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  • il y a 7 mois
Une surveillante est morte tuée à coups de couteau par un élève de 14 ans du collège François-Dolto à Nogent (Haute-Marne) ce mardi. Un mois après l'attaque au couteau dans un lycée à Nantes, ou une élève a perdu la vie, y a-t-il une augmentation de la violence en milieu scolaire ? Regardez Éric Debarbieux, professeur émérite à l'université Paris-Est-Créteil et ancien délégué ministériel à la prévention de la violence en milieu scolaire, auteur de "Zéro pointé ? Une histoire politique de la violence à l'école" (éditions Les liens qui libèrent).
Regardez L'invité d'Amandine Bégot du 11 juin 2025.

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Transcription
00:00RTL Matin
00:02Avec Amandine Bégaud et Thomas Soto
00:05Il est 8h16, l'interview d'Amandine Bégaud au lendemain du drame du collège de Nogent.
00:09Amandine, vous avez choisi de creuser le sujet tellement inquiétant de la violence en milieu scolaire
00:13et comme nous tous, le bien public s'interroge ce matin, violence au collège et au lycée,
00:17comment enrayer le fléau ?
00:19Alors vous avez décidé d'inviter Eric Debarbieux, c'est le grand spécialiste du sujet.
00:23Bonjour et bienvenue à vous.
00:24Bonjour Eric Debarbieux.
00:26Bonjour.
00:26Et merci d'être en direct avec nous ce matin depuis Nice.
00:29Ça fait près de 40 ans que vous observez les violences en milieu scolaire.
00:33Est-ce que vous diriez que l'école est aujourd'hui devenue un lieu dangereux ?
00:37Non. Très clairement non.
00:39Mais il faut avoir une réponse nuancée.
00:41C'est-à-dire que si on prend simplement les résultats qui sont scientifiques,
00:45ce qu'on appelle les enquêtes de victimation,
00:47moi ma première enquête elle est de 91.
00:49Bon avant effectivement je l'avais travaillée mais en tant qu'éducateur spécialisé,
00:53instructeur spécialisé.
00:54Si on prend toute la série de ces enquêtes, donc d'abord auprès des élèves,
00:57on se rend compte qu'on est encore sans changement à à peu près 90%, 92% des élèves
01:03qui s'estiment en sécurité dans leur établissement scolaire.
01:06Donc il faut bien dire cela.
01:07De la même manière, les enquêtes très récentes que j'ai pu faire auprès des personnels
01:11montrent aussi qu'il n'y a pas de véritable changement à ce niveau-là et je dis bien en moyenne.
01:16Mais Eric Depardieu, voilà, on a tous en tête ces agressions au couteau.
01:20Je pense à Agnès Lassalle, cette professeure d'espagnol qui a été tuée dans sa classe.
01:25Il y a quelques semaines c'était une élève poignardée à Nantes, 57 coups de couteau.
01:31Enfin ces attaques au couteau, en ce moment on a l'impression qu'il y en a une par mois,
01:36au moins avec un décès à l'école.
01:39Alors certes elles sont très médiatisées, mais elles sont plus nombreuses.
01:43J'allais venir sur cette nuance, qui est plus qu'une nuance d'ailleurs,
01:46qui est une série de drames et il faut bien les penser.
01:48Maintenant je refuserai de parler de ceux que je ne connais pas,
01:51en particulier avant les déclarations qu'il y aura ce soir par exemple par le procureur de la République.
01:56Bon, soyons clairs, j'allais dire donc en moyenne,
01:59mais effectivement et de la même manière qu'on le sait par rapport à la délinquance des mineurs,
02:03s'il y a en réalité une baisse continue de la délinquance des mineurs depuis plus de 6 ans,
02:08on le sait, ce sont les statistiques même du ministère de l'Intérieur,
02:12il y a une augmentation d'un certain nombre de faits,
02:14donc on dira de violences extrêmement fortes.
02:17Bon, bien sûr, il faut non pas relativiser sur le plan qualitatif,
02:22sur le plan du drame, sur le plan de l'émotion qu'on doit ressentir absolument par rapport aux victimes,
02:26et de ce côté-là je suis très content que vous citiez Agnès Lassalle,
02:30qu'on oublie très souvent, parce que très souvent en gros,
02:32on va faire des minutes de silence pour les victimes du terrorisme islamiste,
02:36et on va oublier effectivement cette professeure.
02:38Ce qui me choque, de la même manière que me choque qu'on fasse une minute de silence pour les adultes,
02:43et jamais pour les enfants qui seraient victimes.
02:45C'est une chose qu'il faut redire.
02:46Bon, donc oui, on ne va pas relativiser ce genre de choses,
02:49on va dire qu'il faut savoir effectivement les pensées comme des faits,
02:52qui sont là, je suis d'accord, des faits de société plus que des faits divers,
02:56et effectivement là-dessus, voir un petit peu dans la durée, ce qui est en train de se passer.
