- il y a 6 mois
Le repli de l’inflation est-il durable ?
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00:00Les informés de l'écho, comme chaque samedi avec le Cercle des économistes sur France Info,
00:12à la radio et à la télé, avec bien sûr à mes côtés l'inamovible Emmanuel Cuny.
00:17Bonjour Emmanuel.
00:18Bonjour Nelzana, bonjour à tous.
00:20Mais je m'en réjouis de vous avoir à mes côtés.
00:21On parle pouvoir d'achat aujourd'hui Emmanuel avec nos deux informés.
00:25Bonjour à vous Patrice Joffron.
00:26Bonjour.
00:27Membre du Cercle des économistes, directeur du Centre de géopolitique de l'énergie et des matières premières.
00:32Et à vos côtés Nathalie Chussot, bonjour.
00:35Bonjour.
00:36Économiste, professeur à l'université de Lille.
00:40Le pouvoir d'achat, je le disais Emmanuel, on en parle avec l'inflation qui recule à la fois en France mais aussi dans la zone euro.
00:49Oui, ça va nettement mieux visiblement du côté de la hausse des prix et du ralentissement de cette hausse des prix.
00:55Les chiffres sont tombés cette semaine. Concrètement, les prix à la consommation en France n'ont augmenté que de 0,3% au mois de janvier sur un an.
01:02C'est un net ralentissement puisque au mois de décembre, on était encore à 1% d'inflation.
01:08Alors vous l'avez dit Thomas, effectivement, on baisse également dans la zone euro.
01:12Alors entendons-nous bien, un ralentissement de l'inflation, ce n'est pas une baisse franche des prix.
01:17C'est un ralentissement de leur hausse, c'est-à-dire que les prix augmentent moins vite, mais ils continuent d'augmenter.
01:23Voilà, exactement, c'est ce qu'on dit quand on parle de ralentissement de l'inflation.
01:28Alors pour autant, est-ce qu'on est en train de gagner cette fameuse bataille des prix ?
01:33Est-ce qu'on va payer vraiment moins cher sur le long terme ? C'est toute la question.
01:37Je vous propose de réécouter ce que disait justement à ce sujet le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Gallo.
01:42C'était au mois de septembre sur France Inter.
01:45Quand on regarde notre économie, la Banque de France fait des prévisions indépendantes.
01:50Et nous le faisons en ayant interrogé des entrepreneurs, des milliers d'entrepreneurs sur le terrain, grâce aux femmes et aux hommes de la Banque de France.
01:57Et au fond, il y a deux points d'appui dans une situation qui n'est pas facile, vous l'avez dit.
02:02Mais il y a deux points d'appui positifs. Le premier, c'est la victoire contre l'inflation.
02:06Donc ça c'est bon pour pouvoir l'achat des Français ?
02:07Exactement. Et souvenez-vous, c'était le grand sujet des Français il y a 2-3 ans.
02:11On est revenu aujourd'hui à 1% d'inflation et on ne dépassera pas 2%, qui est notre objectif dans les années qui viennent.
02:18Voilà, c'est très clair. Vous venez de l'entendre dans la voix du gouverneur de la Banque de France, le gardien du temple en quelque sorte.
02:24C'était au mois de septembre, donc je rappelle François Villeroy de Gallo sur France Inter.
02:28Il s'attendait à une inflation de 1%, on est à plus 0,3% aujourd'hui.
02:32Alors comment expliquer ce ralentissement ?
02:34Et puis effectivement, quelles conséquences pour le pouvoir d'achat des Français ?
02:37Et puis quel impact sur la consommation ? Parce que c'est une conséquence effectivement également très importante à observer.
02:43Question qu'on va se poser jusqu'à 10 heures.
02:46Inflation quasi nulle, on peut dire ça comme ça.
02:49Nathalie Chusseau, est-ce qu'on va la ressentir ?
02:51Est-ce qu'on peut le ressentir déjà en termes de pouvoir d'achat ?
