- il y a 10 heures
C'est une des pièces les plus célèbres du théâtre français : Jean-Paul Rouve et Christian Hecq incarnent tous les deux le "Bourgeois Gentilhomme" de Molière, dans deux mises en scènes différentes qui se jouent actuellement à Paris. Ils évoquent sa modernité mais aussi de l'écriture du dramaturge.
Retrouvez tous les entretiens de 8h20 sur https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-du-week-end
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00:00France Inter, Alibadou, Marion Lourd, le 6-9
00:07Molière en majesté ce matin dans le grand entretien, celui du Saint Patron de la Comédie Française,
00:14l'anniversaire de Molière, c'était le 15 janvier 1682.
00:20Sa date de naissance, ses pièces ne cessent d'être jouées et rejouées, elles font le tour du monde
00:25et pour en parler ce matin, nous avons le bonheur de recevoir deux grands comédiens.
00:30Ils ont tous les deux porté le costume de Monsieur Jourdain du bourgeois gentilhomme,
00:35une œuvre clé dans l'histoire du théâtre.
00:38L'un est comédien, un acteur qu'on adore, qu'on a évidemment suivi dans les tuches et dans tellement de films.
00:44Il est aussi réalisateur, l'autre est comédien et metteur en scène.
00:48Jean-Paul Rouve et Christian Eck de la Comédie Française sont les invités de France Inter.
00:53Bonjour messieurs et bienvenue aux chers auditeurs, vos questions, réactions au 01 45 24 7000
01:01ou sur l'application de Radio France.
01:03On va démarrer, messieurs, tout d'abord en parlant de ce bourgeois gentilhomme
01:08que tous les deux vous avez joué et que vous allez reprendre l'un et l'autre.
01:13Et l'autre, je vais retrouver mes fiches pour dire que le bourgeois gentilhomme…
01:17Je te donne les dates.
01:19Jean-Paul Rouve, vous serez au Théâtre Antoine jusqu'au 1er février du mercredi au samedi à 21h.
01:26Du mercredi au dimanche.
01:28Et le 16h le samedi et le dimanche.
01:30C'est ça, bravo.
01:31Et après on enchaîne au gymnase.
01:33Parce que ça marche fort, alors on est content.
01:35Mais oui, c'est un carton.
01:36Au Théâtre du Gymnase jusqu'en mars.
01:39Alors la Comédie Française, ça marche aussi très bien.
01:42Ça cartonne la mise en scène du bourgeois gentilhomme.
01:45Christian Eck, c'est une mise en scène Valérie Lessord et vous-même du 31 janvier au 8 mars 2026 à la Porte Saint-Martin.
01:54qui est donc une délocalisation de la Comédie Française hors ses murs historiques parce qu'ils sont en travaux.
02:01Voilà, le plateau est en train de s'enfoncer.
02:03Donc ça va être fermé 6 mois.
02:05Et pendant ces 6 mois, tous les spectacles vont être ventilés dans les théâtres parisiens et à Nanterre.
02:12Et donc le bourgeois gentilhomme Monsieur Jourdain va vivre et vous allez nous le faire vivre ce matin.
02:18Mais d'abord, première question Jean-Paul Rouve, Christian Eck, on voulait vous réunir ce matin pour croiser vos regards.
02:23Et pour parler donc de cette pièce où vous tenez l'un et l'autre le rôle titre, deux adaptations très différentes, on va en parler.
02:30Mais en quelques mots chacun, qu'est-ce que Molière représente pour vous, Jean-Paul Rouve ?
02:34Ça représente mon envie de faire du théâtre quand j'étais môme.
02:38Première chose, je me souviens quand j'arrive à Paris, que je vais au cours Florent.
02:43Première chose que m'offrent mes parents, c'est un buste de Molière.
02:47Et puis au cours, on jouait beaucoup, il fait partie vraiment de la base.
02:52C'est de la base ?
02:53Ah bah oui, oui.
