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  • il y a 9 heures
L'acteur est à l'affiche de "L'Affaire Bojarski" (en salles le 14 janvier 2026)
Transcription
00:00Les choses ont quand même évolué depuis la génération de mon père.
00:04Moi, j'ai grandi avec un père acteur et je peux quand même faire la comparaison
00:08entre la place qui pouvait être donnée aux immigrés dans le monde de l'art
00:13ou de l'industrie du cinéma dans ces années-là, les années 70-80 et aujourd'hui.
00:18Sur cette première photo, je suis Yann Bojarski dans l'affaire Bojarski de Jean-Paul Salomé.
00:23On me voit dans mon atelier, dans l'atelier de Yann Bojarski,
00:28qui était l'antre de cet artiste, le lieu où il fabriquait ses faux billets,
00:32mais aussi où il a fabriqué les machines, le papier,
00:36qui était finalement le lieu dans lequel cet homme se sentait bien, pouvait s'exprimer.
00:41Au contraire peut-être de la vie quotidienne dans laquelle il était peut-être plus infirme.
00:46C'est en manipulant ses machines, en fabriquant ses faux billets à l'écran
00:53que j'ai eu l'impression physiquement de rentrer vraiment en contact avec ce personnage.
00:59Aussi dans justement les sons, les gestes répétitifs,
01:04une espèce de bulle presque méditative dans laquelle cet homme était plongé sûrement
01:08quand il faisait ses faux billets.
01:09En tout cas, l'impression que moi j'avais quand je le jouais.
01:13– Règle numéro une, ne pas écouler plus d'un billet par boutique.
01:21– Ça fera 300 francs.
01:23– Il est tout neuf ce billet.
01:25– Règle numéro deux, rien d'ostentatoire.
01:27– Merci papa.
01:32– Règle numéro trois, la discrétion.
01:34– Regarde ce que tu as fait.
01:36– En fait, lorsqu'il a été arrêté, après lui avoir demandé de faire une espèce de démo
01:43pour la police qui ne croyait pas qu'il était seul à fabriquer ses faux billets,
01:47la Banque de France a demandé à couler une dalle de béton dans cet atelier.
01:52Donc toutes les machines ont été ensevelies dans le béton.
01:54Et donc notre équipe des coups a refabriqué ces machines pour le cinéma.
02:00Et lorsque les machines étaient plutôt au point, quelques jours avant le début du tournage,
02:05je suis allé dans l'atelier, j'ai passé du temps avec eux à m'entraîner sur les gestes,
02:09fabrication du papier, gravure, séchage des billets, enfin plein de choses
02:14dans lesquelles il fallait qu'on ait l'impression que je pouvais faire ça presque les yeux fermés
02:21comme cet homme passait des milliers d'heures dans cet atelier.
02:25Donc c'était très important pour moi parce que, pour moi,
02:29un personnage se caractérise quand même d'abord par son métier,
02:31en tout cas, quel que soit son métier ou son activité professionnelle,
02:36licite ou illicite, si je ne suis pas juste dedans,
02:41je pense que je ne pourrais embarquer personne dans l'histoire de ces personnages.
02:46Alors, donc là, je ne fabrique pas des faux billets, mais je joue de la guitare.
02:50C'est un film qui est sorti il y a quelques années qui s'appelle Django,
02:53dans lequel je joue Django Reinhardt, le roi du jazz manouche.
02:56Et ça, ça m'a demandé beaucoup de travail.
02:58Il y a pour le coup plus de temps que les machines d'imprimerie.
03:01J'ai vécu avec ma guitare pendant une année à peu près, avant le tournage,
03:06et évidemment pendant le tournage aussi.
03:08Ça a été un voyage magnifique, aussi un voyage dans le temps,
03:12un peu dans la même période, enfin un petit peu plus tôt.
03:16Là, le film se passe dans les années 40.
03:18Encore une grande rencontre avec ce rôle et aussi avec une culture,
03:22pas seulement la musique, mais ce monde zigane, manouche,
03:27qui m'a totalement adopté pendant qu'on a tourné ce film.
03:31C'est qui ce clown ?
03:33C'est Hitler.
03:34Elle est naze, sa moustache.
03:35Naze, ouais. Pas comme la tienne.
03:37Je te présente le lieutenant Dietrich von Schultz.
03:39C'est notre docteur jazz.
03:41Goebbels, pouvez-vous voir jouer à Berlin ?
03:42Non, j'irai pas.
03:43Si on perd la puite de docteur jazz, on est mort.
03:45T'as qu'à leur dire, Django veut le même cachet que Clark Goebbels.
03:50Depuis l'époque, il y a eu beaucoup d'arrestations de tziganes,
03:52mais s'ils n'obéissent pas, ils sont abattus sauvagement.
03:56C'est pas ma guerre, ça.
03:59Django, tu dois fuir.
03:59Alors, cette photo, c'est tiré d'un film qui s'appelle Loin des hommes,
04:05réalisé par David Olofen,
04:07un film adapté d'une nouvelle d'Albert Camus.
