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Pour empêcher la Révolution, Philippe et François révèlent à Louis XVI son funeste avenir. Pour s'assurer du bon fonctionnement de leur plan, nos voyageurs se rendent en 1808. Aucun soulèvement n'a eu lieu, mais la France est en guerre. Ils se lancent donc à la recherche de Napoléon, qui est alors bien loin de son destin d'empereur...
Distribution complète et résumé de la mini-série
Robert Vattier (Le professeur d'Audigné) Hervé Jolly (Philippe d'Audigné) Ayla (Toinette) Paul Bisciglia (Le valet réjoui) Jacques Blot (Le client) Jean-Marie Bon (L'hôtelier) Jean Borodine (Damon) Raymond Bour (Le chanteur de plaintes) Anne-Marie Carrière ((Mary D'Audson) Myriam Colombi (Catherine D'Audigné) Monique Faraut (La marquise) Serge Frédéric (Le ramoneur) Florence Giorgetti (La jeune nourrice) Jack Harden (Xavier dit Coco bel oeil) Suzanne Hennion (Toinon) Paul Jeanjean (Le cocher du professeur) Jean Lepage (L'écrivain public) Michel Leroyer (La Fayette) Albert Litchi (Le dérateur) Alain Noël (Le gamin) Jenny Orléans (L'hôtesse) Jean-Marie Proslier (Le tailleur) Jean Valière (Le poète) Blanche Raynal (Cloé)
Après une séance d'essai des costumes de l'époque, Philippe et le professeur d'Audigné empruntent les routes de l'époque pour se diriger vers "leur" château. En se faisant passer pour des cousins canadiens, ils sont accueillis par leur ancêtre Xavier dit "Coco bel oeil". Philippe est bien attristé par ce qu'il apprend : Mary d'Audson est alcoolique. Mais Mary d'Audson est-elle réellement la personne qu'il a vu dans le miroir ?...
#vosouvenirstélé
Distribution complète et résumé de la mini-série
Robert Vattier (Le professeur d'Audigné) Hervé Jolly (Philippe d'Audigné) Ayla (Toinette) Paul Bisciglia (Le valet réjoui) Jacques Blot (Le client) Jean-Marie Bon (L'hôtelier) Jean Borodine (Damon) Raymond Bour (Le chanteur de plaintes) Anne-Marie Carrière ((Mary D'Audson) Myriam Colombi (Catherine D'Audigné) Monique Faraut (La marquise) Serge Frédéric (Le ramoneur) Florence Giorgetti (La jeune nourrice) Jack Harden (Xavier dit Coco bel oeil) Suzanne Hennion (Toinon) Paul Jeanjean (Le cocher du professeur) Jean Lepage (L'écrivain public) Michel Leroyer (La Fayette) Albert Litchi (Le dérateur) Alain Noël (Le gamin) Jenny Orléans (L'hôtesse) Jean-Marie Proslier (Le tailleur) Jean Valière (Le poète) Blanche Raynal (Cloé)
Après une séance d'essai des costumes de l'époque, Philippe et le professeur d'Audigné empruntent les routes de l'époque pour se diriger vers "leur" château. En se faisant passer pour des cousins canadiens, ils sont accueillis par leur ancêtre Xavier dit "Coco bel oeil". Philippe est bien attristé par ce qu'il apprend : Mary d'Audson est alcoolique. Mais Mary d'Audson est-elle réellement la personne qu'il a vu dans le miroir ?...
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TVTranscription
00:00:30Deux savants, le vieux professeur François Daudigné et son neveu Philippe, ont réussi à inventer une machine à remonter le temps.
00:00:39Philippe, un peu fou, un peu fantasque, comme parfois le sont les savants, est tombé amoureux et perdument d'une ravissante aïeule, entrevue sur un pastel du peintre Moreau le Jeune.
00:00:51Cette belle arrière-cousine a fini ses jours sur l'échafaud en 1793.
00:00:55Les deux intrépides voyageurs vont remonter les années jusqu'au temps de Louis XVI pour tenter de sauver l'adorable dame du pastel.
00:01:03Ils arrivent bientôt au château familial qu'ils retrouvent en mai 1788 dans sa splendeur première.
00:01:10Au cours d'une réception, Philippe a enfin la possibilité d'approcher celle qu'il aime, Catherine Daudigné.
00:01:15Mais imprudemment, pour la convaincre de fuir son destin tragique, il arrive à lui parler avec trop de précision de l'avenir qu'il connaît.
00:01:24Catherine, effrayée, le prend pour un illuminé.
00:01:27Qu'importe, il la sauvera, malgré elle.
00:01:30Il a son plan.
00:01:31Philippe, agrégé d'histoire, ira faire savoir à Versailles, à un ministre, qui sait, à la reine, voire au roi, les décisions énergiques à prendre, les fautes surtout à éviter.
00:01:41Et la révolution avortera et Catherine sera sauvée.
00:01:46Mais nos deux insensés réussiront-ils dans leur dessein fabuleux ?
00:01:51Sous-titrage Société Radio-Canada
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00:02:58On ne pouvait pénétrer dans le château sans épée.
00:03:05Ce règlement provoquait d'étranges mousquetaires, moi y compris.
00:03:11La curiosité est toujours punie.
00:03:14Nous nous passons, monsieur.
00:03:25Vous avez l'air d'avoir porté ça toute votre vie.
00:03:28Moi, je vais me prendre les pattes dedans, c'est sûr.
00:03:30Je m'étais allé devant Louis XVI.
00:03:31C'est comme si c'était déjà fait.
00:03:32Encore faut-il que nous arrivions jusqu'à lui.
00:03:35Je croirais dans le métro.
00:03:37Quel métro ?
00:03:38Je vous expliquerai.
00:03:43Monsieur, ce n'est pas pour vous.
00:03:44C'est pour un seigneur qui arrive derrière.
00:03:47Oh, pardon.
00:03:53Qui est-ce ?
00:03:56Ça doit être un très, très grand personnage.
00:03:58C'est au moins celui qui porte l'alicate au roi.
00:04:00Taisez-vous, anarchistes.
00:04:10Attention, voyons.
00:04:12Ça ne devait pas louper des plans pareils.
00:04:13Évidemment.
00:04:13Alors, celui qu'on s'élevait très bas tout à l'heure, c'est maintenant lui qui s'aluba.
00:04:25Qui c'est cet emplumé ?
00:04:26Ça doit être un grand, grand seigneur de la maison de sa majesté.
00:04:30Il doit être au moins celui qui passe le vase de nuit.
00:04:33Taisez-vous donc.
00:04:33On va, on vient.
00:04:38On entre, on sort.
00:04:40On va comme chez soi, dans le château du roi.
00:04:43J'avoue, oui.
00:04:44Mieux que sous la République.
00:04:45Mais vous croyez qu'on va pénétrer comme ça jusqu'à lui ?
00:04:51Mais c'est que vous y êtes, mon cher.
00:04:53Mais on est où ?
00:04:53Mais tout ça, mais ça va l'œil de bœuf.
00:04:55Sa majesté est là derrière.
00:04:57Il n'y a qu'à s'adresser au gros Suisse qui est là.
00:04:58Puis on entre, on le voit et on lui parle.
00:05:03Sa majesté vous attend.
00:05:04Comment dit-on déjà au XXe siècle ?
00:05:10Être brusquement intimidé.
00:05:13On dit ça dégonfler.
00:05:15Mais c'est pas mal.
00:05:16Et en 1980 aussi c'est nouveau, on dit
00:05:18refermer ses pétales.
00:05:20Refermer ses pétales, c'est joli ça.
00:05:22Et vous avez envie d'enfermer les vôtres.
00:05:24Oh maître, vous n'en fichez pas de moi parce que vous...
00:05:26Non, mais moi, mes pétales, il y a longtemps que j'ai envie de les, oui, c'est ça.
00:05:31Mais moi, s'il pouvait savoir seulement tout le monde, non ?
00:05:33C'est ce que nous savons et ce que nous lui apportons.
00:05:36Oui, mais justement, il ne peut pas deviner.
00:05:38Il faut le lui dire.
00:05:40Oui.
00:05:42Bon, ben allons-y, en avant.
00:05:49Messieurs, on ne rentre plus.
00:05:50Les audiences sont terminées.
00:05:54Oh ben zut alors.
00:05:56Ce n'est pas possible.
00:05:59Ah, puisqu'il ne vous fait rien ?
00:06:00Moi, rien.
00:06:03Bon, ben pour parler au roi, je ne sais pas comment on va faire,
00:06:07mais à la première occasion, on lui saute dessus.
00:06:08T'enlique carrément.
00:06:09Et alors, au roi ?
00:06:10Non, il nous cherche, patin.
00:06:12Au roi.
00:06:12Au roi.
00:06:20Au roi.
00:06:20Oh, toute cette suite.
00:06:40Oui.
00:06:41On ne peut pas parler devant tous ces gens-là ?
00:06:43Évidemment.
00:06:43J'ai une idée.
00:06:51Ah, j'ai entendu dire que la reine était un trianon.
00:06:53Allons trouver la reine, c'est une femme charmante et compréhensible.
00:06:56Oui.
00:06:56Vous voulez aller demander à la reine de faire des économies ?
00:06:59C'est comme si vous demandiez à Henri IV de se faire curer.
00:07:01Vous avez de bonnes idées.
00:07:02Je cherche, moi, ce n'est pas commode.
00:07:04Ah, non.
00:07:07Écoutez, moi je pense aussi avoir une idée.
00:07:10Ah oui ?
00:07:11Ah oui, et une bonne, enfin, je crois.
00:07:13Ce n'est pas maître pour m'étonner ?
00:07:15Ça va, un peu de boniment.
00:07:17Allez, allez, allez.
00:07:18Là où ?
00:07:19Vous verrez.
00:07:20Quand je pense que me voilà, moi, collaborant à votre invraisemblable folie.
00:07:26Enfin, que Dieu nous aide.
00:07:28Où allons-nous ?
00:07:29Quand on a les pétales qui se ferment, on fait son bouquet autrement.
00:07:41Pardon, monsieur.
00:07:46La forge du serrurier gamin.
00:07:48Le serrurier du roi ?
00:07:50Lui-même.
00:07:51Vous prendrez au bout de cette futée à droite.
00:07:53Et vous apercevrez à Santoise l'affumé de ce latelier.
00:07:57Mille grâce.
00:07:58Vous contournerez le seau du loup.
00:08:00Et vous y serez.
00:08:01Mille grâce.
00:08:02C'était là mon idée.
00:08:09Le légendaire gamin allait, s'il marchait, nous servir de facteur sans danger.
00:08:14Et il allait marcher, bougre.
00:08:27La fumée, c'est là.
00:08:32Le compagnon gamin, s'il vous plaît.
00:08:48C'est moi, bougre.
00:08:50C'est vous qui apprenez au roi à faire des serrures.
00:08:53Oui, bougre.
00:08:56Viens prendre ma place, toi.
00:08:58Et travaillez, vous autres.
00:09:02Les preuves que nous mettions brusquement sous ses yeux s'il n'était pas cardiaque.
00:09:30Bougre.
00:09:32Lui assurait suffisamment notre bonne foi.
00:09:38Après quelques minutes d'explications laborieuses,
00:09:41il allait se charger de remettre nos documents au roi.
00:09:44Sacré gamin.
00:09:45Eh, là, le roi qui arrive.
00:09:57Mais ma parole, il nous court après.
00:10:00Adieu, merci.
00:10:04Messieurs, le roi.
00:10:05Ça y est, je l'ai vu.
00:10:32Louis XVI, elle gratte-ciel dans la main.
00:10:34Mon Dieu.
00:10:34Nous ne pouvions désapprendre nos portes.
00:11:00Nous ne pouvions dès à présent que laisser courir les événements et courir nous-mêmes.
00:11:10Vite à l'usarche, nous croyions voir des gendarmes partout.
00:11:19La question nous hantait. Louis XVI allait-il prendre Philippe au sérieux ?
00:11:24Avions-nous bien fait de vouloir changer la destinée du monde ?
00:11:27Car nous allions y parvenir. Un fou qu'était Philippe. Et fou moi-même qui le laissait faire.
00:11:34Heureusement, nous rattraperions bientôt le chambardement démentiel que nous allions provoquer.
00:11:39Mais, n'anticipons pas.
00:11:44J'ai hâte de savoir. Moi aussi.
00:11:49Redescendons ses 20 ans. 88, 98, 1808. Réintégrons 1808. C'est commode pour mes calculs.
00:11:54Et allons voir les conséquences de notre petit grain de sable.
00:11:56Allons-y, en route.
00:11:58Nous foncions bientôt à travers l'espace chronomique dans l'anéantissement du voyage de retour.
00:12:081808. À la grâce de Dieu.
00:12:10Au fait, Dieu était-il content ?
00:12:13Que durera cette translation ?
00:12:14Vous permettez, messieurs ?
00:12:17Allô ?
00:12:22Oui ? Oui, merci. Dictez-le-moi.
00:12:25Bon, ben non. Cette fois, ça ne veut plus. Qu'est-ce que c'est que cette farce ?
00:12:30Divagation de moribond ?
00:12:32Ah ben, je ne suis pas allégé d'histoire, mais quand même.
00:12:35Louis XVI, que que sache, n'a jamais été contacté par personne dans ce sens.
00:12:41Oui, merci. Au revoir.
00:12:42Ça, je saurais.
00:12:43Je vous entends et je vous réponds, monsieur le professeur Cloutier.
00:12:48Ce récit peut n'être que la divagation d'un moribond. C'est d'accord.
00:12:52Mais votre argumentation contre, excusez-moi, n'est pas à retenir.
00:12:57Comment ? Mais enfin, monsieur, l'histoire ne peut avoir de déroulement.
00:13:01Si, par les conséquences bouleversantes du chronoscope.
00:13:05Tous ces faits, pour nous, se sont produits dans le néant du temps, avant notre naissance.
