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Après avoir adopté l'accoutrement de l'époque, François et Philippe se rendent au château familial. Leur ingéniosité leur permet de berner le redoutable Comte. Ils réalisent ensuite que la femme qui fait battre le cœur de Philippe n'est pas la dame de compagnie, mais bel et bien...

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00:12:55Je vais charger vos bagages.
00:12:56Oui, oui, mais nous allons faire un petit tour.
00:12:59Attention aux tirelaines.
00:13:01Voici bien le vieux Paris authentique, pittoresque,
00:13:05avec ses enseignes, ses inscriptions, à l'orthographe hésitante.
00:13:12Faites ramonner vos chemines et mes petites pelles.
00:13:15Où il va ?
00:13:17Faites ramonner vos chemines et les mètes sèches.
00:13:20À la barre !
00:13:20Viens de sèche !
00:13:21À la barre !
00:13:22À les mètes sèches !
00:13:23Viens de sèche !
00:13:23Voici l'écrivain public rédigeant un billet doux pour quelques sylvies.
00:13:28Mais vous avez-tu dit que j'audrions qu'on se marie bientôt ?
00:13:31Vous n'entendez pas, je le lui dis.
00:13:34Que le fils de Vénus, le dieu de Cithère, ma chère Frosine,
00:13:39nous mène bientôt par ses jeux et séries au temple de l'Himer.
00:13:44C'est tout à fait ce que je voulais en dire.
00:13:46Tout à fait.
00:13:46C'est vraiment bien torché.
00:13:47À son Seigneur la tendre et belle Idrède
00:13:52Etant enceinte, d'un mois sans feinte,
00:13:59C'est ses adieux avec les larmes aux yeux.
00:14:03Voilà le chanteur de Complainte,
00:14:09Apaisante encore ici chez nos pères,
00:14:12L'orsoif inconsciente de cinéma.
00:14:13Entre les mains d'un méchant intendant,
00:14:18Au cœur félon, plein de sombres bassesses,
00:14:24Et au dessein des plus concupiscents.
00:14:29Faites racroner vos chpinets, mes petites belles !
00:14:33De haut !
00:14:34Mon bagage s'emprunt, mes seigneurs.
00:14:36Faites racroner vos chpinets, mes petites belles !
00:14:43Allons, Marquis, tu rêves !
00:14:46Vas-y !
00:14:47Non, mais c'est du vin de Canary, ça !
00:14:49C'est bon, plein !
00:14:49Pardon, monsieur Larue, trousse-vache !
00:14:52Je m'excuse, monsieur, je ne suis pas de l'époque...
00:14:54... du quartier !
00:14:55Notre peau de chambre est prête, nous pouvons nous y asseoir !
00:15:02Oh, on n'arrive pas à vivre !
00:15:04J'ai de la peau de la belle pomme, mon bourgeois, j'avais votre nom de dé !
00:15:08L'alérateur de rat !
00:15:10L'alérateur !
00:15:11L'alérateur !
00:15:13L'alérateur !
00:15:14J'ai de la belle pomme, qui me fait mes belles pommes ?
00:15:17J'ai de la belle pomme aujourd'hui !
00:15:18Vous sortez par quelque main ?
00:15:19À cette heure-ci, midi, par les boulevards et la rue Richelieu.
00:15:22Je pourrais galoper tranquillement.
00:15:23Parfait, en route !
00:15:25Dieu qu'il fût long ce voyage, et fatigant, et salissant, quelle poussière !
00:15:39Moi, dont la génération est celle du chemin de fer poussif, j'avais l'impression de faire du surplace.
00:15:44Philippe, lui, avec le souvenir de sa voiture magnétique, avait le sentiment d'aller en arrière.
00:15:50Quant à nos pauvres fesses, elles firent en deux jours l'inventaire de tous les chaos.
00:15:55De tous les cassis, de tous les pavés du roi mal joints, de tous les trous sans pavés, et de tous les pavés sans trous.
00:16:04Ah, quel voyage !
00:16:06Mais qu'importait ? Le sort en était jeté.
00:16:08Pouvait-on résister à Philippe ?
00:16:11Je plongeais dans l'aventure la plus folle, frénétiquement.
00:16:14Adviendrait que pourrait.
00:16:17Philippe, juvénile, hurluberlu, n'arrivait pas à faire régresser ses habitudes de deux siècles.
00:16:23Oh !
00:16:24Alors, il a priorité, on ne laisse pas passer la droite, non ?
00:16:29Quoi ?
00:16:30Oui, eh bien, le roi devrait instituer une loi dans laquelle les voitures de gauche laisseraient toujours passer celles de droite.
00:16:36Voilà.
00:16:37Oh, la gauche, elle ne passera jamais ?
00:16:39Vous n'êtes pas bête, vous.
00:16:41C'est une bonne idée.
00:16:42Allez, sur la grande route royale, la plupart des conducteurs conduisent comme des brutes.
00:16:48Il suffit qu'un homme, le mieux éduqué soit-il, se sente subitement des guides et un fouet en main,
00:16:54pour que ressurgisse en lui la nature sauvage et torve de son ancêtre du Cro-Magnon.
00:16:58À deux lieux de Montreau, une désobligeante, elle portait bien son nom,
00:17:01après nous avoir doublé dangereusement,
00:17:04une désobligeante n'a pas hésité à dépasser encore inconsidérément une voiture maraîchère.
00:17:09Elle s'est trouvée nez à nez avec une grosse vinaigrette.
00:17:13Un peu plus qu'elle salade.
00:17:21Près de nous, un cavalier n'a pas hésité à se rabattre brutalement sur nos chevaux,
00:17:24lesquels virent un violent écart.
00:17:26Cette faute grave, les postillons l'appellent, paraît-il, sous Louis XVI,
00:17:29faire une queue de cheval.
00:17:32Mais parfois, vous-même, voulant à votre tour dépasser certains cabriolets roulants au pas,
00:17:37rien à faire.
00:17:38Vous pouvez toujours essayer, ils gardent le milieu de la route.
00:17:43Hors épilé, hors de vous...
00:17:45À vous de faire les bêtises.
00:17:50Salut gros !
00:17:51Montreux !
00:17:52Cependant, subitement, tout se calme.
00:18:04Tout rentre dans l'ordre.
00:18:05Le rapide cabriolet ne dépasse plus même la patache languissante.
00:18:08Nous voici transportés au doux pays de la mensuétude et de la patience.
00:18:15Que se passe-t-il ? Qui a-t-il ?
00:18:18Ah, bon ! Simplement deux gendarmes.
00:18:21Personne n'ose plus les dépasser.
00:18:24Ainsi étaient nos pères.
00:18:25Je compterais pour mémoire notre halte à l'auberge du Soleil d'Or, avant Joigny.
00:18:38Quel accueil !
00:18:40C'était, paraît-il, l'accueil coutumé avant 1789 dans toutes les auberges de France.
00:18:45L'hôtesse nous embrassa comme si elle retrouvait ses frères perdus depuis la naissance.
00:18:50Cette tendresse nous touche profondément.
00:18:52Pouvez-vous y faire ajouter une omelette de six oeufs ?
00:18:55Mon trognon, mais tu vas dîner mieux que le Rwandine à Versailles.
00:18:59C'est au mieux.
00:19:00Tu n'as qu'à entrer.
00:19:01Et toi aussi, mon poussin.
00:19:04C'est charmant, ce jeune homme.
00:19:05On ne pouvait être reçu avec plus de chaleur.
00:19:08Ce n'était plus l'heure du dîner.
00:19:09Il était tard, midi passé.
00:19:12La table d'hôtes était déjà déserte.
00:19:15Seul, il régnait encore un brave curé qui, réclamant son addition,
00:19:18s'entendait qualifier lui aussi de tous les noms sympathiques du bestiaire.
00:19:22La note arrive tout de suite, mon gros canard.
00:19:31Je suis au regret, messieurs, mais cette table est réservée.
00:19:34Un courrier vient de me la retenir pour le marquis de la Fayette.
00:19:36Le héros de la Médicte lui-même.
00:19:38Chaque fois qu'il se rend dans cette aire, il relaie et séant.
00:19:41Tenez, on est celle-ci.
00:19:44Je suis assis à côté de lui.
00:19:45Quel honneur.
00:19:46Nous en étions aux écrevisses quand un grand remue-ménage se fit entendre au dehors.
00:20:01Oh, voilà, monsieur le marquis.
00:20:07Merci, merci, mes amis.
00:20:08Merci.
00:20:09Merci.
00:20:12Monsieur le marquis, vous prenez cette aire ?
00:20:14Oui, je rejoins Versal.
00:20:15On m'appelle le service du roi.
00:20:18Merci.
00:20:18Marquis, mon cœur.
00:20:23Voici la liste de nos plats, détaillés par menu.
00:20:24Le soupe est de convient-il ?
00:20:28Oui, bien sûr.
00:20:31S'il croit qu'il sert le roi, ce jeune homme, avec les idées subversives qu'il a rapportées de là-bas.
00:20:38Vous semblez reconnaître que vive la liberté n'est pas synonyme de vive le roi.
00:20:42Taisez-vous, anarchiste.
00:20:45Comme nous en étions à déguster un verre des fameuses liqueurs de Madame Anfou,
00:20:49le pouce-café de l'époque supplément dessous,
00:20:52notre célèbre voisin réclama de la moutarde.
00:20:55Philippe se précipitait aussitôt en faisant, il le reconnut lui-même, un compliment idiot.
00:21:01Merci, monsieur.
00:21:02Philippe d'Audigné.
00:21:03Mille grâce, il ne fallait pas vous déranger, je suis confus.
00:21:06Le grand homme qui a porté la liberté aux Américains, on peut bien porter la moutarde.
00:21:16Une amabilité en entraînant une autre, nous sympathisions totalement au chabichou du grand homme.
00:21:21Et à son café, nous étions amis de toujours.
00:21:25La Fayette parlait surtout de l'Amérique qu'il avait quittée quatre ans auparavant.
00:21:29Il était intarissable à décrire le charme et la grandeur du nouveau continent.
00:21:34Presque un paradis.
00:21:34L'Amérique sera la providence de nos vieux pays sur-encombrés.
00:21:39Quand nos montgolfières propulsées par des chaudières à pistons traverseront l'océan Atlantique en 15 ou 20 jours.
00:21:44Mais si, si, si, messieurs, croyez-moi, peut-être moins, dix jours seulement.
00:21:48Et l'Européen surmené ici fuira là-bas.
00:21:50Moi, par exemple, j'ai passé quelque temps dans un petit bourg au bord de la mer.
00:21:55Presque un village.
00:21:56Un vrai paradis sur les bords de Lutzen.
00:21:58Havre de repos, de silence.
00:22:00New York, vous connaissez ?
00:22:02Non ?
00:22:03Allez voir ces campagnes, ces maisons basses et isolées.
00:22:05Ces maisons sans étage.
00:22:08J'aimerais que vous entendiez là-bas, le matin, dans les voix de Brooklyn,
00:22:11le concert des oiseaux.
00:22:13Si l'Amérique, cette belle terre saine et neuve,
00:22:15ne devait faire contrepoids à notre existence d'idiote,
00:22:18il aurait été inutile de la découvrir.
