00:00Le fait que les digues sont en train de craquer, parce qu'en fait, avant de rentrer dans les détails,
00:03ce qu'il faut bien comprendre, c'est que depuis quelques années,
00:05et avec une spectaculaire accélération après la crise sanitaire de 2020,
00:10les digues sont en train de craquer.
00:13Vous avez parlé des chiffres publiés par le ministère de l'Intérieur pour l'année 2025.
00:17On a exactement 15 meurtres ou tentatives de meurtre, ce qui est la même chose.
00:22Un meurtre, c'est une tentative qui est réussie par jour.
00:25Et on a un acte de violence physique hors violence intrafamiliale,
00:30toutes les 2 minutes 30.
00:31Donc ça, c'est la société française aujourd'hui.
00:33Maintenant, vous parlez, et à juste raison, quand on voit l'actualité dramatique de cette semaine,
00:38des mineurs.
00:38La violence des mineurs, me semble-t-il, se résoudra de deux façons.
00:44D'abord, à titre préalable, elle ne se résoudra pas en disant que c'est la fatalité
00:49et que ça continuera à arriver, quoi qu'il arrive, comme l'a dit le ministre de l'Enseignement.
00:53Il n'a pas dit que ça, mais c'était tout de même une phrase un petit peu malheureuse.
00:57Ensuite, pour moi, il faut prendre à bras le corps le problème avec deux grands piliers
01:04qui permettraient, mais en prenant du temps, de corriger cette trajectoire catastrophique.
01:11Le premier, c'est celui que je prône, c'est une expression que j'aurais dû breveter,
01:14j'aurais gagné beaucoup d'argent, un choc d'autorité.
01:16Ce choc d'autorité, pour ce qui concerne les mineurs, à mon sens,
01:22il consiste à, dès le premier délit grave, c'est-à-dire dès la première atteinte aux personnes,
01:28avoir mécaniquement une période de privation de liberté extrêmement courte
01:33si les faits ne sont pas si graves que ça.
01:34Ce qui n'est pas le cas en ce moment.
01:35Ah non, ce qui n'est pas du tout le cas en ce moment.
01:36C'est-à-dire que la première fois que se produit quelque chose
01:38et que le casier du jeune est vierge, entre guillemets,
01:41il a le droit à une seconde chance.
01:43Ah mais, en théorie, il est tout à fait éligible à une peine de prison.
01:49Mais comme ça fait des années que les gardes des Sceaux successifs
01:52et les présidents successifs ont considéré,
01:55dans une vision catastrophique du rapport à l'autorité,
01:57que les peines de prison courtes devaient être supprimées,
02:02on se retrouve avec un certain nombre de situations
02:05où les juges estiment que ce qu'a fait le jeune
02:08n'est pas suffisamment grave pour aller en prison.
02:11Et donc, le jeune ne sent pas, parce que c'est ça le sujet,
02:14ne sent pas la réponse de la société.
02:16Mais justement, votre livre auquel on faisait référence,
02:21c'est assez récent, mais il y a une dizaine d'années
02:22où autour de ça, vous avez publié un autre collage
02:24sur la question de la chute de l'autorité.
02:26L'excellent livre dont on a parlé aussi de Laurent Oberton
02:29sur la France Orange Mécanique, c'est pas récent non plus.
02:31Maurice Berger fait la même analyse que vous
02:35sur la nécessaire sanction.
02:36Ce diagnostic semble s'imposer par les meilleures autorités
02:39et pourtant, globalement, le système résiste.
02:42Comment l'expliquez-vous ?
02:43C'est ça que moi, je ne comprends pas.
02:45C'est que le système résiste,
02:47alors que, si on continue à aller dans votre sens,
02:49quand on regarde les sondages d'opinion
02:50sur les questions de sécurité,
02:52quelles que soient les sensibilités politiques,
02:54y compris les sensibilités politiques les plus à gauche,
02:56sont plus de 50% à souhaiter un retour de l'autorité.
03:01Donc, je ne m'explique pas cette incapacité récurrente
03:05des plus hautes autorités de l'État
03:07à prendre à bras le corps cette problématique.
03:10Il y a des efforts, il y a des choses qui vont dans le bon sens.
03:12Par exemple, le projet de loi que Gérald Darmanin
03:16espère présenter au printemps prévoit des peines de prison
03:20de moins d'un mois, notamment pour ce type de délinquance.
03:24Mais si vous permettez, je voudrais finir le développement.
03:26Je vous ai dit qu'il y avait deux piliers.
03:28Un, donc, ce choc d'autorité avec, et c'est fondamental,
03:31le fait que tout jeune qui commet un acte de violence
03:35et lorsqu'il est interpellé, soit immédiatement sanctionné
03:40par quelque chose qui l'impacte dans sa vie.
03:43Ça peut être une privation de liberté courte,
03:45ça peut être une amende pas forcément très élevée,
03:49mais dont on s'assure qu'elle soit recouvrée.
03:51Il faut que ça lui fasse quelque chose.
03:53Ça, c'est essentiel.
03:54Pourquoi ? Parce que ça matérialise aux yeux du jeune
03:58le fait que tout ce que les gens autour de lui lui auront dit,
04:00parce qu'il y a des gens qui parlent aux jeunes.
04:01Ça lui relève son sentiment d'impunité qui existe en ce moment.
04:04Parce que ne pas faire crée le sentiment d'impunité.
04:07Aujourd'hui, vous avez des gens qui disent aux jeunes,
04:09fais pas le con.
04:10Il y en a plein qui disent,
04:11attention, tu risques d'avoir des problèmes,
04:12d'aller en prison, etc.
04:13Mais si, au moment où il est confronté
04:16pour la première fois à la justice,
04:17il n'y a pas un seul jeune qui va la fleur au fusil devant un juge.
04:20Il se dit, oulala, là, c'est la première fois
04:22que le système m'a chopé, comment ça va se passer ?
04:25Mais si l'impression, c'est qu'il ne se passe rien,
04:28à ce moment-là, ça renforce le sentiment d'impunité.
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