00:13:09Mais impossible ! Puisque nous existons tels que nous sommes, ce qui nous a procréés est donc immuat.
00:13:15Non, non.
00:13:17Un peu de patience, messieurs. Tout cela va s'expliquer. Vous allez voir comment.
00:13:21Et ce télégramme, tout à l'heure, vous fera moins catégorique, monsieur le professeur.
00:13:24Je ne demande pas mieux.
00:13:26Je continue.
00:13:27Et puis, il n'aurait été absent que sept jours pour faire tout ça.
00:13:30Alors, monsieur le professeur, il est cinq heures.
00:13:34Vous partez à présent pour le passé.
00:13:36Vous y restez vingt ans.
00:13:37Au bout de ces vingt ans, vous remontez vers nous, le long du temps.
00:13:41Vous pouvez très bien ressurgir à cinq heures cinq aujourd'hui.
00:13:43Vous aurez vieilli de vingt ans.
00:13:45Mais pour nous, relativement, vous ne serez restés absents que cinq minutes.
00:13:50Cloutier, vous voilà cloué.
00:13:52Ah oui, à quoi je pense ?
00:13:54Oh, suis-je bête ?
00:13:56Oh, ben, il rigolerait, franchement, il est de là.
00:13:58Que, durant cette translation, le voyage dans le temps ne semble pas comporter de temps lui-même.
00:14:04Nous nous réintégrammes brusquement.
00:14:06Et pourtant, sans malaise, vingt ans plus tard.
00:14:08Presque, semblait-il, à la minute où nous étions partis.
00:14:121808, vous êtes sûr ?
00:14:20Oui, sûr.
00:14:21Nous sommes exactement en juillet 1808.
00:14:25Voilà la croix, notre chère croix.
00:14:27Un peu plus noire seulement.
00:14:29Vingt ans de plus, quoi.
00:14:321808, l'apogée de l'Empire, la guerre d'Espagne.
00:14:35Ah, non, j'espère qu'il n'est pas là, l'autre, l'usurpateur.
00:14:40Si nous avons enrayé la Révolution, il n'y a pas d'Empire.
00:14:46Allons voir.
00:14:48J'ai hâte de savoir ce qu'est devenu Catherine.
00:14:50Ne vous énervez pas.
00:14:51Je vous signale qu'elle est aussi à vingt ans de plus.
00:14:54Oh, non, non.
00:14:55Ce genre de femme en avicente ne vieillit pas.
00:14:57Ah, bon.
00:14:59Allons prendre le vent.
00:15:01Là-bas, ça doit être une auberge.
00:15:04Charme en séjour.
00:15:23La vie semblait paisible à la pimpante auberge du cheval noir.
00:15:27Au bout de la table, l'enfant du cabartier faisait ses devoirs.
00:15:38Ça va bien ?
00:15:39Oui, monsieur.
00:15:41Pas mal.
00:15:42C'est mon meilleur élève.
00:15:44Le ciel nous l'envoyait.
00:15:45C'est rudement bien, ça.
00:15:54Moi, j'ai mes enfants studieux.
00:15:56Si tu réponds bien à mes questions, je te donnerai quatre sous.
00:16:02Oh, monseigneur, c'est trop le gâté.
00:16:05Quatre sous ? Mais je vais pouvoir m'acheter mon petit âne.
00:16:07J'avais dû être trop généreux.
00:16:09Le franc devait bien se porter.
00:16:12Oui, quatre sous.
00:16:14Les voilà.
00:16:15Mais je vais te poser des questions difficiles.
00:16:18D'abord, en quelle année sommes-nous ?
00:16:19En 1808, monsieur.
00:16:24Un bon point.
00:16:25Et un bon point pour vous aussi.
00:16:28Dis-moi, voyons.
00:16:30Mais aussitôt, nous allions éprouver une forte surprise.
00:16:33Allez, écoute, allez, écoute.
00:16:37Monsieur le chevalier, on vous demande au corné phonique.
00:16:40Voilà.
00:16:41Nos rapports scientifiques avaient donc servi.
00:16:43Mais Louis XVI et la Révolution,
00:16:45les costumes, eux, étaient révolutionnaires en tout cas.
00:16:48Allez, écoute.
00:16:49Allez, écoute.
00:16:51C'est vous, mon cher Vidame.
00:16:53Oui ?
00:16:54Vous avez vu le chapeau.
00:16:55Eh oui, par temps bleu.
00:16:56On dirait le chapeau des médecins de Malière.
00:16:58C'est curieux.
00:16:59Prenez votre...
00:16:59Et la veste.
00:17:01Et les pompons.
00:17:01Ça rappelle l'Espagne ?
00:17:02En effet, et le pantalon de soie noire collant,
00:17:06serré aux chevilles,
00:17:07complétait l'inspiration ibérique.
00:17:10À première vue,
00:17:11l'ensemble pouvait faire penser
00:17:12à un diaphoirus toréador.
00:17:15Mais non, pas de croupes !
00:17:17De croupes !
00:17:19Oui, ventre bleu !
00:17:22C'est au mieux.
00:17:25Alors, voilà.
00:17:29Ventre bleu !
00:17:31La vraisemblante.
00:17:40Ah, à nous deux, tiens.
00:17:43Peux-tu nous parler du roi Louis XVI ?
00:17:46Oh, je le sais.
00:17:47C'est ma dernière leçon.
00:17:49Tout va bien.
00:17:50Le bon roi Louis XVI
00:17:52fut le père du peuple.
00:17:53Savant lui-même,
00:17:54il perfectionna entre autres découvertes
00:17:56avec la voisier,
00:17:57la bicyclette,
00:17:58les vaccins,
00:17:59le phonographe
00:18:00et la machine à coudre.
00:18:02Exact.
00:18:03En politique,
00:18:04par ses sages mesures,
00:18:05il ramena la concorde
00:18:06et bien-être
00:18:07et fit s'éloigner à jamais
00:18:09le spectre de la révolution.
00:18:10Parce qu'il n'y a pas eu
00:18:11de révolution.
00:18:13Non, monsieur.
00:18:15Tu en es bien sûr ?
00:18:16Oui, monsieur.
00:18:17C'est lui qui fit démolir
00:18:18l'antique prison de la Bastille.
00:18:21Ah, parfait.
00:18:23Et où est-il en ce moment,
00:18:25le bon roi Louis XVI ?
00:18:26Il est mort.
00:18:27Il est au ciel.
00:18:28Bon, bien répondu.
00:18:30Et à quel moment est-il mort ?
00:18:33En 1800.
00:18:36En 1800 ?
00:18:37Bon, très bien.
00:18:40Très bien.
00:18:40Qu'est-ce que tu racontes, toi ?
00:18:42Fais donc un peu attention.
00:18:44Il est mort en Canaldé,
00:18:45le roi Louis XVI ?
00:18:47En 1803,
00:18:48par un embarras gastrique.
00:18:50À la bonne œuvre.
00:18:52Vous n'avez pas fait attention,
00:18:53moi non plus.
00:18:54Vous avez entendu ?
00:18:55Non, non, non.
00:18:57En fait, tu es mort
00:18:58en 1803.
00:19:02Et comment s'appelle
00:19:05le roi actuel ?
00:19:06Sa majesté,
00:19:07le roi Louis XVII.
00:19:09Louis XVII.
00:19:11Tu en es bien sûr ?
00:19:13Oui, monsieur.
00:19:14Rien à dire à ça ?
00:19:15Rien à dire.
00:19:16Tu vois,
00:19:18le monsieur se moque de toi.
00:19:19Du tout.
00:19:20Tiens,
00:19:21voilà dix sous.
00:19:23Oh, mon seigneur,
00:19:24vous le gâtez trop.
00:19:26Il nous a appris
00:19:26tant de choses.
00:19:28Je vais pouvoir
00:19:29m'acheter la voiture avec.
00:19:32Qu'est-ce qu'on a fichu
00:19:33de l'histoire ?
00:19:34Je voudrais bien
00:19:37m'avoir Catherine.
00:19:39Je peux peut-être
00:19:40lui téléphoner ?
00:19:42Je vous signale
00:19:42que pour elle,
00:19:43vous êtes à Crocus.
00:19:45Dame,
00:19:46vous lui avez prédit
00:19:47une révolution,
00:19:47il n'y a pas eu
00:19:48de révolution.
00:19:48Alors,
00:19:50regardez là-bas.
00:19:53C'est un soldat blessé.
00:19:56À l'air.
00:19:56Peut-être.
00:19:58Peut-être.
00:19:59On est parti.
00:20:23Un coup de cornée pour moi ?
00:20:24Je suis fait.
00:20:25On attend,
00:20:26monsieur le marquis.
00:20:26Au mieux.
00:20:27J'essaie d'éteindre
00:20:28ma machine
00:20:29et j'y vais.
00:20:31Merci.
00:20:34Voilà.
00:20:37Merci.
00:20:38Elle s'arrête à merveille.
00:20:39À deux carapes seulement.
00:20:41Pardon.
00:20:43Peut-on téléphoner, monsieur ?
00:20:45Comment ?
00:20:47Je veux dire,
00:20:48peut-on donner
00:20:49un coup de cornée
00:20:50en Bourgogne d'ici ?
00:20:51Oh non, monseigneur.
00:20:52Pas présentement.
00:20:54Avec la guerre.
00:20:55La guerre ?
00:20:57La guerre, oui, bien sûr.
00:21:00Est-ce que vous avez
00:21:01des nouvelles de la guerre ?
00:21:02Oui, mais bien de lente.
00:21:04Ce matin,
00:21:05ce matin, au cornée sans fil,
00:21:07le cornétiste disait
00:21:08que les bruxiens occupaient
00:21:10Nancy,
00:21:10Besançon.
00:21:12C'est fort souciant.
00:21:14Monsieur,
00:21:15pourquoi que c'était
00:21:16qu'il y a la guerre ?
00:21:18Oh, ce sont des choses
00:21:20graves et compliquées.
00:21:24Trop difficile à t'expliquer,
00:21:25mon mignon.
00:21:26Oh, il est très intelligent.
00:21:28Vous pouvez tout lui dire.
00:21:30Non, pas moi.
00:21:32Vous, monsieur le curé.
00:21:33Non, moi, j'explique très mal.
00:21:37Mais enfin,
00:21:37je te l'ai déjà expliqué.
00:21:40La révolution a éclaté
00:21:41en Allemagne.
00:21:43Alors, notre bon roi
00:21:44est allé au secours
00:21:45du roi de Prusse,
00:21:47son cousin.
00:21:48Enfin, tu comprends.
00:21:49C'est peut-être pas
00:21:49ce qu'il a fait de mieux,
00:21:50le roi.
00:21:51Oh, il était entraîné
00:21:53par ses oncles,
00:21:54Provence.
00:21:55D'Artois.
00:21:56Surtout d'Artois.
00:21:57Surtout d'Artois.
00:21:59Eh, on disait ce matin
00:22:00au village
00:22:01que la Bourgogne
00:22:02était menacée.
00:22:04Maître Sainte-Marie,
00:22:05Catherine.
00:22:06Mais enfin,
00:22:06et nos armes nouvelles ?
00:22:08Képhélec,
00:22:09qu'est-ce qu'il fabrique ?
00:22:10Qu'est-ce qu'il attend
00:22:10Képhélec,
00:22:11lui qui est si savant ?
00:22:12Eh, je ne sais pas, moi.
00:22:14Ah, Dieu devrait bien
00:22:16l'inspirer.
00:22:18Nous allons vers
00:22:19des heures difficiles.
00:22:21Ô, mes vèpres.
00:22:24Serviteurs, mes seigneurs,
00:22:26je vais prier pour le roi.
00:22:32Qu'est-ce que c'est
00:22:32que ce Képhélec ?
00:22:34J'ignore.
00:22:36Ça va mal,
00:22:37dans votre Néo 1808.
00:22:40Il fallait bien
00:22:41qu'elle éclate à quelque part,
00:22:41cette révolution.
00:22:42Ben, voilà, en Allemagne.
00:22:44Eh oui.
00:22:45Quand une culotte
00:22:46est trop mûre,
00:22:47s'elle ne craque pas
00:22:48sur une fesse,
00:22:49elle craque sur l'autre.
00:22:51Louis XVI,
00:22:52mort en 1803,
00:22:53d'indigestion.
00:22:54Ouh !
00:22:55Qu'est-ce que nous avons
00:22:57fichu de l'histoire ?
00:22:58Oui.
00:23:00La Bourgogne menacée.
00:23:03Pauvre Catherine.
00:23:05Qu'est-ce qu'on fait ?
00:23:07Vous voulez faire quelque chose ?
00:23:08Mais maintenant qu'on y est.
00:23:10Alors ça,
00:23:10nous y sommes.
00:23:11Gagnons vite Paris,
00:23:14nous aviserons.
00:23:15Cabardier !
00:23:17La diligence était passée.
00:23:20Un roulier,
00:23:21ami du curé,
00:23:22voulut bien consentir
00:23:23à nous charrier
00:23:24jusqu'aux barrières,
00:23:25moyennant trois sous.
00:23:27Merci, mon petit.
00:23:30Bon,
00:23:30nous allons
00:23:31à Paris.
00:23:33Bien,
00:23:33mais vous avez un plan,
00:23:35une idée.
00:23:36Peut-être.
00:23:38Peut-on savoir ?
00:23:39Non, maître,
00:23:39plus tard.
00:23:40Pourquoi ?
00:23:41Je n'ose pas le dire.
00:23:43Ça promet.
00:23:44Allez,
00:23:45Hu !
00:23:45Le voyage fut long.
00:23:53Le roulier,
00:23:53avant de gagner Paris,
00:23:54devait exécuter
00:23:55tout un périple.
00:23:57Par Sarcelles,
00:23:57Saint-Denis,
00:23:58Pantin,
00:23:59pour assurer
00:23:59ses livraisons.
