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  • il y a 1 an
L'inflation est-elle un "traumatisme"? C'est le mot qu'emploie le patron des Magasins U, Dominique Schelcher, pour décrire une chose très simple: même si nous sommes sortis des folles années d'inflation (2022-2024), nos modes de consommation restent profondément marquées par la hausse des prix.

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Transcription
00:00Le dossier du 20h BFM sur le traumatisme de l'inflation.
00:03Alors traumatisme, je l'ai répété plusieurs fois ce soir,
00:05mais c'est le mot qu'emploie le patron des magasins U, Dominique Schellcher,
00:08pour décrire une chose très simple.
00:10Même si nous sommes sortis des folles années de l'inflation,
00:132022, 2023, 2024,
00:15nos modes de consommation restent profondément marqués
00:17par cette hausse des prix.
00:19Bonsoir Olivier Dauvet.
00:20Bonsoir Maxime.
00:20Merci d'être la spécialiste de la consommation et de la grande distribution.
00:24On va parler de ces caddies moins remplis,
00:26de ces courses qu'on fait plus fréquemment, etc.
00:28Mais juste une chose,
00:29certes on est sortis de l'inflation galopante et complètement folle qu'on a vécu,
00:34mais les prix sont beaucoup plus élevés aujourd'hui qu'il y a trois ans.
00:38Ah oui, à peu près 20% si on parle d'alimentaire,
00:41et ils ne baisseront pas pour une raison simple,
00:43c'est que dans les prix il y a une composante qu'on appelle la main d'oeuvre,
00:46les salaires, on ne les fait pas varier au gré des années,
00:49il y a des bonnes années, des mauvaises années.
00:51Et les salaires eux ont augmenté aussi.
00:52Bien sûr, et c'est bien, c'est d'ailleurs pour ça que le pouvoir d'achat,
00:55quand on le regarde en macroéconomie, a été préservé,
00:58puisque les salaires ont progressé, au moins globalement,
01:00au même niveau que l'inflation.
01:02Donc on ne va pas faire revenir les salaires où ils étaient il y a trois ans
01:05pour que les prises alimentaires, entre autres, baissent.
01:07Donc évidemment, l'inflation, ça marche par palier.
01:10Une fois qu'on a atteint une marche,
01:12eh bien on ne revient pas derrière.
01:14Sauf que là, après cette marche, il y en a d'autres.
01:15On regardait tout à l'heure,
01:17c'est Le Monde qui donnait ces chiffres-là cet après-midi.
01:19En mars, hausse des prix des légumes frais,
01:21des prix des légumes frais, plus 5,5%.
01:24Les fruits frais, plus 3,4%.
01:26Ça, c'est pour le mois de mars.
01:28Ça veut dire que sur certaines catégories, ça continue à augmenter.
01:31Oui, mais sur d'autres, ça baisse.
01:32Les pâtes alimentaires, par exemple,
01:34on est plutôt en légère, légère déflation.
01:37Des produits comme les fruits et légumes,
01:38il faut être extrêmement prudent sur l'évolution des prix
01:40parce que c'est des produits de cours.
01:42Les prix varient tous les jours.
01:43C'est des produits saisonniers.
01:45Il y a une bonne récolte, les prix baissent.
01:46S'il y a une mauvaise récolte, ils montent.
01:48Donc, globalement, si on le regarde au-delà d'une catégorie ou deux,
01:51on est à peu près stable.
01:53Alors, il y a un tout petit peu d'inflation alimentaire cette année.
01:55On est à 1,5% depuis le début de l'année.
01:57Je veux dire, 1,5% quand on a connu 20%.
01:59Autant vous dire que, sur le principe,
02:01on ne doit pas s'en rendre compte beaucoup quand même, si on est honnête.
02:04OK. Votre boulot, c'est de regarder comment on consomme.
02:06Oui.