03:00Éric Debarbieux, vous qui connaissez parfaitement ces questions,
03:03des couteaux dans les cartables, je rappelle les chiffres,
03:05on a trouvé près de 200 couteaux sur 6200 fouilles.
03:09On est d'accord, ça c'est quelque chose d'assez nouveau ?
03:11Non.
03:12Non ? Des couteaux dans les cartables, ça a toujours été le cas ?
03:13Je suis désolé, je suis désolé, mais bon, pour avoir beaucoup, beaucoup laboré le terrain,
03:18je connais un grand nombre de proviseurs qui me montraient,
03:20très simplement, dans les années 90, dès les années 90,
03:23ce qu'ils trouvaient parfois dans des cartables ou dans des endroits quelconques de leur établissement scolaire.
03:31Donc c'est pas, non, je suis désolé de devoir le dire, mais ça n'est pas nouveau.
03:35Simplement, effectivement, le fait de mettre en place des fouilles,
03:38alors si vous voulez, on parlera de l'efficacité de ce genre de mesures,
03:41mais va forcément révéler un certain nombre de choses.
03:44Ensuite, il faut aussi savoir distinguer entre la possession de ces armes,
03:50l'usage de ces armes, et surtout aussi, je crois qu'il est toujours tellement important
03:54de savoir le contexte, pourquoi ces armes ?
03:57Alors justement, pourquoi, d'après vous ?
04:00Écoutez, le problème, c'est qu'évidemment, il y a plusieurs pistes possibles
04:05et qui sont toutes vraies, d'une certaine manière.
04:07Bon, il peut y avoir, oui, c'est vrai, des armes qui soient létales
04:13pour s'en servir, on dira, dans une perspective qui serait, je ne sais pas,
04:17moi, du terrorisme, admettons-le.
04:19Mais il y a aussi beaucoup de choses qui se passent en termes de
04:22« je viens armé pour me protéger ».
04:24Il faut se rappeler d'une chose très simple, mais qui est terrible.
04:28Ce sont les chiffres du FBI.
04:29On a les mêmes en France, mais fort heureusement, nous n'avons pas encore,
04:33heureusement, on pourra peut-être en parler,
04:35donc le même profil, je dirais.
04:38Mais 75%, par exemple, des tirs dans les écoles,
04:42quand il s'agit de school shooting aux Etats-Unis,
04:44sont liés, ce sont les chiffres du FBI,
04:46par exemple, à des élèves ou d'anciens élèves qui ont été harcelés
04:49ou qui s'estiment avoir été harcelés
04:51et qui reviennent quelque part, soit dans leur établissement,
04:53soit dans un autre établissement,
04:54ou donc pour se venger quelque part,
04:58ou pour se protéger quelquefois.
04:59Éric Debarbieux, c'est très intéressant, pardon,
05:01je vous coupe ce que vous dites là,
05:03parce que depuis plusieurs semaines,
05:05et à chaque fois que ce genre de fait intervient,
05:08on parle des images violentes, des réseaux sociaux,
05:12de la défaillance peut-être de certaines familles,
05:15et ces histoires de harcèlement, en revanche,
05:17elles reviennent peu.
05:19Bien sûr, là, je sors du cas de ce qui s'est passé hier,
05:21parce que vous le disiez,
05:22le procureur doit parler aujourd'hui,
05:23on ne sait pas, on sait encore très peu de choses
05:25sur ce jeune garçon,
05:26ni pourquoi est-ce qu'il a pu faire ça,
05:28s'il y avait d'ailleurs un mobile.
05:30Mais le harcèlement scolaire
05:32peut être à l'origine de tel drame, d'après vous ?
05:35Alors, oui, et de diverses manières,
05:38et c'est très important de faire ce lien.
05:40La première manière, bien sûr,
05:41ça peut être l'élève qui vient,
05:43qui veut se protéger,
05:45et qui, donc, il y a eu des cas,
05:47je me rappelle par exemple,
05:48quand Luc Chattel, c'était où Sarkozy,
05:50m'avait demandé d'organiser
05:51les états généraux de la sécurité à l'école,
05:53il y a quand même déjà, c'était en 2010,
05:56c'était suite à un drame,
05:57où un lycéen avait été mort,
05:59dans un lycée de la banlieue sud de Paris,
06:03c'était un lycéen,
06:05l'élève qui l'a tué.
06:06Donc, oui, il y a un vrai lien,
06:08on le sait,
06:09mais le harcèlement,
06:11il ne faut pas oublier aussi une chose,
06:12et ça, ce lien est très important
06:13à dire politiquement actuellement.
06:15On le sait,
06:16c'est très, très, très important
06:18de comprendre les contextes,
06:20y compris sociaux, politiques,
06:22les contextes de valeurs,
06:24les contextes de transmission de ces valeurs.