00:22:19Mais l'heure avançait.
00:22:23Mon cher comte.
00:22:24Et vous, mon cher Philippe, j'aurai grand plaisir à vous revoir.
00:22:27Nous de même, Marquis.
00:22:27Si d'aventure vous passez par l'Auvergne l'an prochain,
00:22:30poussez jusqu'à mon château de Chavagnac, j'y serai.
00:22:33Oui, je prends un long congé pour diriger des recherches archéologiques dans mes terres.
00:22:36L'an prochain.
00:22:37Notez donc que dès le printemps 1789, je suis tranquillement chez moi.
00:22:41Nous prenons note, à moins que 1789 ne disposent des uns ou des autres différemment.
00:22:45Non, j'en serai surpris.
00:22:46Donc, il y a le printemps, je fais creuser des sapes et des galeries sur mon château.
00:22:50Je voudrais essayer de retrouver les vestiges du premier bastion mérovingien.
00:22:53Je suis passionné de ces questions.
00:22:55Vous avez bien raison.
00:22:56Mais vous parlez comme un homme qui a fini son destin.
00:22:58Peut-être ne fait-il que commencer.
00:22:59Que Dieu ne vous entende pas.
00:23:01Au revoir, messieurs.
00:23:02Au revoir.
00:23:03Au revoir.
00:23:04Au revoir.
00:23:04Qu'est-ce qui vous fait rire ?
00:23:10Rien.
00:23:10Vous avez entendu, le marquis a dit qu'il ferait percer des sapes et des galeries sur son château en avril prochain.
00:23:14Oui, alors ?
00:23:15Alors, j'ai pensé qu'au printemps prochain, on aurait la galerie Lafayette.
00:23:20Comprends pas.
00:23:21Ça ne fait rien.
00:23:22C'est une plaisanterie bon marché.
00:23:23Le surlendemain tantôt, nous faisions un peu de toilette à deux lieux de chez nous.
00:23:32La binette du cocher nous regardant nous raser avec la crème future, la néocrème de Philippe.
00:23:38Une application, pas de rasoir.
00:23:40On frotte un peu, on l'enlève et la barbe est partie avec.
00:23:45Et la peau est douce.
00:23:46J'ai coupé ma moustache.
00:23:48Allez, en route.
00:23:53Le surlendemain, cœur battant d'émotion, nous arrivions enfin devant notre vieille grille, subitement toute neuve.
00:24:19Cher Barak,
00:24:21Comme aux hommes, la jeunesse te va bien.
00:24:25Mais une bizarre émotion nous envahissait.
00:24:27Nous n'osions passer la grille.
00:24:29Notre grille, pourtant.
00:24:31Enfin, notre grille, en puissance.
00:24:34Nous n'osions alerter le portier non plus.
00:24:37L'ancêtre de Firmin, probablement.
00:24:39Fais le tour.
00:24:42Essayons d'entrevoir un peu ce qui nous attend, avant de nous présenter.
00:24:46L'accueil du possesseur de mon futur logement, rue Saint-Roch, m'avait rendu timide.
00:24:50Il va peut-être nous flanquer à la porte, Coco Belleuil.
00:24:52Nous jeter dans un cul de basse-fosse.
00:24:54N'exagérons rien.
00:24:56Super.
00:24:57Super.
00:24:58Il est impulant, Coco Belleuil.
00:25:03Au tournant, là-bas, je serais curieux de voir quelque chose.
00:25:07Voir quoi, maître ?
00:25:09Au tournant de la demi-lune, nous allons trouver la retombe de Pomone.
00:25:13Et au milieu du grason...
00:25:14La statue de Pomone elle-même.
00:25:16Exactement.
00:25:17Vous l'avez toujours, en 1980, cette statue ?
00:25:20Oui.
00:25:21Mais avec un bras au moins.
00:25:22C'est ça, le bras droit.
00:25:23Oui.
00:25:23Vous l'avez connu, vous, avec son bras droit ?
00:25:25Non, justement.
00:25:28Ce bras, va-t-on me raconter dans ma jeunesse, c'est-à-dire au siècle prochain ?
00:25:35Ce bras portait une corbeille de fruits.
00:25:39Bras et corbeilles vont être brisés en 1814.
00:25:42C'est-à-dire, pour l'heure actuellement, dans 26 ans d'ici.
00:25:48Brisés par les balles russes pendant l'invasion.
00:25:51Diable.
00:25:52Mais alors aujourd'hui, nous allons la retrouver intacte, notre Pomone ?
00:25:55Voilà.
00:25:57Intacte.
00:25:58Comme Macron sortir de la caverne ?
00:25:59Exactement.
00:26:01Oh, l'on vit de voir, maître.
00:26:02Quel voyage passionnant.
00:26:04Il ne fait que commencer.
00:26:05Alors, en 1814, il va y avoir une bataille, ici ?
00:26:08Non.
00:26:09C'est mon grand-oncle, qui n'est pas encore né aujourd'hui.
00:26:13Ben, il naîtra dans 6 ans.
00:26:14Qui va ouvrir le feu, tout seul, contre 50 Cossacks.
00:26:18Tout seul ?
00:26:19Oui.
00:26:20En 1814, il a juste 20 ans.
00:26:23Il va ouvrir le feu de la demi-lune, là-bas, sur les 50 Cossacks qui passent là, sur la route.
00:26:29Quel courage.
00:26:30Je pense bien.
00:26:33Il tue un Cossack.
00:26:35Les Russes ripostent.
00:26:36Il se retranche derrière la statue, il tire encore et il tue un autre Cossack.
00:26:40Il essuie une grêle de balle sans être touché.
00:26:42Ben, c'est là que le bras et la corbeille de la pommone sont pulvérisés par la salve des Russes.
00:26:49Voilà.
00:26:49Et le grand-oncle ?
00:26:51Des croches à temps.
00:26:53Ni vu ni connu.
00:26:54C'est de l'audace.
00:26:54Aussi, pendant toute mon enfance, mon grand-oncle devait être considéré comme le héros de la famille.
00:27:01Belieu de quoi ?
00:27:02Ça aurait été une sorte de type fantasque.
00:27:05Grand chasseur, grand buveur, grand gueulard.
00:27:08Un type, quoi.
00:27:10Un artiste aussi.
00:27:11Souvent, il nous a raconté avec une espèce de regret la beauté de cette corbeille.
00:27:17Il avait l'accent bourguignon.
00:27:18Un amoncellement splendide de fruits, de pommes, de poires, de grappes de raisins, admirablement sculptés.
00:27:25Voilà.
00:27:26Elle va nous apparaître tout de suite.
00:27:28Là ?
00:27:30Notre chère pommone.
00:27:31Avec la corbeille ?
00:27:31Tout est pâté de nous retrouver, vous et moi, sous Louis XVI.
00:27:39La voilà.
00:27:42Quelle est belle.
00:27:45Peut-être donc.
00:27:48Et alors ?
00:27:50Masque-toi, elle n'a pas attendu 1814 pour perdre son bras et sa corbeille, la pommone.
00:27:56Voilà comment on écrit l'histoire.
00:27:58Oh, mais je commence à être rudement rassuré sur le sort de ces deux pauvres Cossacks
00:28:05qui doivent dans 26 ans, soi-disant, être tués par mon futur grand-oncle, moi.
00:28:13Si ça ne tient qu'à lui, ils vont probablement mourir de vieillesse dans leur islam du Caucase.
00:28:18Qu'est-ce que ça veut dire ?
00:28:20Ça veut dire, ça veut dire que mon grand-oncle, dans ma jeunesse,
00:28:26se sera grandement payé ma bobine.
00:28:28Et que mort ou à naître, mon grand-oncle, devant l'éternel, est un fameux menteur.
00:28:33Voilà.
00:28:33On n'a pas non plus idée d'avoir un neveu aussi impertinent.
00:28:36Bon.
00:28:37Moi ?
00:28:37Oui.
00:28:38Qui s'en vient remonter le temps pour vérifier si son grand-oncle a bien dit la vérité.
00:28:41C'est vrai, ce pauvre oncle, il ne pouvait pas s'attendre à ça.
00:28:48Non.
00:28:50Ni nous non plus.
00:28:52À ça.
00:28:54Vieux farceur, tout de même.
00:28:57Vous admirez ma pommonne, messieurs ?
00:28:59Nous avions très saillé comme des coupables.
00:29:01Quelle émotion !
00:29:03Coco Belle-Oeil, bien vivant, se dressait devant nous.
00:29:06Monsieur le comte, puis-je, sans m'être encore présenté, vous poser une question ?
00:29:10Posez, monsieur, posez.
00:29:12Cette statue antique, vous l'avez connue avec son bras ?
00:29:16Au grand jamais, monsieur.
00:29:18Cinquante ans avant Jésus-Christ, quand elle fut déterrée dans le Péloponnèse, elle ne l'avait déjà plus, son bras.
00:29:23Ah, bon.
00:29:25Mais j'ai la ferme intention, moi, de lui faire resculter un bras nouveau.
00:29:29Ah oui ?
00:29:30Oui.
00:29:31Un statuaire de Paris, un nommé Oussa, je crois.
00:29:35Oussa.
00:29:36Oussa.
00:29:37Non, Oudon !
00:29:38Oudon.
00:29:39Oui.
00:29:40Qui travaille très bien.
00:29:42Il m'a proposé une étude, une corbeille de fruits au bout du bras.
00:29:45C'est très joli, oui.
00:29:47Et j'ai la ferme intention...
00:29:48Faites-le, faites-le, monsieur le comte.
00:29:50Faites-le, c'est une très bonne idée.
00:29:52C'est un très beau projet.
00:29:53Oui, mais le bras et la corbeille sont commandés, elles seront posées avant l'automne.
00:29:58Très bien, très bien, bravo, monsieur le comte.
00:30:02Pardon, mon oncle.
00:30:04À présent, messieurs, puis-je vous demander qui êtes-vous ?
00:30:08Vos cousins, mon cousin.
00:30:12Mes cousins.
00:30:13Oui, des cousins éloignés, mais des cousins tout de même.
00:30:16Philippe, mon neveu, faites les présentations.
00:30:19Volontiers, mon oncle.
00:30:21Monsieur, veuillez accorder à mon discours votre aimable attention.
00:30:23Philippe savait sa leçon par cœur.
00:30:25Gentilhomme de Québec, nous venions saluer le comte de la part de parents canadiens.
00:30:30Parents nous-mêmes, nous arrivions de Genève et rentrions sur Paris.
00:30:33En passant par la Bourgogne, nous avions trouvé courtois de faire un détour.
00:30:37Nous nous présentions.
00:30:38...pousins par eux et par les fontaurés poussavants.
00:30:41De mer, les fontaurés poussavants.
00:30:43Oui, oui, par les femmes.
00:30:45Je connaissais les filiations de notre famille à toutes les époques.
00:30:48Bien malin qui m'eut pris en défaut.
00:30:50Au surplus, nous vous apportons le salut lointain des Bales d'Orne.
00:30:54Oh, pas sans bleu, les Bales d'Orne.
00:30:56Il a du chais doué ailleurs, toujours au cigare.
00:30:58Toujours, toujours.
00:31:00Nous-mêmes sommes affiliés par notre arrière-grand-mère à la branche irlandaise.