02:54Souvent, c'est ce qu'on accède en premier.
02:59Même quand j'étais au collège, on jouait des petites scènes de théâtre et 99% du temps, c'était du Molière.
03:07Quoi de neuf ? Molière ! Point d'exclamation.
03:10C'est une phrase de Sacha Guitry.
03:11Qu'est-ce qui fait que 400 ans plus tard, Christian Eck, Molière est toujours d'actualité ?
03:17Parce qu'il parle de l'humain.
03:20De l'humain.
03:21De l'humain ?
03:22Oui, il parle de l'homme…
03:23La comédie humaine !
03:25En dehors de la politique, en dehors de l'actualité, il parle vraiment de l'humain.
03:31Moi, ce que j'ai toujours admiré chez Molière, c'est qu'il n'a jamais eu froid aux yeux et il s'est toujours moqué.
03:37Il s'est moqué des grands, il s'est moqué des gens même qui le subventionnaient.
03:41Donc, j'ai beaucoup d'admiration pour ça.
03:44Et puis voilà, ça c'est particulier aux bourgeois.
03:47Moi, ce que j'aime dans ce Monsieur Jourdain qu'on interprète ici tous les deux, c'est qu'il y a une part d'enfance que j'aime beaucoup aussi.
03:55Pourtant, il n'a pas grand-chose d'aimable en apparence, mais on va en parler justement de ce personnage clé qui…
04:02Vous faites l'amour Jean-Paul Roux.
04:04On se moque de lui, du bourgeois gentilhomme.
04:07Mais non, en plus, ce que vous dites sur « il n'a pas beaucoup de choses aimables », alors là, je ne suis pas du tout d'accord avec ça.
04:12Mais moi non plus.
04:13Non ?
04:14Moi non plus.
04:15Ouvrons le débat alors.
04:16C'est tout touchant au contraire.
04:17Et vous savez, les défauts, c'est quand même important quand on parle de l'humanité, on parle de défauts.
04:24Parler des gens parfaits, tout plat, tout impeccable n'a aucun intérêt.
04:29Moi, j'aime les défauts, je trouve ça magnifique.
04:32Et je crois que notre travail, c'est de faire aimer ces défauts pour que le spectateur s'y reconnaisse et puisse peut-être…
04:40Voilà.
04:41On n'est pas juge des personnages.
04:42On est sous un beau cas.
04:43De son riche bourgeois obsédé par son désir de devenir noble.
04:45Non mais puisqu'on parle du bourgeois gentilhomme, justement, Jean-Paul Roux, il vous touche aussi d'un point de vue personnel en fait.
04:53Vous dites que quelquefois, il y a un rapport de classe entre vous.
04:56Évidemment.
04:57Ça, ça vous parle ?
04:58Évidemment.
04:59C'est pour ça aussi.
05:00C'est pour ça, pour répondre à la question de tout à l'heure où c'est très très moderne, c'est que ça parle de ça.
05:04Aujourd'hui, on est là-dedans.
05:05On est souvent dans ce rapport de classe.
05:07Souvent vouloir appartenir à un monde qui n'est pas le nôtre, malgré tout et envers tout.
05:13Moi, je sais que c'est ce rapport-là, il peut avoir ce rapport peut-être province-Paris que j'ai pu avoir quand je suis arrivé.
05:21Peut-être que tu l'avais toi aussi avec le côté peut-être la Belgique par rapport à la France, comment on a besoin.
05:27À une époque où le Belge était un peu moins à la mode, on va dire.
05:32Exactement.
05:33C'est vrai qu'il l'est maintenant.
05:34C'est vrai.
05:35Et on a ça avec le bourgeois gentilhomme qui veut en effet, qui est bourgeois et qui veut appartenir à la noblesse.
05:40Et à l'ère des réseaux sociaux aussi peut-être, Christian, avec cette volonté aussi de paraître et de vouloir faire partie d'une bourgeoisie,
05:47d'une élite dont il n'a pas forcément les codes, lui qui est bourgeois enrichi.