02:06Comment on se comporte, nous, notamment dans les grandes enseignes,
02:09dans la grande alimentation, la grande distribution.
02:12Je vais y arriver.
02:13Qu'est-ce que vous, vous constatez comme changement ?
02:16Pour faire simple, on a le pied sur le frein.
02:18Ça veut dire qu'on se sent toujours contraint par l'inflation
02:21parce que, malgré tout, on a eu pendant une dizaine d'années
02:24des repères prix qui n'ont pas bougé.
02:26Un paquet de pâtes d'une grande marque, ça valait 80 centimes.
02:30Désormais, ça vaut 1 euro.
02:31Donc, il y a plein de repères comme ça qui ont changé,
02:33qu'on n'a pas encore totalement intégrés.
02:36Donc, ça, c'est le premier point.
02:37Ensuite, il y a une forme de hiérarchisation de la consommation.
02:40Moi, ce qui me frappe quand je regarde l'évolution des ventes
02:41dans les hyper et les super,
02:43c'est derrière une moyenne d'évolution de la consommation
02:46qui est à peu près à zéro.
02:47Vous avez des marchés qui reculent.
02:48L'hygiène, parce que, quitte à vous choquer,
02:51on n'est pas obligé de se laver les dents.
02:53Alors, c'est mieux.
02:53Ça, je vous l'accorde.
02:54Mais ce n'est pas une obligation.
02:55Alors que manger, c'est obligatoire.
02:57Et donc, on a des produits indispensables
03:00qui sont préservés.
03:01L'épicerie salée, l'épicerie sucrée,
03:03les produits laitiers.
03:04Et des produits moins indispensables
03:06sur lesquels on fait des arbitrages
03:08et on les achète moins.
03:08Les alcools, par exemple.
03:10La bière, les boissons en général.
03:13Parce qu'on peut dans l'absolu boire de l'eau au robinet.
03:15Mais on est obligé de boire.
03:16Donc, en fait, il y a cette forme de hiérarchisation.
03:18Ce qui est indispensable et ce qui l'est moins.
03:21Les caddies moins remplis, mais plus fréquemment ?
03:24Oui, parce qu'on fractionne nos achats.
03:26C'est une façon, comment dire,
03:27d'avoir la main sur son portefeuille.
03:29Quand vous êtes un peu tendu
03:30ou quand vous avez le sentiment de l'être,
03:32parce qu'évidemment, il y a beaucoup de ressenti
03:33sur ce sujet,
03:34eh bien, vous avez plutôt envie de faire
03:36plus souvent pour moins cher.
03:38C'est exactement ce qu'on a connu
03:40sur le plein d'essence
03:41il y a 4 à 5 ans,
03:42quand on était au plus haut.
03:43On roulait alors, certes,
03:44un tout petit peu moins qu'avant.
03:46Mais on allait surtout faire plus souvent
03:47pour mettre moins dans le réservoir.
03:50Parce qu'on avait ce sentiment de maîtrise.
03:51Et en fait, c'est ça que les consommateurs disent
03:53quand ils vont plus souvent
03:55et qu'ils achètent moins.
03:55C'est qu'ils veulent reprendre la maîtrise
03:57de leurs achats
03:58pour ne pas subir ce qu'ils voient
03:59comme une pression.
04:00C'est-à-dire l'inflation, les prix
04:01et cette espèce d'obsession qu'il y a
04:04moins cher, mais on a quand même du mal.
04:06Vous parliez de sensation.
04:08Est-ce qu'en faisant ces courses
04:10plus souvent,
04:11alors pas au juste prix,
04:13mais vraiment pour ce qu'on mange
04:14pour la semaine,
04:15au final, on y gagne
04:16ou c'est simplement pour se rassurer ?
04:18Il faut être honnête.
04:19Sur ce sujet-là,
04:20le ressenti est notre moteur.
04:22Parce que si on regarde en macroéconomie,
04:24je ne sais pas si vous savez
04:25de combien le pouvoir d'achat
04:26a augmenté l'année dernière en France.
