00:00Bonjour Serge Alanyango. Bonjour.
00:02Vous célébrez la 7ème édition de l'Ivoire Black History Month.
00:06Alors tout d'abord Serge, expliquez-nous pourquoi vous passez par le mois de l'histoire noire
00:10qui est un concept afro-américain pour mettre en avant le patrimoine culturel de votre pays, la Côte d'Ivoire.
00:15Merci. En fait, le Black History Month, effectivement, il est né aux Etats-Unis,
00:20mais il est né pour réparer une absence historique.
00:22Et ce prolongement-là débute avec la traite qui s'est déroulée en Afrique.
00:26Du coup, l'Afrique ne peut pas rester en marge d'un mouvement qui se veut de réparer des absences historiques.
00:32Et je pense aussi, avec quelques amis d'ici, que les mêmes injustices qui ont été vécues aux Etats-Unis
00:38par les Afro-américains, qui ont eu une histoire négationnée ou oubliée,
00:43cette même injustice, elle est vécue par les pays ouest-africains d'Afrique générale après la colonisation.
00:49Donc autant l'histoire afro-américaine a été effacée du récit américain,
00:54autant nous aussi nos histoires ont été dépossédées, euro-centrées.
00:58Et vu qu'il est intéressant de créer des ponts entre tous les peuples noirs et les peuples opprimés,
01:03c'était important pour nous de contextualiser ce mois de célébration,
01:07de prendre en fait toute l'essence de Carter Woodson,
01:10mais de célébrer par contre tout l'héritage ivoirien.
01:13Carter Woodson, donc le créateur, on va dire ça comme ça,
01:16l'initiateur du Black History Month, il y a bientôt un siècle, il y a même un siècle tout pile.
01:21Et depuis que vous avez lancé ce rendez-vous, de quelle manière le public ivoirien se l'approprie ?
01:25Au début, il y avait beaucoup de curiosités.
01:28Effectivement, pourquoi célébrer un Black History Month en Côte d'Ivoire ?
01:31Parce que ce n'est pas les mêmes contextes.
01:32Mais après, au vu du travail qui a été fait, je pense qu'il y a beaucoup de jeunes d'Abidjan,
01:37vu que c'est un peu là notre grande base, qui ont adhéré à l'idée.
01:40Et aujourd'hui, on part dans d'autres villes de la Côte d'Ivoire, comme Yamsoukro, Bouaké,
01:46où dans ces villes-là, l'initiative est accueillie sans appréhension.
01:50Présentez-nous un peu les activités que vous avez accomplies lors des éditions précédentes,
01:54en quelques mots, pour voir à quoi ça ressemble.
01:55Vraiment, on s'est inspiré de Carter Woodson, qui, je pense, dès 1926,
02:00à l'aide d'école en école, pour parler de l'histoire afro-américaine.
02:04Nous, ce que nous avons fait, on fait des conférences dans les écoles et les universités,
02:07et aussi certaines visites qui sont faites dans des musées.
02:11Et pour clôturer ce mois de célébration, on fait une sorte de gala de clôture.
02:17Et dans ce gala, on essaie de parler de notre patrimoine à travers plusieurs séries de pitches,
02:21de discussions, des débats et d'échanges, souvent dans un lieu de spectacle.
02:25Vous avez choisi pour thème cette année, entre cinéma et patrimoine, une même lutte pour la mémoire.
02:30Alors, la mémoire, on comprend, mais pourquoi une lutte ?
02:33Parce qu'en fait, on se rend compte que la plupart des personnes qui ont milité pour que notre histoire soit révalorisée,
02:40en fait, c'est des luttes. Il n'y a jamais eu, en fait, de circonstances passives où l'histoire est donnée.
02:45Même le support de base qui nous sert de réflexion, qui est l'histoire générale de l'Afrique,
02:49on se rend compte à quel point des pionniers comme Joseph Kizebo ont lutté, ont milité auprès des institutions compétentes
02:56comme l'UNESCO pour que notre histoire puisse être racontée par nous-mêmes.
03:00Et ça n'a pas été un acquis.
03:02Du coup, on s'inscrit dans une forme de lutte pour réparer, en fait, la mémoire.
