- il y a 2 jours
DB - 06-01-2026
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00:00:00Sous-titrage MFP.
00:00:30...
00:01:00Madame, est-elle rentrée, habillée, prête ?
00:01:05Madame n'est pas sortie, monsieur.
00:01:08Comment, madame n'est pas sortie ce matin à 11h ?
00:01:10Non, monsieur, puisque madame s'est élevée, qu'elle est écrite.
00:01:15Madame, est-elle habillée, au moins ?
00:01:16Vous ne savez pas comment elle est sortie ?
00:01:19Madame de Marie a dit...
00:01:20Où est-elle ?
00:01:21Dans le petit salon du jardin.
00:01:24Vraiment, Florence, c'est insupportable.
00:01:26Florence ?
00:01:27Mon ami ?
00:01:28Comme si vous ignoriez que nous devions sortir ensemble à 2h.
00:01:31Votre voiture est attelée.
00:01:32Faites-la d'attelée.
00:01:33Je ne bougerai pas pour un emplique.
00:01:35Mais vous savez bien qu'il est indispensable que nous sortions ensemble,
00:01:38d'autant plus indispensable que vous n'êtes pas sortie ce matin comme vous le deviez.
00:01:41Pas eu le courage de me lever.
00:01:43Vous aurez du moins celui de vous habiller et sûrement.
00:01:46Mon cher Alexandre, n'insistez pas.
00:01:48Florence, c'est une plaisanterie.
00:01:50Encore une fois, ma chère, des achats que nous avons à faire,
00:01:53sans votre incroyable apathie, la corbeille de Nathalie serait complétée depuis une semaine.
00:01:57Enfin, Florence, voyons, Nathalie se marie le 5 avril.
00:02:00Vous avez très bon goût, mon ami.
00:02:02Occupez-vous de cette corbeille.
00:02:04Nathalie est votre nièce, après tout.
00:02:06Occupez-vous de Nathalie.
00:02:09Oh, il me faudrait courir de boutique en boutique,
00:02:12descendre de voiture, monter des marches.
00:02:15Il y a toujours des marches, peut-être même un escalier.
00:02:19Rester debout pendant des heures, descendre, remonter en voiture.
00:02:25Oh, voyez, rien que du songer, je suis mort.
00:02:29Vous êtes malade, madame, ce n'est pas possible.
00:02:32Dès demain, j'irai consulter Gaspéry.
00:02:34J'espère bien être incurable.
00:02:36Tenez, tout à l'heure, avant votre éruption,
00:02:39vous n'avez pas idée du bien-être, du bonheur.
00:02:44Là, engourdi, les yeux fermés,
00:02:49entendant sans les écouter les bruits du jardin,
00:02:53ne prenant même pas la peine de penser.
00:02:56Florence, ne plaisantons pas, habillez-vous, je vous prie.
00:02:58Je me suis mariée pour quitter le couvent,
00:03:02pour sortir de cette prison où l'on vous fait lever aux aurores,
00:03:05où l'on vous accable de leçons pour tout,
00:03:07sur tout, où il est impossible de ne rien faire.
00:03:10Je me suis mariée pour me lever tous les jours,
00:03:13alors qu'il me plairait.
00:03:15Je vous ai épousée, mon ami,
00:03:18pour mes grâces matinées.
00:03:20J'espérais qu'une fois dans le monde,
00:03:22les devoirs et les plaisirs de la société,
00:03:24les soins d'une maison, les voyages...
00:03:26Quand je pense que sous prétexte que vous aviez encore à parcourir les trois quarts du globe,
00:03:31vous avez eu la barbarie de me proposer de voyager le lendemain de noon.
00:03:35Madame, permettez-moi de vous dire que si j'avais pu prévoir...
00:03:37Quoi ? Je n'aurais pas le bonheur d'être madame de Lisval ?
00:03:42Je n'aurais pas le malheur d'être votre mari, Florence.
00:03:46Il n'y a pas sur terre un être plus malheureux que moi.
00:03:49Car enfin, mon ange, permettez que j'éclate...
00:03:50Éclatez, mon ange.