06:26Quand on a harcèlement,
06:28c'est d'abord le refus de l'autre,
06:30le refus de celui qui n'est pas comme moi,
06:31le refus de celui qui, ou de celle,
06:33qui est trop ou pas assez féminine,
06:36trop gros ou pas assez gros,
06:38celui qui est de pas la bonne couleur
06:40ou pas de la bonne classe sociale, etc.
06:42C'est la haine de l'autre.
06:44Et c'est là qu'on va rejoindre,
06:45effectivement,
06:46les discours politiques de rejet de l'autre,
06:48les discours de haine sur Internet.
06:51Donc, si vous voulez,
06:52on a effectivement un système,
06:53un système qui est très important à penser,
06:55et ça, si vous voulez,
06:57ce que je dis souvent,
06:58et c'est d'ailleurs pour ça
06:59que j'ai écrit récemment à un livre
07:00qui s'appelle « Zéro pointé »,
07:01donc qui est une histoire politique
07:03de la violence à l'école,
07:04je suis très inquiet, personnellement,
07:05par la manière dont le discours politique,
07:08c'est un discours de rejet de l'autre.
07:11Et ça, il ne faut pas se faire d'illusions.
07:13Mais quand je vous écoute,
07:14Eric de Barbieux, ce matin...
07:15le discours des adultes
07:17a forcément un impact énorme
07:19dans les cours de récréation
07:20et en particulier
07:21par rapport à ce phénomène du harcèlement.
07:22Justement, quand je vous écoute ce matin,
07:24je me dis qu'on pourra installer
07:25tous les portiques du monde,
07:27mettre des gendarmes,
07:28des policiers partout.
07:30Finalement, ça ne changera rien.
07:31La responsabilité, c'est celle de nous tous,
07:34qu'on soit enseignants, parents, citoyens.
07:38C'est nous qui avons raté quelque chose, là.
07:42Oui, et d'autre part, si vous voulez,
07:44il faut faire attention
07:44de ne pas tout de suite être dans le réflexe
07:47sur on va mettre des solutions simples
07:48qui vont être approuvées par l'opinion publique.
07:50Il n'y a aucun problème.
07:51Mais la recherche montre en continu
07:53depuis des dizaines d'années
07:55que les détecteurs de métaux,
07:57ça ne sert à rien,
07:58que la vidéosurveillance,
07:59ça ne sert à rien
08:00et même qu'il peut y avoir
08:01des effets pervers
08:03au niveau de la fouille des cartables,
08:04par exemple.
08:05Alors bon, c'est quand même terrible
08:06que ce drame se passe en même temps
08:07devant des gendarmes
08:08qui fouillent des cartables.
08:10Bon, mais on le sait,
08:11ça ne fait qu'alimenter
08:13cette espèce d'opposition
08:15entre les jeunes et l'école,
08:17d'opposition entre un quartier
08:18et son école.
08:19L'école, elle doit être du quartier,
08:21pas dans le quartier,
08:22pas une école considérée
08:24comme aller les missionnaires
08:26au milieu des sauvages.
08:28Je suis très choqué
08:29par le discours sur l'ensauvagement,
08:30par le discours du président de la République.
08:32Ce n'est pas son rôle,
08:33ce n'est pas ce qu'il doit dire
08:34sur le déferlement de violence.
08:37Mais les jeunes ne sont pas en train
08:39d'être dans un déferlement de violence,
08:41soyons clairs.
08:42Juste d'un mot,
08:43qu'est-ce qu'il faut faire ?
08:44On a besoin de quoi ?
08:45Pardon, excusez-moi.
08:47On a besoin de quoi, pardon ?
08:48Juste parce qu'on est pressé par le temps,
08:49mais s'il y avait une mesure à prendre, pardon ?
08:52Écoutez, je crois que de toute manière,
08:54il n'y a pas une mesure à prendre.
08:56Il faut prendre le temps de les prendre.
08:59On sait très bien
09:00qu'on a besoin de pédopsychiatrie.
09:02On sait très bien
09:03qu'on a besoin d'améliorer
09:04la santé mentale,
09:05de prendre en charge bien mieux
09:06la santé mentale des jeunes
09:07et pas que des jeunes d'ailleurs.
09:09Mais reconstruire une pédopsychiatrie
09:11qui est sinistrée en France,
09:13ça ne va pas nous prendre une minute,
09:14ça ne va pas nous prendre dix minutes.
09:16Alors oui, bien sûr,
09:18il y a de quoi être inquiet.
09:19Bien sûr, cette évolution est possible
09:20et malheureusement,
09:22elle ne fait qu'alimenter
09:23les discours de haine
09:24et les récupérations.
09:25Merci beaucoup, Éric Debarbieu,
09:26d'avoir été avec nous
09:28et de nous avoir remis aussi
09:29ces chiffres
09:30et ces faits de société
09:32en perspective.
09:33C'était important.
09:34Je rappelle votre dernier livre,
09:36zéro pointé histoire politique.
09:37Merci.
09:38Merci.
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