03:06Et de façon très contemporaine, comme la plupart des jeunes d'Afrique,
03:10en tout cas pour les jeunes que je rencontre au fur et à mesure,
03:13ils n'aiment plus trop le mot lutte.
03:15Ils ont l'impression que c'est compliqué.
03:18Ou quand on voit des figures qui ont lutté, qui ont fini par perdre la vie,
03:22on s'est rendu compte que beaucoup de jeunes n'aiment plus trop la lutte.
03:24Du coup, même si on parle de lutte dans le Black History Month,
03:27on le fait avec beaucoup plus de médiation.
03:29Et on n'est plus trop dans la lutte,
03:31mais on est dans la célébration du patrimoine.
03:33Et ça passe un peu plus.
03:34Mais l'idée aussi, c'est pour nous, c'est de rappeler vraiment
03:36que le cinéma, c'est un médium qui répare des injustices mémorielles.
03:40Et ça se fait par les luttes.
03:41Vous avez d'ailleurs lancé une initiative originale cette année.
03:44C'est un kino, c'est-à-dire une résidence express de création audiovisuelle.
03:49D'où vous avez sorti sept courts-métrages,
03:51tous tournés à Grand Bassam, l'ancienne capitale coloniale.
03:54C'était volontaire de le faire là-bas ?
03:56Oui, c'était volontaire de le faire à Bassam
03:57pour essayer aussi de décoloniser l'histoire de Bassam,
04:00qui est aujourd'hui une sorte de résidu de la colonisation.
04:03Quand un Ivoirien lambda va à Bassam,
04:05on lui explique beaucoup plus l'histoire des colons à Bassam
04:09que des cultures locales inzimas.
04:11Et même si cette ville-là est une ville de l'UNESCO
04:14qui est beaucoup promue pour son histoire,
04:16elle n'est pas tant promue que ça pour l'histoire des gens qui y vivent.
04:19Et c'était l'occasion pour nous, en fait, de recentrer un peu la gâchette,
04:23de prendre cette ville historique
04:24et de raconter les histoires des personnes qui y vivent.
04:27Et parlant de cinéma, la plupart du temps,
04:29nos structures étatiques sur le cinéma ont hérité aussi de principes coloniaux.
04:34C'est dur aujourd'hui de faire des films en Côte d'Ivoire,
04:37surtout avec des accès au financement qui sont assez compliqués.
04:41Et on a voulu, avec la force de la jeunesse, la force des réseaux,
04:45essayer de faire comprendre à nos amis que c'est possible,
04:48lorsqu'on se met en groupe,
04:49de résoudre le problème de la production et de la diffusion,
04:52ne pas uniquement attendre des capitaux étrangers pour commencer les productions.
04:56Nos films dépendent très souvent des financements externes.
05:00Pourtant, la compétence est là.
05:01On a des jeunes qui sont souvent formés à la scénarisation,
05:03on a des jeunes qui sont formés au montage.
05:05Et on se dit qu'on peut passer aussi par des financements privés,
05:09des financements militants,
05:10que de dépendre uniquement des coopérations, on va dire, avec la France.
05:14Quand on attend ce genre de coopération-là,
05:16souvent les films ne nous ressemblent pas.
05:18Et c'est important pour nous de trouver d'autres moyens de financer un film
05:22et passer par la collaboration, passer par l'entraide.
05:25Ça a été quelque chose qu'on a voulu faire.
05:28Et finalement, ça a payé parce qu'on a pu tourner sept courts-métrages
05:31en début d'année au niveau de Bassam.
05:33Et ces courts-métrages-là seront diffusés à tous les Ivoiriens et aux Africains.
05:36Quel aspect de Bassam avez-vous voulu montrer de différent aux Ivoiriens ?
05:40Bassam, déjà, c'est une ville historique qui se mêle avec l'identité architecturale
05:46et urbaine historique coloniale et qui mêle aussi l'identité architecturale, culturelle Nzima.
05:53Mais très souvent, déjà, pour le Grand Abidjan,
05:55et ça aussi, on essaie de décoloniser,
05:57pour le Grand Abidjan, Bassam, c'est uniquement la plage.