00:03:52Mais doucement.
00:03:55Le bruit m'épuie.
00:03:56Eh bien, madame, je vous dirai doucement
00:03:59qu'il est du devoir d'une épouse de se mêler du train de sa maison
00:04:02et que vous ne vous occupez nullement de la vôtre et que sans moi...
00:04:05Cela regarde votre intendant.
00:04:07D'ailleurs, vous avez de l'activité pour deux.
00:04:10Il faut bien que vous l'employiez à quelque chose.
00:04:12Je vous dirai encore, tout doucement,
00:04:14que j'avais rêvé d'une vie.
00:04:17Je m'étais réservé de parcourir une fois marié les pays les plus curieux.
00:04:21Je me disais, au lieu de voyager seul,
00:04:24j'aurais une compagne charmante.
00:04:26Nous partagerons tout avec courage, hasard, péril.
00:04:29Quelle fatigue !
00:04:30Voilà ce que vous complotiez sournoisement,
00:04:33alors que, toute confiante,
00:04:34je vous donnais innocemment la main à la chapelle de l'Ascension.
00:04:37Je me disais, quel voleur nous parcourrons l'Italie, la Turquie.
00:04:42Nous aurions pu pousser jusqu'au Caucase.
00:04:45Le Pôle Nord, mais allez au Caucase, allez au Pôle Nord,
00:05:09repartez, courez, nous y gagnerons tous les deux.
00:05:12Je ne vous affligerai plus du spectacle, de ma monstrueuse indolence,
00:05:16et vous ne mériterez plus les nerfs,
00:05:17de votre agitation continuelle de touristes effrénés.
00:05:20Vous avez du salpêtre dans les veines,
00:05:22à dix heures du matin, vous avez déjà parcouru la métier de Paris,
00:05:25à pied ou à cheval.
00:05:28Mieux, c'est à ne pas croire.
00:05:30Sous prétexte que vous vous levez dès l'aube,
00:05:32vous imaginez d'accourir,
00:05:35m'éveiller à cinq heures du matin,
00:05:37pour me proposer des promenades à cheval,
00:05:43ou me conduire à l'école de natation.
00:05:46Mais n'avez-vous pas été jusqu'à m'engager à faire un peu de gymnastique ?
00:05:49Rien que vous pour avoir des idées pareilles.
00:05:52Si ça doit continuer ainsi, je ne saurais résister.
00:05:55Qu'entendez-vous par là, madame ?
00:05:56J'entends par là, monsieur,
00:05:58que nous serions bien sauts de nous gêner,
00:06:00de nous contraindre mutuellement.
00:06:02Vous avez vos goûts, j'ai les miens.
00:06:05Vivons comme bon nous semblera,
00:06:07mais pour l'amour du ciel,
00:06:09vivons surtout en repos.
00:06:12Alors, vous croyez, madame, que je me suis mariée pour ne pas vivre à la ville ?
00:06:30Mais vivez, monsieur, comme il vous plaira.
00:06:32Poussez-moi vivre comme il me plaît.
00:06:34Mais il me plaît qu'à moi, madame, de vivre avec vous.
00:06:37C'est pour cela que je vous ai épousé, je pense.
00:06:39C'est donc à vous d'accepter mon genre de vie.
00:06:41Oui, madame, j'ai le droit d'exiger.
00:06:42Monsieur de Luceval,
00:06:44ce que vous dites est parfaitement ridicule.
00:06:45Ah, vous croyez ?
00:06:47Du dernier ridicule.
00:06:48Ah oui, alors le code civil est du dernier ridicule.
00:06:51Je ne le connais pas, je ne peux vous répondre.
00:06:52Apprenez, madame, que le code civil déclare formellement
00:06:55que la femme est tenue, forcée, obligée de suivre son mari.
00:06:57Au cocage ?
00:06:58Mais partout où il lui plaît, non, madame.
00:07:00Monsieur de Luceval, je ne suis pas en l'humeur de plaisanter.
00:07:03Sinon, votre interprétation du code m'amuserait énormément.