00:31:05Je vous présente donc ainsi mon vénéré oncle, le comte Bob Dylan.
00:31:11Il devait y avoir là une de ces malices dont Philippe avait le secret.
00:31:15Je me présente moi-même, comte Winston Churchill.
00:31:19Ces pseudonymes qu'il nous avait choisis semblaient l'amuser beaucoup, sacré Philippe.
00:31:26Alors ça, messieurs, vous gitez au château naturellement.
00:31:27Il ajoutait, nous entraînons vers Sainte-Marie.
00:31:30Oh, je vous en prie, considérez que mon toit et ma maison sont les vôtres.
00:31:35Il ne croyait pas certainement si bien dire.
00:31:39Nous resterez-vous longtemps, mes cousins ?
00:31:43Oh, une nuit, tout en plus.
00:31:46Super.
00:31:46Oh, c'est fâcheux, je comptais inviter quelques amis demain.
00:31:50Au surplus, vous ne verrez pas ma femme, la comtesse Catherine.
00:31:52Elle est invitée dans un château des environs et ne rentrera que tard cette nuit.
00:31:56C'est bien dommage.
00:31:57Restons quelques jours, mon oncle.
00:32:00Chouette.
00:32:01Une nuit, peut-être.
00:32:03N'oubliez pas que Lusarche nous attend.
00:32:05Je sais, mon oncle.
00:32:06Le marquis de Lusarche ?
00:32:08Au caraport.
00:32:09Non, c'est un carrossier de Lusarche qui a une voiture, une sorte de véhicule que je vais être sûr d'utiliser pour rentrer chez moi.
00:32:18Comprenez, Philippe ?
00:32:20Très bien, mon oncle.
00:32:22Et nous passions la grille sous l'œil vigilant du concierge.
00:32:25Le brave garçon était loin de se douter qu'en salvant un propriétaire, d'un seul coup de tricorne, il en saluait trois.
00:32:33Mais mon cousin, vous laissez la comtesse voyager seule la nuit ?
00:32:36Son carrossier planqué de deux voitures et des gens armés l'accompagnent.
00:32:41Ce ne doit pas être bien distrayant pour une dame des gens armés.
00:32:43Elle est seule, elle n'a nulle dueigne, nulle suivante.
00:32:45Si, sa dame de compagnie est avec elle.
00:32:48Oui, une Marie d'Aufsane, une Irlandaise.
00:32:50Une Irlandaise, c'est au mieux.
00:32:52Et cette demoiselle rentre avec elle cette nuit, naturellement.
00:32:56Oui, pourquoi ?
00:32:57Oh, pour savoir.
00:32:58Ainsi, ma cousine ne se morfondra pas durant son voyage.
00:33:00Vous êtes bien civil de vous en faire souci.
00:33:06Je ne suis pas un mari jaloux, je suis du siècle.
00:33:10Dans l'absence, je ne commettrai pas une telle imprudence.
00:33:12Laissez voyager seule une jeune femme la nuit, au surplus une jolie femme.
00:33:16Connaissant la trogne rougeaute de la comtesse, cette appréciation ne nous laissait pas en toi.
00:33:20Sa demoiselle de compagnie me suis-je laissé dire ravissante aussi.
00:33:24Ravissante, l'Irlandaise. Oui, si on veut.
00:33:27Des goûts et des couleurs décidément, pensait Philippe, il ne fallait pas discuter.
00:33:30Et puis ainsi, le monde était mieux fait.
00:33:33Les hommes se disputaient moins souvent les mêmes cœurs.
00:33:36A tout à l'heure, mes cousins.
00:33:40Je fais toilette, faites de même s'il vous convient.
00:33:43Nous souffrons vers 6 heures.
00:33:46Ah oui, j'insiste.
00:33:48Vous êtes chez vous.
00:33:50La groseille, tu t'occuperas de nos hommes.
00:33:52Tu les conduiras dans l'appartement du milieu.
00:33:56En vérité, l'impression était étrange.
00:33:59Nous nous sentions à la fois très loin de nos pénates
00:34:01et tout à fait chez nous.
00:34:03Je faillis appeler Mélie pour prendre mon chapeau.
00:34:07Moi, dit Philippe...
00:34:09Je me sens tout à fait chez moi.
00:34:11Mais chez moi, après que j'aurai gagné au tiercé.
00:34:14Au tiercé ?
00:34:15Je vous expliquerai.
00:34:16En fait, oui, notre aïeul Xavier était plus riche que nous.
00:34:21Quel luxe écrasant !
00:34:24Et notre chère glace, elle était là aussi, toute neuve, toute dorée,
00:34:28absorbant en silence notre image ahurie,
00:34:31prête à en rendre le reflet au calandre futur.
00:34:34Comme à nous-mêmes peut-être si nous réussissions à retourner dans notre temps.
00:34:38Je ne me trompais pas.
00:34:40C'était déjà fait.
00:34:43Cassez ça.
00:34:50Si, messieurs les comtes...
00:34:51Un laquais allait nous guider vers nos chambres.
00:34:54Il m'avait été dévolu la chambre d'honneur carré.
00:34:56À Philippe, encore, la chambre ronde de la tour du Midi.
00:35:00Celle qui était la sienne dans son siècle.
00:35:03Celle que je lui avais fait occuper dans le mien.
00:35:05Si, messieurs les comtes veulent bien me suivre.
00:35:06Curieuse jour et du hasard.
00:35:10Philippe, tout à la pensée que sa dulcinée se rapprochait,
00:35:12semblait fébrile, distrait.
00:35:14Il montait l'escalier impatient et dépassait notre laquais
00:35:17en oubliant de se faire indiquer le chemin.
00:35:20Attendez au moins notre guide.
00:35:23C'est juste.
00:35:25Alors, mon ami, la chambre d'honneur.
00:35:26À gauche, messieurs les comtes.
00:35:28Pardon.
00:35:28C'est bon, par là.
00:35:29Et puis arrête.
00:35:30Marchez donc.
00:35:32Il fait trop peu de couloirs.
00:35:33J'excuse.
00:35:34C'est que nous, nous ne connaissons pas.
00:35:37Nous suivons.
00:35:41Alors, mon ami,
00:35:42on va dire que je ne sais plus du tout.
00:35:44C'est que je suis nouveau au château.
00:35:46Puis deux jours.
00:35:46Ah, c'est ça.
00:35:48Alors, on ne sait pas.
00:35:49On ne sait pas.
00:35:50Vous n'êtes jamais venu, c'est un ?
00:35:51Ben non, sans ça.
00:35:53Bon, on ne va pas rester à une heure.
00:35:54Philippe.
00:35:55Nous cherchons la chambre d'honneur et la chambre du Midi.
00:35:57Vous les connaissez ?
00:35:58Oui.
00:35:59Ah bon ?
00:35:59Mais ça ne va plus, la porte.
00:36:01Bon, ben, il n'y a qu'à chercher au hasard.
00:36:03La première venue, là, celle-là.
00:36:04Voilà.
00:36:06La première venue.
00:36:07Celle-là, par exemple.
00:36:10Ce n'est pas la chambre du Midi, celle-là ?
00:36:13Eh oui, Mordieu, c'est ça ?
00:36:15Alors ça, monsieur le comte,
00:36:16vous orientez comme un pigeon.
00:36:17C'est un de mes dons.
00:36:18Bon, maintenant, nous allons chercher de la même façon
00:36:20la chambre d'honneur pour mon oncle.
00:36:21Vous désirez une chambre d'honneur, mon oncle ?
00:36:23Qu'est-ce que vous pariez que j'ouvre tout de suite
00:36:24la porte de la chambre d'honneur ?
00:36:26Si je gagne, on reste ici un mois.
00:36:28Ça va, animal, je ne parie rien du tout.
00:36:31Allez, celle-là.
00:36:34Non, non.
00:36:36Celle-ci peut-être.
00:36:39Celle-ci peut-être, mais celle-là.
00:36:42Ah.
00:36:44La chambre d'honneur.
00:36:46Ce ne serait pas celle-là, par hasard.
00:36:50C'est ça.
00:36:51Deux heures plus tard,
00:36:53Coco Belleuil nous ayant récupéré,
00:36:55nous nous dirigeons vers la salle à manger.
00:37:00Très bien.
00:37:01Et bien, passons à la table.
00:37:03Monsieur le comte.
00:37:03Qu'est-ce que c'est ?
00:37:04C'est pour demain.
00:37:05Les ordres de monsieur le comte pour les écuries.
00:37:07Ah, diable, oui.
00:37:09Oui, attends.
00:37:09Tenez, venez donc voir, on est ici.
00:37:13Attends-moi là.
00:37:16Ouh, le bel enfant.
00:37:19Il n'est pas beau ?
00:37:20Il est superbe.
00:37:22Il a cinq mois.
00:37:24Mais j'avais déjà deux filles,
00:37:25et c'est mon premier fils.
00:37:27Et il s'appelle ?
00:37:28Charles-François-Xavier-Philippe Daudinier,
00:37:31comte du Thalois.
00:37:32Ah oui, ah oui, c'est bien ça.
00:37:35Comment c'est bien ça ?
00:37:35Vous le saviez ?
00:37:36Hum, dis-moi, euh...
00:37:38Ah non, je dis c'est bien ça,
00:37:39parce que, parce que vous le dites.
00:37:41Ah, ah, je le dis, oui.
00:37:41Excusez-moi.
00:37:47Compliment, mademoiselle.
00:37:49Oh, il y a un appétit.
00:37:50J'ai dû baisser un bon quart d'heure,
00:37:52il réclame encore.
00:37:54Non, gros gluteau, c'est fini.
00:37:56Tenez, prenez-le dans vos bras.
00:37:59Vous allez voir comme il est lourd.
00:38:01Oui, volontiers.
00:38:01Ouh, en effet, c'est un véritable plomb.
00:38:06Oh, ben, ma bouillotte.
00:38:08Eh ben, mon bonhomme.
00:38:09Marie-Rose, Marie-Rose.
00:38:11Je vais quérir ma bouillotte.
00:38:12Je voulais Charles-François un instant, Monseigneur.
00:38:14Mais avec joie.
00:38:15Hum, c'est monsieur Charles-François-Xavier-Philippe.
00:38:20Ben oui, c'est Charles-François-Xavier-Philippe Daudinier,
00:38:23mon arrière-grand-oncle vénéré.
00:38:25Qui va être.
00:38:26Non, qui est déjà.
00:38:29Ben oui, c'est mon arrière-grand-oncle
00:38:31qui sera dans 45 ans
00:38:33père de France, académicien, ambassadeur
00:38:35et grand officier de l'ordre de Malte.
00:38:37Ah, c'est lui.
00:38:38Ben oui, c'est lui.
00:38:39Oh, cet enfant.
00:38:42On lui fait tout de même un petit coup
00:38:43de bébête qui monte, qui monte, qui monte.
00:38:45Pourquoi pas.
00:38:45Ben pourquoi pas.
00:38:46Oh, c'est la petite bête qui monte,
00:38:48qui monte, qui monte, qui monte, qui monte, qui monte.
00:38:50Ouh, voilà, madame.
00:38:51Guili, guili, guili, guili.
00:38:54Mais il ne rit pas.