00:24:00S'il vous plaît,
00:24:28messieurs,
00:24:28la route de Paris.
00:24:30Tout droit.
00:24:31Ah,
00:24:31serviteur.
00:24:33C'est très mal indiqué.
00:24:47Une version assez fidèle
00:24:48de la chaise à porteurs,
00:24:49sans porteurs.
00:24:50Oui.
00:24:51Il ne se doute pas,
00:24:52le couidam,
00:24:52que c'est grâce à nous
00:24:53qu'il est là-dedans.
00:24:54Ne m'en parlez pas,
00:24:55j'en suis malade.
00:24:57C'est malade ?
00:24:58Non,
00:24:58non,
00:24:59ça n'est rien,
00:24:59c'est la voiture,
00:25:00la saleur.
00:25:01Ce qu'il ne va pas
00:25:02le voir,
00:25:02ça remettra en route.
00:25:05Et nos ascendants,
00:25:07avec votre continuité
00:25:09chambardée,
00:25:09vous y avez pensé
00:25:10à nos ascendants,
00:25:11à nos parents ?
00:25:11Non,
00:25:11bien sûr.
00:25:13Mais nos ascendants,
00:25:14ils ne vont pas naître.
00:25:16Ah,
00:25:16mais il n'y a pas de voix.
00:25:19Notre arrière-grand-père,
00:25:21Armando Digné,
00:25:22général d'Empire,
00:25:24il faut bien vivre.
00:25:25de rencontrer
00:25:26notre arrière-grand-mère,
00:25:27Sonia,
00:25:27pendant la retraite de Russie.
00:25:28Pas de retraite,
00:25:29pas de descendants.
00:25:31Notre famille est foutue.
00:25:32Il n'y a pas de voix.
00:25:33Il faudra une autre.
00:25:34vous revoilà,
00:25:48monsieur.
00:25:48Oui,
00:25:48la route Barmedon
00:25:49est toute cabossée,
00:25:50ma mécannerie
00:25:51ne peut pas mécanner.
00:25:52Allons,
00:25:53bon.
00:25:53On m'a dit
00:25:54de détourner
00:25:54par la route de Clamart,
00:25:56j'y vais de mes roues.
00:25:57Serviteur.
00:25:58Bon voyage.
00:26:05C'est vrai ?
00:26:06Dans mon rapport,
00:26:07j'ai oublié de leur dire
00:26:07comment il fallait faire les roues.
00:26:09Je ne leur ai pas parlé
00:26:09des asphales.
00:26:10Ils les trouveront
00:26:11bien assez vite comme ça.
00:26:13Pour faire du 300 à l'heure,
00:26:14ils ont le temps.
00:26:16Tout est déjà assez
00:26:17par-dessus terre.
00:26:27L'autorité militaire
00:26:29nous imposait
00:26:30un détour.
00:26:34Regardez-moi
00:26:34la tenue
00:26:34de ce troufiot.
00:26:37Tout est cul
00:26:38par-dessus terre.
00:26:40J'ai fraqué
00:26:43mon Royal Picardie
00:26:44à pétrole.
00:26:54Ils ont des couleurs
00:26:55bienvoyantes.
00:26:55C'est voulu ?
00:26:56Évidemment,
00:26:57monsieur.
00:26:58C'est la nouvelle
00:26:59conception du Haut Commandement.
00:27:01Depuis que les armes
00:27:02ont allongé leur tir,
00:27:03il était indispensable
00:27:04de bien voir
00:27:05et de bien repérer
00:27:05les troubles à distance
00:27:06pour bien savoir
00:27:07qui se présente
00:27:08et pour ne pas risquer
00:27:10de tirer sur les nôtres.
00:27:11Ah, c'est astucieux.
00:27:13C'était pas tant, ça.
00:27:14Il n'y a plus
00:27:14de méprise possible.
00:27:16Cette précaution
00:27:17nous permet
00:27:17de bien reconnaître
00:27:18que c'est bien
00:27:19l'ennemi qui arrive.
00:27:20Et elle permet
00:27:21à l'ennemi
00:27:21de bien reconnaître
00:27:22que c'est bien nous
00:27:22qui arrivons.
00:27:23Voilà.
00:27:24Et il n'a plus
00:27:24qu'à nous tirer
00:27:25bien dedans.
00:27:26Ah, monsieur,
00:27:27c'est la guerre.
00:27:29Bon, on repart ?
00:27:30On repart.
00:27:31De tout temps,
00:27:32il y aura eu
00:27:32des gens courageux.
00:27:33Avec la peau des autres.
00:27:35Plaît-t-il, monsieur ?
00:27:36Après avoir passé
00:27:45la charmante
00:27:46et verdoyante
00:27:47plaine d'Aubervilliers,
00:27:48traverser les pittoresques
00:27:49épaisibles villages
00:27:50de Saint-Ouen,
00:27:52de Clichy
00:27:52et de Cliancourt,
00:27:54notre homme nous déposa
00:27:54devant la retombe
00:27:55de la barrière Saint-Martin
00:27:56comme sonnait
00:27:57huit heures.
00:27:58Merci, monsieur, merci.
00:28:03Que Dieu vous garde.
00:28:04Ce serait plutôt
00:28:05le diable.
00:28:06Allez vite, maître,
00:28:07ne nous laissons pas abattre.
00:28:08Gagnons vite le centre.
00:28:12Vous êtes pressés ?
00:28:13Nous n'avons pas
00:28:14de temps à perdre.
00:28:15La Bourgogne menacée...
00:28:16Vous voulez sauver
00:28:16la Bourgogne ?
00:28:18Essayez.
00:28:19Tout seul ?
00:28:21Pas tout à fait.
00:28:22Peut-on savoir ?
00:28:25Laissez-moi encore
00:28:25un peu réfléchir.
00:28:26C'est une idée folle.
00:28:29Je vous fais confiance.
00:28:30Merci.
00:28:32À votre perplexité,
00:28:33j'augure une idée massue.
00:28:36Oh, oui.
00:28:38Ah, ben, me voilà
00:28:38complètement rassuré.
00:28:41Nous fûmes bientôt
00:28:42dans un Paris de guerre,
00:28:43lourd d'angoisse.
00:28:45Notre gigantesque responsabilité
00:28:47ne nous empêchait pas
00:28:48de tout voir.
00:28:49Les modes sont
00:28:50tout de même curieuses.
00:28:51Oui.
00:28:52C'est du Néo-Louis XVI.
00:28:53Moi.
00:28:54Plutôt du pur Louis XVII.
00:28:56Oui.
00:29:01Qu'est-ce que nous avons
00:29:02foutu de la mode ?
00:29:07Regardez-moi celle-là.
00:29:11Nous savions à présent
00:29:12la cause de ces influences
00:29:13espagnoles et canadiennes.
00:29:15Grâce à l'Espagne,
00:29:17notre allié,
00:29:18la guerre d'Amérique
00:29:18avait pu reprendre en 1804.
00:29:20D'où ses peignes
00:29:21hausses et sombres
00:29:22dans les cheveux poudrés,
00:29:23ses plumes et ses buffleteries
00:29:24du Grand Nord
00:29:25et ses pantalons étroits
00:29:26d'Hidalgo.
00:29:27Mais la France aujourd'hui
00:29:28retrouvait l'anxiété
00:29:29des jours sombres.
00:29:30L'invasion des révolutionnaires
00:29:31prussiens s'aggravait.
00:29:33Paris cherchait avidement
00:29:34les nouvelles
00:29:35et commentait
00:29:36févreusement.
00:29:37Dites donc pas de sornettes.
00:29:38Un farceur !
00:29:39Non !
00:29:40Mais nous avons trop compté
00:29:41sur lui.
00:29:42Sous prétexte que
00:29:43Kefélec est français,
00:29:44nous croyions être les seuls
00:29:45à détenir ses inventions.
00:29:47En fait, à présent,
00:29:48les autres les ont aussi,
00:29:49ses inventions.
00:29:51J'ai déjà entendu ça
00:29:52quelque part.
00:29:54Que voulez-vous fricoter,
00:29:56Philippe ?
00:29:57L'idée m'a su ?
00:29:58Si nous entrions ici ?
00:30:05Au café ?
00:30:06J'y pensais.
00:30:07On écoutera ce qui se dit.
00:30:08J'aimerais aussi me renseigner.
00:30:10Vous renseigner sur quoi ?
00:30:12Vous m'expliquerez ?
00:30:15Au café des trois bavards,
00:30:17ils étaient bien plus de trois.
00:30:19Goutier-coffe sera paris
00:30:20dans huit jours !
00:30:21Tout bon, l'ami !
00:30:22Tartois les attons sur la marge !
00:30:23Chanson !
00:30:24Effort brûle !
00:30:25Épinal brûle !
00:30:26Vous n'allez pas faire ça
00:30:27une tactique, non ?
00:30:28Ah ! Autre chose !
00:30:29Le fait est absolument authentique, hein ?
00:30:31C'est un colporteur
00:30:32qui l'a dit à mon frère.
00:30:33Lundi dernier,
00:30:34lundi 15,
00:30:35à la bataille de Nancy,
00:30:36paraît-il,
00:30:37les Prussiens étaient
00:30:37tout habillés en teinte
00:30:38mère de doigts.
00:30:39Pourquoi ?
00:30:40Mais pour se cacher, tiens !
00:30:41Tiens, monte !
00:30:42C'est lâche !
00:30:43Alors, c'est ça, la guerre !
00:30:44Eh bien, moi, je sais,
00:30:45par mon cousin
00:30:46qui travaille au ministère des Poudres,
00:30:47vous savez ?
00:30:47Oui.
00:30:48Que Kefelec préparerait
00:30:49un engin susceptible
00:30:50de retourner la situation.
00:30:51Oh !
00:30:52Encore ce Kefelec ?
00:30:53Ils auront aussi
00:30:54votre engin susceptible
00:30:55et plus efficace.
00:30:56Enfin,
00:30:57c'est cela qui est désastreux,
00:30:59aberrant !
00:31:01Le lance-feu des Prussiens
00:31:02dérivé du lance-feu
00:31:03de Kefelec
00:31:03est dix fois plus puissant
00:31:04que le sien.
00:31:06Résultat,
00:31:06nos propres inventions
00:31:07nous flanquent la piquette.
00:31:08C'est tout de même vexant !
00:31:09Ah !
00:31:09Il y a de moins
00:31:10qu'on puisse dire !
00:31:10Pardon, monsieur.
00:31:13Serviteur ?
00:31:14J'arrive de ma province
00:31:16et je voudrais savoir...
00:31:17Serviteur ?
00:31:18En somme,
00:31:19ce Kefelec,
00:31:20c'est un as.
00:31:21C'est un quoi ?
00:31:21Non, je veux dire,
00:31:22c'est un très, très grand savant,
00:31:24Kefelec.
00:31:24Je vous entends, monsieur.
00:31:26Je vous réponds.
00:31:27Le grand mérite
00:31:28de Kefelec, monsieur,
00:31:29est d'avoir appliqué
00:31:30les découvertes pacifiques
00:31:31du dernier règne
00:31:31à la guerre moderne.
00:31:33Ah oui.
00:31:34C'est un génie !
00:31:35Voyons !
00:31:37L'obus glacial,
00:31:38les gaz rongeants
00:31:39et tant d'autres.
00:31:39On les lui doit
00:31:40comme le lance-feu !
00:31:41Or, bien !
00:31:42Son lance-feu est génial !
00:31:43C'est un dérivé
00:31:44de la machine à coudre ?
00:31:45Ah oui.
00:31:45Voyons !
00:31:47Ah oui.
00:31:50Nous aurions dû, nous,
00:31:51déclarer la guerre les premiers.
00:31:52Quand nous étions les seuls
00:31:53à posséder le lance-feu
00:31:54de Kefelec !
00:31:54Bravo !
00:31:55Voilà !
00:31:56Parfaitement !
00:31:56Et nous serions aujourd'hui
00:31:57les maîtres du monde !
00:31:58J'ai encore entendu ça quelque part.
00:32:00Merci, messieurs.
00:32:01Serviteur.
00:32:03En somme,
00:32:04Kefelec
00:32:05s'est servi de vos rapports
00:32:07pour en tirer
00:32:07un tas de saloperies.
00:32:10Mais d'où sort-il,
00:32:10celui-là ?
00:32:11Kefelec ?
00:32:12Oui.
00:32:13C'est peut-être un jeune
00:32:14qui devait mourir
00:32:15à la prise de la Bastille
00:32:16et comme il n'y a pas eu
00:32:17de prise de la Bastille,
00:32:18il est là.
00:32:19Ah oui ?
00:32:21Ah bah zut,
00:32:21alors on a flanqué
00:32:21le 14 juillet en l'air ?
00:32:22Oh oui !
00:32:23Oh, mais nous n'en sommes plus là !
00:32:25Tous les hommes qui sont sortis
00:32:26ou qui vont sortir
00:32:27ne sont plus les mêmes.
00:32:28Tenez, vous allez voir.
00:32:30Pardon, monsieur.
00:32:31Serviteur.
00:32:32Je m'excuse encore.
00:32:34Mais vous semblez
00:32:34si au courant
00:32:35de la chose publique.
00:32:37Vous avez peut-être
00:32:38entendu parler
00:32:38d'un nommé Danton.
00:32:41Danton ?
00:32:42Non.
00:32:43C'est un serviteur du roi ?
00:32:45Je ne crois pas.
00:32:46Je m'excuse.
00:32:47Serviteur.
00:32:48C'est dommage.
00:32:50De l'audace.
00:32:50Toujours de l'audace.
00:32:52Il tomberait bien
00:32:52Danton présentement.
00:32:55Maître, justement.
00:32:57Soyons francs.
00:32:58J'ai à vous parler.
00:32:59J'ai à vous dire mon...
00:33:00Oui, votre idée m'a su.
00:33:02Oui.