00:07:06Les goûts, le bonheur, la tranquillité d'un honnête homme
00:07:08ne peuvent être soumis aux premiers caprices d'une enfant barrée.
00:07:11Monsieur de Luceval, je vais la discussion.
00:07:14C'est un véritable travail et des plus fastidieux.
00:07:20Je me résume.
00:07:23Je ne vous accompagnerai dans aucun de vos déplacements,
00:07:26ne serait-ce que pour aller d'ici à Saint-Cloud.
00:07:44Madame, peut-elle recevoir madame de Méréville ?
00:07:57Madame de Méréville est montée ?
00:07:58Oui, madame.
00:07:59Eh bien, faites-la entrer.
00:08:06Valentine !
00:08:07Mais qu'est-ce que tu as ?
00:08:09Ma femme de chambre me dit d'abord que tu désirais me parler
00:08:12et que tu ne voulais pas monter chez moi.
00:08:14Oh, Florence, excuse-moi, je suis complètement folle.
00:08:16Veux-tu me sauver d'un grand malheur ?
00:08:17Parce que je ne suis pas ton amie.
00:08:19Encore que tu m'es bien dédaignée depuis six mois.
00:08:21Oh, pardonne-moi, ma chérie.
00:08:23Pourtant, tu vois, c'est à toi que je viens demander du secours.
00:08:26C'est la seule manière de te faire pardonner.
00:08:28Oh, tu n'as pas changé.
00:08:29Alors, tu as ici ce qu'il faut pour écrire ?
00:08:33Oui.
00:08:33Oui.
00:08:34Alors, écris ce que je vais te dire.
00:08:35Je t'en supplie, ça peut me sauver.
00:08:37Mais, là.
00:08:38Valentine, ce papier est à mon chiffre.
00:08:40Est-ce que cela te gêne ?
00:08:41Au contraire, puisque c'est toi qui m'écris.
00:08:43C'est moi.
00:08:44Oui, prends ta plume.
00:08:45Là.
00:08:46Tu es prête ?
00:08:47Oui.
00:08:47Bon.
00:08:49J'ai été si heureuse de notre bonne et longue journée d'hier,
00:08:54ma chère Valentine.
00:08:55Point.
00:08:55Journée qui ne l'a cédé en rien à celle de mardi.
00:09:00Point.
00:09:00Ni à celle de lundi.
00:09:01Point.
00:09:03Au risque de te paraître égoïste et importune,
00:09:06tu ouvres une parenthèse.
00:09:07Te rappelles-tu tes reproches au couvent du Sacré-Cœur ?
00:09:10Ferme la parenthèse.
00:09:12Je viens encore te demander celle de dimanche.
00:09:15Point.
00:09:17Notre programme,
00:09:18Rête,
00:09:19souligne programme.
00:09:21C'est une plaisanterie.
00:09:23Notre programme,
00:09:24tu as souligné,
00:09:25Oui, oui, oui, oui.
00:09:27Notre programme reste le même.
00:09:30Déjeuner à 11 heures,
00:09:32promenade dans ton joli jardin,
00:09:34travail de tapisserie,
00:09:35musique et causerie jusqu'à 7 heures.
00:09:38Puis, le dîner.
00:09:40Et quelques tours d'aller au bois de Boulogne
00:09:42en voiture découverte,
00:09:44si le temps est beau.
00:09:46Et puis, tu me ramèneras chez moi à 10 heures.
00:09:50Point.
00:09:50Réponds-moi par oui ou par non.
00:09:55Tâche que ce soit un oui.
00:09:57Et tu rendras bien heureuse ta chère.
00:09:58Enfin, là, tu sais.
00:10:00Tu mets mon adresse.
00:10:04Tu cachettes.
00:10:05Voilà.
00:10:08Et tu fais porter à l'instant chez moi.
00:10:12Voilà.
00:10:13Merci, ma chérie.
00:10:14Valentine,
00:10:22le but de cette lettre
00:10:24est de faire supposer
00:10:25à quelqu'un
00:10:27que depuis quelque temps
00:10:28nous avons passé
00:10:29plusieurs journées ensemble.
00:10:31Oui, ça crève les yeux.
