00:00Et à 7h19 sur Europe 1, Dimitri Pavlenko, place à l'édito éco.
00:03Bonjour Olivier Babaud.
00:04Bonjour Dimitri, bonjour Anissa.
00:05Bonjour à tous.
00:06Bonjour Olivier.
00:06Ce matin, deux semaines après la cérémonie des Césars, vous réagissez à une tribune
00:10parue dans le journal Le Parisien, signée par 4000 comédiens, qui mettent en garde
00:15contre les risques que l'intelligence artificielle fait courir au cinéma.
00:19Oui Dimitri, ce matin je vous amène au cinéma.
00:21Cette tribune pointe des enjeux bien réels, de propriété intellectuelle, de droit à
00:24l'image, mais elle révèle surtout l'angoisse d'un modèle économique fondé sur la
00:27subvention permanente, beaucoup plus que sur l'adhésion du public.
00:30Vous dites que le cinéma français est artificiellement maintenu en vie ?
00:33Alors disons qu'il est protégé des lois normales du succès et de l'échec.
00:36Chaque année, des centaines de films sont produits, mais 90% ne sont pas rentables lors de leur
00:40exploitation en salle, car ils ne trouvent pas leur public.
00:42Le succès de quelques blockbusters cache la grande fragilité de la très grande majorité
00:46de la production française.
00:47Les pertes sont mutualisées par les subventions, les gains restent privés quand il y a un succès.
00:51Et alors qui paye pour ce mécanisme de soutien ?
00:53Eh bien, je vous le donne en mille, les Français, à travers une avalanche de taxes
00:57parafiscales, sur les billets, les abonnements internet, les vidéos en streaming, l'achat
01:00d'appareils électroniques, etc.
01:02C'est bien avec notre argent qu'est financé le cinéma.
01:04L'économiste Frédéric Bastia stigmatisait déjà au 19ème siècle ce genre de mécanisme
01:08qui, disait-il, ébrèche le salaire de l'artisan pour constituer un supplément de
01:12profit à l'artiste.
01:13Sur X, une personne fait cette remarque grinçante.
01:15Le cinéma français résume un schéma adoré par la gauche.
01:18On prend l'argent à ceux qui réussissent pour financer les échecs des autres.
01:21Des amis du système bien placés s'en mettent plein les poches.
01:24Et en plus, ils donnent des leçons de morale à ceux qui payent.
01:26Et donc, l'intelligence artificielle, quel rôle va-t-elle jouer là-dedans ?
01:30Est-ce qu'elle vient rompre cet équilibre ?
01:32En fait, elle agit comme un révélateur.
01:33Elle montre qu'on peut produire autrement, beaucoup moins cher, avec beaucoup moins
01:36d'intermédiaires.
01:36De plus en plus, un petit studio équipé d'outils IA peut générer des effets spéciaux,
01:41prévisualiser un tournage, monter un film, tester des scénarios à une fraction du
01:44coût traditionnel.
01:45Ça bouleverse complètement les barrières à l'entrée.
01:47Mais les artistes craignent surtout une perte de créativité.
01:50Est-ce qu'ils ont raison ?
01:51Le cinéma lui-même est né d'une innovation technologique.
01:53L'IA n'est pas un substitut à la créativité, c'est probablement un amplificateur.
01:57Elle permet d'explorer plus d'idées, plus vite, de tester des variantes narratives,
02:00d'imaginer des univers visuels impossibles auparavant.
02:03Et alors, pourquoi cette levée de boucliers, d'après vous ?
02:05Parce que l'IA menace des rentes.
02:06Elle bouleverse l'entre-soi douillet de la création subventionnée.
02:09Elle réduit le pouvoir des réseaux fermés, des commissions, des circuits de financement.
02:12Elle rapproche la création du public.
02:14Demain, un créateur pourra produire et diffuser directement, sans passer par les structures traditionnelles.
02:18Dans sa fameuse pétition des marchands de chandelle, Frédéric Bastia, encore lui,
02:21se moquait d'industriels, demandant à l'État de fermer les volets pour se protéger du soleil.
02:26Aujourd'hui, certains réclament des volets réglementaires contre l'IA,
02:28mais on ne bloque pas une révolution technologique par décret.
02:30Donc pour vous, c'est une chance pour le cinéma ?
02:32Oui.
02:33L'IA, comme dans tous les secteurs, va être une tempête bouleversant les emplois,
02:36mais elle peut libérer la création, permettre l'émergence de nouveaux talents
02:39et reconnecter les films avec leur public.
02:41Voilà, l'opinion à contre-courant d'Olivier Babaud, mais bien argumentée.
02:44Merci Olivier. Signature Europe.
02:45Bonne journée.
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