00:33:03Écoutez-moi bien.
00:33:04Ne m'interrompez pas.
00:33:06Et ne sautez pas.
00:33:07Eh bien, allez-y.
00:33:09Voilà.
00:33:10Je voudrais chercher quelqu'un.
00:33:12Ça, je le sais.
00:33:13Comment vous savez ?
00:33:15Oh, Blanbec,
00:33:16ne me prenez pas
00:33:16pour plus bête
00:33:17que je ne suis, mon maître.
00:33:18Il y a longtemps
00:33:18que je l'ai deviné,
00:33:19votre idée.
00:33:21Vous voulez chercher l'autre ?
00:33:22Lui ?
00:33:24Le Corse ?
00:33:26Oui, maître.
00:33:28Maître,
00:33:29la ligne des forts
00:33:30enfoncée.
00:33:31Paris menacée,
00:33:32si je comprends bien.
00:33:33Il est le seul
00:33:34capable de faire face
00:33:35et de retourner
00:33:36une telle situation.
00:33:37Il est le seul !
00:33:38Ne criez pas comme ça
00:33:38doucement.
00:33:39Il est le seul !
00:33:40Eh bien, oui,
00:33:41il est le seul,
00:33:41mais à mon tour,
00:33:42laissez-moi parler.
00:33:44Je ne l'aime pas.
00:33:45Qui ?
00:33:46Oh !
00:33:47Lui ?
00:33:48Oui, bien sûr.
00:33:49Ah non, ça,
00:33:49je ne l'aime pas.
00:33:50Mais dans une pareille conjoncture,
00:33:52je suis de votre avis.
00:33:52Ignorez que lui.
00:33:53Oh, maître,
00:33:53vous me soulagez
00:33:54d'un grand poids.
00:33:55Eh bien,
00:33:55cherchons-le.
00:33:56Oui ?
00:33:57Oh, maître,
00:33:57quelle largesse d'esprit
00:33:58la vôtre !
00:33:59Ça va,
00:33:59ça ne va pas de veniment.
00:34:00Cherchons-le,
00:34:01mais où est-il ?
00:34:02Tout est bouleversé
00:34:03dans votre Néo 1808.
00:34:04Tenez.
00:34:06Pardon, monsieur.
00:34:07Je vous dérange
00:34:08une nouvelle fois.
00:34:10Serviteur.
00:34:11Avez-vous, par contre,
00:34:12entendu parler
00:34:13d'un nommé Bonaparte ?
00:34:14Bonacar.
00:34:16Parthe,
00:34:17Bonaparte.
00:34:18Non plus.
00:34:20Dame,
00:34:20on l'a flanqué
00:34:21dans la coulisse aussi,
00:34:21celui-là.
00:34:22Vous connaissez, vous ?
00:34:23Qui ?
00:34:23Un nommé Bonaparte.
00:34:25Non.
00:34:25Non, mais bon.
00:34:26Ce Bonaparte,
00:34:27c'est quelqu'un du quartier ?
00:34:28Bon.
00:34:29Bon.
00:34:30Oui, oui,
00:34:31c'est un ami de mon oncle.
00:34:32Non, on ne connaît pas.
00:34:33Vous savez,
00:34:33on ne peut pas
00:34:33que l'aide tout le monde.
00:34:34Évidemment.
00:34:35Nous vous avons encore
00:34:36dérangé pour rien.
00:34:37Serviteur.
00:34:39Qu'avons-nous fichu
00:34:39de l'histoire, Louis ?
00:34:41Et où est-il maintenant ?
00:34:42En Corse ?
00:34:43Est-il seulement militaire ?
00:34:45Avec lui,
00:34:45Coutier-Poff
00:34:46serait vite repoussé
00:34:46loin des frontières.
00:34:48Et de Catherine.
00:34:49Il y avait longtemps.
00:34:51Bon, ben,
00:34:51c'est bien simple.
00:34:52Il faut le chercher.
00:34:52Il faut surtout le retrouver.
00:34:54Et lui faire rendre sa chance.
00:34:57Bon, monsieur.
00:34:58Ces messieurs
00:34:59n'ont rien appris ?
00:34:59Non, non.
00:35:00Merci.
00:35:01Nous reviendrons.
00:35:01Oh, merci, monsieur.
00:35:05J'irai partout.
00:35:06J'irai à la cour
00:35:06signaler sa compétence.
00:35:07C'est tout petit.
00:35:09Ah non,
00:35:09pas tout petit.
00:35:10Des voileriers.
00:35:12La peine le faudra bien.
00:35:13Avec toutes nos preuves,
00:35:14nos fiches,
00:35:14notre bagage scientifique,
00:35:16on nous croira.
00:35:17Ben, nous voilà.
00:35:18De beaux cambres
00:35:19de merdements
00:35:19en perspective.
00:35:23C'est 1808.
00:35:24Il a présentement l'âge
00:35:25qu'il aurait cru
00:35:26à Friatland.
00:35:27Il est en pleine maturité
00:35:27de son génie.
00:35:28Pas une seconde à perdre.
00:35:29Ah oui,
00:35:29il ne faut pas attendre
00:35:30qu'il ait l'âge
00:35:30de Waterloo.
00:35:32Vous êtes terrible.
00:35:34Et ce fut,
00:35:35dès le lendemain matin,
00:35:36la course,
00:35:37la chasse,
00:35:37la prospection
00:35:38pour retrouver l'homme.
00:35:40Celui qui fut appelé
00:35:41en un autre monde,
00:35:43un autre déroulement
00:35:44des choses,
00:35:45le petit caporal,
00:35:46le petit tondu,
00:35:47l'empereur.
00:35:48Où était-il ?
00:35:50En France ?
00:35:50En Corse ?
00:35:51Où son génie
00:35:52était-il allé briller ?
00:35:54Hélas,
00:35:54peut-être aussi
00:35:54était-il mort.
00:35:56Entre autres bureaux,
00:35:57nous nous présentâmes
00:35:58d'abord à l'école militaire.
00:35:59Vous dites Bonaparte ?
00:36:02Partes.
00:36:02Bonaparte,
00:36:03qu'à des gentils hommes.
00:36:05Entrez en...
00:36:06Entrez ici en 1784 octobre.
00:36:10Octobre.
00:36:11On va chercher.
00:36:14Revenez après-demain.
00:36:15Mille grâce.
00:36:16Opiniâtre,
00:36:18enragé,
00:36:19fiévreux,
00:36:20Philippe animé
00:36:21d'un sentiment
00:36:21à la fois égoïste
00:36:22et désintéressé,
00:36:23courait partout,
00:36:24guidé par les notations
00:36:25vagues de la légende
00:36:26et de la petite histoire.
00:36:28Nous montions,
00:36:29descendions des étages,
00:36:30suivions des pistes
00:36:31qui s'évanouissaient
00:36:32l'une après l'autre.
00:36:35Et moi,
00:36:36oui, moi,
00:36:37encore plus étonné
00:36:38qu'essoufflé,
00:36:39je participais.
00:36:40Je courais après
00:36:41l'usurpateur aussi
00:36:42pour lui faire reprendre
00:36:43son petit chapeau.
00:36:45C'était le comble.
00:36:46Oui,
00:36:48il se rappelait
00:36:49un petit maigrichon
00:36:50à l'accent corse
00:36:51qui parlait comme le chat.
00:36:52Oui, oui,
00:36:53il ne l'avait jamais revu.
00:36:54Un petit maigre,
00:36:55ça fait un long nez.
00:36:56Mais je ne l'ai plus jamais revu.
00:36:58Ah bon ?
00:36:58Excusez-moi, monsieur.
00:36:59Je vous en prie.
00:37:00Je vous en prie.
00:37:01Au revoir, monsieur.
00:37:01Au revoir, monsieur.
00:37:02Voilà,
00:37:03c'était encore pour rien.
00:37:04Et l'on repartait.
00:37:07Marchant,
00:37:07cherchant,
00:37:08questionnant,
00:37:09Philippe,
00:37:09j'en étais persuadé,
00:37:10gardait toujours
00:37:11la belle image
00:37:12entre lui et la vie.
00:37:13Souvent,
00:37:14voyait-il bien même
00:37:15le qui-dame
00:37:16auquel il s'adressait.
00:37:17Hé, l'ami,
00:37:19la rue Tickton,
00:37:20s'il vous plaît.
00:37:21Voilà, monsieur,
00:37:21c'est très simple.
00:37:23Vous êtes ici
00:37:23en face de la rue
00:37:24des Petits Carreaux,
00:37:24c'est celle-là.
00:37:25Alors, dans la rue
00:37:25des Petits Carreaux,
00:37:26vous prenez la première rue
00:37:27à droite,
00:37:28la rue des Coquilles.
00:37:29Vous y passez
00:37:30la rue de la Belle-Femme,
00:37:31la rue Neuf-Saint-Gilles,
00:37:32la rue du Pont-Touchou.
00:37:33Vous tournez à gauche
00:37:36dans la rue de Poupée.
00:37:38C'est tout droit.
00:37:40Vous êtes charmant,
00:37:41mon cousin.
00:37:43Charmant?
00:37:47Hé, la rue du Pont-Touchou.
00:37:50Hé, vous m'entendez
00:37:52qui, compé?
00:37:54Oui, oui, bien sûr.
00:37:56Merci, serviteur.
00:37:57Et il repartait
00:37:58et retournait
00:37:59tout à son rêve.
00:38:00La nuit, certainement,
00:38:16malgré son agitation constante,
00:38:18c'était encore et toujours
00:38:19dans ses bras
00:38:19que, paisiblement,
00:38:21il dormait.
00:39:30Le surlendemain,
00:39:31à l'école militaire,
00:39:32un sergent,
00:39:33l'ère supérieure,
00:39:35à moins qu'abruti,
00:39:36nous énonça
00:39:37qu'on avait,
00:39:38promotion 1784,
00:39:40que la trace
00:39:40d'un seul cadet
00:39:41issu de Brienne.
00:39:43Commandant d'artillerie,
00:39:44Castre de Vaud.
00:39:48Il commande
00:39:48la huitième lance-feu.
00:39:50Castre,
00:39:51le fameux castre
00:39:52de tous les mémoires
00:39:52de l'Empire.
00:39:53La piste était fameuse.
00:39:56Ils sont rentrés
00:39:57le 28 dernier du Canada.
00:39:59Il habitait
00:40:00Chaillot.
00:40:03Voilà son adresse.
00:40:05Merci.
00:40:06Mille grâce.
00:40:06Philippe,
00:40:23sortant de son rêve
00:40:24cette fois,
00:40:25m'entraînait vers Chaillot
00:40:26au pas accéléré
00:40:27de l'amour,
00:40:28ce qui constituait
00:40:29pour moi
00:40:30une cadence
00:40:31nettement périmée.
00:40:33Castre nous reçut
00:40:34entre deux portes.
00:40:34son régiment partait
00:40:35le lendemain
00:40:36pour la ligne de feu.
00:40:37Et pourquoi
00:40:38ne vous asseyez-vous pas?
00:40:41Je me rappelle,
00:40:42oui,
00:40:43un petit brun,
00:40:44maigre,
00:40:44il était corse.
00:40:46À sa sortie de l'école,
00:40:47en 85,
00:40:48il est parti,
00:40:48je crois,
00:40:48pour...
00:40:49Valence.
00:40:50Valence,
00:40:51oui.
00:40:52Moi,
00:40:52pour Dieppe.
00:40:53Je ne l'ai jamais revu.
00:40:54Je n'ai jamais eu de nouvelle.
00:40:56Comment s'appelait-il déjà?
00:40:58Oh,
00:40:58il avait un vrai nom
00:40:59couché dehors.
00:41:00Napoléon.
00:41:01Vous croyez?
00:41:02Ça,
00:41:02j'en suis sûr.
00:41:03Ah oui,
00:41:03ça doit être ça.
00:41:04Napoléon.
00:41:05Ah,
00:41:06oui,
00:41:07oui,
00:41:07c'est ça.
00:41:08Drôle de nom.
00:41:09Il était très brillant élève,
00:41:10n'est-ce pas?
00:41:10Oh,
00:41:11non.
00:41:12Oh non,
00:41:12je n'ai pas le souvenir de ça.
00:41:13Ah bon?
00:41:15Pensez-vous qu'il soit resté dans l'armée?
00:41:16C'est ce qui pouvait faire de mieux.
00:41:19Ce n'était pas un aigle,
00:41:20il avait une bonne intelligence.
00:41:22S'il a continué,
00:41:22il a certainement dû arriver
00:41:23capitaine,
00:41:26voire commandant d'artillerie
00:41:28ou d'administration.
00:41:29Pas plus.
00:41:30Ah,
00:41:30mais qu'est-ce que vous voulez
00:41:31qu'il fasse de mieux?
00:41:32Bon,
00:41:32c'est déjà bien.
00:41:33Moi,
00:41:33je suis commandant
00:41:34et je m'en contente.
00:41:36Vous êtes des amis de sa famille?
00:41:38Oui,
00:41:38oui,
00:41:38oui,
00:41:39de longue date.
00:41:40Mais nous aussi,
00:41:40nous ne l'avons plus revu.
00:41:42Mais nous savons
00:41:43que vous êtes arrivés ensemble
00:41:43à Paris,
00:41:44venant de Brienne.
00:41:44Oui,
00:41:45en octobre en 1784,
00:41:46par le coche d'eau.
00:41:4724 ans.
00:41:49C'est loin.
00:41:49Oh,
00:41:52tiens.
00:41:53Oh,
00:41:53elle est pommée,
00:41:54celle-là.
00:41:55Je me rappelle brusquement,
00:41:56il me doit 18 sous.
00:41:57Ah oui?
00:41:59Oui,
00:41:59le jour même de notre arrivée,
00:42:00en allant à l'école militaire,
00:42:02nous fouillons les bouquinistes.