05:50Oui, bien sûr.
05:51Et d'ailleurs, il faut être honnête, ça nous est tous arrivé.
05:54Je crois que ça m'est arrivé de me retrouver dans une situation où je n'étais pas à ma place habituelle.
06:00Et l'erreur, c'est de faire semblant d'être quelqu'un d'autre.
06:03On se viande tout le temps.
06:04Oui, c'est vrai.
06:05Notre meilleure arme, quand on est dans ce cas-là, c'est d'être honnête.
06:09Avant de filer au standard et retrouver les nombreux auditeurs qui ont déjà envie de vous interroger et de parler de ce bourgeois gentilhomme,
06:17une phrase, un vers, une citation qui vous a marqué Jean-Paul Roux ?
06:23Pour suivre ce qu'on disait, je le trouve touchant parce qu'à un moment il dit « moi aussi j'ai le droit d'apprendre les belles choses ».
06:30Oui.
06:31Voilà.
06:32Et donc c'est vrai, il a le droit d'apprendre les belles choses.
06:33On a le droit de ne pas tout savoir, on a le droit d'avoir des professeurs.
06:36Après il dit aussi « je veux être homme de qualité ».
06:40Oui.
06:41Ben c'est bien aussi.
06:42Il a raison.
06:43Il a raison.
06:44C'est un homme d'apparence, Christian Hecke.
06:46On est tous des gens d'apparence.
06:47Un homme de qualité ne veut pas spécialement dire « je veux être un homme d'apparence ».
06:53Il est gourmand, il est même gourmand pas du paraître, il est gourmand du savoir aussi.
07:00Il veut savoir tout faire, il veut savoir chanter, il veut savoir danser, il veut savoir faire de l'escrime, il veut savoir philosopher et en fait c'est une âme assez noble finalement cette gourmandise.
07:16Et puis c'est la gourmandise de l'enfance, il veut tout apprendre très vite, presque en une journée.
07:20Et allez, la phrase la plus célèbre, celle de la prose, Christian Hecke, vous la connaissez ?
07:27Lancez-moi parce qu'il n'est pas tout seul.
07:30Par ma foi, il y a plus de 40 ans que je dis de la prose sans que je n'en suce rien.
07:36Et je vous suis le plus obligé du monde à m'avoir appris cela.
07:39Jean-Paul Rouve, vous pouvez la dire vous aussi pour voir la différence d'interprétation.
07:45Après sa vote, c'est la Starac en fait ici.
07:48Par ma foi, c'est ici, après sa vote non.
07:50Par ma foi, il y a plus de 40 ans que je dis de la prose sans que j'en suce rien.
07:56Et c'est quoi après Christian ?
07:58Je vous suis le plus obligé du monde à m'avoir appris cela.
08:00Je vous suis le plus obligé du monde à m'avoir appris cela.
08:02Alors on va filer au standard mais c'est vrai qu'on va aussi donner la parole non pas à Monsieur Jourdain mais à Nicole
08:06puisque c'est aussi un personnage qui révèle la vérité de ce qui se joue à travers cette quête effrénée de statut social
08:13quand elle dit que tous ces beaux messieurs-là n'ont point d'autre mérite que leur habit.
08:18On file au standard.
08:20Jean-Louis bonjour.
08:21Bonjour Ali, bonjour Marion, bonjour Monsieur.
08:24Et bien je suis sûrement Saint-Air, vous avez une question pour Jean-Paul Rouve et Christian Eck.
08:28Tout à fait.
08:29Qu'est-ce qui vous touche le plus dans ce bourgeois quand vous le redécouvrez en tant qu'acteur ?
08:35Y a-t-il une scène qui vous fait rire chaque fois même quand vous le connaissez par cœur ?
08:41C'est beau, bravo ! Christian Eck, merci Jean-Louis.
08:48Oui, alors pour vous répondre, merci pour votre question.