04:10Donc, film dans lequel je joue un paysan algérien en Algérie en 1954,
04:17au début de l'insurrection du peuple algérien,
04:21qui doit être convoyé par un instituteur français,
04:25qui est joué par Viggo Mortensen,
04:27jusqu'à un village où il sera certainement condamné à mort.
04:34Ça, ça a été une sacrée aventure aussi, un autre étranger.
04:39Et à nouveau, un film aussi qui parle de comment deux hommes peuvent se rencontrer,
04:45cheminer ensemble, au-delà de leur communauté,
04:48dans un moment où la terre tremble, où il faut choisir un coin.
04:54C'est très Camus, c'est très au-delà de nos poncifs, de nos idéologies.
05:00Comment est-ce qu'on peut réellement pratiquer l'humain ?
05:05Là, c'était un travail aussi à faire sur la langue arabe,
05:35parce qu'il y a plein de langues arabes qui existent,
05:38et même en Algérie, il y a plein de dialectes différents.
05:41Et là, ce personnage étant du sud vraiment de l'Algérie,
05:47mon coach avait enregistré des gens de cette région-là
05:50pour qu'on puisse vraiment tenter de se rapprocher,
05:54en tout cas au maximum, de la musicalité de cette langue-là.
05:57Alors, cette photo, c'est tiré d'un film qui s'appelle Omar Lafraise,
06:02dans lequel je joue avec Benoît Magimel,
06:05et je joue dans ce film un braqueur, un bandit français d'origine algérienne,
06:12qui est en cavale en Algérie.
06:14Et c'est un peu l'histoire de quelqu'un qui ne veut pas retourner vers ses origines.
06:18En tout cas, c'est ce qui m'a plu aussi dans ce personnage,
06:20aussi à l'heure où, finalement, la notion de revenir vers sa communauté,
06:25tout le monde veut revenir vers ses origines,
06:27je trouvais ça vraiment intéressant,
06:29un personnage qui n'a pas envie de parler arabe,
06:31que ça embête d'être bloqué en Algérie.
06:35Et c'était pour le coup, pour moi,
06:37l'occasion de renouer très fort avec ce pays,
06:41d'y tourner trois mois.
06:42C'était la première fois que j'y tournais,
06:44c'était la première fois que j'y passais autant de temps
06:47depuis les années 80,
06:48parce que dans les années 90,
06:52la décennie noire a fait qu'on n'a pas pu y retourner,
06:54mon père était menacé,
06:55enfin voilà, c'était un peu compliqué.
06:58Et ensuite, j'y étais retourné,
07:00mais que en des voyages de 24 ou 48 heures
07:03pour présenter un film et repartir.
07:05Et là, de passer trois mois à tourner ce film
07:08avec une équipe algérienne,
07:10avec Benoît Magimel,
07:11avec les acteurs-actrices algériens aussi,
07:14et tout ça, ça a été pour moi une manière
07:16de reconnecter la prise avec ce pays.
07:21Et il y a des liens qui continuent encore aujourd'hui.
07:24Ça, c'est une des plus belles histoires d'amitié au cinéma
07:50que j'ai pu avoir à jouer et à vivre aussi.
07:53On était plongés aussi tous les deux
07:55hors de notre milieu quotidien, habituel et tout.
08:00Et c'était un grand voyage
08:02qu'on a vraiment partagé ensemble.
08:05Et dans ce film,
08:07je joue le frère de Malik Ousekine.
08:11C'est un film de Rachid Bouchareb
08:13qui s'appelle Naufrangin avec Lina Koudry,
08:17avec laquelle on est frères et sœurs.
08:19Et c'est un peu les quelques jours
08:23autour du moment de la mort de Malik Ousekine.
08:28C'est aussi l'histoire d'un anonyme,
08:31un jeune homme qui était mort le même soir,
08:33mais pour qui il n'y a jamais eu
08:35ni de manifestation, ni de commémoration.
08:39Et d'une certaine manière,
08:41le film a ce rôle mémoriel
08:44de raconter l'histoire de Malik Ousekine,
08:46mais aussi d'ouvrir à tous les anonymes,
08:49à travers ce personnage qu'on ne connaît pas,
08:52de parler de tous les autres.
08:54C'est un film sur le deuil,
08:56sur la sidération,
08:59et à nouveau une histoire de l'immigration,
09:02tout comme l'affaire Bojarski,
09:04tout comme Django,
09:05tout comme Hippocrate.
09:06Je suis très content, moi,
09:07d'évoquer la figure de l'étranger
09:10très souvent dans les rôles qu'on propose.
09:13Monsieur, madame Ousekine ?
09:15Oui.
09:16Votre frère est mort cette nuit.
09:18Pourquoi vous nous montrez derrière une usine ?
09:20Je ne pouvais pas faire ça !
09:20Je ne pouvais pas faire ce qu'il a trouvé.
09:23Qu'est-ce qu'il a trouvé ?
09:26Plusieurs témoins mettent en cause
09:28le comportement de la police.
09:31Je vais parler au commissaire.
09:32Mon unité, elle n'a rien à voir avec cette affaire.
09:34J'ai voulu apporter à cette famille en deuil
09:38le témoignage de la nation.
09:40Sous-titrage Société Radio-Canada
09:46Sous-titrage Société Radio-Canada
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