00:38:56Ah non, ça n'a rien de surprenant.
00:38:58Il va être pisse-froid toute sa vie.
00:38:59Oh, j'ai eu un mot malheureux.
00:39:02Oh, pardon, mon peigneur.
00:39:04Oh, pardon.
00:39:05Ça n'est rien.
00:39:06Oh, mon Dieu, mon Dieu.
00:39:08Oh, non, ça n'est rien.
00:39:12Ça n'est vraiment rien.
00:39:14Au fond, c'est du lait.
00:39:16Oui, presque.
00:39:17Voilà.
00:39:18Merci.
00:39:19À table.
00:39:20À table.
00:39:21Si vous voulez voir le plat, c'est mon cousin à ma droite,
00:39:30mon cousin à ma gauche,
00:39:31mes cousins autour de moi.
00:39:35En nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, ainsi soit-il.
00:39:38Curieusement.
00:39:39L'ancien aigrié était pieux.
00:39:42Notre cher cousin nous prodiguait présentement un échantillon de son registre pianissimo.
00:39:49À l'encontre de la tradition, le souper commence par une corbeille de fruits.
00:39:53Mais quelle corbeille ?
00:39:55Le projet de Houdon.
00:39:57Chef d'œuvre que la postérité ne connaîtrait jamais,
00:40:00puisque dans 26 ans, il serait anéanti par les Cosaques de mon oncle.
00:40:03Je lui ai demandé de me dessiner un autre projet avec une simple faucille au bout du bras.
00:40:09Ah non !
00:40:10Ah, ça sera plus léger.
00:40:11Ah non !
00:40:13La corbeille, c'est pas molle.
00:40:15La faucille, c'est Cérès.
00:40:17Il faut laisser faire des choses comme elles doivent se faire.
00:40:20La corbeille.
00:40:22C'est curieux le déterminisme.
00:40:24Pas de corbeille.
00:40:25Mon oncle automatiquement redeviendrait un menteur,
00:40:28ne serait plus un héros,
00:40:30mais les deux Russes qui ne tueraient point reverraient leur pays.
00:40:33Vous avez raison, c'est mieux.
00:40:35Oui, oui, oui.
00:40:36Oui, la corbeille.
00:40:39Allez-y, Jacques Taest.
00:40:41Pauvre Cosaque.
00:40:42Mais on gêle ici, hein ?
00:40:45Oh, mon bleu !
00:40:47Mais qu'est-ce que c'est que cette farce ?
00:40:49Jérôme, l'higarne !
00:40:51Nous allions connaître sans transition
00:40:53le registre fortissimo du personnage.
00:40:56Vous ne pouvez pas ?
00:40:58Mais vous l'avez trempé dans l'eau, c'est pas possible !
00:41:01Qui a prévu ce feu ?
00:41:02Personne, bien entendu !
00:41:05Et où est Guillaume ?
00:41:06Guillaume !
00:41:08Qu'est-ce que c'est imbécile ?
00:41:10Voilà !
00:41:11Oh, la corbeille !
00:41:12J'ai pas trouvé ce perroquet de quelqu'un d'intérêt !
00:41:15Cherchez-moi Guillaume !
00:41:16Mais dépêchez-vous !
00:41:17Allez, pour lui !
00:41:18Allez, pour lui !
00:41:19C'est un temps de là !
00:41:20Non, c'est pas toi !
00:41:21Hein, j'en fous, Thomas !
00:41:23Il l'ébat !
00:41:25République de Bourg, je vais te changer en âme de parti !
00:41:28Je vais te faire que tu l'éponge !
00:41:30Il ouvre dans l'œil !
00:41:32Philippe, attention, vous êtes fous !
00:41:33Attention !
00:41:35Philippe, attention !
00:41:37Vous allez foutre au feu à la baraque, ça lui apprendra !
00:41:39Mais comment ça lui apprendra ?
00:41:40Mais la baraque est à nous aussi !
00:41:42Et toi, qu'est-ce que tu fais dans la piste ?
00:41:43T'es là-bas perdu ?
00:41:45Bah, oh, tchalons !
00:41:46Oh là, monsieur !
00:41:47Oh, tchalons !
00:41:49Oui !
00:41:49Ah, ah, ah, ah !
00:41:51On va qu'un pied plat !
00:41:53Vous n'êtes pas chelé ?
00:41:54Non.
00:41:57Alors, j'allais justement vous prévenir.
00:42:01Je ne comprends pas, c'est...
00:42:02Mais...
00:42:02On ne comprend pas, elle a repris d'un coup.
00:42:06Mais c'est...
00:42:07Elle était éteinte !
00:42:08Oui, c'est bizarre.
00:42:10Mais elle était éteinte !
00:42:12Oui, mais c'est pas la fête, allez, va-t'en !
00:42:15Stelio, je te dis, t'en allais, elle est prise !
00:42:17Et servez !
00:42:23Je n'ai jamais vu ça.
00:42:26Non, le feu couvert est probablement dedans, et puis...
00:42:28Je ne comprends pas.
00:42:37C'est un peu semblable.
00:42:40Oh, par la Vierge !
00:42:49Il se signait, croyant à un miracle.
00:42:52Au fond, il avait raison.
00:42:53Le miracle était partout dans cette pièce.
00:42:56Il était dans le rayon magnétique de Philippe.
00:42:59Il était dans notre présence fabuleuse ici, ce soir.
00:43:01Nous, les voyageurs d'un autre siècle, détenteurs de forces nouvelles, apocalyptiques.
00:43:07Le miracle, il était aussi dans nos deux cerveaux, qui eussent pu, devant cette puissance menacée, dévoiler l'avenir.
00:43:14Il s'est passé là quelque chose de curieux.
00:43:18On peut le dire.
00:43:20Vous avez à table servi aux autres ?
00:43:22Nous avions chacun notre échanson.
00:43:25Mon cousin, sachez que le soir, je mange peu de choses.
00:43:28Je n'aurai que quatre petits potages, c'est mercredi jour maigre, avec une truite saumonée et quelques sauces à choisir.
00:43:37Amusant ?
00:43:37Non, sept ou huit.
00:43:39Sept ou huit, oh là là !
00:43:40À Barça, une omelette de palais de carpe et une bouilleture d'anguille.
00:43:45C'est une maison de cocagne ici.
00:43:48Plus de dîner, plus d'appétit.
00:43:50Vous arrivez du Canada, cela se voit.
00:43:54Oui, à quoi ?
00:43:55Vous donnez furieusement dans les utopies à la mode.
00:43:58Moi ?
00:43:59Seriez-vous républicain ?
00:44:01Absolument pas.
00:44:03Je suis royaliste, mais j'aimerais que le régime que j'aime ait toujours raison.
00:44:10Je vais vous dire une chose apparemment cruelle.
00:44:12Oui ?
00:44:13Je ne suis pas un utopiste, moi.
00:44:15Mais il est rationnel que le peuple qui travaille ferme ait plus d'appétit que de dîner.
00:44:19Si, monsieur.
00:44:21Ainsi, le paysan a été créé par Dieu pour une besogne indispensable au royaume.
00:44:26C'est son lot.
00:44:27Amen.
00:44:28Faites bouffer, faites baffrer le paysan.
00:44:30Faites de lui un homme repu.
00:44:32Les moissons pourriront sur place.
00:44:34Le laboureur ne se lèvera que sur le coup de midi.
00:44:37Un homme gavé ne travaille plus.
00:44:38Ainsi, nos admirables paysans, quand ils reçoivent par faveur une tranche de pain blanc,
00:44:44savez-vous ce qu'ils en font ?
00:44:46Ils la mettent entre deux tranches de pain noir et ils la mangent ainsi, comme une friandise.
00:44:52Non.
00:44:53Si, c'est authentique.
00:44:55C'est terrible.
00:44:55Non, mais quel besogneur acharné.
00:44:58Aucune peine.
00:45:00Quel roc, quel granit.
00:45:01Cet homme, au fond, pas plus méchant qu'un autre, incarnait là brusquement pour nous les aberrations de l'ancienne noblesse.
00:45:08Et je percevais dans les yeux de mon bon Philippe des lueurs anticipées de sa chère prise de la Bastille.
00:45:15Qu'est-ce que toutes ces chibilles ?
00:45:17Monsieur le comte.
00:45:18Volouté d'asperges.
00:45:24Coulis de sarcelle.
00:45:28Potage aux oeufs truffés.
00:45:32Bisque boissonnade.
00:45:34Oh là là, doucement, attention.
00:45:36À l'entrée de l'omelette, une omelette de quelques oeufs.
00:45:42Six oeufs, ça ?
00:45:44Ce sont des oeufs de dinosaures.
00:45:46Oh là, oh là.
00:45:48Oh là là.
00:45:50J'en étais à mon cinquième verre.
00:45:52Et celui-ci, quel bouquet.
00:45:55Quel bourgogne.
00:46:02Ouh, ouh, ouh, ouh, ouh, ouh, ouh, ouh.
00:46:04Et celui-là ?
00:46:06Le toqué.
00:46:10J'en suis toqué.
00:46:12Pas le sang bleu, mon cousin.
00:46:14Un cul sec.
00:46:16Subitement, une sensation de départ chronosphérique s'emparait de moi.
00:46:21C'était comme un brusque coup de poisson chinois qui m'anihilait.
00:46:24Xavier était subitement quatre, six, huit, douze.
00:46:29Comme si un seul ne nous suffisait pas.
00:46:31Il me fallait me rendre à l'évidence.
00:46:33Étais-je d'ailleurs encore capable de tirer une déduction des coordonnées ?
00:46:37Moi, d'audigné, professeur à la Sorbonne, professeur au Collège de France.
00:46:41Moi, membre de l'Institut.
00:46:43J'étais sous.
00:46:44Tout à coup, mon assiette, la table se dressait devant moi, à la verticale, et je ne me souviens plus de rien.
00:46:52Ce ne fut que le lendemain, sur le coup de midi, que je me réveillais dans ma chambre carrée.
00:46:57Je n'étais plus exactement rond, mais encore fortement ahuri.
00:47:01Ma première vision fut encore un très net philippe à gauche, et un second, plus imprécis, à droite.
00:47:11Quand le premier, non sans difficulté, eut réussi à récupérer son duplicata,
00:47:18il me sourit, puis ouvrit la bouche pour parler.
00:47:21Ça va mieux ?
00:47:23Ça n'a jamais été mal.
00:47:26Vous m'avez fait peur hier soir.
00:47:28Peur ? Pourquoi ?
00:47:30Pendant votre petit coup de ramponneau, comme on dit ici.
00:47:32Vous êtes modeste, petit coup de ramponneau.
00:47:36J'avais simplement sombré dans la plus sombre des vinasseries d'un coup.
00:47:40Non, hélas, pas d'un coup.
00:47:43Avant de sombrer, vous avez parlé.
00:47:47J'ai dit qui nous étions.
00:47:48Non, mais vous avez tourné autour.
00:47:50Non, vous avez parlé de chronosphère, poisson chinois.
00:47:54Ah, zut.
00:47:56Vous avez parlé de Bismarck, de la bataille de Champigny.
00:47:59Ah ben oui, j'y étais.
00:48:02Pour Coco Belleuil, ce n'était pas une explication possible.