02:54Alors c'est toute la question, vous l'avez bien rappelé, ça n'est pas, quand on a un rythme d'augmentation qui ralentit, ça ne veut pas dire qu'on revient au prix d'avant, avant inflation.
03:07Ça c'est fini, on oublie.
03:08Non, ça on n'y retrouve jamais.
03:10Non, on oublie. Et puis en plus, l'impact sur le pouvoir d'achat, il dépend aussi de votre panier de consommation, ce fameux panier de la ménagère.
03:18C'est-à-dire que cette inflation, c'est une moyenne, d'accord ? Donc dans votre panier, tout dépend, l'impact sur vous, sur votre consommation va dépendre de ce que vous consommez, bien évidemment.
03:28Alors il y a des prix qui ont augmenté, puis il y a des éléments, il y a des biens ou des services qui ont baissé.
03:34Alors si je reprends par exemple l'alimentation, depuis 2019, c'est à peu près plus 29%.
03:40Donc ça, quand vous allez faire vos courses, je pense que tout le monde s'est rendu compte qu'on n'avait pas vu beaucoup de baisses.
03:44Après, vous avez des biens qui ont baissé, le textile par exemple, mais vous voyez bien que dans votre consommation, le prix des carburants a récemment baissé.
03:56Et vous voyez bien que ça va, l'impact direct sur les individus vont dépendre de leur panier.
04:00Et les individus, les agents, ils regardent aussi leur facture.
04:04Donc, et quand ils regardent leur facture, ils voient aussi que les prix de leur assurance a augmenté.
04:08Ils voient que les prix des mutuelles ont augmenté.
04:11Donc, globalement, si vous voulez, le ressenti de l'inflation, il est très lié au panier que vous avez et à votre revenu disponible,
04:21c'est-à-dire ce que vous avez réellement dans la poche après avoir payé vos impôts et récupéré vos, reçu des transferts de l'État.
04:27Et donc, évidemment, les revenus, les personnes avec des revenus modestes,
04:32eux, ils ont ces dépenses contraintes comme l'alimentation ou le logement ou l'assurance,
04:36mais ça pèse beaucoup plus pour eux dans l'équation.
04:39Et donc, on ressent moins, quand on est quelqu'un de moins aisé, Patrice Joffron,
04:43on ressent moins ce ralentissement de la hausse des prix ?
04:47Oui, c'est une affaire qui est compliquée parce qu'il y a les statistiques d'un côté,
04:49puis il y a par ailleurs ce qu'on ressent.
04:51On est dans une économie qui, depuis une trentaine d'années, avant qu'arrive le choc de 2022,
04:55n'avait plus connu d'inflation.
04:56Donc, il y a un retour assez violent entre 2022-2024, plus 14%.
05:01Donc, il y a évidemment un effet de mémoire.
05:05D'ailleurs, on va le retrouver.
05:06On parlera sans doute un peu plus tard d'épargne.
05:08Il y a une épargne de précaution qui est liée à ce choc assez largement.
05:13Néanmoins, si on veut mettre en avant deux, trois éléments positifs,
05:16les salaires du privé augmentent de 2% alors qu'on a une inflation très, très bas, 0,3%,
05:22mais qui est liée un peu à la période de solde comparativement au nombre de jours de solde il y a un an.
05:27En réalité, on est plutôt aux alentours de 1%.
05:29Donc, le pouvoir de l'achat, cette histoire des soldes ?
05:32Alors, très concrètement, en janvier 2025, il y a eu 13 jours de solde.
05:40Alors qu'en janvier 2026, il y a eu 18 jours de solde.
05:43Voilà.
05:44Donc, il y a eu plus de jours avec des prix bas.
05:46J'ai appris tout ça ce matin en me levant.
05:47Ce qui explique que l'inflation soit moins élevée.
05:51Soit vraiment très décalée par rapport à la moyenne européenne qui est plutôt à 1,7%.
05:56Mais si on laisse ça de côté, on est dans une tendance à l'amélioration du pouvoir d'achat.
06:01Mais encore une fois, et Nathalie l'a dit assez largement, tout est lié à la composition de votre panier.
