00:00Europe 1, Pascal Proébou.
00:03Il est 16h46 et nous sommes avec Sabrina Medjebber, Richard Millet, Olivier Benkémoun, Gautier Lebret, Olivier Guenek et Reda Bellach
00:10qui étaient venus porte-parole du syndicat de police unité Île-de-France
00:14qui étaient venus pour parler du refus d'obtempérer et de la difficulté d'être policier sur la voie publique
00:21mais je voulais qu'on écoute Raphaël Ballon, il est procureur de Toulon et il nous donne des nouvelles de l'enseignante.
00:27Pour le moment, son pronostic vital est encore engagé à ce stade.
00:32Cet élève, on est en train évidemment de rechercher les raisons de son acte, c'est les investigations judiciaires qui nous le indiqueront.
00:40Pour le moment, mais je dis vraiment pour le moment, il n'y a aucune connotation ni religieuse ni politique qui apparaisse.
00:47On sait seulement qu'il y avait eu des tensions avec cette professeure ces derniers temps
00:50et qu'il lui en voulait, a priori, d'avoir fait des rapports à son encontre
00:55mais tout ça, c'est des a priori que nous devons vérifier.
00:58Cet enfant, ce jeune homme qui a 14 ans, est en garde à vue.
01:02Il est en garde à vue du chef de tentative d'assassinat
01:05pour vérifier s'il n'y a pas un aspect de préméditation à son acte.
01:08Et donc, les enquêtes commencent à peine
01:11et elles sont confiées au commissariat de police de Toulon et de Sanary.
01:15Reda Belach, qu'est-ce qu'on fait d'un enfant de 14 ans ?
01:17Alors, je ne parle même pas du tribunal qui devra le juger
01:22mais qu'est-ce qu'on fait ces prochaines heures ?
01:24Il va dormir où, cet enfant, quand la garde à vue se termine ?
01:27En général, il est pris en charge par l'État
01:29soit dans un lieu associatif qui est habilité pour ça
01:34soit dans un centre dictatif fermé.
01:38Il ne retourne pas chez ses parents ?
01:40Des fois, il retourne chez ses parents.
01:42C'est ça qui est, à mon sens, ce qui revient souvent
01:46même si le refus d'obtempérer, ce n'est pas le même sujet
01:48mais dès que ça touchait la minorité, que ce soit l'OMJ King,
01:52le refus d'obtempérer, des violences avec un couteau...
01:55Parce que chaque âge est important.
01:5716 ans, ce n'est pas 14 ans.
01:58Oui, mais le gamin de 14 ans aujourd'hui
02:00n'est pas le gamin de 14 ans d'il y a 20 ans, en fait.
02:02J'espère qu'un jour, les gens vont comprendre ça, en fait.
02:04J'entends bien, j'entends bien.
02:06Les gens... Je ne sais pas comment vous dire.
02:08Après, il faut voir le profil exact
02:10mais déjà, le monsieur nous dit qu'il y a déjà plusieurs rapports.
02:12Est-ce qu'il a été bien pris en charge par rapport à ces rapports ?
02:16Tout à l'heure, le monsieur qui intervenait, il a dit un truc très intéressant
02:18et moi, je me suis senti concerné.
02:20On n'est pas dans leur tête, en fait.
02:22On représente l'autorité, ils ont un problème avec l'autorité
02:24et on ne sait pas à quel moment on peut faire face
02:27à un acte de violence aussi terrible que celui-ci.
02:31Tout à l'heure, la dame a parlé de Seine-Saint-Denis
02:33mais les gens ne se rendent pas compte.
02:35La Seine-Saint-Denis, c'est la guerre.
02:37C'est-à-dire que même les profs, je pense, comme mes collègues,
02:40on a dû s'adapter, en fait.
02:42Limite, moi, je sais que j'ai fait des interventions là-bas.
02:44Les gars, ils m'engueulaient quand je les vouvoyais.
02:47Parce qu'en fait, on est dans un autre monde en Seine-Saint-Denis.
02:49Ce n'est pas tout à fait la France, en fait.
02:52C'est un autre monde.
02:52Vous êtes confrontés avec des gens qui ont des règles complètement différentes,
02:56des coutumes ou une culture qui est souvent très différente.
02:59Ça peut être positif, mais des fois, c'est négatif aussi.
03:01Et en fait, vous devez vous adapter.
03:03Donc, je pense que mes collègues de l'éducation nationale
03:07qui font, eux, un travail difficile,
03:09qui, je pense, ne sont pas assez armés mentalement
03:12comme nous, on n'est pas assez armés mentalement,
03:14même si on est armés létalement,
03:16mais je pense pas assez juridiquement.
03:19Voilà, c'est des problèmes,
03:21mais je pense que nos problèmes, ils se rassemblent.
03:23Il y a un gros problème dans ce pays,
03:25avec l'autorité.
03:27Et moi, ce qui me dérange,
03:27c'est qu'on répète tout le temps les mêmes choses.
03:29Vous en avez parlé tout à l'heure
03:30avec ce cas qui nous avait tous touchés,
03:32Mélanie, 31 ans,
03:33qui avait été tuée, elle,
03:36par un gamin de 14 ans aussi.
03:38Mais moi, je ne suis pas dans l'éducation nationale,
03:40mais je ne vais pas vous dire
03:41qu'est-ce qui a été fait.
03:42Par contre, depuis l'affaire Naël,
03:43qui avait 17 ans,
03:44qui avait été interpellé 3 jours auparavant,
03:46qui a été en garde à vue 3 jours auparavant,
03:48et qui devait être jugé au moment des faits,
03:51qui devait être jugé en septembre,
03:53et que s'il avait été jugé,
03:54je ne sais pas si la loi de M. Dupond
03:56m'aurait été passée encore,
03:57mais même s'il avait été condamné,
03:59il n'aurait fait sa peine que 6 mois avant,
04:00s'il avait une peine.
04:01Mais en fait, le problème,
04:03c'est que le prof, le policier, le gendarme,
04:05c'est lui qui doit gérer ces gens, en fait.
04:07Parce que des parents ne prennent pas leurs responsabilités,
04:10peut-être l'État aussi ne prend pas ses responsabilités
04:13via d'autres ministères,
04:14via l'éducation.
04:16Moi, je vois,
04:17vous en parlez de l'école tout à l'heure,
04:18moi aussi, j'ai eu la chance,
04:20au début, d'aller en privé,
04:21et à un moment, j'étais dans des écoles publiques aussi.
04:24Mais quand j'étais en public,
04:25ben oui, les gars, pour régler les comptes,
04:27ils attendaient devant l'école à 40.
04:28Et c'est des policiers qui venaient,
04:30avec la tenue, ma première tenue,
04:32moi, que j'avais eue dans les années 90,
04:33ils venaient,
04:34ils venaient, ils accompagnaient le gars,
04:36ils escortaient l'individu,
04:38le gamin de 16 ans,
04:39ils l'escortaient,
04:40parce qu'il y avait 40 mecs du Bois-la-Baie
04:42qui attendaient devant,
04:43parce qu'il y avait un regard de travers.
04:45Et que ce gars-là,
04:46il faisait de la boxe,
04:47donc le rapport de force,
04:48vous l'avez dit aussi tout à l'heure,
04:50il faut un couteau maintenant.
04:51Quand vous êtes jeunes,
04:52même des adultes,
04:53dans les transports en commun,
04:54les gens, ils se baladent avec un couteau.
04:56Parce qu'ils ont peur.
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