00:00Vincent Parizeau, RTL Soir.
00:03Invité d'RTL Soir, le député LFI et président de la commission des finances à l'Assemblée.
00:09Bonsoir Eric Coquerel.
00:10Bonsoir.
00:11Merci d'être avec nous.
00:13Alors que la motion de censure que vous avez déposée après l'usage du 49.3 par le Premier ministre
00:17pour la partie recette du projet de budget a été rejetée, on le rappelle, 269 voix,
00:22il en aurait fallu 288 pour faire tomber le gouvernement.
00:26Le gouvernement, même sort d'ailleurs de manière beaucoup plus large pour celle déposée par le RN.
00:31Comme prévu, Sébastien Lecornu a engagé sa responsabilité maintenant sur la partie dépense et l'ensemble du texte.
00:38Ça sera examiné en début de semaine prochaine, deux nouvelles motions de censure.
00:43Franchement, pourquoi le résultat serait-il différent dans quatre jours ?
00:50Parce qu'aujourd'hui, c'était beaucoup plus serré que ne l'espérait M. Lecornu.
00:5819 voix, par exemple, si vous regardez la dernière motion de censure déposée par les mêmes groupes,
01:04cette fois-ci sur le Mercosur, il manquait 33 voix.
01:07Donc il y a 19 voix.
01:08Je pense qu'il n'attendait pas un si petit écart.
01:10Et ce que je me dis, alors ce n'est pas le scénario le plus probable, mais il est possible,
01:15c'est que certains suivent, dans les groupes qui n'ont pas appelé à la motion de censure,
01:20l'exemple de leurs camarades, puisqu'il y a eu cinq socialistes qui l'ont voté.
01:24Et puis il y a eu également des députés liottes.
01:27Je sais aussi qu'il y a des députés non inscrits.
01:28Et enfin, vous l'avez peut-être remarqué, mais l'ancien Premier ministre, Michel Barnier,
01:32dit qu'il prendra sa décision en fonction du débat.
01:36Donc je me dis que c'est jouable.
01:37C'est jouable, c'est ce que vous voulez, faire tomber Sébastien Lecornu.
01:41J'ai envie de vous demander, pourquoi une telle abnégation à vouloir faire tomber ce gouvernement ?
01:46Est-ce que vous trouvez, notamment, parce qu'on en parle beaucoup,
01:50que la période s'y prête, notamment sur le plan international ?
01:53La période ne se prête pas à un très mauvais budget pour la France,
01:57qui impose des coûts budgétaires supplémentaires,
01:59qui finalement taxent moins que l'an dernier les très hauts revenus,
02:04je parle vraiment des ultra-riches, qui sont, j'allais dire, la raison profonde du macronisme
02:09et qui nous imposent tous de payer et de cotiser pour régler les déficits.
02:15Ce budget ne fait quasiment pas d'investissement,
02:18alors qu'il faudrait des investissements massifs,
02:20justement pour récupérer notre souveraineté industrielle et agricole.
02:23Donc c'est un mauvais budget, et à partir de là, je ne vois pas pourquoi nous, opposants,
02:28nous laisserions passer ce budget, je vous rappelle, qui est minoritaire.
02:31Parce que le propre de tout ce qui se passe, c'est que depuis juillet 2024,
02:35M. Macron impose des gouvernements minoritaires au pays.
02:38Oui, n'empêche qu'il faut faire des efforts, vous en convenez ?
02:41Tenir les 5% de déficit, ou s'en approcher en tout cas ?
02:46Oui, il faudrait que les ultra-riches fassent des efforts.
02:48Alors, les ultra-riches, tiens, on reviendra sur le fond du budget
02:52et ce volet de dépenses auquel je crois que vous avez eu accès.
02:56Mais les ultra-riches, on en est où de l'affaire des milliers de Français fortunés
03:02qui ne paieraient pas d'impôts sur le revenu, si on en croit à Éric Lombard,
03:05l'ancien ministre des Finances ?
03:06Parce que vous, vous êtes allé à Bercy, vous avez consulté des documents.
03:10Depuis, on a un peu l'impression que ça fait pchit, cette histoire.
03:14Pas vraiment, non. Je pense que ça a été entendu.
03:16Alors, ils ne payent pas, là où Éric Lombard exagère un petit peu,
03:21alors c'est peut-être...
03:22Ils ne payent pas autant qu'ils devraient payer ?
03:24Exagèrent un peu. Ils ne payent pas zéro,
03:25mais ils ne payent quasiment pas d'impôts sur le revenu par rapport à leur fortune.
03:28C'est ça qu'il faut comprendre.
03:30Et toutes les impositions confondues, c'est-à-dire celles qu'ils payent également
03:33sur leur revenu de capital, dividendes et autres,
03:36ça fait que ces gens-là sont imposés à peu près sur un taux d'effort global de 25%.
03:40Alors que, je suppose, vous et moi, comme la moyenne des Français,
03:43on a en gros un taux d'imposition de 50%.
