00:00Un Sud Radio, 7h-10h, Patrick Roger.
00:03Soyez libre, Elisabeth Lévy, bonjour.
00:07Bonjour Patrick, bonjour à tous.
00:08Alors, Elisabeth Lévy, on l'a dit dans le journal à l'instant,
00:12le Sénat va se prononcer aujourd'hui sur la loi, sur la fin de vie,
00:17qui est tant attendue, parce que ça fait longtemps qu'on en parle tout de même.
00:20Oui, il y a un curieux télescopage, Patrick,
00:23alors que la chute de la natalité inquiète tous les gens raisonnables,
00:26eh bien, pour Emmanuel Macron et les progressistes en quête de cause,
00:30eh bien, il y a une priorité, qui est de légaliser l'euthanasie ou le suicide assisté.
00:35Alors, heureusement, prioritaire en France, ça ne veut pas dire rapide,
00:39on y est depuis 4 ans.
00:40Bon, mercredi dernier, il y a eu ce coup de théâtre,
00:42le Sénat a rejeté l'article 4, celui qui crée une assistance médicale à mourir
00:47pour les patients au pronostic vital engagé à court terme,
00:51mais le texte entier sera sans doute rejeté aujourd'hui.
00:55Sauf que, cher Patrick,
00:57Yael Brown-Pivet, à l'Assemblée,
00:59entend bien surmonter ces résistances d'un autre âge.
01:02C'est une attente très forte de nos compatriotes,
01:04dit-elle, un nouveau droit qui doit s'ouvrir.
01:07Sauf que, ce droit d'être aidé pour mourir,
01:10eh bien, il entraîne, évidemment,
01:11un devoir de tuer pour les soignants ces héros.
01:14D'ailleurs, ils sont massivement révoltés,
01:16ils alertent dans la presse sur les dangers et les dérives,
01:19mais l'euthanasie, c'est à la mode.
01:21Il est vrai que c'est raccord avec le fantasme d'un individu Dieu
01:25libéré de tout déterminé.
01:26Je choisis mon sexe,
01:28je choisis les gènes de mes enfants sur catalogue,
01:30et donc je choisis ma mort.
01:32Oui, c'est ça.
01:33Mais puisqu'une majorité de Français le veut,
01:35Elisabeth Lévy...
01:36Ben oui, on ne change pas les lois de l'anthropologie
01:39à cause des sondages.
01:41Il ne s'agit pas de gagner des followers,
01:43mais de transgresser un interdit universel.
01:46Alors, attention que des médecins, des amis, des parents
01:49aident leurs proches incapables de mettre fin à ces jours.
01:52Très bien, ce sont des choix individuels,
01:54des tragédies intimes que chacun dénoue comme il peut.
01:57Mais là, on parle d'étatisation de la mort.
02:00La mort devient une prestation sociale.
02:02Parce que, que fait l'État ?
02:03Ben l'État, il apprécie le ratio coût-avantage,
02:05il fixe des critères.
02:06Et tout ça, ça conduit donc, en réalité,
02:09à l'évaluation technocratique de la vie humaine.
02:12Mais qui définira une vie digne d'être vécue ?
02:14Et sur quels critères ?
02:15Et puis, pour finir sur ce chapitre,
02:17le suicide assisté, c'est un oxymore, en réalité.
02:21Suicide, c'est un acte souverain libre
02:23et ne peut pas être livré à l'assistanat.
02:26Alors, vous me direz que l'anthropologie,
02:28bon, c'est très bien, mais c'est très loin.
02:30Alors, soyons pragmatiques.
02:31D'abord, concrètement, quand on accompagne
02:33et qu'on soulage les malades et les mourants,
02:35eh bien, ils ne demandent pas à mourir.
02:36Et puis, surtout, dans tous les pays
02:38qui ont legalisé l'euthanasie,
02:39les précautions, les restrictions finissent par tomber
02:42et ont fini par tuer des adolescents déprimés,
02:45des vieux qui se sentent coupables de vivre.
02:47On envisage même d'abréger les souffrances
02:49de certains handicapés mentaux.
02:51Mais après tout, si on résume l'existence humaine
02:54en tableau Excel,
02:56eh bien, c'est tout à fait rationnel
02:57de demander à chacun de sacrifier
02:59ces six derniers mois de vie les plus coûteux
03:01pour les comptes publics.
03:03Et c'est ainsi que le droit de mourir
03:05peut devenir insensiblement un devoir de mourir.
03:08Bon.
03:08Merci.
03:09Merci.
Commentaires