00:48:04Non.
00:48:05Et qu'est-ce qu'il a dit ?
00:48:06Rien.
00:48:07Il a ri.
00:48:08Il a cru heureusement à des élucubrations...
00:48:10D'ivrogne.
00:48:11Je m'excuse.
00:48:12Non, faites bien.
00:48:13Dire qu'enfin, aujourd'hui, je vais la voir.
00:48:15Lui parler.
00:48:17Qui ?
00:48:18Ah oui, au fait, votre mêlée.
00:48:20Oh, allez où, miss ?
00:48:21Vous l'avez vue, ce matin ?
00:48:24Non.
00:48:25J'ai seulement aperçu, vers 4 heures de ma fenêtre,
00:48:27deux femmes qui descendaient de carrosses,
00:48:28à la lueur des flambeaux.
00:48:29Vous ne dormiez pas ?
00:48:31Non.
00:48:32Vous l'attendiez ?
00:48:34Ah, jeunesse.
00:48:36Et ce matin, elles reposent encore dans leurs appartements.
00:48:39Je vais me préparer.
00:48:41Ah oui, pour la réception ?
00:48:43Oui.
00:48:44Ah ben déjà, vous allez rudement vous faire beau, alors.
00:48:46Vous aussi, maître ?
00:48:47Oh non, je ne voudrais pas vous faire de tort.
00:48:50Je vais mettre mon bel habit blanc.
00:48:53Alerte !
00:48:54Le loup blanc est dans la bergerie.
00:48:57Dites-moi, Philippe, Philippe,
00:48:59vous la séduiriez peut-être davantage
00:49:01en complévestant.
00:49:02Allez, j'ai l'impression.
00:49:03Alors, votre poisson chinois
00:49:08et votre chrono pistère,
00:49:09je ne sais plus, moi.
00:49:11Je suis confiant.
00:49:12Ne vous excusez pas.
00:49:14Oh, mais fait rire, c'est bien ça.
00:49:15Je suis en pleuré.
00:49:17Un homme si sérieux,
00:49:19courir ainsi l'avant-vol.
00:49:20Oh, c'était irrésistible.
00:49:22Votre poisson chinois,
00:49:24j'ai entendu parler de votre poisson chinois.
00:49:26Il faut que je vous explique.
00:49:28Est-ce que vous avez au moins un aquarium ?
00:49:30Voilà, Philippe et moi,
00:49:31nous l'avons fabriqué tous les deux.
00:49:34Eh bien, vous m'avez l'air
00:49:35de deux bons phénomènes tous les deux,
00:49:36comme on n'en fait plus beaucoup.
00:49:39C'est assez vrai.
00:49:40Ah oui, c'est assez vrai.
00:49:41Oh, que j'ai ri.
00:49:42Oh, et puis, vous avez parlé de...
00:49:45Qu'est-ce qu'il a dit ?
00:49:46Ah oui, oui, vous avez parlé de Paul Léon III.
00:49:49Oui, il hurlait, il hurlait.
00:49:51Paul Léon III a perdu 70.
00:49:5570 quoi ?
00:49:56Je ne sais pas.
00:49:57Moi non plus.
00:49:58On ne saura jamais.
00:50:00Non, pas d'importance.
00:50:02Aucune.
00:50:04Bon, ben, il est passé midi.
00:50:06Vous descendez dîner ?
00:50:07Si vous le permettez.
00:50:08Bon, alors, sonnez,
00:50:09faites-vous servir un petit restaurant
00:50:10dans votre chambre, hein.
00:50:11Mais je compte sur vous pour la réception.
00:50:13Bien sûr.
00:50:13Oui, c'est à trois heures précises.
00:50:15Cela vous permettra de connaître enfin
00:50:16votre cousine, la comtesse, ma femme,
00:50:18qui est bien dolente d'ailleurs, la pauvre, oui.
00:50:20Puis, vous voyez qu'elle a passé
00:50:21tout le voyage de retour en calèche
00:50:22à entendre gindre
00:50:23et à soigner sa dame de compagnie.
00:50:26Miss Marie ?
00:50:26Oui ?
00:50:27Elle est malade ?
00:50:28Ah non !
00:50:29Mais elle se saoule la bobèche
00:50:30comme un matelot, oui, oui, l'irlandaise.
00:50:32Marie d'Hodson ?
00:50:33Avec du vin de Bourgogne ou du toquet.
00:50:35Comme je la comprends.
00:50:37Ce n'est pas possible.
00:50:40Attends-toi !
00:50:41C'est pas possible.
00:50:44Je vais avoir remonté deux siècles.
00:50:46Deux siècles ?
00:50:47Deux siècles pour courtiser une Marie-Bouchon.
00:50:50Comment un si pur visage ?
00:50:52Comment de tels yeux bleus aussi angéliques
00:50:54peuvent-ils se laisser tomber
00:50:55dans un tel état aussi vil, aussi dégradant ?
00:50:57Et je m'attendrissais ce matin
00:51:00sur son angélique repos.
00:51:02Elle cube !
00:51:04Je suis le plus intérêt des hommes.
00:51:07Mais qu'ai-je fait au ciel
00:51:08pour mériter un tel châtiment du cœur ?
00:51:09Du calme, du calme.
00:51:10Et puis, n'écoutez pas trop ce soudain.
00:51:13Du quoi, vous la verrez au déjeuner,
00:51:15votre mari ?
00:51:15Et vous verrez bien
00:51:16si elle lève le coude.
00:51:18Mais non.
00:51:19Ni la comtesse ni elle
00:51:19ne doivent descendre
00:51:20avant la réception, paraît-il.
00:51:23Ni moi non plus, d'ailleurs.
00:51:25Moi qui me faisais une joie
00:51:26d'aller me préparer pour cette rencontre.
00:51:29À présent...
00:51:32Peau petit Philippe.
00:51:35Nous descendîmes vers trois heures et demie.
00:51:37Retardés par l'habillement méticuleux
00:51:39et cependant précipités,
00:51:41d'un Philippe ému et affolé.
00:51:43Il portait le fameux habit conçu,
00:51:45rêvé pour la présentation
00:51:47à une dame.
00:51:49Ah, mon cher neveu était superbe.
00:51:52Quant à moi,
00:51:53l'habit qu'il m'avait poussé à choisir,
00:51:55pour être beau aussi,
00:51:57n'atteignait pas sur ma carcasse
00:51:59aussi parfaitement ce but.
00:52:01Je me faisais l'effet
00:52:02d'un vieux singe de cirque.
00:52:04C'était une petite réunion intime,
00:52:06une réunion de campagne,
00:52:08quelques amis,
00:52:09gentilhommes des environs.
00:52:11Zut !
00:52:12Nous risquions de passer
00:52:13moins inaperçus.
00:52:16Aussitôt que Javier nous présentait
00:52:28à ses hôtes,
00:52:29ravi, semblait-il,
00:52:29de notre apparition pailletée.
00:52:32Philippe, fébrilement,
00:52:34cherchait Marie des yeux,
00:52:35mais ni elle ni la comtesse
00:52:36n'étaient encore descendus.
00:52:38Dans cette pièce,
00:52:39où, pensait-on,
00:52:40j'entrais pour la première fois,
00:52:41j'avais peine à reconnaître
00:52:43mon futur laboratoire.
00:52:45Je pensais,
00:52:46là où je salue ce vieux baron
00:52:48se trouve le fourneau
00:52:50de ma grosse cornue.
00:52:52Et ici,
00:52:53cette jeune baronne mignonnette
00:52:54devant qui je m'incline
00:52:56semble assise
00:52:57sur mon coffre à déchets.
00:52:58Le perroquet de Catherine,
00:53:08c'était bien lui,
00:53:09bleu et jaune,
00:53:10comme nous le connaissions.
00:53:11Quel fantastique retour aux sources.
00:53:15Tout à coup,
00:53:16un jeune étourneau parut
00:53:17et annonça...
00:53:18Voici Catherine et Marie.
00:53:19Marie,
00:53:20le cœur de Philippe
00:53:22t'eut lui manqué
00:53:22quand parut dans le vestibule
00:53:24un bout de robe rose
00:53:25à la polonaise.
00:53:26J'ai champagne !
00:53:29R.E.
00:53:30C'était Catherine,
00:53:32la châtelaine.
00:53:33Nous la reconnaissions bien
00:53:34à présent,
00:53:35flanquée de son légendaire volatile.
00:53:39Pourquoi cette hilarité ?
00:53:42Elle aussi,
00:53:43elle était connue
00:53:43pour aimer boire.
00:53:45Décidément,
00:53:45Bacchus était à l'honneur ici.
00:53:47Mais la fébrilité
00:53:48de Philippe augmentait.
00:53:50La belle image
00:53:50pour laquelle
00:53:51il avait traversé des siècles
00:53:52allait lui apparaître.
00:53:53subitement sans transition,
00:53:57il devint plus blanc
00:53:58que son jabot
00:53:58qui venait d'entrer.
00:54:00Elle, bien sûr.
00:54:07En dépit de l'étiquette
00:54:09qui eut dû faire accueillir
00:54:10la suivante,
00:54:11moins chaleureusement
00:54:12que la comtesse,
00:54:13le charme de la beauté
00:54:14triomphait du privilège
00:54:15du sang.
00:54:17Philippe, décidément,
00:54:18ne s'était pas trompé.
00:54:20Quelle carnation,
00:54:21quelle souris !
00:54:23La comtesse,
00:54:25elle,
00:54:25ne semblait nullement affectée
00:54:27par le succès écrasant
00:54:28de sa suivante.
00:54:30Près du clavecin,
00:54:31servi par son mari,
00:54:33elle vidait
00:54:34une seconde coupe
00:54:35de champagne.
00:54:37Philippe regardait,
00:54:38écoutait
00:54:39de plus en plus
00:54:40intensément.
00:54:41Que ne comprenait-il pas ?
00:54:43Ou plutôt,
00:54:44non,
00:54:45que craignait-il ?
00:54:46Je le devinais.
00:54:48Marie
00:54:48n'allait-elle pas suivre
00:54:49l'exemple de sa maîtresse
00:54:50et horreur
00:54:52s'enivrait sous nos yeux ?
00:54:54Un teint si pur,
00:54:55si éclatant,
00:54:56celui d'une ivrognièce ?
00:54:58Mais Xavier nous réclamait
00:54:59déjà pour nous présenter.
00:55:01Nous avançâmes vers le couple,
00:55:02assurés de ce qui allait être dit,
00:55:04sans aucune préscience
00:55:05de ce qu'allait vraiment se dire.
00:55:07Pourtant,
00:55:08les mots qui devaient ici
00:55:09être prononcés
00:55:09allaient avoir
00:55:10dans notre extravagant voyage
00:55:11de gigantesques conséquences.
00:55:13des cousins canadiens.
00:55:15Quant à vous,
00:55:16messieurs,
00:55:16permettez-moi de vous présenter
00:55:17Miss Mary Dotson,
00:55:20dame de compagnie
00:55:20de la comtesse ma femme.
00:55:23Ciel !
00:55:24Les ondits familiaux
00:55:25s'étaient trompés.
00:55:26La belle image de Philippe,
00:55:27sa dulcinée,
00:55:29n'était pas Marie Dotson.