00:10:32Je crois prudent de te prévenir
00:10:33que mon mari est malheureusement doué
00:10:35du don d'ubiquité.
00:10:36Ah oui, oui, je sais.
00:10:37Il n'est presque jamais à la maison.
00:10:38Mais il est si actif,
00:10:39enfin, je veux dire.
00:10:40Si agité
00:10:41qu'il trouve le moyen
00:10:42d'être presque toujours chez moi.
00:10:43Si par hasard
00:10:44son témoignage est invoqué,
00:10:45il dira qu'il ne t'a jamais vu ici.
00:10:47J'ai songé, mais tant pis.
00:10:49De deux dangers,
00:10:49choisissons le moins.
00:10:51Oui, envoie cette lettre,
00:10:51je t'en prie,
00:10:52par un de tes gens.
00:10:53Ou plutôt non !
00:10:54Non, il pourrait parler.
00:10:55Non, fais-la mettre à la poste.
00:10:56Elle arrivera chez moi à temps.
00:11:02Baptiste est là.
00:11:07Oui, madame.
00:11:08Faites-le monter.
00:11:14Mon valet de chambre sait lire
00:11:16et je le crois passablement curieux.
00:11:18Il pourrait trouver singulier
00:11:19que je t'écrive
00:11:19alors qu'il s'est introduite lui-même ici.
00:11:22Baptiste, le valet de pied,
00:11:23ne sait pas lire
00:11:24et il n'a pas inventé la foule.
00:11:29Vous connaissez bien
00:11:30la marchande de fleurs
00:11:31qui a sa boutique
00:11:32aux bains chinois.
00:11:33Oui, madame.
00:11:34Vous m'achèterez
00:11:34de gros bouquets
00:11:35de violettes de parme.
00:11:37Oh, attendez.
00:11:40Mettez cette lettre à la poste.
00:11:41Bien, madame.
00:11:45Merci, Florence.
00:11:47Tu ne peux pas savoir.
00:11:48Non, en effet.
00:11:49J'aurais sans doute dû
00:11:50commencer par t'expliquer,
00:11:51mais j'écris,
00:11:53je me rappelle
00:11:54comme tu étais au Sacré-Cœur.
00:11:56J'écris ton blâme,
00:11:57ton refus.
00:11:58Florence.
00:12:00Florence,
00:12:01j'ai un amant.
00:12:03Je m'en doutais.
00:12:04Oh, ne me juge pas,
00:12:04si tu savais.
00:12:05Je ne te juge pas.
00:12:07Et je vais savoir.
00:12:09Sans ma mère,
00:12:10enfin, tu la connais,
00:12:12j'aurais supporté
00:12:13toutes les conséquences
00:12:14de mon erreur.
00:12:15Mais ma mère est si malade,
00:12:18si fragile,
00:12:19il a un éclat naturel.
00:12:21Oh, Florence.
00:12:23Oh, je suis bien malheureuse
00:12:24et bien coupable.
00:12:26Si je suis venue te voir
00:12:27après une si longue séparation,
00:12:29te demander un si grand service,
00:12:32c'est parce que je sais
00:12:33que tu m'aimes.
00:12:34Et puis aussi,
00:12:35parce que de toutes les femmes
00:12:36de ma connaissance,
00:12:37tu es la seule
00:12:37chez qui mon mari
00:12:38n'est jamais venu.
00:12:38Puisque je ne te l'ai jamais présenté.
00:12:40Et si je ne te l'ai jamais présenté,
00:12:44c'est parce qu'il n'était pas présentable.
00:12:46Non.
00:12:46Quand j'ai épousé
00:12:48monsieur de Méridile,
00:12:50tu te trouves encore au couvent,
00:12:51ma petite chatte.
00:12:53Tu étais une toute jeune fille.
00:12:55Il y a beaucoup de choses
00:12:55que tu ne pouvais pas comprendre.
00:12:58Je me suis mariée
00:12:59sans amour.
00:13:03Ce mariage plaisait à ma mère.
00:13:05Il m'assurait une fortune.
00:13:06J'ai cédé à ma mère.