08:52Tout me fait rire en fait et ce qui me passionne dans cette pièce particulièrement,
08:58c'est que j'ai l'impression qu'il a créé Molière à l'époque toutes les formes d'humour qu'on connaît aujourd'hui.
09:04Il y a du marivaudage, il y a des choses qui font très fait d'eau je trouve.
09:08C'est une comédie totale ?
09:10Il a inventé tous les styles, il y a même de l'absurde.
09:13Moi il y a des choses qui me font penser, je ne parle pas de la qualité mais du rapport à ce qu'on faisait avec les Robins des Bois.
09:17Genre le Mamamouchi tout ça.
09:19Sur Canal+, il y a quelques années, tellement déguile.
09:21Quel ordonné grand Mamamouchi à la fin de la pièce.
09:23Et je suis fasciné tous les soirs d'avoir des gens qui rient à des vannes qui ont 400 ans.
09:30Alors que nous on écrit des films quelques fois et au bout de deux ans on regarde le film et on fait bon c'est plus très marrant.
09:35Il continue à faire rire, c'est fascinant quand même.
09:38Oui oui, moi aussi.
09:41En fait tout me fait rire mais si je dois extraire quelque chose.
09:47Il y a la scène avec le maître de philosophie qui est quand même un tube et il lui explique quand même comment on prononce les lettres de l'alphabet.
09:56Et il découvre ça comme si c'est la première fois qu'il allait pouvoir dire correctement les lettres de l'alphabet.
10:05C'est quand même extrêmement naïf, c'est très très beau.
10:07Vous voulez nous le lire ? Qu'est-ce que tu fais quand tu dis « U » ?
10:10Tenez, je vous passe la feuille surlignée.
10:14Oh mon dieu.
10:16Mais alors sans le mettre de philosophie c'est quand même terrible.
10:19Vas-y, je te fais la réplique si tu veux, vas-y.
10:21Allez-y Jean-Paul Roux.
10:22Ah non mais ça c'est avec Nicole.
10:23Oui avec Nicole.
10:24La servante.
10:25Bon alors, qu'est-ce que tu fais quand tu dis « U » ?
10:31Jean-Paul Roux se lève pour venir à votre micro également.
10:34Quoi ?
10:35Quoi ?
10:36Je t'en réponds.
10:37Quoi ?
10:38Ah oui.
10:39Euh…
10:40Allez, dis un peu « U » pour voir.
10:41Bah « U » ?
10:42Qu'est-ce que tu fais ?
10:44Bah je dis « U » ?
10:45Oui.
10:46Mais quand tu dis « U » qu'est-ce que tu fais ?
10:47Bah je fais ce que vous me dites.
10:48Oh !
10:49L'étrange chose que d'avoir à faire des bêtes.
10:52C'est génial.
10:53Bonjour Luc et bienvenue sur France Inter.
10:56Bonjour, bonjour à tous, à toutes.
10:59Voilà, je suis un grand fan de Christian Weck.
11:03J'aime beaucoup aussi Jean-Paul Roux bien sûr.
11:05Comment ne pas aimer Jean-Paul Roux ?
11:07D'accord, je suis complètement d'accord.
11:10J'avais dit dans une interview de Christian Weck
11:14qu'avec Valéry Lessor, ils cherchaient souvent, toujours, même l'esprit de l'enfance dans leur mise en scène.
11:19Et j'aimerais savoir comment ils ont travaillé là-dessus, sur le personnage du « Pour le gentil homme »,
11:25comment ils ont fait pour retrouver cet esprit de l'enfance quelque part.
11:28Christian Weck ?
11:29Bah alors oui, en fait ça tombe bien parce que le bourgeois gentilhomme,
11:32c'est un personnage qui transporte de l'enfance en lui.
11:36Mais c'est vrai que de manière générale, l'enfance est un peu notre outil de travail.
11:41En fait moi, toutes les mises en scène qu'on fait, et moi tous les rôles de comédien que j'ai faits,
11:49c'est des rêves que j'ai faits enfant, toujours.
