00:00Europe 1
00:01Vous écoutez Culture Média sur Europe 1
00:0310h-11h30 tous les jours avec
00:05Thomas Hilde et ce matin Thomas vous recevez la comédienne
00:07Valérie Bonneton et le réalisateur
00:09à Kim Isker pour la série L'Affaire
00:11Laura Stern, vraiment une série qu'on a adoré, qu'on vous recommande
00:13qui sera disponible dès demain sur
00:15HBO Max, alors c'est disponible à Canal Plus
00:18si vous avez l'appli Canal
00:19et dès le 19 février sur
00:21France.tv. Et je voulais qu'on continue à en parler
00:23j'avais prévu plein d'autres choses pour tout vous dire mais je voulais
00:25qu'on continue à parler de cette série parce que vraiment
00:27elle pose énormément de questions
00:29aussi. D'abord parce qu'on se
00:31rend compte, et je trouve que ça c'est bien fait
00:33à travers les différents cas que vous avez choisis
00:35que cette violence envers les femmes
00:37elle touche toutes les strates de la société
00:39c'est ça aussi ce que vous avez voulu
00:41montrer à Kim Isker. C'est assez clairement
00:43une volonté du départ
00:45du projet et des auteurs
00:47où
00:48on voulait absolument installer
00:51ce débat sur les violences dans
00:53toutes les strates de la société, qu'elles soient
00:55économiques, et puis aussi
00:57toutes les formes de violences, les violences physiques
00:59et psychologiques aussi. C'est à un moment donné
01:02la série prend un virage où on a un personnage
01:05qui va nourrir ce débat-là et qui souffre de violences psychologiques
01:10dans un milieu assez bourgeois d'ailleurs.
01:12C'est sans doute les pires. C'est comme les enfants battus en fait.
01:16Quand il y a des coups on sait mais quand il n'y a pas de coups et quand c'est insidieux et quand ça grignote le cerveau sur un nombre d'années, j'ai l'impression que c'est ce qu'il y a de pire.
01:25Et ce qui est vraiment intéressant c'est qu'on suit cette histoire sous le point de vue d'une femme
01:30qui elle-même n'est pas victime.
01:33Et ça aussi c'est intéressant parce que du coup on se met à votre place finalement en tant que téléspectateur et on se pose la question mais moi-même qu'est-ce que j'aurais fait dans cette situation-là si j'avais un proche, une amie qui était victime de violences et puis que je voyais que finalement la police ne peut rien faire pour elle.
01:48Qu'est-ce que je ferais moi-même ?
01:50Bah oui elle constate que les mesures d'éloignement ne sont pas respectées, elle constate plusieurs choses donc d'un seul coup elle bascule et on se pose la question.
01:59On ne sait pas en fait, on ne sait pas si on touchait un de nos enfants ce qui se passerait si...
02:04Et oui c'est des questions qu'on peut se poser, c'est sûr.
02:07Comment vous vous êtes préparée pour ce rôle tellement particulier Valérie Bonneton ? Est-ce que vous avez rencontré...
02:12Je crois qu'on ne se prépare pas à un rôle comme celui-là, je ne sais pas.
02:15Je ne sais pas si on se prépare.
02:16D'abord ça a été merveilleux de rencontrer Akim parce que c'est pas toujours comme ça mais il est venu chez moi, on a beaucoup parlé et ça c'est très agréable parce que c'est pas toujours comme ça.
02:28Et puis surtout on est allé rencontrer les femmes dans les associations alors je me suis dit bon bah oui mais pas d'a priori, je ne savais pas.
02:37Ça a été un vrai choc en fait de rencontrer ces femmes comme en jouant dans la série d'écouter ces femmes, d'être avec elles.
02:44Ça a été un choc de voir concrètement ces douleurs, ces femmes qui ne s'en sortent pas et le courage de porter plainte et le courage d'aller dans ces associations.
02:55Et mon dieu mais heureusement il y a ces associations qui sont extraordinaires, qui sont fabuleuses parce qu'on se dit bah la justice malheureusement avance tellement peu.
03:05L'état, les budgets sont coupés, c'est très compliqué.
03:11Donc quand il y a ces associations, ces femmes, cette solidarité, où est-ce qu'elles iraient ces femmes ? Qu'est-ce qu'elles feraient ?
