00:00Bonjour Asatou Baminte.
00:01Bonjour.
00:02En fin d'année dernière, s'est ouvert un nouveau volet du procès du 28 septembre
00:06avec de nouveaux accusés, dont le colonel Bienvenu Lama.
00:10Rappelez-nous s'il vous plaît de qui il s'agit et pourquoi il est poursuivi seulement maintenant.
00:14On parle de l'affaire du 28 septembre.
00:16Donc le 28 septembre 2022, un premier procès s'est ouvert à Conakry
00:20après plus de 13 ans d'attente pour les victimes, leurs familles et les témoins.
00:25Donc ce deuxième procès contre Bienvenu Lama s'est ouvert depuis le 18 décembre.
00:30Il faut savoir que pendant le premier procès, son nom a été cité,
00:34notamment dans l'identification de recrues de personnes qui sont allées commettre des violations au stade.
00:39Et donc il s'agit pour ce deuxième procès complémentaire d'identifier les responsabilités du colonel Bienvenu Lama,
00:44mais aussi d'autres personnes qui doivent être entendues,
00:47notamment le colonel Georges Olemou, Thomas Toirot, Jean-Louis Koumouou,
00:51et d'autres qui doivent être entendues dans ce deuxième procès complémentaire.
00:55Qui a commencé le 18 décembre.
00:56Pour l'instant, il y a eu six audiences.
00:58Et nous attendons la suite, ce qui devrait reprendre à partir du 10 février prochain.
01:01Dans le procès en première instance, il y a un an et demi, il y a eu un verdict
01:05qui a donc condamné les principales figures de l'agent du CNDD,
01:09parmi lesquelles l'ancien président Moussa Dadis Kamara,
01:12condamné pour crime contre l'humanité.
01:13Jugement emblématique, historique, en Guinée, mais aussi en Afrique.
01:17Mais coup de théâtre d'Addis est gracié huit mois plus tard par l'actuel président Mamadi Doumbouya.
01:23Asatou Baminte, quelle a été votre réaction à l'époque ?
01:26Alors clairement, ce que nous avons tenu à souligner au niveau de l'AFIDH,
01:30le GDH et de la Vipa, c'est la portée historique de ce verdict qui est quand même sans précédent.
01:35C'est la première fois qu'un chef d'État est jugé dans son pays,
01:38devant la justice de son pays et doit rendre des comptes,
01:41y compris des hauts gradés politiques et militaires.
01:44Donc c'était important.
01:45Et il a suscité beaucoup d'espoir au sein des victimes et aussi au niveau de la société civile
01:50qui s'est mobilisée sans relâche pendant 13 ans pour demander justice
01:53et pour demander à ce que cette impunité cesse.
01:55Donc quand la grâce est intervenue en avril 2025, ça a été vraiment un coup de massue.
02:01Ça a été pour nous vraiment un affront qui a été fait aux victimes,
02:04puisque le procès, comme je l'ai dit en première instance,
02:06avait quand même abouti à une procédure d'appel.
02:08Nous attendons l'appel de ce procès.
02:10Il doit y avoir un deuxième procès.
02:13Donc nous ne comprenions pas comment, en attendant l'appel,
02:15une grâce peut être prononcée contre l'une des personnes condamnées en première instance,
02:20M. Dadis Kamara.
02:21La deuxième chose, c'est qu'il faut savoir que les victimes
02:23avaient également des mesures de réparation et d'indemnisation
02:26qui avaient été étiquées dans la décision,
02:29donc dans le verdict du 31 juillet 2024.
02:31Quelques jours avant la grâce,
02:34les autorités guinéennes avaient également pris un décret
02:36pour annoncer que l'État guinéen allait prendre en charge l'indemnisation des victimes.
02:40Donc c'est apparu un peu avec vraiment beaucoup de recul,
02:44maintenant un peu un goût amer un peu,
02:46puisque finalement on a senti que les victimes avaient peut-être été adoucies
02:50par cette prise en charge de l'indemnisation,
02:52qui à ce jour reste partielle, très partielle,
02:54et avec une grâce présidentielle qui est intervenue juste après.
02:56Ce que nous demandons, c'est que la justice puisse aller à son terme,
02:59que tous les accusés puissent à nouveau être entendus dans les procès complémentaires,
03:04que toutes les personnes qui ont été condamnées en première instance
03:06et qui doivent faire partie de l'appel puissent justement être à nouveau là,
03:09ainsi que les victimes et leurs familles qui l'attendent.
03:12Donc on attend ce procès en appel
03:13et tous les procès complémentaires qui doivent être ouverts.
03:16L'affaire du 28 septembre n'est pas finie.
03:18Alors Dadis Gracier, son ministre et autre figure centrale de la Jeunte,
03:22le colonel Claude Pivy, dit qu'Auplan est mort en détention il y a un mois,
03:27dans des circonstances troubles.
03:28On ne sait pas quand se tiendra le procès en appel.
03:31Asadou Baminte, ce procès du 28 septembre, qui devait réparer ce grand corps malade qu'est la justice guinéenne,
03:38finalement est-ce qu'il a encore du sens ce procès ?
03:40C'est une question qui revient souvent et bien évidemment qu'elle est tout à fait légitime
03:44compte tenu de la situation, compte tenu de l'évolution et des derniers événements que vous avez cités.