00:13:09Je me suis laissée éblouir
00:13:10par les avantages
00:13:11d'une haute position.
00:13:12Mais je ne savais pas
00:13:14à quel prix
00:13:15je vendais ma liberté.
00:13:19Monsieur de Méridile,
00:13:20dans sa jeunesse,
00:13:21s'est livré à tous les excès.
00:13:23Je n'ai plus que des restes.
00:13:25Et des restes moroses
00:13:27parce qu'on regrette le passé.
00:13:29Et des restes impérieux et méchants
00:13:31parce qu'on n'a plus de cœur.
00:13:33Je n'ai jamais été à ses yeux
00:13:35qu'une pauvre fille sans fortune
00:13:37qui l'a déniée épousée
00:13:38pour s'en faire une garde malade.
00:13:41J'ai accepté ce rôle,
00:13:42je t'assure, au début.
00:13:43Je voulais me punir
00:13:44d'avoir été aussi idiote.
00:13:45Mais voilà que mon mari,
00:13:48au bout de quelques mois,
00:13:49grâce à mes soins sans doute,
00:13:51éprouve une grande amélioration.
00:13:54Il s'est mis à sortir.
00:13:55Je ne l'ai presque plus vue.
00:13:58Et j'ai appris
00:14:00qu'il avait une maîtresse.
00:14:05Une fille,
00:14:06mais connue de tout Paris.
00:14:08Mon mari l'entretenait
00:14:09sur un pied splendide
00:14:10et ouvertement.
00:14:11puisque je l'ai su,
00:14:13je hasardais quelques remontrances
00:14:14à M. de Mériville.
00:14:15Non, par jalousie,
00:14:16grand Dieu.
00:14:17Non, je le priais
00:14:18par convenance pour moi,
00:14:20pour lui,
00:14:20pour nous,
00:14:21de ménager au moins
00:14:22les apparences.
00:14:23La modération même de mes reproches
00:14:28j'irrite à mon mari.
00:14:29Il me demanda,
00:14:31avec le plus insolent dédain,
00:14:34de quel droit
00:14:35vous mêlez-vous
00:14:35de ma conduite ?
00:14:37Je vous rappelle
00:14:38que vous me devez
00:14:39un sort auquel
00:14:40vous n'auriez pas dû prétendre
00:14:42et que vous ayant épousé
00:14:44sans doute,
00:14:45je suis à l'abri
00:14:46de vos récriminations.
00:14:49Mais, monsieur,
00:14:50puisque vous manquez
00:14:51si ouvertement
00:14:51à vos devoirs,
00:14:52que diriez-vous
00:14:53si j'oubliais les miens ?
00:14:55Il n'y a pas de comparaison
00:14:57à faire
00:14:58entre vous et moi.
00:15:00Je suis le maître.
00:15:02C'est à vous d'obéir.
00:15:04Vous me devez tout.
00:15:06Je ne vous dois rien.
00:15:09Ayez le malheur
00:15:10de manquer à vos devoirs
00:15:12et je vous mets sur le pavé,
00:15:14vous et votre mère
00:15:16qui vide mes bienfaits.
00:15:18Mais ma mère
00:15:18a si peur de la misère.
00:15:20Plus pour moi
00:15:21que pour elle,
00:15:21tu penses ?
00:15:23Et puis,
00:15:23il est vrai
00:15:24que mon mari
00:15:24était dans son droit.
00:15:26La loi est pour lui
00:15:26tant qu'il n'entretient pas
00:15:28sa maîtresse
00:15:29là où il habite.
00:15:30Comme il est accoutumé
00:15:31à mes soins,
00:15:32il ne voudra pas
00:15:33entendre parler
00:15:33de séparation.
00:15:35Je me suis dit aussi
00:15:36cette maîtresse
00:15:38ne durera pas toujours.
00:15:41Lui non plus.
00:15:43Son caprice
00:15:43pour cette créature
00:15:44risque d'être
00:15:45le dernier.
00:15:47Le tout dernier.