11:52C'est les rêves les plus puissants, c'est les rêves qu'on fait avant d'avoir la tête un petit peu sclérosée par toutes les règles de vie.
12:02Les rêves d'enfance sont beaucoup plus puissants que les rêves d'adultes.
12:06Donc l'enfance est très important pour nous.
12:10Maintenant, comment on a fait ?
12:13Ça c'est difficile à expliquer.
12:15Je peux juste dire que l'idée de départ, ça a été d'adapter la musique, de respecter la musique de Lully dans les airs,
12:24mais de les balkaniser pour les rendre beaucoup plus… tripler les tempi et les rendre beaucoup plus dynamiques, on va dire.
12:33Donc au lieu d'avoir du baroque, qui est certes très beau, mais qui à l'époque était fait pour faire danser les gens,
12:39on a pris cette musique et on l'a balkanisée, musique des Balkans, avec que des instruments avant.
12:44Je pensais que c'était…
12:45Non, non, non !
12:46Je pensais que tu étais là-dessus.
12:48Je voudrais que tu restes propres.
12:50Tout le plaisir de l'amour est dans le changement.
12:54Ça, c'est pas le bourgeois gentilhomme, c'est Don Juan.
12:56Et effectivement, il y a cette musique qui change par rapport à l'interprétation qu'on en a d'habitude.
13:00Et c'est vrai qu'on aime tous Molière, mais on peut le changer, on veut le changer.
13:04Jean-Paul Rouve, dans la mise en scène de Jérémy Lippmann, par exemple, il y a un tailleur qui ressemble à Karl Lagerfeld,
13:10qui fait carrément un défilé de mode.
13:12Jusqu'où on peut le changer, Molière ?
13:14Jusqu'où on peut le réinterpréter ?
13:16Jusqu'où ce que vous voulez, mon cher ami.
13:18Faites ce que vous voulez.
13:19Tant que vous respectez le texte.
13:20C'est-à-dire, vous jouez Mozart, vous respectez les notes à un moment.
13:23Mais vous le jouez comme vous voulez.
13:24Allez-y !
13:25Même plus vite !
13:26Même en triflant le tempo, comme vous l'avez dit.
13:28Je pense que…
13:29Enfin, je pense, on ne sait pas, il n'est pas avec nous.
13:31Mais je me dis à chaque fois que Molière, s'il était là, il nous dirait
13:34« Mais allez-y les enfants, vous savez, moi j'ai écrit ça, peut-être que vous avez le droit.
13:38On ne fait plus aujourd'hui.
13:39Mais si vous voulez changer ça, changez-le.
13:41Il n'y a pas de problème.
13:42Je pense que ça devait être un mec comme nous.
13:45Il devait s'amuser.
13:46Il ne devait pas avoir l'aura qu'on lui met aujourd'hui.
13:49Même les habits, d'ailleurs.
13:50C'est quand même du patrimoine, Christian.
13:52Vous mettez des « Game of Thrones » à vos acteurs.
13:55Mais à mon avis, de son vivant, il ne devait pas se gêner pour changer un peu le texte et improviser.
14:01Surtout que quand il jouait, lui, ça devait être un acteur.
14:06J'imagine qu'il devait être assez proche de De Funès aussi dans son interprétation.
14:11Comme il écrivait, il devait certainement improviser.
14:13Il devait en rajouter.
14:14Quelqu'un derrière noter.
14:16Ses camarades de jeu devaient rajouter.
14:18Et à un moment, c'était mis dans le marbre.
14:20Mais à l'époque, ça a bougé.
14:22Louis de Funès, d'ailleurs, ce n'est pas par hasard.
14:24Parce que votre costume de Monsieur Jourdain, dès la première scène, vous êtes habillé comment ?
14:28Un bonnet de nuit ?
14:29Ah, j'ai une référence.
14:30J'ai une référence à De Funès dans…
14:32La folie des grandeurs ?