00:42:04Bonaparte achète un livre,
00:42:05je paie pour lui,
00:42:06il ne m'a jamais remboursé.
00:42:07C'est à nous oublier.
00:42:07Bien sûr,
00:42:08il était très honnête.
00:42:09Eh bien,
00:42:10messieurs,
00:42:10je regrette.
00:42:10Écrivez à Valence.
00:42:13Il a été aussi à Oxone.
00:42:15Écrivez à Oxone.
00:42:18Permettez-nous,
00:42:19commandant,
00:42:20comme nous avons la ferme intention,
00:42:21mon neveu et moi,
00:42:22de retrouver votre ancien camarade,
00:42:24de vous rendre en son nom
00:42:25les fameux 18 sous
00:42:26qu'il vous doit.
00:42:28En aucun cas.
00:42:29Et si vous ne le retrouvez pas?
00:42:30Non,
00:42:30permettez-moi ce petit risque.
00:42:32Vous ne savez pas
00:42:33combien il nous amuse,
00:42:34mon neveu et moi,
00:42:35de payer les dettes
00:42:36du lieutenant Bonaparte.
00:42:38En ce cas,
00:42:39remerciez Bonaparte pour moi
00:42:41si vous le dénichez.
00:42:44Tenez-moi au courant.
00:42:46J'aimerais tout de même savoir
00:42:47ce qu'il est devenu,
00:42:48ce sacré nœud à l'épaulant.
00:42:49Napoléon.
00:42:50Napoléon, oui.
00:42:51Adieu.
00:42:54Et pourquoi pas à nos lépaons
00:42:55ou des lopollants?
00:42:59C'est invraisemblable.
00:43:00Nous rentrâmes par les quais
00:43:01pour pousser jusqu'à la chambre
00:43:02qui l'occupait,
00:43:03un pas sconti en 1786.
00:43:06C'est ici.
00:43:07Deux ans avant notre grain de sable.
00:43:09Bonjour, madame.
00:43:14Nous aimerions savoir
00:43:15si vous avez eu pour locataire
00:43:16un jeune élève
00:43:17de l'école de Paris.
00:43:18Une seule personne
00:43:19se rappelait le jeune petit cadet,
00:43:21madame Permont.
00:43:23Cette charmante dame
00:43:23semblait contente
00:43:24d'évoquer son souvenir.
00:43:26Oui,
00:43:27il était tout maigre,
00:43:29tout triste.
00:43:31Oh,
00:43:31je me rappelle bien de lui.
00:43:33Je ne sais pas
00:43:34ce qu'il est devenu
00:43:35avec ses cheveux tout plats
00:43:37et ses yeux.
00:43:39Ses yeux.
00:43:41Qu'il avait donc des yeux.
00:43:43Ma fille qui taquinait toujours
00:43:45l'avait surnommée
00:43:46le chat beauté.
00:43:47Ça le rendait furieux.
00:43:49Et tout le temps,
00:43:50tout seul,
00:43:50à étudier
00:43:51avec un livre dans la main.
00:43:53Je savais souvent
00:43:53que j'y monte sans manger.
00:43:55Sans quoi,
00:43:55il serait passé de dîner.
00:43:57Il travaillait?
00:43:58Si, il travaillait.
00:44:00Oh,
00:44:00jamais d'amusette,
00:44:01jamais.
00:44:02Il y avait une petite blanchisseuse,
00:44:04très mignonne.
00:44:05Chaque fois qu'elle lui portait
00:44:06son linge,
00:44:07elle faisait belle gorge.
00:44:09Mais lui,
00:44:09le nez dans son bouquin,
00:44:11il ne semblait pas voir.
00:44:12Nous regardions cette brave femme
00:44:13avec un étrange intérêt.
00:44:15Elle ne s'en doutait guère.
00:44:16Pourtant,
00:44:17madame Permont,
00:44:17dans l'histoire,
00:44:18l'autre histoire,
00:44:20figurait un personnage légendaire.
00:44:22Elle y était citée
00:44:23par Dabrantès,
00:44:24Norvins,
00:44:24Lascaz.
00:44:25Elle faisait partie
00:44:26de la jeunesse
00:44:26de l'empereur.
00:44:27Étrange recoupement.
00:44:29Nous obtenions
00:44:30de visiter la chambre.
00:44:34Voilà,
00:44:34c'est ici.
00:44:36Est-ce que ce jeune homme
00:44:37vous intéresse?
00:44:38La tradition n'avait pas menti.
00:44:41De cette fenêtre,
00:44:42le jeune cadet
00:44:42avait contemplé
00:44:43le dôme des Tuileries.
00:44:44Mais depuis,
00:44:45et à cause de nous,
00:44:46il n'avait pas traversé
00:44:47la Seine pour y coucher.
00:44:50Nous saluâmes
00:44:50madame Permont
00:44:51avec un respect
00:44:52qui l'a surpris.
00:44:57Les nouvelles
00:44:59de la guerre
00:44:59empiraient.
00:45:01Ça va devenir
00:45:02plus grave
00:45:02que la Révolution.
00:45:03Les vivres
00:45:04commençaient à manquer.
00:45:05Ce jour-là,
00:45:06nous déjeunâmes
00:45:06d'un peu de cervelas
00:45:07achetés dans une charcuterie
00:45:09de la rue de la Vannerie.
00:45:13Mais la façon
00:45:14de la commerçante
00:45:15pour nous débiter
00:45:15sa marchandise
00:45:16ne manqua pas
00:45:17de nous surprendre.
00:45:18C'est très pratique.
00:45:34La maison
00:45:34qui les fabrique
00:45:35a fait fortune.
00:45:37Ce sera tout ?
00:45:38Un peu de fromage
00:45:39de tête ?
00:45:40Non, merci.
00:45:42Nous poursuivions
00:45:43notre enquête.
00:45:44Nous avions encore
00:45:44dépisté madame Brécieux,
00:45:46ex-mademoiselle du Colombier,
00:45:47que Bonaparte
00:45:48connut à Valence
00:45:49en 1787.
00:45:51Il venait chez ma mère.
00:45:53C'était un jeune
00:45:54officier charmant.
00:45:55Un peu triste.
00:45:56Pas du tout.
00:45:57À Valence,
00:45:57il était bout en train,
00:45:58spirituel,
00:46:00danseur insatigable.
00:46:02Comment se fait-il
00:46:03qu'il ait disparu ?
00:46:04Ce n'est pas possible.
00:46:06Il a dû être tué
00:46:07dans la guerre du Canada.
00:46:10Madame.
00:46:11Si vous apprenez
00:46:12quelque chose,
00:46:13dites-le moi.
00:46:14Je puis l'avouer
00:46:15aujourd'hui,
00:46:15je suis une vieille femme.
00:46:17Ce jeune Napoléon
00:46:18fut un peu
00:46:19mon premier amoureux.
00:46:21Nous voulions nous marier.
00:46:22C'est mon père
00:46:23qui s'opposa
00:46:23à ce projet.
00:46:25Il trouvait
00:46:25le jeune Napoléon
00:46:26sans grand avenir.
00:46:28Mon père,
00:46:29hélas,
00:46:29semble avoir eu raison.
00:46:31Personne,
00:46:31c'est un fait,
00:46:32n'a plus jamais entendu
00:46:32parler de Napoléon Bonaparte.
00:46:34Nous saluâmes profondément
00:46:36cette belle impératrice
00:46:37manquée.
00:46:38Et,
00:46:39désappointée,
00:46:40nous regagnâmes
00:46:41notre hôtel.
00:46:43Le 6 et le 12,
00:46:43s'il vous plaît.
00:46:44à l'écoute,
00:46:50à l'écoute.
00:46:51Eh bien,
00:46:51monsieur,
00:46:52monsieur Dodinier,
00:46:54c'est pour vous.
00:47:01Allô ?
00:47:02À l'écoute.
00:47:03Oui,
00:47:04à l'écoute.
00:47:05Ah,
00:47:05c'est vous,
00:47:06madame.
00:47:08Oui.
00:47:08Bonsoir.
00:47:11C'est madame précieux
00:47:12que nous voulons quitter.
00:47:14Allô ?
00:47:16Ah,
00:47:17bon !
00:47:18Notez vite.
00:47:20Allô,
00:47:20allô,
00:47:21à l'écoute,
00:47:21à l'écoute,
00:47:22oui,
00:47:22bon,
00:47:24l'abbé Rénal,
00:47:25Rénal,
00:47:26oui.
00:47:26Mais oui,
00:47:27l'abbé Rénal,
00:47:28c'était dans toutes les biographies
00:47:28de l'empereur,
00:47:29c'était matin.
00:47:31L'abbé Rénal
00:47:32va nous renseigner ?
00:47:32Bien sûr.
00:47:34Comment il est mort ?
00:47:35Ben alors,
00:47:36s'il est mort,
00:47:36je...
00:47:37Ah oui.
00:47:38Ah bon,
00:47:39sa femme.
00:47:40Mais non,
00:47:40enfin,
00:47:40ça sert,
00:47:41il m'en entend mal.
00:47:44Vous venez de la joindre ?
00:47:45Vous avez son adresse ?
00:47:47Ça y est,
00:47:48ça y est,
00:47:48notez,
00:47:49notez vite,
00:47:49tout de suite.
00:47:50Allô,
00:47:50allô,
00:47:50oui,
00:47:51madame.
00:47:51Miracle.
00:47:52Subitement,
00:47:53au moment où nous désespérions,
00:47:55l'excellente femme nous renseignait.
00:47:56Depuis un an,
00:47:57il habitait Paris.
00:47:59Voilà.
00:48:00Oui,
00:48:01merci,
00:48:01merci,
00:48:01madame.
00:48:01Oui,
00:48:02le coeur nous enrompait la poitrine.
00:48:04Je répète.
00:48:04Nous avions enfin son adresse.
00:48:06Napoléon Bonaparte,
00:48:085 rue Tripet,
00:48:10quartier Mouffetard.
00:48:11Merci,
00:48:11madame.
00:48:12Merci,
00:48:12madame,
00:48:12mes hommages,
00:48:13madame.
00:48:13Merci.
00:48:14Elle a coupé.
00:48:16Rue Tripet,
00:48:17qu'est-ce que nous avons foutu de l'histoire ?
00:48:19Je ne vous le fais pas dire.
00:48:20Et c'est ainsi que le soir même,
00:48:25nous étions en faction,
00:48:27au coin de la rue Gracieuse
00:48:28et de la rue Tripet,
00:48:29à l'ombre d'un pilier
00:48:30devant une maison
00:48:31d'apparence modeste.
00:48:33Neuf heures sonnaient
00:48:34à l'entour.
00:48:42Le cerbère venait de fermer
00:48:44la porte de l'immeuble.
00:48:45Comme l'on dit ici,
00:48:46le temps se fort longeait.
00:48:51Regardez-moi ce lampion.
00:48:54Je ne sais pas ce que Lavoisier
00:48:55ou Képhélec
00:48:56ont manigancé
00:48:57avec nos données,
00:48:58mais ce qu'ils ont inventé
00:48:59est absolument ébouriffant.
00:49:01Oui,
00:49:02une sorte de pâte lumineuse.
00:49:04Ni incandescence,
00:49:06ni...
00:49:07comprend rien.
00:49:09Voyez,
00:49:10la même formule
00:49:11donnée à des savants différents
00:49:12et on obtient
00:49:13un explosif,
00:49:14un sirop pour l'atout
00:49:15ou un papier tumouche.
00:49:21Quand un talon autoritaire
00:49:22martela les pavés sonores
00:49:24du carrefour,
00:49:25là-bas,
00:49:26un petit homme avançait
00:49:27dans la rue.
00:49:32Philippe me prit
00:49:33le bras nerveusement.
00:49:34Comme moi,
00:49:35il venait de le reconnaître.
00:49:36C'était lui,
00:49:37bien lui,
00:49:38lui,
00:49:38auréolé pour nous
00:49:39de toute sa gloire manquée.
00:49:41Il avançait.
00:49:42Royaliste,
00:49:47je ne l'aimais guère,
00:49:48mais,
00:49:49chose étrange,
00:49:50j'éprouvais tout à coup
00:49:50l'émotion de Philippe.
00:49:52Dans notre esprit,
00:49:52toute une phraseologie
00:49:53résonnait tout à coup.
00:49:54Toute une légende s'éveillait
00:49:56et,
00:49:56malgré le décor sans grandeur,
00:49:58les ombres de la grande chose
00:49:59avortée
00:50:00semblaient lui faire escorte.
00:50:05Il passa sans nous avoir vus,
00:50:07sonna,
00:50:09disparu.
00:50:10Nous n'avions pas bougé.
00:50:11C'est alors
00:50:12qu'une voix glapissante
00:50:13rompit le charme.
00:50:15Alors,
00:50:15on dit que tu es en l'eau
00:50:16après 10 ans.
00:50:17Pardon,
00:50:17madame.
00:50:18Bonapart !
00:50:20Il y a une aide pour vous,
00:50:21monsieur Bonapart.
00:50:21Brusquement,
00:50:22la force d'une personnalité
00:50:23gigantesque nous poussant.
00:50:24nous voudrions parler à monsieur Bonapart.
00:50:33C'est pour vous,
00:50:34monsieur Bonapart.
00:50:36Eh bien, ouvrez.
00:50:42Que voulez-vous ?
00:50:44Monsieur,
00:50:44je vous en supplie,
00:50:45ne nous prenez pas pour des fous
00:50:46et excusez notre émotion.
00:50:48Compte François Daudignier,
00:50:50mon levé Philippe.
00:50:51Monsieur ?
00:50:54Monsieur,
00:50:54ne nous demandez pas
00:50:55comment nous surgissons
00:50:56et comment nous pouvons savoir
00:50:57votre génie militaire
00:50:58mieux que vous-même.
00:51:00Mais nous voudrions
00:51:01tant et grande votre valeur
00:51:03et grands sont nos moyens.