06:00Et lorsque tu fouilles un peu plus loin,
06:02Bassam, ça devient la première capitale coloniale que les Français ont occupée.
06:06Et après cette deuxième couche d'histoire,
06:07la troisième couche qui montre Bassam comme une métropole médiévale Nzima
06:12est beaucoup plus occultée.
06:13Et nous, c'est important pour nous de parler un peu de
06:16c'est quoi les alliances interethniques qui se font en Afrique,
06:20c'est quoi, en fait, les religions, les façons de penser,
06:23comment se fait, en fait, la venue de la religion chrétienne
06:27par rapport aux traditions qui étaient sur place.
06:29Et pas mal d'aspects comme ça du peuple Nzima
06:32ou des peuples africains en général ont été mis en exègue
06:35dans cette ville de Bassam-là pour recentrer l'histoire de Bassam
06:38avec les Bassamois et les communautés locales
06:41et pas forcément fait fi de la colonisation,
06:44mais renseigner que la colonisation n'est pas le référentiel absolu
06:48de cette ville historique.
06:49Vous parliez de lutte dans la mémoire,
06:51la transmission des histoires.
06:53Ce sont surtout des jeunes avec qui vous travaillez,
06:56beaucoup de jeunes.
06:57Est-ce à dire que c'est un public cible que vous visez
07:01ou alors ça veut dire que ce sont les jeunes
07:03qui désormais essayent de se réapproprier leur propre histoire
07:08et que les aînés n'arrivent pas à leur transmettre peut-être ?
07:11En tout cas, c'est peut-être la foule de la jeunesse
07:13ou de l'instatiabilité,
07:15mais la Côte d'Ivoire, c'est un pays qui est majoritairement jeune
07:19à plus de 70%.
07:20Et effectivement, on a l'impression que la plupart de ceux
07:24qui dirigent les instances culturelles et mémorielles
07:27ne sont pas forcément en phase avec nous, notre époque.
07:30Il y a pas mal de choses qu'on estime
07:32qui peuvent aller beaucoup plus vite,
07:33comme par exemple intégrer l'histoire de l'Afrique
07:36au niveau de l'éducation nationale
07:38ou établir pas mal d'endroits mémoriels
07:41pour faire des pèlerinages, des apprentissages de notre histoire.
07:45On se rend compte que les personnes
07:46qui sont dans l'administration culturelle,
07:50ils vont un peu plus lentement.
07:52Et la plupart de nos administrateurs
07:53ont une moyenne d'âge de 60 à 70 ans
07:56pendant que la population a une moyenne d'âge de 18 ans.
07:58Donc il y a vraiment un décalage.
08:00Et c'est important pour nous de ne pas que se plaindre,
08:02mais d'être force de proposition.
08:04Du coup, volontairement,
08:05le Black History Month Côte d'Ivoire,
08:06il s'adresse essentiellement aux jeunes
08:08parce qu'on estime que les jeunes,
08:10on a une force vive, une force active.
08:12La jeunesse africaine, ici,
08:14on a l'impression qu'on a la capacité
08:16de faire beaucoup de choses.
08:17On a les ailes pour voler très loin.
08:19Ce qu'il nous manque souvent,
08:20c'est nos racines.
08:21Et IBHM, en fait, rappelle à cette jeunesse-là,
08:24pour voler loin,
08:24il faut s'enraciner
08:26avec tout notre patrimoine historique.
08:28Ce qui fait qu'en dehors même du Black History Month,
08:30qui s'occupe du patrimoine culturel historique,
08:33on a d'autres jeunes qui sont dans la tech,
08:35dans la finance,
08:37qui sont dans tous les aspects de l'État,
08:38plus ou moins,
08:39sauf, on va dire,
08:40à l'aspect décisionnel.
08:42Et ces jeunes-là
08:42qui ont besoin d'un engage culturel,
08:44IBHM fournit cet engage culturel-là.
08:46Mais l'idée,
08:47c'est vraiment de fédérer tous les jeunes
08:49pour reconstruire ce pays-là
08:50avec notre force vive.
08:51Eh bien, merci, Serge-Alain Niango.
08:53Merci beaucoup.
08:53Merci beaucoup.
08:54Merci beaucoup.
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