14:33Le bonnet de De Funès dans la folie des grandeurs.
14:35Une longue chemise blanche sous une robe de chambre.
14:38On a tous l'image de Louis de Funès en tête.
14:40Bien sûr.
14:41Et il y a une filiation pour vous entre Molière et De Funès et Jean-Paul Rouve ?
14:47Enfin, Jean-Paul Rouve, je ne sais pas.
14:49Mais entre Molière et De Funès, oui, bien sûr.
14:51Non, mais ne faites pas le modeste.
14:53Je vous pose la question parce que vous avez fait le lien, le parallèle entre Jeff Tuch et Monsieur Jourdain.
15:00Non, je ne l'ai pas fait, on l'a fait pour moi.
15:02Mais en fait, il s'est deux opposés pour moi.
15:05C'est-à-dire que Monsieur Jourdain, lui, ce qu'il veut, c'est être comme les autres et apprendre.
15:08Alors que Jeff Tuch, c'est le contraire.
15:10Il vient dans son monde, dans le monde des autres.
15:12Il ne veut pas changer et il perturbe le monde des autres.
15:15Il le perturbe aussi à sa manière, le bourgeois, mais en voulant s'intégrer.
15:20Il y a aussi une langue quand même particulière qui est peut-être plus simple que celle d'autres dramaturges de l'époque.
15:25Mais ce qui est intéressant, c'est qu'aujourd'hui, Christian Rec, on parle de langue de Molière pour dire le français.
15:30Comment est-ce que vous le comprenez ?
15:32Parce que vous vous dites que Molière parle de l'homme d'une manière qui peut rester contemporaine, mais le texte, lui, ne l'est pas.
15:38Oui, c'est vrai qu'il reste encore des mots qu'on n'utilise plus.
15:44Je vais vous avouer que je n'ai jamais utilisé dans la vie courante et que j'aime encore maintenant encore du mal à saisir vraiment le sens.
15:53Que si que mi, par exemple.
15:59Ou par exemple, à l'acte 4, il y a Abusaïm, Okiboraf, Jourdina.
16:05C'est un faux langage exotique, il invente la langue.
16:11C'est la turcurie, c'est pour la turcurie.
16:13Oui, mais...
16:15Pardon.
16:17Mais le sens est tellement clair qu'on n'est pas obligé de décortiquer chaque mot.
16:26ça rentre dans un sens, ça devient naturel tellement la situation est efficace.
16:32Et les jeunes qui parlent, qui sont encore plus loin de ce vieux français entre guillemets,
16:40ça se digère très facilement.
16:42Et c'est une manière d'apprendre cette langue-là très joyeuse en fait.
16:48Pourquoi on dit la langue de Molière, Jean-Paul Roux ?
16:50Parce que c'est notre référence absolue, je pense, en auteur comme les anglais chez Shakespeare.
16:55Mais en effet, oui, t'as raison, la langue a un peu changé, mais notre travail à nous c'est de l'interpréter,
17:00donc c'est de le digérer et de le ressortir comme si c'était le mieux parlé du monde.
17:04Pour moi, la grande référence que j'ai pour travailler ce rôle, pour travail Molière entre parenthèses,
17:09c'est quand j'avais vu Jean-Pierre Bacry dans Les Femmes Savantes,
17:12où il parlait le texte, comme on dit, parler le texte, alors qu'il changeait rien.
17:16Et c'était fascinant.
17:17Et j'étais allé le voir après, je lui ai dit, mais comment tu fais ?
17:19Comment tu fais pour arriver à ça ?
17:21Et qu'est-ce qu'il vous avait répondu ?
17:22Il m'a parlé, c'était technique, de digérer le texte, de le travailler, que l'intention soit juste.
17:27À un moment dans le texte, il dit, où allez-vous donc ? Il lui dit.
17:30Et où allez-vous donc ? Ça veut dire d'où vous venez.
17:33Donc il faut le jouer d'une façon pour que les gens comprennent que ça veut dire, mais vous venez de où là ?