00:51:06Vous êtes utile,
00:51:07rapidement et immédiatement,
00:51:09dans l'intérêt de notre pays.
00:51:11Je pourrais,
00:51:11certes,
00:51:11messieurs,
00:51:11vous trouvez singulier
00:51:12si vous n'évoquiez pour moi
00:51:13à la brusquement
00:51:14mes espérances déçues.
00:51:16En effet,
00:51:17je crois que si j'étais resté soldat,
00:51:18j'aurais pu réussir
00:51:19une belle carrière.
00:51:20Oh oui, oui, monsieur,
00:51:21vous auriez pu,
00:51:22mais rien n'est perdu.
00:51:23Pouvons-nous, monsieur,
00:51:24vous parler plus longuement ?
00:51:25Volontiers, messieurs.
00:51:26Montez jusqu'à mon logement.
00:51:27Nous sommes peut-être importants.
00:51:28Nullement.
00:51:29Je dois souper tard ce soir.
00:51:31Je vous en prie.
00:51:34Quoi, Pierre ?
00:51:34C'est encore le petit corps
00:51:37du 3e.
00:51:38Il se prend pour repos
00:51:38de la crotte de vide,
00:51:39celui-là.
00:51:41Vu les événements,
00:51:42d'ailleurs,
00:51:43vous avez l'intention
00:51:43de demander à reprendre
00:51:44du service.
00:51:45Bravo.
00:51:45Mais ma femme n'est pas d'accord.
00:51:46Nous allions faire connaissance
00:51:48de l'ensorceleuse créole.
00:51:50Madame Joséphine ?
00:51:52Non, Marguerite, pourquoi ?
00:51:53J'ai épousé la fille
00:51:53d'un négociant
00:51:54de la rue du Poil de la Hague.
00:51:55Marguerite Bouillaud.
00:51:56Ah bon ?
00:51:57Évidemment,
00:51:57tout était chamboulé.
00:51:59Suyez vos pieds.
00:52:04Seignez-vous, messieurs.
00:52:07Marguerite ?
00:52:08Je suis avec deux messieurs.
00:52:14Bonsoir, mon napo.
00:52:17Napo ?
00:52:18Napoléon,
00:52:19diminutif affectueux.
00:52:23Tu n'as pas oublié
00:52:24que Bourrienne vient souper ?
00:52:25Bourrienne ?
00:52:27Je ne sais pas oublier,
00:52:28mon minet.
00:52:30Mais je veux lui faire
00:52:31un petit poteau feu.
00:52:32Tu ne peux pas cuire.
00:52:34T'inquiète pas,
00:52:34nous avons le temps.
00:52:35J'arrive.
00:52:38Excusez ces petits problèmes
00:52:38ménagers.
00:52:40Assignons-nous.
00:52:42C'était bien lui,
00:52:44grossi déjà.
00:52:45C'est nous qui nous excusons.
00:52:47Nous voudrions seulement
00:52:48savoir ce soir
00:52:48vos ambitions
00:52:50et vos dernières études,
00:52:51surtout.
00:52:52Oh, c'est bien simple.
00:52:53Après des classes banales
00:52:54à l'école militaire de Paris,
00:52:56je me suis brusquement déclenché.
00:52:57Au régiment de l'affaire,
00:52:58la balance,
00:52:59j'étais nommé officier
00:53:00après quatre mois de stage.
00:53:02Je brûlais les étapes.
00:53:03Quel bon souvenir, Valence.
00:53:09Mademoiselle du Colombier.
00:53:12Vous connaissez ?
00:53:13En 88,
00:53:14après un congé,
00:53:15je rejoins mon régiment
00:53:15à Hausson.
00:53:16Cela nous savons.
00:53:18Ma femme ?
00:53:21Enchanté.
00:53:21Vous amènes.
00:53:22De nouveaux amis.
00:53:24Essayez-vous.
00:53:26Ces messieurs voudraient
00:53:27que je reprenne du service.
00:53:30Pour faire la guerre ?
00:53:31A aucun prix,
00:53:31il est trop fragile.
00:53:33Oh, madame.
00:53:34Non, non, non.
00:53:35Vous prendrez bien
00:53:36un petit peu de vin
00:53:36de Rogliano ?
00:53:37Merci, madame.
00:53:38Vous semblez méconnaître
00:53:39la valeur de l'homme
00:53:40qui partage votre vie, madame.
00:53:41Je la connais mieux que vous, monsieur.
00:53:43Regardez.
00:53:44Ce ne sont que cartes aux murs
00:53:46avec des petits drapeaux français
00:53:47plantés dedans.
00:53:48Et le soir,
00:53:49après le dîner,
00:53:50mouvement de bataille
00:53:50sur la table
00:53:51avec les couverts,
00:53:52les morceaux de sucre
00:53:52et les bouchons.
00:53:54Alors ?
00:53:55Et quand il n'y a personne,
00:53:57c'est à moi
00:53:57qu'il raconte tout ça.
00:53:59Marguerite était une perruche charmante.
00:54:06Vous devriez être passionnée, madame.
00:54:08Moi, monsieur,
00:54:08je n'y entends rien.
00:54:10Avant-hier,
00:54:10il m'a cassé ma carafe.
00:54:12C'est tout ce que j'ai compris.
00:54:17Bref,
00:54:18vous étiez donc à Osson.
00:54:19Oh, mon milieu,
00:54:20tu n'es pas encore
00:54:21aller chez le coiffeur.
00:54:21Toujours cette mèche
00:54:22sur le front.
00:54:23Ça donne mauvais genre.
00:54:24Je n'aime pas cette mèche.
00:54:25Et ne touchez pas
00:54:25sa mèche, voyons, madame.
00:54:27C'est très bien.
00:54:28Décidément,
00:54:28les hommes se soutiennent toujours.
00:54:30En tout cas, mon chéri,
00:54:32tu resteras dans le commerce.
00:54:33Oui.
00:54:34Excusez-moi,
00:54:35il faut que j'aille
00:54:36surveiller mon photo-feu.
00:54:40Elle est charmante.
00:54:43Vous disiez donc
00:54:43que vous étiez cantonnée
00:54:45à Osson.
00:54:46Oui.
00:54:47Que se passe-t-il alors ?
00:54:48Vous y arrivez en mai 88.
00:54:50Vous y obtenez immédiatement
00:54:51par vos notes,
00:54:52votre travail,
00:54:53la grande estime
00:54:53de vos chefs.
00:54:54C'est un fait.
00:54:56Le général,
00:54:5620 jours après mon arrivée,
00:54:57me chargeait
00:54:57de la construction...
00:54:58D'un polygone.
00:55:00Vous savez cela ?
00:55:01Oui, oui.
00:55:02Nous vous expliquerons.
00:55:04C'était une marque
00:55:05de faveur inouïe.
00:55:06Méritée.
00:55:07Elle m'attira immédiatement
00:55:08ce qui me fut très sensible,
00:55:09la jalousie de mes camarades.
00:55:11Je faillis même
00:55:12me battre en duel
00:55:12avec l'un d'eux.
00:55:14Il faut vous dire
00:55:14que j'ai peu de patience.
00:55:17Je suis corse.
00:55:18Oui, oui, nous savons.
00:55:18Oh, monsieur le sorcier.
00:55:24Sérieusement,
00:55:25vous avez déjà entendu
00:55:25parler de moi ?
00:55:26Oh, oui.
00:55:29Mais où, par qui, quand ?
00:55:31Permettez, sire.
00:55:32Monsieur,
00:55:32nous vous expliquerons plus tard.
00:55:36Cette dame...
00:55:37C'est ma mère.
00:55:38J'allais le dire.
00:55:39Elle s'appelle Laetitia.
00:55:41Et vous avez aussi
00:55:41quatre frères
00:55:42et trois sœurs.
00:55:43Joseph,
00:55:45Lucien,
00:55:45Jérôme,
00:55:46Louis,
00:55:47Élisa,
00:55:47Pauline,
00:55:48Caroline.
00:55:49Vous savez, monsieur,
00:55:50vous êtes de la police
00:55:51ou vraiment,
00:55:52vous êtes magicien.
00:55:53Peut-être.
00:55:54Un petit peu.
00:55:56Non, vous verrez, monsieur.
00:55:57Tout ça,
00:55:57comme m'a dit un jour quelqu'un,
00:55:59s'expliquera curieusement,
00:56:00mais simplement.
00:56:02Nous connaissons tout de vous.
00:56:03Vous adorez Corneille,
00:56:05Rousseau,
00:56:05Ossian,
00:56:06et votre vin préféré
00:56:07est le Chambertin.
00:56:08Et vous buvez
00:56:08votre café sans sucre.
00:56:10Oh, le diable,
00:56:11vous m'intriguez.
00:56:13Poursuivez, monsieur,
00:56:14nous vous en prions.
00:56:16Bon, enfin, bref,
00:56:17à Ossian,
00:56:18ma vie était rude.
00:56:19Ma santé périclitait,
00:56:20je vivais de privation.
00:56:22J'avais en charge
00:56:22avec moi à Ossian toujours.
00:56:23Votre jeune frère, Louis.
00:56:25Vous savez cela aussi ?
00:56:27Oui,
00:56:27vous habitiez ensemble
00:56:28la caserne.
00:56:29Pavillon Sud,
00:56:30Escalier 1,
00:56:31Chambre 16.
00:56:32Entre bleus,
00:56:33mais vous êtes inouïs.
00:56:34Oh, pas tellement.
00:56:36Voyez, à partir de là,
00:56:36nous ne savons plus la suite.
00:56:38Après Ossian...
00:56:39Tiens, tiens, tiens.
00:56:40Votre pouvoir s'arrête là, hein.
00:56:43Oui.
00:56:45Eh bien,
00:56:46subitement,
00:56:47je me suis découragé.
00:56:49Oui,
00:56:49j'ai senti confusément
00:56:50comme une sorte de...
00:56:52de sort.
00:56:54Oui.
00:56:55Tourné contre moi.
00:56:56Quand ?
00:56:57Environ fin mai...
00:57:00juin 1788.
00:57:01Tiens,
00:57:02un mai.
00:57:03Et brusquement,
00:57:03en juillet,
00:57:04j'ai quitté l'armée.
00:57:05La nécessité me talonnait,
00:57:06je devais aider les miens.
00:57:07Et je m'établis libraire.
00:57:12Je fais de mauvaises affaires.
00:57:14Oh, petit chou.
00:57:16Je cherche une ferme.
00:57:18Une ferme ?
00:57:19Oui, une ferme.
00:57:20J'avais toujours une idée,
00:57:21si je ne restais pas soldat,
00:57:22de devenir agriculteur.
00:57:24Je ne trouve rien.
00:57:25Je monte à Paris,
00:57:25je rentre dans le commerce.
00:57:27Le commerce des cotons,
00:57:28je suis le père de madame.
00:57:29Monsieur Bouilloux.
00:57:29Aujourd'hui,
00:57:31je suis son gendre
00:57:32et nous sommes associés.
00:57:35Et sur le marché,
00:57:35je puis dire que la maison
00:57:36Bouilloux Bonaparte
00:57:38commence à faire parler d'elle.
00:57:40Nous faisons de grosses affaires
00:57:41avec l'Egypte,
00:57:42l'Angleterre,
00:57:43surtout l'Angleterre.
00:57:45Malheureusement,
00:57:46voilà cette guerre.
00:57:47Napo,
00:57:47ta main dans ton gilet,
00:57:49tu l'effondres tes vêtements.
00:57:50Non, me laisse, mon cheru.
00:57:51C'est pas...
00:57:51Tu n'as pas mal à l'estomac.
00:57:52Non, je n'ai pas mal à l'estomac.
00:57:53Alors, prends pas de mauvaise manie.
00:57:55Mais madame,
00:57:55la main dans son gilet,
00:57:56c'est très bien, voyons.
00:57:59Je ne sais pourquoi, messieurs,
00:58:00mais je me trouve en confiance avec vous.
00:58:03Nous sommes très honorés.
00:58:05Je n'ai jamais confié cela,
00:58:06mais mon rêve,
00:58:07mes rêves de gloire,
00:58:09quand j'étais soldat et présomptueux,
00:58:12étaient de pouvoir un jour
00:58:13libérer l'Italie,
00:58:15l'Allemagne, l'Autriche.
00:58:15Oh oui, vous auriez pu.
00:58:17L'Allemagne,
00:58:18elle n'a pas besoin de toi,
00:58:18mon Minet,
00:58:19elle peut se libérer toute seule.
00:58:20Et toi, mon chéri,
00:58:22pour anéantir leur puissance despotique,
00:58:23j'aurais envahi l'Angleterre,
00:58:25anéantit la Russie
00:58:26dans ses steppes glacées.
00:58:27Ah oui?
00:58:28Oui.
00:58:29Remarquez,
00:58:29il ne faut pas voir trop loin non plus.
00:58:31Oui.
00:58:33Ah ben bref,
00:58:34aujourd'hui,
00:58:34j'ai l'impression
00:58:35d'avoir manqué le coche.
00:58:37Je suis un raté.
00:58:38Oh, monsieur.
00:58:39Merci pour moi.
00:58:40Oh, ma chérie.
00:58:41Ah, tu me fais mal.
00:58:43Mais tu n'es pas joué.
00:58:44Ah si j'étais à la place
00:58:45de ce genre de foutre d'Artois.
00:58:46Ah oui, alors?
00:58:47Et alors?
00:58:51Dans les grandes lignes,
00:58:53il faudrait dégager le sud.
00:58:54D'Artois fait tout le contraire.
00:58:56Et puis ses mouvements tactiques
00:58:56sont aussi mauvais que sa stratégie.
00:58:57à l'est de Soissons,
00:58:59il a devant lui Koutierpof.
00:59:01Les autres hongrois
00:59:01sont là, là et là.
00:59:03Mercredi dernier,
00:59:04il a raté l'attaque
00:59:05qui aura retourné la situation.