03:49Ce que nous souhaitons rappeler, c'est qu'un tel procès, pour des crimes aussi graves
03:53et pour la portée justement que ce procès doit avoir, il ne faut pas l'oublier à une portée aussi politique.
03:58Malgré les insuffisances, parce qu'il y a eu beaucoup d'insuffisances aussi,
04:01de 2009 jusqu'à 2022, pendant toute la phase d'instruction,
04:05pendant tout le travail des juges au niveau national,
04:07malgré toute leur abnégation et la rigueur, il y a eu des manquements.
04:10Pendant le procès de 2022 à 2024, il y a eu également des manquements aussi.
04:15Le contexte politique et de la situation des droits humains en Guinée aujourd'hui,
04:18on ne peut pas non plus l'ignorer.
04:20Ce procès, il intervient dans un contexte où il est important de rappeler
04:24que les libertés fondamentales sont complètement restreintes en Guinée.
04:27Je tiens à souligner que l'espace civique et démocratique est fermé,
04:31qu'il y a des violations des droits humains répétées.
04:33On voit des questions d'enlèvement, de disparition forcée,
04:36la fermeture de certains médias, la restriction des activités des associations,
04:40l'interdiction des manifestations qui n'est toujours pas levée.
04:43Il y a, selon nous, un besoin que les autorités guinéennes,
04:46après cette élection présidentielle de fin décembre,
04:49alors qu'il y a un remaniement ministériel partiel qui a déjà été annoncé,
04:53on sait que M. Amadou Ouriba a été reconduit dans ses fonctions de Premier ministre,
04:57on sait qu'il y a M. Sori Tounkara qui est également nommé ministre de la Justice.
05:02Ibrahima Sori de Tounkara qui était donc le président de la cour d'appel de Conakry
05:06où se tenait le procès du 28 septembre.
05:08Exactement. Donc ce sont des signaux qui, pour nous, doivent appeler les autorités guinéennes
05:12à aujourd'hui, quelque part, respecter cette promesse du début de la transition,
05:16du 5 septembre 2021, lorsque M. Mahmoudi Doumboua a dit que la justice serait la boussole de la transition.
05:22Nous ne sommes plus dans la transition.
05:24L'ordre constitutionnel est censé être rétabli.
05:26Nous espérons que les autorités vont actuellement travailler sur un apaisement
05:29de la situation des droits humains pour renforcer la protection des droits humains,
05:33rétablir les libertés et surtout rétablir aussi le chemin de la justice,
05:37que ce soit sur le procès du 28 septembre, mais aussi en permettant que justice soit faite
05:42sur toutes les violations qui ont été commises, tant pendant la transition, mais aussi avant,
05:45puisque c'est vraiment ce cycle de l'impunité en Guinée.
05:47L'impunité pour les violations qui ont été commises par des hauts fonctionnaires,
05:50des hauts membres de l'État, qui doit être brisée aujourd'hui.
05:53Alors RFI a pu joindre des victimes, des magistrats et des organisations de défense des droits humains.
05:59Tout s'affirme, anonymement, pour les raisons de sécurité et le contexte politique que vous venez de décrire,
06:05tout s'affirme, perd de l'intérêt pour ce procès.
06:08Ils prédisent même que l'impunité et les crimes de sang ont encore de beaux jours devant eux en Guinée.
06:13Assatou Baminte, est-ce que vous relevez au moins un point positif dans ce procès malgré tout ?
06:18Il est clair que l'État du monde actuel ne donne pas beaucoup d'espoir.
06:24Et c'est justement ce mot-là que j'ai envie d'utiliser.
06:26Il est important que la société civile, que les populations, que les citoyens, les citoyennes
06:30restent actifs, restent mobilisés pour que cet espoir se concrétise.
06:35On vit des heures sombres, que ce soit sur le continent africain, particulièrement en Guinée
06:38ou à travers le monde.
06:40Donc, encore une fois, il est important de se rappeler que ce procès du 28 septembre
06:43n'est pas qu'une affaire guinéenne.
06:45Il s'agit d'un procès qui a été ouvert après toute une affaire aussi qui a impliqué
06:48la Cour pénale internationale.
06:50On parle de crimes contre l'humanité.
06:51Et donc, il est important que finalement, cela serve de leçon au niveau international,
06:56de manière universelle, pour que le message qui est envoyé, c'est que la justice est
07:00allée aux côtés des populations, aux côtés des victimes, est allée jusqu'au bout
07:03du chemin pour rendre justice.
07:05Il est clair que la situation de la société civile guinéenne et des défenseurs des droits
07:08humains aujourd'hui est très difficile.
07:10C'est aussi en travaillant à la continuité de ce procès qu'on donne espoir à la fois
07:15aux victimes, aux survivants, aux survivantes, à leur famille et à la société civile
07:18qui est restée mobilisée pendant tout ce temps.
07:20Pour nous, c'est important de rappeler qu'il ne s'agit pas d'une affaire guinéo-guinéenne
07:23uniquement.
07:24Il s'agit vraiment de la question de la justice et de la lutte contre l'impunité à l'échelle
07:27internationale.
07:28Merci d'avoir répondu RFI, Asatou Baminte.
07:30Je vous en prie, merci à vous.
Comments