17:37Alors que c'est où allez-vous donc ? Ça veut dire le contraire aujourd'hui.
17:40Et ça, c'est passionnant.
17:41Le texte dit et pas écrit, au fond. C'est ça qu'il faut.
17:43Ben non, ce qu'il faut, c'est qu'il y a un texte écrit qui n'est pas notre langue, qui n'est pas des vers, qui est une prose qui est presque plus dure que les vers, finalement.
17:49Parce qu'il y a des tournures de phrases qui sont complètement alambiquées.
17:52Et ben, nous, notre travail, c'est de le rendre parlé et qu'on dise en sortant « Ah, vous avez changé le texte ».
17:57Bon, on me dit ça souvent.
17:58Oui, ben oui.
17:59Tu vois, c'est aggrave, ça.
18:00Christian Eck, oui.
18:01En fait, plus on…
18:02Même à la Comédie Française, même chez Molière, même vous, les gardiens du temple…
18:06Oui, oui. Parce que plus on le dit de manière naturelle, comme si c'était sa propre langue, moins les gens vont se poser la question et se rendre compte que c'est une langue qu'on ne pratique plus.
18:17Alors, il y a la langue et puis il y a évidemment le corps. C'est la beauté du théâtre et c'est la beauté de la scène.
18:23Il y a Lydie sur l'application de France Inter qui dit qu'elle vous aime, Christian Eck, parce que vous jouez véritablement avec tout votre corps.
18:31Il l'utilise admirablement bien, dit-elle Lydie. Qu'est-ce que ça veut dire, bien utiliser son corps pour incarner un personnage ?
18:39J'ai toujours aimé… Je me suis toujours intéressé à la corporalité. J'ai toujours préféré bouger. J'ai bougé avant de parler.
18:48Oui, comme nous tous.
18:50Donc, en fait, par exemple, Monsieur Jourdain a un maître de danse et il va apprendre à danser.
18:58Donc, comme il est censé danser mal, on va, entre guillemets, se moquer un petit peu de la danse.
19:06Mais pour se moquer d'un art, il faut savoir quand même bien le faire pour que ce soit intéressant.
19:12Jean-Paul Rouve, vous, vous avez joué énormément la maladresse, mais ce que disait Christian est très juste.
19:18C'est-à-dire qu'il faut admirablement maîtriser la danse, par exemple, pour pouvoir jouer celui qui ne sait pas danser et qui apprend à danser.
19:25Moi, je peux vous dire, je ne la maîtrise pas vraiment. Moi, je danse vraiment mal. Je peux vous dire…
19:31Je ne sais pas comment c'est-à-dire que je maîtrise.
19:34Heureusement, on est à la radio.
19:35Là, vous n'avez pas Maurice Béjar devant vous, ça, je peux vous le dire.
19:37Mais oui, mais bien sûr, tu as raison, il faut avoir souvent une technique qui ne se voit plus pour pouvoir la transformer, pour pouvoir s'en amuser.
19:47C'est un peu comme les numéros de clown, il faut toujours trouver, même s'il est infime, un petit exploit dans une partie, dans la danse, dans la musique, pour garder l'intérêt du spectateur.
20:04La question est que c'est vrai qu'on a l'habitude de voir au programme les œuvres de Molière et notamment le bourgeois gentilhomme.
20:11Il y a un âge pour découvrir Molière ou c'est dès le plus jeune âge, au fond ?
20:14Mais il n'y a pas d'âge… Non, non, non…
20:19Les scolaires viennent souvent le voir.
20:21Les scolaires, mais oui…
20:22Mais les scolaires sont obligés, ça ne compte pas.
20:24Non, mais attendez.
20:25Moi, c'est peut-être un peu prétentieux ce que je vais dire, mais si on m'avait emmené voir des spectacles comme ça quand j'étais jeune,
20:33j'aurais été un peu plus vite gourmand du théâtre.