03:46Ce différentiel entre les deux, pour quelques milliers de personnes,
03:51coûte des dizaines de milliards d'euros à l'État par année qui nous manque.
03:56Et après, on explique qu'il faut baisser les budgets sur le logement,
03:59sur l'environnement, sur l'aide au développement, sur le sport, etc.
04:03pour payer ça.
04:05C'est ça le nœud du problème.
04:06Et de ce point de vue-là, j'ai bien vérifié à Bercy que c'était tout à fait exact.
04:10Alors, revenons sur ce volet de dépenses.
04:13Je crois que vous avez eu accès au texte précisément.
04:18Est-ce qu'il y a des choses qui vous choquent ?
04:19Cette affaire de primes de Noël, par exemple ?
04:24Ce qui me choque, si vous voulez, c'est que,
04:26en gros, vous avez vu un petit peu ce qui s'est passé.
04:28C'est-à-dire que, pour que ce qui, théoriquement, aurait dû être une formalité,
04:33c'est-à-dire une motion de censure passant,
04:35puisque l'opposition est majoritaire dans cette Assemblée,
04:38le gouvernement, comme en février 2025, qu'avait fait M. Béroux,
04:43a, en échange de quelques miettes, obtenu la non-censure,
04:46pour l'instant, des socialistes.
04:48Et on nous dit, par exemple, c'est formidable, grâce à ça,
04:51les étudiants paieront leur cantine 1 euro,
04:55ou les gens auront des primes d'activité à 50 euros.
04:57Tout ça est fort bien.
04:58Mais, dans le même temps, si vous regardez les budgets consacrés,
05:01soit aux étudiants, soit, par exemple, à la solidarité au travail,
05:04vous apercevez qu'il y a des coupes budgétaires
05:06qui sont infiniment plus importantes.
05:08Autrement dit, ce qui me choque,
05:10c'est qu'on a donné d'une main, j'allais dire, quelques miettes,
05:13et de l'autre, on a pris des brassées entières à ces mêmes personnes.
05:18C'est ça qui est choquant, et c'est, une fois de plus,
05:20les plus défavorisés, la moyenne des Français,
05:23qui payons cette note dont je vous ai parlé tout à l'heure.
05:26Il y a quand même des coupes budgétaires qui doivent...
05:31C'est ce que vous demandiez, des coupes budgétaires,
05:34par exemple, dans l'aide aux entreprises.
05:371,1 milliard d'euros de moins
05:39dans le programme d'investissement France 2030,
05:42en soutien aux entreprises des secteurs clés.
05:47Eh bien, cette baisse, figurez-vous, je peux vous étonner,
05:49mais elle est catastrophique.
05:50Moi, je réclame...
05:51Je croyais que vous demandiez des baisses des aides aux entreprises.
05:55Oui, mais je vais vous expliquer.
05:56Ce que nous demandons, c'est qu'on arrête les aides aux entreprises
05:59sans conditions, sans critères,
06:02qui, pour une part, terminent même en dividendes.
06:05Vous savez que cette année, on a encore battu le record des dividendes.
06:07Par contre, des aides aux entreprises ciblées,
06:10par exemple, pour investir dans les nouvelles technologies,
06:13dans l'environnement, dans la localisation,
06:16nous, nous sommes à fond pour.
06:18Et de ce point de vue-là, c'est dramatique que France 2030,
06:20puisque c'est le projet,
06:21voit ses investissements baisser d'un milliard.
06:23C'est là où, si vous voulez, il y a un contresens.
06:25C'est-à-dire que, d'un côté,
06:26on laisse tranquille les ultra-riches,
06:28alors qu'on a besoin de l'argent,
06:31non pas de les taxer plus,
06:32mais juste de les taxer comme tout le monde.
06:33Et de notre côté,
06:35eh bien, on sabre des budgets absolument indispensables
06:38pour relancer l'activité,
06:39y compris aider des entreprises
06:40qui, justement, ont pour objectif
06:43de développer l'activité en ce pays.
06:44C'est un non-sens.
06:46Bien.
06:46Eh bien, nous verrons, en tout cas,
06:47comment cela se traduit,
06:49j'allais dire, à l'Assemblée nationale,
06:51puisque, mardi, sans doute,
06:53examen de ces deux motions de censure
06:56sur cette partie dépense du budget
07:00et sur le budget global.
07:02Merci beaucoup d'être intervenu, Éric Coquerel.
07:04Merci.
07:05Bonne soirée à vous
07:06et à tous les auditeurs d'RTL.
07:07Je les remercie de leur fidélité.
07:09On marque une courte pause
07:10et puis, dans un instant,
07:11on va se laisser tenter avec du foot
07:13et avec une superbe exposition
07:15au musée d'Orsay
07:16qui fête ses 40 ans.
07:17A tout de suite.
07:17RTL Soir
07:20Vincent Parizeau
07:22Sous-titrage Société Radio-Canada
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