00:55:31Elle était Catherine,
00:55:32la comtesse elle-même.
00:55:34Tout s'expliquait.
00:55:35Marie était l'autre,
00:55:36la poivrotte,
00:55:36la rougeaude.
00:55:38Mais,
00:55:39mais si la belle au ruban bleu
00:55:40était Catherine,
00:55:41la châtelaine,
00:55:42c'était elle qui allait finir
00:55:43dans cinq ans,
00:55:45sous la terreur.
00:55:53Mais comment ce perroquet
00:55:55devait-il la perdre ?
00:55:56Il n'était pas à elle.
00:56:00Philippe, lui,
00:56:00certainement,
00:56:01n'avait pas encore réalisé
00:56:02le terrible sort
00:56:03qui retombait sur sa belle.
00:56:09Ainsi donc,
00:56:10cette sculpturale beauté
00:56:12était mon aïeul.
00:56:14Mon aïeul,
00:56:15elle-même,
00:56:15qui s'avançait vers moi.
00:56:17Elle ne s'en doutait guère.
00:56:19Et j'avais aussi du mal
00:56:20à y croire.
00:56:21Jamais au monde,
00:56:22petit-fils
00:56:23n'avait pu constater
00:56:24chez sa grand-mère
00:56:25des coltés
00:56:26aussi florissants.
00:56:29De même,
00:56:30il est vrai,
00:56:31jamais grand-mère
00:56:31n'avait pu jeter les yeux
00:56:32sur petit-fils
00:56:34aussi décrépits.
00:56:35Et si,
00:56:43Philippe avait réalisé.
00:56:45Nous la sauverons.
00:56:46Chut,
00:56:46tu calmes.
00:56:49C'est une aïeul.
00:56:50C'est une belle aïeul,
00:56:51mais c'est une aïeul quand même.
00:56:53Quand c'est si éloigné que ça,
00:56:53ça ne compte plus.
00:56:54Je vous en prie.
00:56:56Elle est encore plus
00:56:57aérodine à fleurs
00:56:58que je ne croyais.
00:56:59Chut,
00:56:59aérodine à fleurs,
00:57:00je vous dis.
00:57:01Nous avions dit
00:57:01que nous nous faisions tout petit.
00:57:02brillé par quelques dames oiseaux,
00:57:05l'altière jeune femme
00:57:06allait chanter.
00:57:07J'ai soif.
00:57:08Néni.
00:57:09Messieurs,
00:57:10Néni,
00:57:10vous le savez bien,
00:57:11d'amant,
00:57:11je ne bois que de l'eau.
00:57:13Roche du ciel.
00:57:14Je me jetterai à ses genoux
00:57:15pour me faire pardonner
00:57:16mon infâme soupçon.
00:57:17Eh bien,
00:57:17restez debout.
00:57:18À genoux,
00:57:18je vous dis.
00:57:20Tout petit.
00:57:30Et vous le voir.
00:57:32Sous-titrage Société Radio-Canada
00:57:37Ah,
00:57:41si les tuts pouvaient m'entendre,
00:57:43je donnerais bien
00:57:44les châteaux
00:57:45de mon puteur
00:57:46et ses amours
00:57:48pour devoir revenir
00:57:50clitondre.
00:57:53Que moi,
00:57:55de la richesse extrême,
00:57:57laisse-moi
00:57:58les diamants
00:57:59et les ors
00:58:00et la jeunesse
00:58:02et ses trésors
00:58:03qu'on reste au loin
00:58:04celui qu'on aime.
00:58:07Elle avait, j'avoue,
00:58:15une voix ravissante.
00:58:17Les voix des sirènes d'Ulysse,
00:58:18comparées à la sienne,
00:58:20eussent semblé émettre
00:58:21des sonorités
00:58:22de vieilles serrures.
00:58:24Ce charme supplémentaire,
00:58:25du coup,
00:58:26achevait Philippe.
00:58:27Tu combats là-bas dans les neiges,
00:58:30l'anglais rouge avec rochambaud,
00:58:32n'es-tu donc heureux
00:58:33qu'au créneau ?
00:58:35Le ventre fort
00:58:37que tu assièges.
00:58:39Reviens vite au pays du tendre,
00:58:44assiégé plutôt ma raison,
00:58:47elle sera la garnison,
00:58:50la plus forte à vouloir se rendre,
00:58:54de toute la plus douce à prendre.
00:59:01Il était dans le ravissement.
00:59:13Il venait de rêver certainement
00:59:15que ses paroles d'abandon
00:59:17le concernaient.
00:59:18Mes chers amis,
00:59:28mes chers amis,
00:59:29la marquise de Pontauré
00:59:30va maintenant avoir
00:59:31la grande bonté
00:59:32de nous interpréter
00:59:32une pièce nouvelle
00:59:33de Wolfgang Amadeus Mozart.
00:59:36Merci, ma question.
00:59:37Bon, Catherine,
00:59:38ne voyez pas que Philippe
00:59:39vous tend un siège.
00:59:41S'il vous plaît.
00:59:43Je vais vous dire.
00:59:48Sous-titrage MFP.
01:00:18Sacré Philippe,
01:00:45il rêvait.
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01:03:34Il lui débite des fadaises, il roule des œillades, c'est grotesque, il n'a pas l'air d'apprécier beaucoup.
01:03:42Non mais je l'espère, écoutez cela maître, c'est très mauvais.
01:03:45On la voit, on l'admire, nul ne peut résister, si vous voulez ne point flatter, louer, z'admire.
01:03:54Mais son cœur est-il tendre et sensible à son tout ? Est-il prêt à se rendre après un long discours ?
01:04:07Là, en vain, l'on soupille, son cœur reste fermé.
01:04:12Qui veut souffrir, mourir, aimer, aime, z'ennemi.
01:04:24Bon, je ne vais pas me laisser distancer par ces cocos-là.
01:04:32Est-ce que vous dites ? La fin justifie les moyens. Je veux la sauver de son destin.
01:04:37Mais touche-moi, je veux la sauver !
01:04:39Pour la sauver, il me faut rentrer dans ses bonnes grâces.
01:04:42Elle vient d'applaudir à tout rompre. Elle aime les poètes ? Eh bien, soyons poètes.
01:04:45Vous êtes poète ? Parfaitement, je suis poète. J'ai des lettres.
01:04:48Tiens, évidemment, j'aurais dû me méfier. Un Lascar qui traverse deux siècles pour deux beaux yeux n'a pas de recul quand il s'agit de traverser un salon.
01:04:58Mais que disait-il donc là-bas ? Il semblait plaire.
01:05:02Mes amis, mes amis, notre petit Cénacle s'enrichit d'un nouveau nourrisson du badass.
01:05:07Notre jeune cousin canadien va nous lire une pièce dont il est l'auteur. Oui.
01:05:11Je ne savais pas que Philippe était poète. Pourvu que ses vers soient bons, il va peut-être se rendre absolument ridicule.
01:05:18Il a dû tout pé, en tout cas.
01:05:25Pour répondre aux désirs indulgents de nos aimables hôtes, je vais vous dire quelques vers de ma composition.
01:05:38Les sanglots longs des violons de l'automne
01:05:41berce mon cœur d'une langueur monétone.
01:05:46Tout suffocant et blême quand sonne l'heure,
01:05:49je me souviens des jours anciens.
01:05:51Et je pleure.
01:05:53Et je m'en vais au vent mauvais qui m'emporte
01:05:56de ça, de là,
01:05:58pareil à la feuille morte.
01:06:00Bravo !
01:06:01L'animal !
01:06:05Mais vous avez du talent, mon cousin !
01:06:08N'est-ce pas ?
01:06:09C'est charmant.
01:06:10Vous avez un chèque et culot, je vais te faire tout petit, attention.
01:06:13Bon, ma part, mais pour moi encore quelque chose.
01:06:15Mais quel talent !
01:06:16N'est-ce pas ?
01:06:17Bravo, jeune confrère, bravo !
01:06:19Pas mal !
01:06:21Que peux-je dire, mon oncle ?
01:06:22Oh, voyons.
01:06:24Oh, il a fait dernièrement une très belle chose.
01:06:28Comment est-ce déjà qu'il va nous dire une très belle chose ?
01:06:33Maître Corbeau sur un arbre perché,
01:06:35taisez-vous, ils connaissent.
01:06:37Je vais reprendre le même fournisseur.
01:06:38Oh, oh, oh, oh !
01:06:40Il pleut sur mon cœur
01:06:50Comme il pleut sur la ville
01:06:53Quelle est cette langueur
01:06:56Qui pénètre mon cœur ?
01:06:59C'est bien la pire peine
01:07:01De nous savoir pourquoi
01:07:02Sans amour
01:07:04Et sans haine
01:07:05Mon cœur a tant de peine
01:07:09Oh, oh, oh, oh !
01:07:10Oui !
01:07:11Ah, oui, oui, oui !
01:07:13Oh, oh, oh, oh !
01:07:16Julie, vous avez dit
01:07:18Il pleut sur mon cœur
01:07:19Comme il pleut sur la ville
01:07:20Et vous avez écrit
01:07:21Il pleure sur mon cœur
01:07:23Comme il pleut sur la ville
01:07:24C'est beaucoup mieux !
01:07:25Ah, oui, c'est vrai, c'est vrai !
01:07:27Mon oncle, c'est mieux mais vert que moi !
01:07:29C'est touchant cette admiration
01:07:30De l'oncle pour le neveu !
01:07:31Oh, mais c'est qu'il a écrit
01:07:32Des choses admirables !
01:07:34Mon cœur a son secret
01:07:35Mon âme a son mystère
01:07:37La victoire en chantant
01:07:38Nous ouvre la barrière
01:07:39Bonne-lui tout de même à boire
01:07:41Dit mon père
01:07:41Oh, cette excuse-là !
01:07:43Dites-le nous !
01:07:43Oh, oui, dites-nous-le !
01:07:44Ne laissez pas par cœur
01:07:45Je m'excuse
01:07:46Mais vous, monsieur, dites-le nous !
01:07:49Hein ? Moi ?
01:07:51Moi non plus !
01:07:52Moi non plus !
01:07:53Philippe !
01:07:53Philippe !
01:07:54Cependant que Xavier
01:07:55Reconduisait des invités
01:07:56Qui reprenaient la route
01:07:57Philippe s'était rapproché
01:07:58De son égérie
01:07:59Pour s'offrir à ses compliments
01:08:01Il devait essuyer
01:08:03Une grande déception
01:08:04Vous aimez les poètes, madame ?
01:08:07Certes, mon cousin,
01:08:08J'aime la poésie
01:08:08Mais c'est mon mari, le comte
01:08:10Qui en est coiffé
01:08:10Il a créé ici
01:08:11Des jeux floraux
01:08:12Et malpès
01:08:13Salut, coup de fort cher
01:08:14Mon Dieu, mes verres
01:08:15Ne vous ont pas plu ?
01:08:15Si fait, à vous dire vrai
01:08:16J'ai trouvé vos petites pièches charmantes
01:08:18Et je suis persuadée que vous ferez
01:08:19En travaillant encore
01:08:20Beaucoup de progrès
01:08:20Vous croyez ?