00:15:50Et ma mère me dit
00:15:51Valentine,
00:15:53fais donc contre
00:15:53mauvaise fortune
00:15:54bon cœur.
00:15:55En pareil cas,
00:15:56une honnête femme
00:15:57souffre,
00:15:58attend,
00:15:59espère.
00:16:01Très bien,
00:16:02lui ai-je répondu.
00:16:05J'ai pris
00:16:05un amant.
00:16:08Tu comprends ?
00:16:10Est-ce que la fière
00:16:11et légitime révolte
00:16:12m'est interdite ?
00:16:13Puisque le mariage
00:16:14ne doit plus être pour moi
00:16:15qu'un dégradant servage ?
00:16:18Très bien.
00:16:18J'aurai la bassesse
00:16:20de l'esclave.
00:16:22Mais aussi sa ruse,
00:16:25sa perfidie,
00:16:26son manque de foi.
00:16:29Alors,
00:16:30de ce moment,
00:16:31Florence,
00:16:32j'ai fermé les yeux.
00:16:34Au lieu de lutter
00:16:35contre le courant
00:16:35qui m'entraînait,
00:16:37je me suis abandonnée.
00:16:40Que veux-tu dire ?
00:16:41Ah, Florence,
00:16:44c'est maintenant
00:16:44que j'ai besoin
00:16:45de ton indulgence.
00:16:46Jusqu'ici,
00:16:47j'étais la victime.
00:16:48Je méritais
00:16:48quelque intérêt.
00:16:50À présent...
00:16:50...
00:16:51...
00:16:52...
00:16:53...
00:16:54...
00:16:55...
00:16:56C'est bien
00:17:21un monsieur
00:17:21de Luceval
00:17:22que j'ai l'honneur.
00:17:24Mais oui, monsieur.
00:17:24Je tenais, monsieur,
00:17:26à vous faire à la fois
00:17:26des excuses
00:17:27et des remerciements.
00:17:29Avant de recevoir
00:17:29les unes et les autres,
00:17:31pourrais-je du moins
00:17:31savoir, monsieur ?
00:17:32Excusez-moi.
00:17:34Méréville,
00:17:34monsieur de Méréville.
00:17:36Mon nom ne vous est pas
00:17:37inconnu, je pense.
00:17:39En effet,
00:17:39nous devrons avoir
00:17:40des amis communs
00:17:41et je suis très heureux
00:17:42de cette occasion.
00:17:44Mais nous ne sommes pas
00:17:45éloignés de chez moi.
00:17:46J'allais partir.
00:17:47Et si vous voulez bien
00:17:47m'accompagner...
00:17:48Non, non.
00:17:48Je serais désolé
00:17:49de vous donner la peine
00:17:49de retourner chez vous.
00:17:51Et puis, s'il faut tout vous dire,
00:17:52je craindrais
00:17:53de rencontrer
00:17:53madame de Luceval.
00:17:55Et pourquoi cela, monsieur ?
00:17:56J'ai d'aussi grand tort
00:17:57envers madame de Luceval.
00:17:58Il faudra bien
00:17:59que vous ayez la bonté
00:18:00de lui faire agréer
00:18:00mes excuses
00:18:01avant que j'ai l'honneur
00:18:02de lui être présente.
00:18:04Comme il vous plaira, monsieur.
00:18:06Permettez-moi
00:18:06de vous faire observer, monsieur,
00:18:08que mon nom
00:18:08doit vous être connu
00:18:09par un autre intermédiaire
00:18:11que celui de nos amis communs.
00:18:12Ah.
00:18:13Et par quel intermédiaire, monsieur ?
00:18:16Et par celui
00:18:16de madame de Luceval.
00:18:19Ma femme, monsieur ?
00:18:20Oui, monsieur.
00:18:21Et moi, monsieur,
00:18:22je vous assure
00:18:22que je n'ai jamais eu le plaisir
00:18:23de voir madame de Mériville
00:18:24chez madame de Luceval.
00:18:25C'est impossible, monsieur.
00:18:26Ma femme est sans cesse
00:18:28chez la bonté.
00:18:28Mais où allez-vous ?
