00:00Voir ou ne pas voir Amnette, telle est la question à laquelle on va tenter de répondre dans ce Face à Face Critique.
00:30Les femmes et ma famille voient des choses.
00:33Qu'est-ce que tu vois ?
01:00C'est vrai qu'au départ, la photo est assez sublime, les couleurs sont magnifiques et il y a quelque chose de très organique dans le film, dans la description de ses décors, dans le lien à la nature, mais aussi la transpiration sur les peaux, la saleté, etc.
01:17Il y a vraiment quelque chose d'extrêmement, une sorte de réalisme en couleurs qui réussit vraiment bien, je trouve, à la première partie du film.
01:24Même si c'est vrai que de voir Madame Shakespeare partir accouchée dans les bois, tel un animal magnifique cramponné à son vieux tronc d'arbre, le doute commençait à me venir.
01:39C'est étrange que d'un point de départ aussi féministe, qui consiste à dire qu'on va un peu écarter Shakespeare pour s'intéresser à la Madame derrière, ce que le film dessine, et c'est là où il me semble qu'il est un peu étrange et un peu entre deux,
01:54c'est un homme qui a besoin d'une très forte réalisation sociale, qui va devoir s'arracher à sa famille, à ses enfants, etc. pour aller devenir le plus grand dramaturge de tous les temps qu'on connaît,
02:07et d'une femme qui finalement est naturellement, intrinsèquement liée à sa famille, la nature, sa petite forêt, et quelque chose qui serait de l'ordre d'un organisme féminin.
02:23Et je trouve que là, le film vraiment nage dans des eaux un peu troubles.
02:30Moi j'aime beaucoup ce que Chloézo arrive à glisser dans son film, c'est-à-dire vraiment des notations de fantastique,
02:35puisqu'effectivement on sait très vite qu'un des enfants va mourir, il se trouve qu'il y a un suspens pour savoir quel va être l'enfant,
02:41et elle le mène d'une manière vraiment intéressante, avec vraiment une irruption du fantastique.
02:46Il y a comme des fantômes qui traversent le film comme ça, et ça donne vraiment des scènes très très fortes.
02:50Et puis il y a une espèce de crescendo finale vraiment extraordinaire sur la création proprement dite de la pièce.
02:56Voilà, c'est vraiment bouleversant, je pense qu'on était beaucoup à l'issue de la projection de presse à sortir avec les yeux plus qu'en buée.
03:03Le film est très fort parce qu'évidemment il y a un côté pathos évident,
03:07mais il y a cette idée de la puissance cathartique de l'œuvre d'art, et cathartique et collective.
03:13C'est-à-dire vraiment c'est la réunion des acteurs, du metteur en scène, qui est Shakespeare, de l'auteur sur la scène,
03:18devant un public, et tout le monde communie sur cette puissance de l'art,
03:23et en quoi vraiment il y a quand même une tragédie peu inspirée une œuvre d'art qui est devenue mondialement célèbre,
03:29et qui permet vraiment de sublimer un deuil, et de ressortir, sinon grandie, du moins peut-être un peu meilleure d'une telle épreuve.
03:38Et puis dans le rôle principal, c'est Jessie Buckley.
03:54Alors elle est dans un rôle un peu à performance, c'est-à-dire, Marie l'a dit, elle a le côté un peu femme sorcière, elle écrit beaucoup.
04:00La puissance du deuil fait qu'à un moment on est vraiment dans un jeu presque animal, très fort.
04:05Alors, après j'ai vu pire que ça, dans l'aspect performance à Oscar.
04:11Alors évidemment, ça m'a raison, et moi aussi, j'ai pleuré à la fin.
04:14Mais j'ai pleuré parce qu'on me les a arrachés avec tellement de force, ces larmes.
04:18C'est-à-dire que l'agonie interminable de l'enfant, c'est déjà quelque chose,
04:24mais alors après, c'est vrai qu'il y a cette représentation théâtrale.
04:27Alors elle, elle n'a rien fait de son deuil, Agnès, ça fait un an qu'elle rumine sa douleur, etc.
04:33Pendant ce temps, Monsieur créait, Monsieur a trouvé la catharsis, et là, elle assiste au spectacle.
04:41Et il y a cette phrase qui est « et le reste est silence ».
04:44Et sauf que le film ne prend pas du tout ce chemin-là,
04:48c'est-à-dire que non seulement on a les larmes des personnages,
04:51les gros plans sur les visages, et la musique de Max Richter,
04:54c'est-à-dire pas du tout du silence, l'inverse du silence,
04:57des cordes qui vous percent le cœur, évidemment qu'on chiale.
05:01J'allais dire, c'est programmatique, c'est fait pour, c'est bâti pour.
05:04Alors, ce n'est pas désagréable, ça ne fait pas un grand film.
05:07Je ne vote pas aux Oscars, et ça tombe bien, parce qu'Amnet, c'est bof.
05:10Et moi, je regrette de ne pas voter aux Oscars, parce qu'Amnet, c'est très bien.
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