurrents.
09:15En revanche, le débat politique, au sens de la décision politique,
09:17c'est du 2027.
09:18Merci beaucoup, Edouard Jeffrey, d'avoir été avec nous ce matin sur Air.
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