04:281,5%.
04:29On fait un sondage dans la rue,
04:30il n'y a pas un Français
04:31qui vous dit que c'est ça.
04:33Encore une fois,
04:34derrière cette moyenne,
04:35il y a des situations individuelles.
04:36On fait trois pas dans la rue,
04:37on va trouver des malheureux.
04:38Je veux dire,
04:38je suis bien lucide sur ça.
04:40Mais ça veut dire que
04:41la réalité des chiffres
04:42n'est pas notre moteur
04:43à nous consommateurs.
04:45La perception, elle l'est.
04:46Et donc, on agit toujours
04:47en fonction de la perception.
04:49Et comme on a le sentiment
04:50d'avoir moins qu'avant,
04:52on se comporte
04:53comme si on avait vraiment
04:54moins qu'avant.
04:55Surtout que dans le même temps,
04:56je vous rappelle,
04:57on met de plus en plus
04:58dans le petit cochon.
04:59La tirelire, l'épargne.
05:00En cinq ans,
05:01on est passé de 14%
05:02de notre revenu
05:03à 18%
05:05de notre revenu
05:05qu'on épargne.
05:06C'est énorme
05:07quand on résonne
05:07à l'échelle d'une population.
05:08Mais il y a aussi
05:09les produits plaisir
05:10qui tirent un peu
05:10l'orépingle du jeu.
05:11Oui, parce que c'est
05:11des plaisirs accessibles.
05:13Par exemple,
05:14c'est le sucre,
05:15tout ce qui est sucré.
05:16Pourquoi la confiserie ?
05:17Pourquoi le chocolat ?
05:18Pourquoi le chocolat
05:19Dubai Style ?
05:20Vous vous rappelez ?
05:21Non, mais c'est très intéressant
05:23parce qu'on vous a vendu
05:24du chocolat
05:25à un prix,
05:26mais alors stratosphérique.
05:27Et on l'a acheté.
05:28Vous savez quoi ?
05:30Vous l'avez acheté ?
05:31La semaine dernière,
05:32mon fils m'a fait une scène
05:34pour acheter ce chocolat.
05:35Une demi-plaque de chocolat.
05:37Oui.
05:37Vous l'avez payé 5 euros.
05:38Oui ?
05:398 euros.
05:408 euros ?
05:41Vous êtes un mauvais consommateur.
05:43Oui, mais vous savez quoi ?
05:44Caisse automatique,
05:45vous arrivez,
05:45le fils passe derrière.
05:46Hop là, on bip,
05:47on pose dans le truc.
05:488 euros.
05:48C'est une très bonne illustration
05:49parce qu'avec quelques euros,
05:50alors encore une fois,
05:51peut-être que 8 euros
05:52pour les uns,
05:53c'est beaucoup,
05:53c'est pas beaucoup pour d'autres,
05:54mais le principe
05:55qu'il faut avoir en tête,
05:56c'est pour quelques euros,
05:57vous faites plaisir.
05:58Qu'est-ce qu'il y a
05:59comme autre produit
05:59dans la consommation ?
06:01Vous avez une enseigne
06:02qui joue là-dessus,
06:03c'est Action.
06:03Parce qu'avec quelques euros,
06:05vous pouvez faire vos courses.
06:06Et moi, j'aime à dire
06:07Action rend riche.
06:08Et c'est pour ça
06:09que c'est l'enseigne préférée.
06:10Parce qu'avec quelques euros,
06:11vous pouvez malgré tout
06:11exercer ce geste de consommation.
06:13C'est 80% des articles
06:14à moins de 2 euros.
06:14Oui, bien sûr.
06:15Donc, ça vous rend riche.
06:16La plupart de ces produits
06:17ont une TVA à 5,5.