03:16Il y aurait beaucoup plus de morts, beaucoup plus de suicides.
03:19Donc j'ai eu beaucoup d'admiration en rencontrant ces femmes.
03:25Le personnage de Laura Stern il est assez impressionnant parce qu'elle ne bascule jamais dans la colère, dans la rage.
03:30Elle reste toujours à un niveau du côté de la douceur.
03:34Et pour autant ce combat il va avoir beaucoup d'incidence sur sa vie privée, sur sa vie personnelle avec ses enfants et son mari.
03:39Est-ce que ça c'est des choses qu'on vous a rapportées quand vous avez rencontré les gens des associations ?
03:43Est-ce que ces femmes-là elles ramènent toutes ces douleurs à la maison dans leur vie privée ?
03:47Ça c'est une question qu'on a, c'est marrant que vous posez cette question, elle est très intéressante.
03:51Ce qu'on a posé hier parce que moi je rentre de Metz et Nancy où on a tourné la série.
03:57On leur a montré la série hier et avant-hier avec des salles pleines de ces femmes, de ces associations.
04:03C'était fabuleux et on a posé cette question-là.
04:05Et en fait ça rejoint un peu ce que je disais tout à l'heure, c'est qu'il y a quelques années, il y a 20 ans,
04:10beaucoup de personnes faisaient ce que fait le personnage de Laura.
04:13Et donc du coup empiétaient sur leur vie privée.
04:16Et aujourd'hui elles sont mieux préparées, mais il y a une éducatrice hier qui disait
04:20il est 18h, on doit rentrer à la maison, on finit notre service.
04:24Et à 17h50 il y a une femme qui se présente à l'association, qui appuie sur le bouton,
04:30qui arrive, tous les voyants sont au rouge, on sent que ça va être compliqué.
04:33Et la fille hésite à rentrer ou pas rentrer.
04:36Et puis finalement elle demande de rentrer chez elle, mais on sait qu'au moment où on la laisse partir chez elle,
04:39elle ne va peut-être pas revenir le lendemain, peut-être pas revenir du tout.
04:42Et donc elle dit voilà on rentre à la maison et on vit avec cette chose-là.
04:46Mais je pense que pour les personnes préparées, c'est déjà lourd.
04:50Mais alors pour un personnage comme Laura qui le fait de manière épidermique,
04:54tout paraît évident le fait que sa vie personnelle passe au second plan,
04:58parce qu'à ce moment-là c'est un sacrifice devant l'urgence.
05:01Vous nous disiez Valérie Bonteau en rentaine que vous n'aviez jamais vécu un tournage comme ça ?
05:07Non, jamais, non, non.
05:10C'est-à-dire que je ne savais pas comment j'allais jouer, je ne savais pas,
05:13mais il suffisait d'être là avec elle, j'avais l'impression d'être complètement en immersion.
05:17C'est-à-dire quand on a des femmes comme Catherine Amé,
05:23qui joue Aminata, ou Eva Huo,
05:26qu'on est face à elle, il n'y a pas besoin de faire grand-chose.
05:30On vit la situation, on la vit.
05:33Donc je l'ai vécu, j'ai vécu,
05:36j'ai vécu ces histoires-là pendant deux mois,
05:39et c'était très intense et ça m'a beaucoup, beaucoup remuée.
05:42Parce qu'obligatoirement, quand on regarde cette série, on est très remué,
05:45mais quand on la vit, ça remue beaucoup de choses.
05:48On rappelle quand même qu'il y a une femme sur deux qui a vécu des violences.
05:52Voilà.
05:53C'est très important de nous interpeller sur tout ça.
05:56Moi j'avais un regret en regardant cette série,
05:58c'est que j'ai l'impression que tous les personnages masculins
06:01sont soit des monstres, soit des lâches,
06:05soit ils ont un certain manque de courage.
06:08Même le policier finalement, qui est le personnage le plus positif,
06:12et qui vous aime dans cette série,
06:13finalement il ne fait pas grand-chose.
06:16Alors que les femmes sont toutes globalement plutôt des héroïnes dans cette série.
06:21Est-ce que c'est un retour que vous avez déjà eu sur cette série, Akimis Kher ?