00:59:06Par contre,
00:59:06dans la nuit de vendredi,
00:59:07il s'est avancé ici.
00:59:09Il a les marais dans le dos maintenant.
00:59:10Et leurs engins
00:59:11paraît-il surclasse les nôtres?
00:59:12Allons-t'en!
00:59:14Son attaque du mercredi
00:59:14aurait pris leur batterie
00:59:15par revers.
00:59:16Koutierpof n'est pas un César.
00:59:18Alors, monsieur,
00:59:19votre opinion sur la bataille?
00:59:23Elle est simple.
00:59:24D'Artois est une mazette.
00:59:26Ils nous vont prendre
00:59:26le plus grand rouflet de l'histoire.
00:59:28Ne vous tourmentez pas,
00:59:30mon mari peut se tromper.
00:59:31Non, madame,
00:59:32il ne peut pas se tromper.
00:59:33Le plus grave n'est pas là,
00:59:33il est au centre.
00:59:34La poussée des Autrichiens
00:59:35sur Moulin,
00:59:36Nevers, Roan et Trenes naçantes,
00:59:37il faudrait agir tout de suite.
00:59:38Et vous voyez un plan possible?
00:59:39Oui, j'ai un plan.
00:59:40Léon, ton gilet?
00:59:42Oui, oui, oui, mon gilet,
00:59:43oui, j'ai un plan, oui.
00:59:45Ce n'est pas le plan
00:59:45d'un vague petit monsieur
00:59:46Polaparte
00:59:46qui pourrait impressionner
00:59:47nos grands militaires.
00:59:49Entendre ça, c'est le comble.
00:59:50Regardez le mouvement.
00:59:51Les colonnes d'Anse
00:59:51de Sassenberg
00:59:52ont percé hier
00:59:53jusqu'aux abords de Ghana.
00:59:54Vous voyez ça, Taman?
00:59:55Oui.
00:59:55C'est transparent.
00:59:56Ils veulent contourner Paris.
00:59:57Paris est défendu au nord,
00:59:58à l'est, mais pas là.
00:59:59Alors...
01:00:00Eh bien, notre état-major
01:00:00ne semble pas se soucier plus
01:00:01de cette manœuvre
01:00:02que de coller un tampon.
01:00:03Si l'on ne fait rien, ici!
01:00:05Aucune défense n'est prévue
01:00:05entre Orléans et Châteaudin.
01:00:07Paris est assiégé
01:00:07avant huit jours.
01:00:08C'est effarant.
01:00:09C'est ici que tout doit se jouer.
01:00:10Ici!
01:00:11Maître, vous avez entendu.
01:00:12Il faut t'assurer.
01:00:12Vite, vite, vite!
01:00:13Mais alors, monsieur,
01:00:14vous ne pensez pas
01:00:15que mon mari peut sauver
01:00:15la France à lui tout seul, non?
01:00:17Mais si, madame, parfaitement.
01:00:18Oh, la tête vous tourne, monsieur!
01:00:20Vous l'avez déjà dit.
01:00:21Marguerite, on a sonné.
01:00:23C'est bourrienne.
01:00:25Oui.
01:00:28Nous prenons congé,
01:00:29mais vous aurez de nos nouvelles
01:00:30avant quelques heures.
01:00:30Le marquis toloi d'Odinier,
01:00:32le ministre de la guerre,
01:00:34et de votre famille?
01:00:35Le...
01:00:36Oui, justement.
01:00:37Justement, c'est lui,
01:00:38je pense,
01:00:38que nous allons contacter.
01:00:39Ah!
01:00:39Le capitaine Bourrienne.
01:00:41Le capitaine Bourrienne...
01:00:42Mon putain!
01:00:44Le capitaine Bourrienne
01:00:45qui était à l'école de Brienne
01:00:46avec vous.
01:00:47Ne t'inquiète pas,
01:00:48ils sont sorciers,
01:00:48ils savent tout.
01:00:49Dénier, présentez nos hommages
01:00:50à madame Bonaparte.
01:00:52Bonsoir, capitaine.
01:00:53Monsieur.
01:00:54Et bonsoir,
01:00:55monsieur le petit caporal.
01:00:56Car nous savons aussi
01:00:57que vos camarades
01:00:57vous appelaient ainsi
01:00:58à l'école de Paris.
01:00:59C'est exact.
01:01:00Petit caporal,
01:01:01tiens, c'est gentil.
01:01:02Je vais t'appeler comme ça.
01:01:03Tu fais en toute campagne?
01:01:05Je pars cette nuit
01:01:05pour les lignes.
01:01:08C'est le toxin?
01:01:09Oui.
01:01:15Les nouvelles sont graves,
01:01:16ce soir.
01:01:18Tout mon pays natal
01:01:18est en feu, paraît-il.
01:01:20Vous êtes de...
01:01:21De Sens.
01:01:23Sens,
01:01:23Nevers sont investis.
01:01:25Mes amis de Firmont,
01:01:25tu sais,
01:01:26viennent d'arriver
01:01:26en calèche propulsée.
01:01:28Tout le nord-est
01:01:28de la Bourgogne flambe.
01:01:30Tonnerre,
01:01:31Saint-Florentin.
01:01:32Tout le nord-est?
01:01:33Firmont à trois lieux
01:01:34de Sainte-Marie.
01:01:35Oui.
01:01:36Sainte-Marie n'existe plus,
01:01:37d'ailleurs.
01:01:38Quoi?
01:01:39La bataille a eu lieu
01:01:39avant-hier.
01:01:41Et les habitants?
01:01:43Quelques-uns ont pu fuir.
01:01:45La comtesse.
01:01:48Quelle comtesse?
01:01:49Catherine d'Audignier.
01:01:51La comtesse Catherine,
01:01:52vous ne savez pas?
01:01:54Qu'est-ce que je ne sais pas?
01:01:54Mais elle est morte
01:01:55il y a dix ans, monsieur.
01:01:57Il y aura dix ans à Pâques.
01:01:59Elle s'est eue avec son mari
01:02:00dans un des premiers engins
01:02:01propulsés de la fin du siècle.
01:02:03Je n'ai jamais cru
01:02:04en ces engins, moi.
01:02:06Je m'excuse.
01:02:08Vous connaissiez?
01:02:10Oui.
01:02:13Venez, Philippe.
01:02:14Le temps presse.
01:02:20Vous ne pourrez jamais savoir
01:02:21à quel point
01:02:22vous avons été émus
01:02:24de vous approcher.
01:02:25Oh.
01:02:26Émus.
01:02:27Ah, si.
01:02:29Le mot est même faible.
01:02:36Attends!
01:02:37Napoléon Calico.
01:02:45Ça, alors,
01:02:46c'est notre chef-d'oeuvre.
01:02:48Venez, Philippe.
01:02:49J'ai voulu forcer le destin
01:02:51pour elle.
01:02:52Je suis à l'origine
01:02:52des engins qui l'ont tuée.
01:02:54J'ai voulu avancer le progrès.
01:02:55J'ai voulu éviter la révolution.
01:02:56Résultat,
01:02:57une catastrophe pire que le mal.
01:03:00C'est bien la peine
01:03:01d'être des savants.
01:03:01Allez, Philippe.
01:03:06Retirons-nous du jeu.
01:03:08On ne va plus chez le ministre.
01:03:09Mais non, mais non.
01:03:09Plus le temps.
01:03:10Chez le ministre.
01:03:11On se foutrait de nous,
01:03:12chez le ministre.
01:03:14Excellence,
01:03:14nous connaissons un homme
01:03:15qui peut sauver la France.
01:03:16Ah, oui.
01:03:17Et qui est donc ce maire Leblanc?
01:03:19C'est un officier.
01:03:20Non, non, excellence.
01:03:21C'est un très gros, gros
01:03:22négociant en lénage.
01:03:24Ah, c'est un bonnetier.
01:03:25Oui, oui, non.
01:03:26Enfin, excellence,
01:03:27c'est...
01:03:28Enfin, il reproche
01:03:28au comte d'Artois.
01:03:30Et qu'est-ce qu'il reproche?
01:03:31Votre marchand de chaussettes,
01:03:32ou quoi?
01:03:33On se reflanquer par la fenêtre.
01:03:35Recordons, s'il vous plaît.
01:03:39Remontons le temps
01:03:40jusqu'à la minute
01:03:41où nous sommes arrivés ici.
01:03:43Remontons exactement
01:03:44les 20 ans
01:03:45que nous voulons
01:03:46d'en descendre, quoi.
01:03:47Et puis laissons repartir
01:03:48le cours des choses.
01:03:50Recordons!
01:03:56Mais si nous remontons
01:03:57ces 20 ans,
01:03:58nous rendons l'avis à Catherine.
01:03:59Évidemment.
01:03:59Pour la livrer à l'échafaud.
01:04:00Qui puis-je?
01:04:08Effaçons tout.
01:04:09Retournons à notre hôtel
01:04:10et vite, à Lusarche.
01:04:12Nous nous sommes fourvoyés
01:04:12dans des problèmes
01:04:13qui nous dépassent.
01:04:15Certaines grandes confusions
01:04:16peuvent peut-être se produire,
01:04:17ce soit des soupapes.
01:04:18Mais le progrès doit venir
01:04:20à son heure.
01:04:21Et lui?
01:04:22Lui?
01:04:23Justement.
01:04:24C'est un génie, certes.
01:04:25Et vous aimeriez voir ce génie
01:04:27disposer des gaz rongeants
01:04:29et des lances à feu?
01:04:29Pas moi, non.
01:04:31Qu'il fasse sa glorieuse carrière
01:04:32comme prévu
01:04:33avec des pétoires à douze temps.
01:04:34Même avec Waterloo,
01:04:35ça fera moins de dégâts.
01:04:37Allez vite.
01:04:37Nous ne sommes pas des dieux.
01:04:39Mais j'ai l'impression
01:04:39que les dieux, en ce moment,
01:04:41sont en train de préparer
01:04:42leurs cloches.
01:04:44Vous entendez le toxin?
01:04:45C'est déjà un avant-goût
01:04:48de ce qui nous attend.
01:04:51Bonaparte est à sa fenêtre.
01:04:54Oui, oui.
01:04:55On s'occupe de lui.
01:04:58On va le refaire coucher au lot.
01:05:05Allez.
01:05:15Deux heures après,
01:05:34à Lusarche,
01:05:35nous replongeons dans le néant
01:05:36tout ce que nous avions provoqué.
01:05:38Nous effacions ces vingt ans
01:05:39d'histoire faussée
01:05:40qui tournaient si mal.
01:05:45Voilà, 9 heures du soir,
01:06:14le 8 mai 1788.
01:06:17Nous sommes exact.
01:06:18Oui.
01:06:19La première voiture
01:06:19est déjà passée.
01:06:21Vous entendez,
01:06:21elle s'éloigne.
01:06:26Oui.
01:06:27Même soir,
01:06:28même clair de lune.
01:06:29C'est fantastique.
01:06:32Pour la première fois au monde,
01:06:33deux hommes revivent une nuit
01:06:34qu'ils ont déjà vécues.
01:06:38Oui.
01:06:39Catherine est à nouveau vivante.
01:06:40Écoutez,
01:06:45voilà la seconde voiture,
01:06:47celle que nous avions prise.
01:06:50Tenez, regardez,
01:06:51voilà ces lanternes.
01:06:54Nous ne l'arrêterons pas
01:06:56et en ne l'arrêtant pas,
01:06:58le destin va continuer
01:06:59sans faux prix.
01:07:01C'est troublant.
01:07:02Une voiture que l'on arrête
01:07:03ou que l'on n'arrête pas,
01:07:05et l'on change la face du monde.
01:07:06Eh oui.
01:07:15Vous voyez,
01:07:16tout change déjà.
01:07:17Les bergers sont encore loin.
01:07:19Ils ne rencontreront plus
01:07:20le cabriolet que nous avions retardé.
01:07:23À nouveau,
01:07:23la révolution est prochaine.
01:07:25Tout rentre dans l'ordre
01:07:26comme se doit.
01:07:29Dans l'ordre ?
01:07:30Oui, je sais.
01:07:32Vous vouliez rester pour Catherine,
01:07:33je sais.
01:07:34Mais non, Philippe.
01:07:35Fini.
01:07:36Assez jouer avec ces forces mystérieuses.
01:07:38C'est fini.
01:07:39Nous n'avons pas le droit.
01:07:40Venez.
01:07:44Et voici les bergers.
01:07:52Oui.
01:07:54Cette fois,
01:07:55il va vraiment faire de l'orage.
01:07:57Venez.
01:07:57Ce fut plus fort que nous.
01:08:04Nous décidâmes encore une fois
01:08:05de nous assurer
01:08:06que les choses
01:08:07avaient bien repris leur cours.
01:08:08C'est ainsi que nous étions le 6 octobre 1789
01:08:26sur le pont Neuf.
01:08:27Paris vibrait.
01:08:29Sentez les loutes.
01:08:30Le peuple, de force,
01:08:31ramenait la famille royale de Versailles.
01:08:33Le boulanger,
01:08:34la boulangère
01:08:35et le petit mitron.
01:08:36Nous venions de voir passer Lafayette
01:08:38en tête du cortège.
01:08:39Vieille connaissance.
01:08:41Ainsi,
01:08:42les événements
01:08:42se réenclenchaient inexorablement.
01:08:46L'angoisse était grande pour nous
01:08:47qui, par cœur,
01:08:48savions la suite.
01:08:51Là-bas,
01:08:51du côté du quai
01:08:52des quatre nations,
01:08:53la rumeur augmentait.
01:09:08Boulanger !
01:09:09La boulanger !
01:09:10La boulanger !
01:09:10Le petit mitron.
01:09:11C'est un.
01:09:13Maître,
01:09:14regardez cet homme.
01:09:15Je le reconnais.
01:09:17C'est le balai de Sainte-Marie.