06:19Si on fait une TVA sociale
06:21ou si on augmente la TVA,
06:22est-ce qu'il y a une capacité
06:23du système à écraser
06:24cette hausse
06:25par des réductions de marge,
06:27par des promotions,
06:27par la concurrence ?
06:28Alors, on espère toujours
06:30que les prix soient maîtrisés
06:32par des marges
06:32que les distributeurs
06:33comprimeraient.
06:34On va appeler un chat un chat.
06:35Les marges des distributeurs
06:36aujourd'hui,
06:36c'est 2%
06:38de leur chiffre d'affaires net.
06:39Alors, certains évoquent
06:41du 30-40%
06:42parce qu'ils mélangent allègrement
06:43la marge brute
06:44qui sert quand même,
06:45je vous le rappelle,
06:45à payer les salaires
06:46et la marge nette
06:47qui est ce qui reste dans la caisse.
06:48Donc, quand on accepte
06:49de le regarder posément
06:51sans être pour ou contre,
06:52c'est 2%.
06:53Alors oui,
06:53on peut considérer
06:54qu'ils ont encore du gras.
06:55Pas beaucoup.
06:56Parce que 2%,
06:57vous n'êtes pas loin
06:58du niveau d'équilibre.
06:59Ça veut dire que
07:00si vous pilotez mal,
07:01vous passez de l'autre côté du zéro,
07:03vous perdez de l'argent.
07:04Je vous rappelle
07:04qu'il y a une enseigne
07:05qui a perdu beaucoup d'argent
07:06pendant quelques années,
07:07ces casinos.
07:08Ça n'existe plus.
07:09Donc, malgré tout,
07:10il y a quand même le risque
07:10et une pérennité économique
07:12qu'on n'obtient
07:12que parce qu'on est au moins
07:13un peu rentable.
07:14On parlait de ressentis
07:15et ça rejoint ce que dit Christophe.
07:16Le fait d'entendre
07:17cette semaine
07:18que tous les Français
07:19vont devoir faire des efforts,
07:20c'est ce que disait François Bayrou,
07:21qu'effectivement,
07:23on pourrait éventuellement
07:23augmenter la TVA,
07:24qu'il y a des incertitudes,
07:25des plans sociaux, etc.
07:26Très mauvais signal.
07:27Tout ça,
07:27ça pèse encore plus
07:28sur ce que l'on vient de dire.
07:29Bien sûr,
07:30ça va alimenter l'épargne
07:31parce que quand vous avez peur
07:32de l'avenir,
07:33il y a deux conséquences.
07:34D'abord,
07:34vous mettez plus
07:35dans la tirelire
07:36parce que vous dites
07:36si demain est dur,
07:38je veux pouvoir m'en sortir
07:39et deuxièmement,
07:40vous repoussez
07:41certaines décisions d'achat.
07:42Quand vous êtes inquiet
07:43pour demain,
07:44est-ce que le canapé
07:45que vous aviez prévu
07:45de changer samedi
07:46en allant dans une grande surface
07:48en couple pour choisir,
07:49est-ce que vous dites
07:49bon,
07:50on va le changer
07:50l'année prochaine ?
07:51Ça peut attendre.
07:52Il y a tout un tas
07:53de dépenses comme ça
07:54qui sont repoussables
07:55dans le temps
07:55qui sont dépendantes
07:57du moral des ménages.
07:58Et là,
07:59on dit quand même
07:59aux consommateurs
08:00attention,
08:00les temps sont durs.
08:01Quand les temps sont durs,
08:02qu'est-ce qu'on fait ?
08:02On se replie dans la coquille.
08:04L'écureuil,
08:04quand il sent l'hiver arriver,
08:05il met des noisettes
08:06dans les troncs d'arbres.
08:07On va faire pareil.
08:09Excusez-moi d'être un peu bête
08:10dans mes analogies.
08:11La marmotte,
08:12elle met le chocolat
08:13dans le papier d'alu.
08:13C'est ça,
08:14dans le chocolat Dubaï.
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