06:07Les ménages les plus modestes ont des consommations dans lesquelles l'alimentation et l'énergie pèsent plus.
06:14Or, ce sont les deux postes qui, au cours de ces dernières années, ont subi le choc le plus violent.
06:19Est-ce qu'on peut, Emmanuel, est-ce que vous aussi, vous relativisez finalement ce ressenti, ce décalage qu'il peut y avoir entre, d'un côté, les chiffres de l'inflation,
06:27qui sont incontestables à moyenne, l'inflation se replie, mais on ne se ressent pas forcément quand on va faire nos courses ?
06:34Ça a déjà été dit, mais on peut rentrer effectivement dans le détail.
06:37Il faut vraiment faire un modérato parce qu'il y a plein, effectivement, d'éléments qui rentrent en jeu.
06:42On a parlé de l'alimentaire, l'agroalimentaire.
06:44Il y a le logement, le transport, l'énergie.
06:47Donc, tout ça, ça pèse vraiment beaucoup.
06:50Il y a, sur le plan, par exemple, du logement, un sondage qui a été publié cette semaine,
06:56un sondage Odoxa pour le promoteur immobilier Nexity.
06:59Et cette enquête montre que 57%, donc, grosso modo, 60% des Français interrogés,
07:04considèrent l'inflation et le pouvoir d'achat comme leur priorité aujourd'hui au quotidien,
07:10avec, encore plus comme priorité, la question du logement en matière de dépense.
07:15La hausse des prix se constate aujourd'hui dans 80% des villes de plus de 100 000 habitants.
07:2080% des villes de plus de 100 000 habitants où on paye plus cher les logements.
07:25Et puis, l'alimentation, je n'y reviendrai pas en détail.
07:27Autre poste essentiel, exception.
07:29Donc, les prix ont quand même augmenté.
07:31Nathalie Chusseau, vous disiez 29%.
07:33On est là, je crois, on est passé de 1,7% à 1,9% entre décembre et janvier.
07:39Donc, on voit que ça continue quand même d'augmenter du côté de l'agroalimentaire.
07:42C'est ça. Et on parlait du logement.
07:43Vous nous parlez du logement, Emmanuel.
07:45Là, c'est un poste de dépense très important.
07:46Ça peut aller jusqu'à la moitié, quasiment, de ces ressources.
07:50Et les loyers, eux, ils ne baissent pas.
07:52Absolument. Donc, c'est ce qu'on appelle les dépenses contraintes.
07:54Tout ce qu'on a cité là, le logement, la facture d'électricité, la facture d'énergie et l'alimentation.
08:01Ça, ça pèse énormément dans votre budget.
08:03Et plus vous avez un revenu modeste, plus cela pèse.
08:06Ce qui explique, vous avez entendu qu'il y avait plus d'un tiers des ménages qui avaient du mal à payer leurs factures d'électricité.
08:13Vous avez des ménages qui réduisent leur consommation de viande, etc.
08:17Et donc, ça, évidemment, on voit que c'est un vrai sujet pour ces ménages.
08:21Et sur les prix de l'électricité, justement, de l'énergie, Patrice Geoffron, vous qui êtes un grand spécialiste de cette question,
08:27ça, c'est quasiment sûr qu'ils vont continuer à augmenter ?
08:30Non, ce n'est pas sûr.
08:31Ah, ce n'est pas sûr.
08:32Ce n'est pas sûr.
08:32Parce qu'en fait, c'est fonction de mécanismes de marché sur lesquels il peut y avoir des hausses et des baisses.
08:38Et très concrètement, le tarif d'électricité qu'on va payer à la maison va fluctuer plus largement en fonction des prix de gros.
08:45Et si on regarde un peu plus largement le prix du gaz, le prix du pétrole,
08:48il a plutôt eu tendance à baisser très significativement durant l'année 2025.
08:52Et d'ailleurs, l'inflation à des niveaux très bas dont nous parlons est liée au reflux des prix de l'énergie.
08:58Peut-être juste un point en trois secondes.