01:08:22Certainement
01:08:22Moi
01:08:24Je suis surtout ouverte à la musique
01:08:26Lully, Couprin
01:08:27La musique
01:08:28Faites-moi ce qu'elle voudrait
01:08:30Vous jouez du piano ?
01:08:39Non
01:08:39C'est dommage
01:08:40Vous auriez pu lui jouer
01:08:41Une de vos compositions
01:08:42La chevauchée des Valkyries
01:08:44Ou votre grand succès
01:08:45Les cloches de Corneville
01:08:46De grâce
01:08:47Laissez-moi vous serrer dans mes bras
01:08:51Pauvre Philippe
01:08:53Il était bien puni
01:08:54De son canular littéraire
01:08:55Lui qui avait espéré
01:08:56Une tendre attention
01:08:57L'émoi d'un beau regard chaleureux
01:08:59Ah, la vie est mal faite
01:09:01C'était le mari
01:09:03Qui le baisait tendrement
01:09:04Et si vous n'évriez pas
01:09:05D'inconvénient par Saint-Georges
01:09:07Je vous ai dit
01:09:08En Vauclair
01:09:09M'aider à voir
01:09:10À tantôt
01:09:10J'en serai fier
01:09:11Allons bon
01:09:16Voilà qu'il veut éditer
01:09:19Les sanglots longs des violons
01:09:20En Vauclair
01:09:21Pauvre Verlaine
01:09:22Dans son temps
01:09:23Il n'aurait plus rien à dire
01:09:24Où courez-vous
01:09:26Glandine
01:09:27D'abord
01:09:27C'est d'Alise
01:09:28Faut l'entrée mon cœur
01:09:29À Citer
01:09:30Mais encore
01:09:30À l'escarpolette
01:09:31Je vous vois
01:09:31Philippe
01:09:32Votre bras
01:09:33Venez faire un tour au jardin
01:09:35Les petits maîtres
01:09:41Tout à leur rire et à leur jeu
01:09:42Laissèrent pour son bonheur
01:09:44Philippe seul avec Catherine
01:09:45Un long moment
01:09:46Je surveillais de loin
01:09:48Je n'aimais guère
01:09:48Ce rôle de barbon
01:09:50Mais appréhendant
01:09:51Les initiatives de mon neveu
01:09:52Je le soupçonnais
01:09:53Très enclin
01:09:54À se montrer trop bavard
01:09:55C'était encore un fragonard
01:09:58Que je contemplais
01:09:59Étrange et unique spectacle
01:10:01Des images classiques surannées
01:10:03Revivaient leur printemps
01:10:04Sous mes yeux
01:10:05Et à mon tour
01:10:06J'évoquais Verlaine
01:10:07Les donneurs de sérénades
01:10:10Et les belles écouteuses
01:10:11Échangent des propos fades
01:10:13Sous les ramures chanteuses
01:10:15Des propos fades
01:10:17Plut à Dieu
01:10:18Qu'il en eût tenu
01:10:20Pourquoi ce tableau
01:10:21Si sombre, cher Philippe ?
01:10:23Le pays n'a jamais été
01:10:23Si prospère
01:10:24Le plus violent orage
01:10:27Madame peut éclater
01:10:27Dans un ciel pur d'été
01:10:28Une révolution
01:10:30Certainement
01:10:30Chanson
01:10:32Au demeurant
01:10:34Le roi aurait encore
01:10:34Assez de garde suisse
01:10:35En son palais
01:10:36Croyez-moi
01:10:36Pour mettre
01:10:37La populace à la raison
01:10:39Mon mari
01:10:41Qui a, je m'excuse
01:10:42Mieux placé que vous
01:10:43Pour connaître les secrets d'état
01:10:44Me disait hier encore
01:10:46Vous m'entendez
01:10:48Cher Philippe
01:10:49Que nous allions
01:10:50Vers une ère de prospérité
01:10:52Sans égale
01:10:52Depuis Sud-Li
01:10:54Catherine
01:10:55Catherine
01:10:56Monsieur de Massignac
01:10:58Et la comtesse repartent
01:11:00Donneur
01:11:00Je manque à tous mes doigts
01:11:01Ce charmant
01:11:02Philippe me distrayait
01:11:03Vous m'entendez monsieur
01:11:05Depuis Sud-Li
01:11:06Vous m'entendez
01:11:07Ça c'est le comble
01:11:13C'est elle qui me convain
01:11:14Il me croit
01:11:16Le pauvre
01:11:18Attention Philippe
01:11:19Parlez trop
01:11:20Quand on pense au sort
01:11:22Qui l'attend
01:11:22Il me faut lui parler encore
01:11:24Soyez discret
01:11:26Soyez prudents
01:11:26Mais je sais tout
01:11:27Son arrestation
01:11:28Sa détention
01:11:28Sa mort
01:11:29Le 20 avril 1791
01:11:31Quand elle fuira
01:11:31Qu'elle ne revienne pas
01:11:32Chercher dans son boudoir
01:11:33Sa bourse de perles
01:11:34Et les sauver
01:11:34Qu'elle sache au moins cela
01:11:35Non elle ne vous croira pas
01:11:36Parce que vous ne pouvez pas lui dire
01:11:37Qui vous êtes
01:11:38Et d'où vous venez
01:11:39L'être humain n'est pas fait
01:11:42Pour savoir l'avenir
01:11:42Non
01:11:43Puis n'oubliez pas
01:11:44Que présentement
01:11:44Ici encore
01:11:45On brûle les sorciers
01:11:46Chut
01:11:48Apaisez-vous Philippe
01:11:49Soyez calme
01:11:51Calme
01:11:51Un quart d'heure après
01:11:55Ce diable échappait encore
01:11:56A ma surveillance
01:11:57Je veux mourir cent fois
01:11:59Si je comprends quelque chose
01:12:00A ce discours
01:12:00Je vous en conjure
01:12:01Il vous reste six mois
01:12:02Pour quitter la France
01:12:03Après il sera trop tard
01:12:04Vous subirez le sort
01:12:05De votre mari
01:12:05Comme chaud
01:12:06Si mon mari doit mourir
01:12:07Je le suivrai
01:12:08Ah
01:12:08Eh bien
01:12:10Fiez tous les deux
01:12:11Je n'ai pas fait le voyage
01:12:12Pour sauver votre époux
01:12:12Mais qu'il en profite
01:12:13Peut-être plus aimable
01:12:15Mon ami
01:12:15Quelle mouche vous pique
01:12:17Mais je vous aime
01:12:18Je vous en conjure madame
01:12:22Croyez-moi
01:12:23Si vous ne me croyez pas
01:12:24Le 20 avril 1791
01:12:26A 5 heures du soir
01:12:27Vous et lui
01:12:28Serez arrêtés ici
01:12:29Devant la petite porte
01:12:30De la lavétrie
01:12:30Emmenez au district
01:12:32Dans trois ans
01:12:33Oui madame
01:12:33Menés à Nevers
01:12:34Et exécutés le 2 janvier 1793
01:12:36Au matin
01:12:37Sans jugement
01:12:38Dans cinq ans
01:12:39De quel pays magique
01:12:41Arrivez-vous donc mon ami
01:12:41Pour prétendre ainsi connaître l'avenir
01:12:43La tête vous tourne
01:12:44Madame vous jugeriez
01:12:46Qu'elle me tourne plus encore
01:12:47Si je vous disais
01:12:48D'où j'arrive vraiment
01:12:49De l'avenir lui-même peut-être
01:12:51Catherine
01:12:53Vous ne pouviez penser
01:12:55Si bien dire
01:12:55Je dis
01:12:58De l'avenir
01:13:00Ça va fort bien
01:13:04À vos côtés
01:13:06Cagliostro est un enfant
01:13:07Que diriez-vous
01:13:08Si je vous disais
01:13:09Qu'en effet
01:13:10J'arrive de l'an 1980
01:13:12De grâce monsieur
01:13:14Remettez-vous
01:13:15Qu'importe votre incrédulité
01:13:18Je vous donnerai tant de précisions
01:13:19Tant de preuves
01:13:20Qu'il vous sera bien obligé
01:13:21De me croire
01:13:22En 1973
01:13:24J'ai 25 ans
01:13:25C'est alors que ma première vision
01:13:27De votre image
01:13:28Est un reflet photographié
01:13:29Dans une glace
01:13:29Oui madame
01:13:30La glace ovale
01:13:31Aussi invraisemblable
01:13:32Que cela puisse être
01:13:33J'y détecte votre reflet
01:13:35184 ans
01:13:36Après qu'il s'y réfléchit
01:13:38Vous portez votre ravissante polonaise
01:13:40Au petit nœud de velours bleu
01:13:42Mon dieu
01:13:44Tu n'es pas la contèche
01:13:49Votre compagnon
01:13:51Me te met un étrange langage
01:13:53Regarde madame
01:13:54C'est un rêveur
01:13:55Maître j'en ai trop dit
01:13:57Ah oui
01:13:57Je dois poursuivre
01:13:59Philippe
01:14:00Monsieur le promoteur de ce voyage
01:14:01Je vous ordonne de me calmer
01:14:02Excusez-moi messieurs
01:14:04Je m'attarde
01:14:04Certainement
01:14:05On s'inquiète de moi
01:14:07Animal
01:14:10Animal
01:14:11Je veux la sauver
01:14:12Je la sauverai
01:14:13C'est impossible
01:14:13Je vous l'ai dit
01:14:14Restez là
01:14:15Il me faut maintenant ranger les choses
01:14:17Laissez-moi faire
01:14:18Arranger quoi ?
01:14:23Pas grave
01:14:24Malpeste
01:14:24Il est bon acheté dans l'eau froide
01:14:25Il m'a dit que nous allions tous être tués
01:14:28Qu'il arrivait de l'avenir
01:14:31Oui
01:14:31Sur une machine infernale
01:14:33Qui l'enfourche
01:14:33Oh
01:14:34Ça n'a aucune importance
01:14:35En venant
01:14:36Il avait déjà divagué dans l'auto
01:14:38Dans la caisse
01:14:39Il est fou le pauvre enfant
01:14:40Il est fou
01:14:41Cependant il dit des choses
01:14:44Se passe-t-elle de moi qu'il voit
01:14:47Avec ma robe au ruban bleu
01:14:50Ben oui
01:14:50Ça je sais aussi
01:14:51Et ben ça n'a rien de...
01:14:53Comment ?
01:14:54Ben non
01:14:54Il voit un pastel qui n'est pas encore peint
01:14:56Ah zut
01:14:57Et personne ne sait encore
01:14:58Que je l'ai commandé à Moreau
01:14:59Qui doit le peindre cet été
01:15:00Ah il doit le...
01:15:02Ah ben ça alors oui
01:15:03Comment expliquez-vous ?
01:15:04Ben...
01:15:05Il voit une robe qui n'est pas encore cousue
01:15:09Elle n'est pas encore cousue
01:15:10Ah ben oui ça alors je...
