00:00C'était l'un des chocs du dernier Festival de Cannes, où il a remporté le prix du jury ex-aequo avec Sirat d'Olivier Latchey.
00:07Cette semaine, on parle des échos du passé de Masha Chilensky.
00:30Sous ce titre, qui évoque un peu un roman de Daniel Steele à l'eau de rose, et je ne blague pas, ça a été le titre d'un roman de Daniel Steele,
00:52se cache un film plutôt âpre et absolument passionnant, tant dans le fond que la forme,
00:58puisque le fond, c'est la forme, comme vous le savez maintenant depuis le temps qu'on en parle.
01:02Quatre destins de filles et jeunes filles entremêlées sur une période d'un siècle dans un lieu unique, qui est une ferme du nord de l'Allemagne.
01:10L'enjeu, c'est de raconter comment des affects, des souvenirs, des traumas, voyagent d'une époque à une autre dans une espèce de mouvement qui est quasiment un mouvement quantique.
01:24Il est vraiment très, très passionnant dans la manière dont il est tricoté, à la fois en termes d'images, avec des plans-séquences qui sont complètement étourdissants,
01:33où on passe d'un temps à un autre dans un même mouvement de caméra, et avec un travail du son qui est tout à fait remarquable.
01:42Elle est allée chercher des sons invraisemblables, en se demandant quel bruit faisaient les trous noirs, les étoiles, le fin fond des océans,
01:50et de bruit de chute. Et d'ailleurs, son titre international, sous lequel il a été découvert à Cannes, c'était « Sound of Falling ».
01:58C'est difficile de ne pas penser au ruban blanc de Michael Haneke, parce que, on va dire, les années 1910, on est vraiment dans le côté très prussien.
02:07On sent que la discipline, ça ne rigole pas. Il y a presque des casques à pointe, même, à un moment qui passe.
02:12Il y a une histoire d'enfance un peu martyrisée aussi dans le film, à plusieurs reprises.
02:16Mais ça sera un Michael Haneke qui serait beaucoup moins puritain, parce que là, il y a quand même quelque chose d'extrêmement sensuel aussi dans la mise en scène,
02:24où là, on va plus penser à Jane Campion, d'une certaine manière, avec des scènes vraiment extrêmement troublantes,
02:30pas forcément très érotiques comme ça, et pourtant, ça allait énormément, je pense, à une scène où une jeune femme met son doigt dans le nombril d'un homme.
02:40C'est une scène extrêmement troublante qui aurait pu figurer très certainement dans la leçon de piano.
02:45Marie l'a dit, il y a un travail sur le son qui est très très fort, et là, c'est une autre référence un peu plus récente,
02:50c'est Jonathan Glaser, la zone d'intérêt.
02:53Voilà, il y a vraiment ce côté très très troublant dans le son, où parfois, on ne sait pas exactement quelle est l'origine de ce son,
02:58mais en tout cas, c'est extrêmement expressif, et ça indique plein de choses.
03:01Masha Chilinsky, qui a travaillé dans le casting pour enfants,
03:13et a une manière tout à fait extraordinaire de diriger les enfants dans son film.
03:19Or, il y a beaucoup d'enfants qui sont par ailleurs confrontés, selon les époques, à des choses très dures.
03:25Ce que le film raconte aussi, par exemple, c'est à quel point la mort a disparu de nos maisons,
03:30alors qu'elle y était très présente.
03:32Elle part d'un temps où on mourait chez soi, et où donc les enfants, les grands,
03:37tout le monde était confronté finalement au deuil,
03:40et comment finalement ça a fini par disparaître de nos habitations,
03:45comment on a externalisé la mort,
03:47alors que, mine de rien, demeure dans les pierres, peut-être, le souvenir des générations passées.
03:55C'est un film qui m'a hantée depuis Cannes,
03:59dont j'ai régulièrement des images qui me reviennent,
04:02que j'ai trouvées tellement puissantes, et notamment beaucoup de regards caméra.
04:05Tout à coup, les acteurs regardent au-delà du mur qui les sépare de nous,
04:11et vraiment plongent leur regard dans le nôtre,
04:14parfois dans des moments un peu morbides, effectivement,
04:16parce que c'est un film aussi hanté par le suicide et hanté par la douleur,
04:20mais parfois aussi comme on partage un secret.
04:24Elle fait quelque chose là-dessus d'extrêmement moderne, je trouve,
04:28et qui dessine une sorte de continuum à travers l'espace-temps,
04:32de ce qui serait un vécu commun possible, un bagage féminin.
04:37Et donc c'est une sorte de courant, comme ça, qui vous emporte, ou pas.
04:42Il y en a qui resteront sur la rive.
04:44En tout cas, il y a une certitude, c'est qu'on tient une autrice.
04:47On tient une autrice avec ce que ça veut dire de vision personnelle du monde,
04:51et de vision, j'allais dire, percutante.
04:55Voilà, c'est un film qui est susceptible de bouleverser ses spectateurs.
04:59C'est une histoire de mort, c'est une histoire de fantôme aussi.
05:01Il y a une présence de l'invisible qui est là dans ce film.
05:04C'est du cinéma exigeant, mais pour peu qu'on accepte de réfléchir,
05:10de s'ester porté par des visions, à la fois être extrêmement âpres,
05:13comme l'a dit Marie, mais d'une grande puissance poétique.
05:16On peut vraiment être emmené très, très loin.
05:17Les échos du passé, c'est déjà dans mon top 5 2026,
05:21et pour moi, c'est un grand bravo.
05:23Les échos du passé, c'est vraiment très bien.
05:24Sous-titrage Société Radio-Canada
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