09:00Ce qui est important, c'est de noter la différence entre l'INSEE et la perception.
09:04Il y a eu une enquête qui a été publiée il y a quelques mois.
09:06À un moment, on était à des niveaux d'inflation à peu près de 2%.
09:08Et nos concitoyennes et concitoyens qui étaient enquêtés disaient que leur perception était d'une inflation à 16%.
09:16À 16%, donc en décalage complet.
09:18C'est comme la météo, en fait.
09:19Il y a la température réelle et l'effet ressenti.
09:21Exactement.
09:22Les informés de l'écho reviennent dans quelques secondes sur France Info.
09:27Le temps des grands titres de l'actualité de ce samedi matin 9h49 avec Diane Ferschit.
09:3380 organisations appellent à manifester contre la nouvelle proposition de loi Duplon.
09:38Des mobilisations prévues dans une trentaine de villes aujourd'hui et demain contre le texte déposé en début de semaine.
09:44Texte pour la réintroduction de deux pesticides interdits.
09:47Le projet de primaire à gauche en vue de la présidentielle n'est pas suffisant pour Boris Vallaud, le chef des députés socialistes.
09:54Dans le Nouvel Obs, il propose un autre chemin pour construire une coalition la plus large qui soit.
09:59En préalable, estime-t-il, il doit y avoir la désignation d'un candidat par le PS.
10:04Il s'applique à partir d'aujourd'hui un nouveau décret pour les passagers aériens.
10:08Il change les modalités d'indemnisation en cas de retard ou de vol annulé.
10:12Les procédures risquent de devenir plus longues mais aussi plus coûteuses.
10:17Les négociations avec l'Iran vont se poursuivre la semaine prochaine.
10:20Déclaration de Donald Trump, les pourparlers qui sont en cours à Oman.
10:23Selon le président américain, les discussions sont très bonnes.
10:27Il affirme à nouveau que l'Iran semble vouloir absolument conclure un accord.
10:31Et toujours en compagnie de Nathalie Chusso, économiste, et de Patrice Joffron,
10:48directeur du centre de jeux politiques de l'énergie et des matières premières.
10:51On parlait de l'inflation en repli, de ses conséquences sur le pouvoir d'achat.
10:56Quelles conséquences, Emmanuel Cuny, sur la consommation des ménages,
11:00qui est un facteur important pour avoir de la croissance, bien sûr ?
11:03Alors, bonne question. Thomas Séchier, c'est bien vous.
11:05C'est bien moi. Et on embrasse Adrien Beck.
11:07Il y a toujours un décalage entre la hausse ou la baisse des prix
11:13et l'impact direct sur la consommation.
11:15Il faut attendre toujours un petit peu.
11:17Mais les derniers indicateurs de l'INSEE montrent ce qui peut apparaître effectivement
11:21comme un impact positif de la baisse des prix sur l'ensemble du dernier trimestre.
11:25L'ensemble du dernier trimestre, donc le quatrième 2025,
11:28la consommation des ménages en biens s'est accélérée plus 0,4%.
11:32La consommation d'énergie ralentit un peu et la consommation alimentaire est stable.
11:37Est-ce le début justement de ce fameux impact de la baisse des prix sur la consommation ?
11:42C'est toute la question.
11:43Et puis voir si on peut transformer l'essai et si oui, comment accompagner ce mouvement ?
11:47Nathalie Chusseau, est-ce qu'on achète plus quand les prix se stabilisent ?
11:53Alors, en théorie, oui.
11:54Donc ça a été dit effectivement, si votre inflation se réduit
11:58et que, Patrice l'a dit, que les salaires,
12:02alors il a précisé les salaires du privé, ça n'est pas vrai pour le public.
12:06Ça n'est pas vrai pour toi et moi.
12:07Nous deux, ça n'est pas vrai.
12:09Mais que les salaires du privé continuent à augmenter.
12:14Et donc, effectivement, on va gagner en pouvoir d'achat.
12:18D'ailleurs, la Banque de France estime qu'on aura 1% de plus de consommation.