01:15:12Bon écoutez
01:15:13Il entre dans le cas de Philippe
01:15:14C'est un peu de magie
01:15:15Par Saint-Georges monsieur
01:15:17La folie me fait peur
01:15:18Mais la magie vient davantage
01:15:19Euh non
01:15:20Pas de magie
01:15:21Non
01:15:22Euh voilà
01:15:22Philippe c'est un illuminé
01:15:24C'est un poète
01:15:25Il n'est pas dangereux
01:15:26Non
01:15:26Il disait fort bien
01:15:27C'est un fou
01:15:28Et c'est très impressionnant
01:15:30Madame je vous en prie
01:15:32Apaisez-le
01:15:39Souriez-lui
01:15:41Vous voyez
01:15:54Il n'est pas méchant
01:15:55Pauvre enfant
01:15:57Voulez-vous que le comte
01:15:59Vous confie quelques solides laquais
01:16:02Pour le bastonner
01:16:02Pourquoi ?
01:16:04C'est une médecine
01:16:05Qui chez ces malades
01:16:06Provoque parfois une réaction salutaire
01:16:09Je vous remercie mille fois
01:16:10Vous êtes trop bonne comtesse
01:16:11Non je vais simplement le ramener à Paris
01:16:13Rontement
01:16:14La groseille
01:16:15Faites donner des ordres
01:16:16Pour la voiture de ces messieurs
01:16:17Je vous prie d'excuser ce passeux incident
01:16:20Et je vous présente mes respects comtesse
01:16:22Reconnaissez mon cousin
01:16:25Que s'entendre prédire une révolte éminente de la populace
01:16:28C'est prêter l'oreille à un oracle des plus fâcheux
01:16:31Et de surcroît des plus extravagants
01:16:33Certes madame certes
01:16:36A présent
01:16:36Remarquez ce que dit un jeune fou
01:16:39Peut parfois
01:16:40Qui sait
01:16:41Se réclamer d'une certaine logique
01:16:43C'est un docteur qui vous parle
01:16:45Méfiez-vous quand même de l'année prochaine
01:16:48Année cruciale
01:16:49Et si vous voyez
01:16:52Les événements s'aggraver
01:16:54Vous gagnez la frontière
01:16:57Au plus vite
01:16:58Vous aussi ?
01:17:01Ah non pas moi
01:17:02Pas moi
01:17:02Non je m'excuse madame
01:17:03Serviteur
01:17:04Rien à faire
01:17:05Oui allez
01:17:09Laissons tout ça
01:17:11Tous ces gens qui chantent
01:17:13Qui dansent
01:17:14Et qui ne savent pas
01:17:15C'est terrible
01:17:17Rentre à Paris
01:17:19La voiture de messieurs les comptes est plate
01:17:21Vous avez dans le coffre la nourriture pour un relais
01:17:23On n'a pas faim
01:17:24Ah non c'est pour les chevaux
01:17:27Oh pardon
01:17:27Il a perdu la somme montagne
01:17:33C'est bien dommage
01:17:35Il est charmant
01:17:35C'est curieux
01:17:36Il ressemble fort à un cousin
01:17:38Que j'aimais beaucoup quand j'étais jeune
01:17:39Calmez vos esprits monsieur
01:17:49Je ne sais comment juger ma faiblesse
01:17:51Qui m'a fait vous écouter avec tant d'indulgence
01:17:53Apésez-vous
01:17:55Je ne cours aucun danger
01:17:58Que ne tenterais-je madame
01:17:59Pour vous donner raison
01:18:00Apésez-vous mon ami
01:18:03Laissez-moi croire seulement
01:18:05Que votre esprit à l'avant-vol
01:18:06N'est qu'une folie du coeur
01:18:07Et je consentirai
01:18:10A ce que ce départ ne soit pas un adieu
01:18:13Votre incrédulité madame
01:18:16N'a d'égal que votre resplendissante beauté
01:18:20Philippe abandonnait bien légèrement son idole
01:18:28Je m'en étonnais naïvement
01:18:31J'aurais dû mieux le connaître
01:18:34On paragit ?
01:18:36On ne salue pas le con ?
01:18:37Ah non, il m'a déjà s'embrassé comme ça
01:18:38Quelques instants plus tard
01:18:41Nous avions pris congé de nos chères pénates
01:18:43Vous avez entendu ?
01:18:50Elle a dit vous êtes charmant mon cousin
01:18:51C'est à moi qu'elle parlait
01:18:53D'à quoi ?
01:18:56Quelle port de reine
01:18:57Bien sûr j'ai dû l'effrayer avec mes histoires
01:18:59Elle semble révéler plus de superbe que de coeur
01:19:03Mais pourquoi dites-vous cela ?
01:19:04Est-ce que je le pense ainsi ?
01:19:06Je n'aimerais pas être son laquais
01:19:07Elle a le gourdin facile la dame
01:19:09Oh non
01:19:10Elle est douce
01:19:11Douce
01:19:12Et si sensible
01:19:13Quand elle m'a souri à l'adieu
01:19:15Mes yeux se sont remplis de larmes
01:19:17Vous n'avez pas honte
01:19:19Oh ben pardon
01:19:20Pour moi ce n'est pas mon arrière grand-mère
01:19:22Ce n'est que mon arrière grand-mère
01:19:23Et par alliance encore nuance
01:19:25Ça n'en est pas plus aéro
01:19:27Dina Fleur pour ça
01:19:28Quand on pense au sort qui la guette
01:19:32Ne pensez plus à ça
01:19:34Le destin doit se construire
01:19:36Comme nous le connaissons
01:19:37Vous n'y pouvez rien changer
01:19:39Alors ?
01:19:42Philippe ne répondit rien
01:19:43Il ne parla d'ailleurs presque plus jusqu'à Paris
01:19:46Il semblait absent
01:19:47Ahuri, sans volonté
01:19:48Écrasé par l'irrémédiable
01:19:50Encore une fois
01:19:52J'aurais dû mieux le connaître
01:19:54Une idée folle l'avait conquis subitement
01:20:04Et malgré sa fatigue
01:20:05Il avait consacré sa première nuit parisienne
01:20:08A un étrange travail
01:20:09Au matin
01:20:11Il m'avait confié ses plans
01:20:13J'étais pétrifié
01:20:15Vous êtes fou
01:20:16Ça vous me l'avez déjà dit
01:20:17Qu'appelez-vous aussi d'ailleurs
01:20:18On peut lire ?
01:20:21Je vous en prie maître
01:20:21Nous sommes plongés dans l'extraordinaire
01:20:23N'est-ce pas ?
01:20:24Eh bien, vautrons-nous dans l'extraordinaire
01:20:26En quelques heures de veille
01:20:27L'agrégé d'histoire qu'il était
01:20:29Avait établi une compilation complète
01:20:31Fulgurante
01:20:32Irréfutable
01:20:33Encore une fois
01:20:34Cette force de la nature
01:20:35Qu'était Philippe
01:20:36Manille
01:20:37Cause de la révolution imminente
01:20:43Remède
01:20:44Faute du roi
01:20:50Oh là
01:20:52Tout ça
01:20:52Et c'est écrit fin
01:20:54La popularité de la reine
01:20:58Et vous allez montrer tout ça à Versailles
01:21:02Et pourquoi pas ?
01:21:05Voici Irmède
01:21:05Selon les historiens du 19ème siècle
01:21:07Thiers, Norvins, Michelet
01:21:09Ceux du 20ème
01:21:10Castelot, Morrois, Banville, Decaux
01:21:12Faut ce qu'il faut
01:21:13Abolition
01:21:14Abolition
01:21:15Abolition
01:21:16Économie
01:21:18Diable
01:21:19Pour une fois qu'un roi peut savoir ce qu'il faut faire
01:21:21Ou nous remercier
01:21:21Et il n'y aura pas de révolution
01:21:23Eh bien, vous allez nous faire foutre à la Bastille
01:21:24Pour s'en servir
01:21:25Et puis après
01:21:26Si on rate, on sera délivré le 14 juillet
01:21:28Le 14 juillet 1789
01:21:29C'est dans 14 mois, ça
01:21:31Non, non, non
01:21:32Et c'est ça que vous appelez vous faire tout petit
01:21:34Au fond, je rouspétais pour la forme
01:21:36Mais ma curiosité naturelle
01:21:38Ne demandait qu'à suivre le mouvement
01:21:39Et Philippe le savait bien
01:21:41Oh mais je lis
01:21:42En somme, vous voulez aujourd'hui sauver la Bastille
01:21:45Que vous l'ayez renversée hier
01:21:47Mais non, lisez
01:21:48Je conseille au roi de la démolir lui-même
01:21:50Ah, c'est pas mal
01:21:53Liès populaire
01:21:54Pas de révolution
01:21:54Pas de massacre
01:21:55En somme, vous agissez pour sauver la belle Catherine
01:21:58Oui, maître
01:22:00Mais la France entière en profitera
01:22:03Que de l'arme
01:22:03Que de sang épargnée
01:22:04Oui, certes
01:22:06Supprimer la révolution
01:22:08Ne peut déplaire à un royaliste comme vous
01:22:09Nous allons être le grain de sable
01:22:13Qui aura changé les rouages de l'histoire
01:22:14Oui, tout petit
01:22:15Oui, le grain de sable tout petit, voilà
01:22:17Oui, le grain de sable
01:22:19Ou le pavé de l'ours
01:22:20Pensez-vous
01:22:21Oh, mais c'est illustré
01:22:23Philippe, pour son voyage à travers le temps
01:22:25Avait emporté une histoire de France
01:22:27Qu'il surnommait plaisamment
01:22:29Son guide Michelet
01:22:30Il venait d'en découper quelques images
01:22:33Les avait collées au milieu de son texte
01:22:36Ce qui, évidemment
01:22:36En appuyait fortement
01:22:38Les affirmations prophétiques
01:22:40Voyez, j'explique au roi
01:22:43Toute notre aventure
01:22:44Et pour preuve de mes dires
01:22:46Je lui joins quelques documents photographiques
01:22:48Voyez, photo d'une auto magnétique
01:22:51Photo d'un hélicoptère
01:22:54Photo d'un haricot géant
01:22:57Louis XVI devant un hélicoptère
01:22:59Dans notre randonnée, maître
01:23:00Tout est invraisemblable mais vrai
01:23:02Il faut s'y faire
01:23:03Et le roi s'y fera
01:23:05Quand il aura vu cette gravure
01:23:06Et lira cette date
01:23:08Le 21 janvier 1793
01:23:10Oh là là
01:23:11Il nous écoutera
01:23:12Oh là là
01:23:13Je vais vous lui donner des explications
01:23:15Sur les pétroles, le moteur
01:23:16Eh oui
01:23:17Sur les métaux, les vaccins, l'électricité
01:23:20La machine à coudre
01:23:20La bicyclette
01:23:21Et la bicyclette
01:23:22Rien que des inventions de paix et de progrès
01:23:24Louis XVI à bicyclette
01:23:26Et pourquoi pas
01:23:26Ça va nous remettre le Tour de France en 1800
01:23:28Ensemble, vous chambardez tout
01:23:31Tout
01:23:32On y va ?
01:23:34Oui, je crois rêver
01:23:36Vous rêvez, maître
01:23:38Pas ce chapeau-là
01:23:39Oh, allez, à Versailles
01:23:42Sous-titrage Société Radio-Canada
01:23:47Sous-titrage Société Radio-Canada
01:23:52Sous-titrage Société Radio-Canada
01:24:05Sous-titrage Société Radio-Canada
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