01:09:18Elle est la tête
01:09:18qui va y aller.
01:09:19Ah !
01:09:20Bonjour,
01:09:25messieurs les comtes.
01:09:26Les comtes,
01:09:28vous pouvez dire ça trop haut.
01:09:29Mais que faites-vous à Paris ?
01:09:31Comment se portent vos maîtres ?
01:09:32Oh, bien fâcheusement.
01:09:34Les domestiques ont quitté,
01:09:35ont dû quitter le château.
01:09:38Le comte Xavier
01:09:38et la comtesse
01:09:39vivent seuls,
01:09:40espionnés,
01:09:41cernés,
01:09:41tracassés.
01:09:42Ça fait peine.
01:09:45La comtesse parle de vous,
01:09:46monsieur.
01:09:46Souvent.
01:09:49Souvent.
01:09:50Deux fois.
01:09:51J'y ai entendu dire.
01:09:52Oh,
01:09:53monsieur Philippe avait raison.
01:09:55Il avait tout prévu,
01:09:55monsieur Philippe.
01:09:56Elle se rappelle.
01:09:58Faut croire.
01:09:58Oh !
01:09:59Oh !
01:10:05favourite!
01:10:05Faut croire.
01:10:06Seuls.
01:10:06hofidentified.
01:10:07Faut croire.
01:10:08Caffe Typhique.
01:10:09Tu !
01:10:10Faut croire
01:10:32Mais au fait, il est là.
01:10:38Qui ?
01:10:38Ben, lui.
01:10:39Il l'a écrit dans ses mémoires.
01:10:41Le 6 octobre 1789, il est liotte dans l'artillerie et il va voir passer le roi sur le pont neuf.
01:10:45Mais c'est vrai.
01:10:46Même qu'en voyant passer, il va le traiter de couillon, en Corse.
01:10:49C'est historique.
01:10:52Cherchons-le.
01:10:52Où est-il ?
01:10:53Le voilà !
01:10:57Nous allions assister à cette anecdote, à ce célèbre instant de la petite histoire.
01:11:02Non, quel voyage.
01:11:20Conglione.
01:11:22Ainsi, les anecdotes de l'histoire ne sont pas toujours des légendes.
01:11:24Et médusées, nous regardions s'éloigner devant nous la petite silhouette fantastique.
01:11:28Ne sont pas autoritaires.
01:11:30L'homme repartait déjà vers son immense destin.
01:11:33Chut !
01:11:34A présent, laissons-le faire.
01:11:37C'est le voyage de retour qui nous fut fatal.
01:11:51Pendant tout le trajet de Paris à Lusarche, Philippe m'avait semblé distrait, bizarre.
01:11:56Il m'avait confié sa plaque lumineuse.
01:11:58Pourquoi ?
01:11:59Naturellement, je feignais de ne rien remarquer.
01:12:02Vite.
01:12:02Il est inutile qu'on nous surprenne au moment où nous repartons.
01:12:05Ce serait idiot.
01:12:06Les dépêchons en route.
01:12:09Ah !
01:12:10J'emporte mon tricorne.
01:12:16Remember.
01:12:18Je peux.
01:12:19Cela va faire un...
01:12:19Excédent de bagage ?
01:12:22Par d'importance.
01:12:24On va laisser le reste.
01:12:25Qu'est-ce que c'est ?
01:12:27Ce n'est rien.
01:12:28Tenez, prenez.
01:12:30Vous pouvez l'emporter.
01:12:31Ah !
01:12:32Parfait.
01:12:32Parfait.
01:12:35Merci.
01:12:37En route.
01:12:40Vous y êtes.
01:12:46Qu'est-ce que vous faites ?
01:12:49Ah, ça.
01:12:50Vous avez gardé votre habit.
01:12:53Tenez.
01:12:54Prenez, maître.
01:12:56Et les chiffres de route.
01:12:59Et alors ?
01:13:01Maître, vous repartez sans moi.
01:13:04À aucun prix, Philippe.
01:13:06Si.
01:13:07Non, je ne peux pas repartir.
01:13:09Je ne peux pas.
01:13:10Philippe, écoutez-moi.
01:13:12Cette révolution qui arrive sinistre...
01:13:13Non.
01:13:14C'est fini.
01:13:15Mais encore une fois, je ne vous demande que de sauver Catherine.
01:13:18Philippe, ne toucherons plus à rien.
01:13:21Vous avez vu ce qu'a donné notre première incursion ?
01:13:23Notre grain de sable ?
01:13:25Un humalaïa ?
01:13:26Deux catastrophes ?
01:13:27Non, c'est fini.
01:13:28La continuité établie devra rester ce qu'elle doit être.
01:13:33C'est fini.
01:13:34Nous n'avons pas le droit.
01:13:35Dans votre continuité établie, Catherine meurt.
01:13:37Dans la mienne, elle gagne une nouvelle chance de vivre.
01:13:39J'ai choisi.
01:13:39Je sauverai Catherine.
01:13:41Philippe.
01:13:43Vous allez me forcer de vous traiter comme un drangé monstrueux.
01:13:47Je sauverai Catherine.
01:13:48Philippe, prenez garde.
01:13:50Si vous faites encore un pas pour sortir, je nous fais sauter.
01:13:56Vous d'abord.
01:13:57L'appareil.
01:13:59Moi ensuite.
01:14:00Compris ?
01:14:00Arrêtez, maître.
01:14:01Arrêtez.
01:14:02Vous allez vous brûler cruellement.
01:14:04Vous avez entendu ?
01:14:06Revenez.
01:14:07Attention, maître.
01:14:08Arrêtez.
01:14:09J'aimerais.
01:14:11Baissez l'intensité.
01:14:13Remettez la gaine.
01:14:15Attention.
01:14:17Là, comme ça.
01:14:19Laissez-moi faire.
01:14:22Maintenant, je regrette.
01:14:23Mais c'est moi qui commande.
01:14:25Vous m'avez trompé.
01:14:27Pas le choix.
01:14:27Que vous le vouliez ou non, nous sauverons Catherine.
01:14:30En route.
01:14:31Sans quoi je pars sans vous.
01:14:32Philippe, je vous en conjure.
01:14:36Philippe.
01:14:36Philippe, foudroyé, n'avait pas poussé un cri.
01:14:43Philippe.
01:14:44Des brûlures à la main et aux bras me faisaient intensément souffrir.
01:14:47Mais ce fut d'effroi que je perdis connaissance.
01:14:51Que dura mon évanouissement peu de temps.
01:14:54Je fus ranimé par une intense chaleur.
01:14:57L'étui meurtrier qui avait roulé plus loin avait embrasé la paroi rocheuse.
01:15:01Je restais assommé, hébété par le chagrin,
01:15:12annihilé devant toutes les questions qui m'assaillaient, délirantes, démentielles.
01:15:17Je pouvais remonter le temps de quelques minutes, lui rendre la vie,
01:15:20mais en avais-je le droit ?
01:15:22Quel conflit sans précédent, quel dilemme.
01:15:26Pauvre Philippe.
01:15:27Vivant, il était un danger gigantesque pour le monde établi.
01:15:31Dans la mort, il était après tout moins tourmenté, moins malheureux.
01:15:35Il y retrouverait bientôt celle qu'il aimait.
01:15:38Pour elle, il avait réussi ce que les plus grands amants de tous les temps n'avaient jamais tenté.
01:15:46Coute que coûte, il me fallait rejoindre mon temps, sans délai.
01:15:49Alerter les cloutiers, les fabrettes, les pelletiers.
01:15:53Il fallait prévenir les sages du danger que pourrait courir le monde
01:15:55si les autres, les fous, il y a beaucoup de fous chez les savants,
01:15:58découvraient comme moi la structure cosmogonique du temps.
01:16:02Ah, les savants, pour la passion de la recherche,
01:16:05la plupart feraient tout sauter, leur peau et l'univers avec.
01:16:09Ainsi, moi, je me sentais fichu et pourtant,
01:16:12j'éprouvais la lumineuse joie de la réussite.
01:16:14Moi, j'avais pu voir le roi Louis XVI vivant,
01:16:19Napoléon vivant, un Napoléon raté,
01:16:21mais Napoléon tout de même.
01:16:22Il m'avait même parlé, je connaissais le son de sa voix,
01:16:25qui ne voudrait mourir à ma place,
01:16:27avec de tels souvenirs.
01:16:30Il me fallait faire vite.
01:16:31Je n'avais jamais manié le chronoscafe, moi-même,
01:16:33mais les commandes de marche étaient déjà prêtes,
01:16:36enclenchées sur le retour.
01:16:38Adieu, Vat,
01:16:40je plongeais.
01:16:44Mes contrôles concordaient.
01:16:57J'étais bien revenu en 1884,
01:16:59le 7 décembre, à la 22e heure.
01:17:03Je me ressocie à l'extrême limite de mes forces.
01:17:05Sans doute commande inabile de ma part,
01:17:07trop rapide peut-être,
01:17:09j'étais anéanti.
01:17:10J'enclenchais sans connexion d'arrêt
01:17:12le départ de l'appareil sur le passé,
01:17:13sur l'incommensurable passé.
01:17:16Il allait, sans pilote, dans cette obscurité,
01:17:19remonter les siècles à la vitesse de la lumière,
01:17:21jusqu'à la genèse.
01:17:23Paradoxe.
01:17:24Il allait être détruit dans la création.
01:17:26Oui, bon voyage, bon vent.
01:17:28Non, on n'est pas Dieu, on n'a pas le droit.
01:17:31J'avais deux minutes pour sortir.
01:17:34Oui, voilà.
01:17:35Moi, je n'avais mis que quelques secondes
01:17:41pour redescendre le siècle.
01:17:43Lui avait suivi le long cheminement des années.
01:17:46Bientôt, quand je t'aurai retrouvé, Philippe,
01:17:55nous verrons qui de nous deux avait raison.
01:17:58Toi ou moi.
01:18:04Vite !
01:18:05Il était temps, le bloc se refermait.
01:18:06Plus tard, cette puissance terrible,
01:18:32au siècle prochain,
01:18:33chaque chose en son air.
01:18:34Quelle force calorifique, ce rayon !
01:18:40La pierre se vitrifiait.
01:18:42Ah, la brûlure de mon bras
01:18:43me faisait à nouveau souffrir.
01:18:46Philippe m'avait prédit vingt ans à vivre encore.
01:18:49S'était-il trompé ?
01:18:51M'avait-il menti ?
01:18:53Le voyage avait-il dévoré, ces vingt ans ?
01:18:56À présent, peu importait.
01:19:01Était-ce la fièvre ?
01:19:03Des éclats de voix me parvenaient.
01:19:04J'apercevais là-bas une lumière.
01:19:07Je me traînais un long moment vers elle.
01:19:11Oui, c'était l'auberge.
01:19:15L'auberge du cheval noir.
01:19:18On frappe du tube.
01:19:36Vous savez la suite.
01:19:50Les grands savants à qui je m'adresse
01:19:52vont d'abord me traiter de fou.
01:19:54J'entends déjà glousser Joseph.
01:19:55Je ne glousse pas.
01:19:56Vous êtes sceptique, maître.
01:19:58Oh, sceptique, les gars de quoi ?
01:19:59La vérité scientifique est un concept évolutif.
01:20:01Oh, mais ça va, ça va, c'est moi qui l'ai dit, on le sait.
01:20:03Je termine.
01:20:04J'entends déjà glousser Joseph.
01:20:06Oh, ça va, ça va.
01:20:07Cependant, regardez mon tricorne, messieurs.
01:20:09Puissiez-vous voir ce qu'il a vu ?
01:20:12Faites-le expertiser.
01:20:13Demandez par exemple à Georges Quint ou au jeune Nolac,
01:20:15les fameux historiographes, qui est bon part.
01:20:18Et concluez.
01:20:20Voici d'ailleurs, messieurs, les expertises réclamées.
01:20:22M. Georges Quint, chapeau tricorne.
01:20:26Je sens en douté.
01:20:26De forme dite à la Valac, apparemment de fabrication récente.
01:20:30Ah !
01:20:31Cependant, il est confectionné selon un procédé archaïque,
01:20:34usité sous l'ancien régime, et abandonné totalement depuis.
01:20:38Il y a dans tout lieu de conclure que ce chapeau est authentique,
01:20:42malgré son parfait état de fraîcheur.
01:20:45Et voici, messieurs, l'expertise de Pierre de Nolac,
01:20:47reçue par téléphonie à l'instant.
01:20:49La marque gravée au fer rouge dans la coiffe est celle de Bompard,
01:20:53chapelier du Comte de Provence, Roussin-Niquaise, 1767-1792.
01:20:57Toute coiffure portant cette marque est donc antérieure à 1792.
01:21:04Ainsi donc, messieurs, ce chapeau date du règne de Louis XVI,
01:21:07les experts sont d'accord, et pourtant, il est neuf.
01:21:13Comme dit mon maître, messieurs, à vous de conclure.
01:21:19Oui, on ne sait vraiment plus que penser.
01:21:25Je vais maintenant lâcher ma plume,
01:21:26et je vais me laisser partir en abandonnant mes tasses de café.
01:21:33J'ai le cœur qui saute, qui saute,
01:21:34comme si j'apercevais le roi près de l'étang de Trianon,
01:21:37gagnant à pied la forge de gamins.
01:21:39Comme si mon tricorne de Castor Noir saluait à nouveau
01:21:44la ravissante beauté qui nous fit traverser les siècles.
01:21:47Comme si je voyais encore Napoléon lui-même,
01:21:50avancé sur moi, rue Tripette, un soir de 1808, quartier Mouffetard.
01:21:55Signé François d'Audigné, marqué de Tolois,
01:21:57mourant de corps mais saint d'esprit,
01:21:59Lusarche, le 16 décembre 1884.
01:22:03Lusarche, le 16 décembre 1884.
01:22:24Lusarche, le 16 décembre 1884.
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