06:24Non, on n'a pas eu ce retour encore,
06:26mais pour vous dire, en vérité, c'est évidemment une question que je me suis posée
06:31quand on me propose le projet, je pense à toutes ces choses-là.
06:34Mais là, clairement, il s'agit de parler de la souffrance des femmes
06:36et de ce qu'elles vivent.
06:38Ce que vous avez dit, qui est extrêmement juste,
06:40c'est que le personnage de Laura, le point de vue de la série,
06:43et c'est un monopoint de vue, Valérie, je pense qu'elle est dans tous les plans de la série quasiment,
06:47enfin en tout cas elle était là tous les jours, à tous les instants,
06:49c'est le parti pris, c'est d'être dans le point de vue d'une femme qui n'est pas victime de violence
06:53pour impacter le spectateur.
06:55C'est vraiment le but, c'est-à-dire que moi quand je regarde la série,
06:58mais quand je regarde ma série,
06:59je me dis qu'elle parle de nous, elle parle de moi, elle parle de vous,
07:02donc elle s'adresse à nous.
07:03Et en fait, elle, ce qu'elle imprègne,
07:06elle s'imprègne de la souffrance des femmes.
07:08Donc la série, c'était la souffrance des femmes,
07:10et le contrepoids,
07:11comment dire, masculin,
07:13c'est pas quelque chose qui a été recherché dans le scénario.
07:16Maintenant, c'est vrai que...
07:17Mais même à la fin, elle n'est pas défendue par un homme, finalement.
07:20Elle est défendue par une femme.
07:22Et jamais les hommes,
07:24on a l'impression qu'ils ne sont jamais du bon côté.
07:27Et ça, je trouve ça un peu dur,
07:29parce que je pense qu'il y a énormément d'hommes
07:31qui sont en soutien aussi de cette cause-là.
07:35Bien sûr, moi, je ne ressens pas ça,
07:36pour le coup, sur le personnage du policier,
07:37parce que lui, il est complètement...
07:40Il amène de la douceur.
07:41Il est là, il amène la douceur, il est là.
07:43Il est là, il ne fait pas grand-chose.
07:45Non, mais il tombe amoureux, il y a quelque chose,
07:46il y a une histoire,
07:47et il ne fait pas grand-chose.
07:49Non, il est présent, il est là,
07:50il apporte cette douceur.
07:52Non, justement, je ne trouve pas.
07:54Je ne trouve pas que ce soit, par exemple,
07:56une histoire de féminisme radical,
07:58ou je trouve qu'il y a un souhait de respect,
08:01de l'autre,
08:02et qui n'est pas respecté par la justice, etc.
08:05Donc, on fait avancer les choses.
08:06Justement, c'est ce qui me plaisait aussi.
08:09Et ça va même plus loin que ça,
08:10parce que les toutes premières phrases,
08:12il y a une phrase qui me marque,
08:14toutes premières phrases de la série,
08:15c'est le récit d'Audrey.
08:18Elle dit, ce qui me fait le plus mal,
08:21c'est que mon histoire d'amour avec mon homme,
08:24je dois la ranger dans une boîte.
08:26Et puis, tu en as une autre qui dit,
08:28c'est vrai que si on ne les avait pas aimés,
08:29c'est qu'on l'a,
08:30ce serait plus simple.
08:31Mais ça prouve qu'en fait,
08:33il y a une histoire d'amour,
08:35sauf que la souffrance,
08:36la violence,
08:37efface tout ça.
08:38Et il s'agit de parler de ça à ce moment-là.
08:40L'affaire Laura Stern,
08:42vraiment,
08:42allez voir cette série
08:43qui est disponible demain
08:44sur HBO Max
08:45avec Canal+,
08:46et puis bientôt aussi sur France.tv.
08:49Elle sera diffusée aussi sur France.tv.
08:5019 février.
08:51Cette série,
08:52on vous la recommande
08:53vraiment, vraiment chaudement.
08:54Allez, dans un instant,
08:55on va parler sport
08:55avec Sacha Nokovic.
08:57A tout de suite sur Europe 1.
08:58Sous-titrage Société Radio-Canada
08:58Sous-titrage Société Radio-Canada
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