12:23Mais tout ça, évidemment, ça dépend, là encore, dans quel secteur vous travaillez,
12:27si votre salaire a plus ou moins augmenté.
12:28Mais globalement, on pense que ça va avoir un effet sur la consommation
12:31et puis aussi sur les exportations, parce que les prix intérieurs sont moins élevés.
12:37Alors, après, le problème, c'est encore faut-il que nous consommions
12:42et que nous n'utilisions pas ce surplus de pouvoir d'achat pour épargner, par exemple.
12:50C'est ça l'équation, Patrice Joffron.
12:51Parce que quand on a de l'argent, il y a deux façons.
12:54Soit on le place, soit on le dépense.
12:57Vous avez tout dit.
12:57Oui, oui. Et ce qu'on observe, évidemment, dans un environnement à la fois international et national
13:02qui est assez anxiogène, en tout cas, qui est dominé par l'incertitude,
13:06il y a un taux d'épargne qui est particulièrement élevé,
13:08de l'ordre de 19% du revenu disponible.
13:11C'est intéressant, 6600 milliards d'euros, c'est notre épargne collective, l'épargne privée.
13:17Donc, c'est évidemment assez remarquable et assez problématique,
13:21parce qu'évidemment, cet argent qui est thésaurisé, eh bien, il ne concourt pas à la consommation ou à l'investissement.
13:31Même si, pour l'argent qui est sur le livret A, par exemple, il participe d'une certaine façon à financer le logement social ?
13:37Oui, oui, non, tout à fait. Donc, il y a des nécessités, évidemment, dans ces domaines.
13:41Mais de fait, on observe qu'on a plutôt une position d'attente
13:44et qui peut s'expliquer, pas uniquement, encore une fois, par l'incertitude internationale,
13:48par également notre incertitude pour un domaine qui m'est cher,
13:52par exemple, pour des investissements susceptibles d'être faits dans l'efficacité thermique du logement,
13:57pour réduire les consommations d'énergie.
13:59Eh bien, il y a une politique publique de MaPrimeRénov' qui est fluctuante,
14:03qui est remise en question tous les deux mois.
14:04Et donc, ça conduit plutôt à attendre qu'à investir ou consommer dans ces domaines.
14:11Et puis, par ailleurs, évidemment, tout ce qu'on a vécu durant cette année,
14:14qui a quand même été une année assez singulière,
14:16les droits de douane qui arrivent, qui reviennent, qui montrent, qui descendent,
14:19évidemment, tout ça a plutôt tendance à conduire, à attendre et à voir tout dernier élément.
14:26Il est évident que plus on a des difficultés à établir un budget,
14:29plus il y a une incertitude sur ce que va être le niveau des impôts à l'avenir.
14:33Et donc, il peut y avoir la tentation assez logique de garder de l'argent de côté
14:38dans la perspective de variation de la fiscalité.
14:41Budget qui a été adopté définitivement cette semaine.
14:45Emmanuel, un mot sur le niveau d'épargne en France qui est particulièrement élevé.
14:49Pourquoi ?
14:50Alors, le chiffre a été soulevé et cité par Patrice Joffron.
14:55On est aujourd'hui à 19% de taux d'épargne.
14:58Qu'est-ce que ça veut dire concrètement ?
14:59Enfin, vous l'avez dit, c'est en gros, on épargne 19% de nos revenus disponibles.
15:04En tout cas, celles et ceux qui le peuvent.
15:06Évidemment, tous les Français ne peuvent pas épargner.
15:09On peut noter quand même que pour le livret A, on est, je crois, à 55-56 millions de Français
15:13qui ont un livret d'épargne défiscalisé.
15:17Donc, on voit qu'il y a un problème.
15:19La question que vous posiez, Thomas, c'est pourquoi un taux d'épargne si élevé ?
15:22Finalement, là, les économistes vont, je pense, nous le confirmer.
15:25C'est que les Français n'aiment pas le risque.
15:27On n'aime pas le risque.
15:28On est dans une période d'incertitude.