20:37Le problème, ce n'est pas fait pour être lu, Molière, c'est fait pour être vu.
20:41Donc souvent à l'école, tu as ton petit livre avec tes notes de bas de page où on te pose des questions
20:47et c'est ta prof de français ou ton prof qui joue le texte, donc tu t'emmerdes, forcément.
20:52Oui.
20:53Parfois, il y a des questions de professeurs qui rendent le texte beaucoup plus ennuyeux qu'il ne l'est en réalité.
20:59Oui, et qu'on ne comprend pas.
21:01Oui, tout à fait.
21:03Moi, je ne sais pas répondre.
21:05Moi, j'ai vu des questionnaires de profs, je ne savais pas répondre.
21:09Et les plus beaux compliments que j'ai eus, moi, j'ai vu des spectateurs à la sortie qui sont venus me dire
21:15« on est venu parce que nos enfants l'ont vu et ils nous ont conseillé de venir voir ».
21:19Ah, c'est un magnifique compliment.
21:21Exactement, et ça, c'est un très très bon conseil.
21:23Mais du coup, ce qu'il faut retenir, est-ce qu'il faut retenir la satire sociale, la vanité sociale dans le bourgeois gentilhomme
21:30ou est-ce qu'il faut retenir la mécanique de l'illusion, le rire, la joie ?
21:36Vous savez quoi ? Chacun prend ce qu'il veut.
21:38Oui.
21:39Et ça dépend souvent de la mise en scène, ça dépend du mettant en scène, de l'acclairage qu'il a choisi.
21:45Nous, je parle de nous parce que je ne connais pas le choix, mais c'était le côté distrayant, on voulait que ça s'amuse.
21:54Et nous, par exemple, moi, ce qui me rend fou, en fait, je vais vous dire, c'est que nous, la pièce sort et on a un papier dans le Figaro
22:03de, comment elle s'appelle ? Nathalie Simon, celle qui présentait Interville, je pense,
22:09et qui met en comparaison notre bourgeois gentilhomme et celui de Christian.
22:16Et on se dit, mais non, en fait, tu n'as rien compris, en fait, ce n'est pas le problème, c'est des choix.
22:21Donc, il y a le côté distrayant, le côté ce que tu veux, tu me fais signer avec la main qu'il faut s'arrêter, donc je m'arrête.
22:27Oui.
22:28C'est ça que tu me dis là.
22:29Exactement, c'est une sorte de langage corporel qu'on adopte à la radio.
22:33On comprend bien, hein ?
22:35Vous comprenez bien, Christian ?
22:36Oui, on ne parle pas trop, c'est ça que ça veut dire ?
22:38Oui, c'est ça.
22:39Non, c'est très agréable.
22:40C'est pas ce qu'il n'est.
22:42Ou alors que ce que je disais n'est pas intéressant.
22:44Absolument pas.
22:45Ou alors il veut nous faire lire un truc.
22:46Encore ?
22:47On n'a pas nos lunettes.
22:48Non, c'est la fin.
22:49C'est l'habit qui fait le gentilhomme.
22:51Je voulais terminer juste sur une phrase et surtout, c'est formidable de terminer sur la frustration.
22:55Après, on a entendu votre échange et on a envie d'aller vous voir sur scène.
23:01Et donc, je rappelle cette mise en scène du Bourgeois Gentilhomme avec Valérie Lessord, Christian Aix, du 31 janvier au 8 mars 2026 à la Porte Saint-Martin.
23:11C'est la comédie française qui s'y représente.
23:15Jean-Paul Roux, vous serez au Théâtre Antoine.
23:17Je suis au Théâtre Antoine.
23:19Oui, mais vous serez là-bas jusqu'au 1er février.
23:22Ah oui, c'est ça.
23:23Non mais attention maintenant, je ne me laisse plus.
23:25Du mercredi au samedi à 21h et à 16h le samedi et le dimanche.
23:29Merci infiniment à tous les deux.
23:31Merci.
23:32Très, très belle journée.
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