15:30Donc, l'idée, c'est peut-être pour reprendre un peu de ces 6600 milliards d'euros
15:34qui sont dans l'épargne aujourd'hui.
15:36Alors, c'est très large.
15:37C'est les livrets, l'assurance-vie, les actions à la bourse, etc.
15:41Mais c'est une partie de l'argent qui pourrait être réinjectée dans la consommation et l'investissement.
15:46Comment inciter les Français à prendre plus de risques fiscalement, peut-être,
15:51mais enfin, surtout en termes d'épargne ?
15:52Peut-être en diminuant le taux de rémunération du livret A, Nathalie Chusso ?
15:56Oui.
15:57Ça a encore baissé et ça peut inciter les Français à réinjecter l'argent directement dans l'économie, du coup ?
16:02Oui.
16:02Alors, c'est vrai qu'on voit, par exemple, un transfert important vers, on l'a dit, l'assurance-vie.
16:08Ça représente à peu près 2 000 milliards, l'assurance-vie.
16:11Pour une raison simple, c'est que le taux de rendement, le capital d'abord est garanti
16:16et le taux de rendement est à peu près de 2,5%, 2,6%.
16:19Donc, c'est bien au-delà de la fashion et c'est bien au-delà des livrets A, bleus, etc.
16:25Donc là, on voit qu'il y a une rationalité.
16:27On dit souvent que les Français sont irrationnels dans l'épargne, ils sont rationnels.
16:31Deuxième remarque, tout le monde...
16:32Alors, beaucoup de Français épargnent, y compris des Français modestes,
16:37mais 60% des épargnants sont des personnes à revenus aisés, élevés.
16:42Et les deux tiers des épargnants sont des gens qui ont plus de 55 ans.
16:46C'est normal parce que vous avez accumulé, c'est à ce moment-là que, voilà,
16:49on n'épargne pas quand on est jeunes ou un petit peu...
16:51De plus en plus, on voit des jeunes qui prennent d'ailleurs davantage de risques.
16:54Mais globalement, ce sont plutôt les personnes plus âgées et qui ont les moyens d'épargner.
16:59Et la raison a été donnée, effectivement, pour des raisons de précaution,
17:03d'instabilité politique nationale, internationale.
17:05Et les personnes plus âgées épargnent aussi pour leur retraite,
17:09instabilité sur l'avenir des retraites, donc on épargne,
17:13pour sa dépendance, son autonomie,
17:17et aussi pour transmettre à ses enfants ou à ses descendants.
17:20Donc, pour toutes ces raisons, Patrice Geoffron,
17:23il faut s'attendre à ce que les Français continuent d'épargner massivement,
17:26même si les prix ralentissent et ne consomment pas plus, finalement.
17:31On sera toujours tenté de placer notre argent.
17:33En tout cas, tant que le bazar prédominera,
17:37si l'année 2026 est aussi compliquée en France et au-delà,
17:41et notamment outre-Atlantique,
17:46la tentation de continuer à des niveaux d'épargne aussi élevés va sans doute perdurer.
17:50Donc, il faut se donner de la visibilité.
17:52Et il est à craindre que nous sortions très progressivement du brouillard durant cette année.
17:59Donc, il ne faut pas attendre de basculements massifs.
18:02Et d'ailleurs, ce qu'on a vu, votre question, c'était baissons le taux du livret A et nous allons consommer.
18:07On observe plutôt, Nathalie l'a dit, un transfert vers l'assurance.
18:10Et ça pose également un problème intergénérationnel.
18:13On est dans une société qui vieillit.
18:15L'épargne est concentrée sur les besoins du troisième et du quatrième âge.
18:20Et évidemment, tout ça, et nous sommes universitaires tous deux,
18:23est un grand sujet de préoccupation pour nous-mêmes et nos étudiants et étudiantes.
18:27Et ce sera le mot de la fin.
18:29Merci à vous deux, Nathalie Chusseau, Patrice Joffron.
18:33Merci à vous également, Emmanuel Cuny.
18:34On vous retrouve le week-end prochain pour les informés de l'écho sur France Info.
18:37Bonne journée.
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