00:18:30Je viens d'acheter
00:18:31ces fleurs pour madame
00:18:32et je vais porter
00:18:32cette lettre à la poste.
00:18:36C'est bien.
00:18:37Je me charge de cette lettre.
00:18:39Monsieur,
00:18:40cette lettre de ma femme
00:18:41est adressée à la vôtre.
00:18:43Eh bien, vous voyez,
00:18:43ma femme et la vôtre
00:18:44sont du moins
00:18:45en correspondance.
00:18:47Ma femme prendre la plume ?
00:18:49Mais c'est incroyable.
00:18:50Je vous en conjure, monsieur.
00:18:52Ouvrez cette lettre.
00:18:53Ah, monsieur.
00:18:53Elle est adressée à ma femme,
00:18:54je prends sur moi,
00:18:55toute de la responsabilité.
00:18:56Monsieur, je vous en prie.
00:19:07Enfin, monsieur.
00:19:09Et moi, monsieur,
00:19:09je vous jure sur l'honneur
00:19:10que hier,
00:19:11ma femme s'est levée
00:19:12vers midi
00:19:12et que je l'ai décidé
00:19:13à grand peine
00:19:14à m'accompagner en voiture
00:19:15vers les trois heures.
00:19:16Nous sommes ensuite
00:19:17rentrés pour dimanche.
00:19:18Heureusement,
00:19:20cela se passe entre maris
00:19:22et nous devons avoir
00:19:23un peu de compassion
00:19:23les uns pour les autres.
00:19:25Monsieur ?
00:19:26Monsieur ?
00:19:26Vous êtes un galant homme.
00:19:28Je me confie
00:19:28à votre loyauté
00:19:29certain que votre témoignage
00:19:30ne me fera pas défaut
00:19:31lorsqu'il s'agira
00:19:31de confondre une infamme.
00:19:32Je n'ai plus aucun doute, monsieur.
00:19:33Depuis quelque temps, ma femme, monsieur.
00:19:35Monsieur, monsieur, monsieur,
00:19:36je compte sur vous.
00:19:37Comptez sur moi.
00:19:38Monsieur, c'est un devoir
00:19:39pour les honnêtes gens
00:19:40de s'entraider
00:19:40en de si funestes circonstances, monsieur.
00:19:42Monsieur ?
00:19:43Monsieur ?
00:19:44Il faut confondre les coupables.
00:19:45Monsieur ?
00:19:46Monsieur ?
00:19:46Union et vengeance.
00:19:48Je serai plaquable.
00:19:57Baptiste a bien fait ma commission.
00:20:00Sans doute, madame,
00:20:01puisque voici vos fleurs.
00:20:02Baptiste ne m'a rien dit d'autre.
00:20:07Alors, ma chérie, continue.
00:20:09Raconte-moi comment tu l'as connue,
00:20:10comment tu l'as rencontrée.
00:20:12Je remarquais bien les changements
00:20:13que l'on faisait
00:20:14dans le jardin voisin,
00:20:15mais je n'aperçois jamais
00:20:16le nouvel habitant du rez-de-chaussée.
00:20:20Le jardin devenait un endroit délicieux.
00:20:25Une serre remplie de plantes rares,
00:20:29une grotte de pierres rocheuses,
00:20:32un ruisseau qui coulait en murmurant.
00:20:36De quelle fraîcheur cela devait être.
00:20:38Et des fleurs.
00:20:39Et des fleurs.
00:20:42Une espèce de véranda indienne
00:20:44fut construite devant les fenêtres du rez-de-chaussée.
00:20:47Et meublée de sofas,
00:20:49de chaises longues,
00:20:50de coussins,
00:20:51des pètes à pied.
00:20:52C'est un décor pour compte des mille et une nuits.
00:20:57Quelle imagination pour rassembler
00:20:59toutes ces merveilles du confort et du repos
00:21:02en un si petit espace.
00:21:05Et l'inventeur,
00:21:07il parut,
00:21:09une fois tout terminé.
00:21:11Vous avez été assez curieuse
00:21:13pour tâcher de savoir avant
00:21:14quel était ce mystérieux voisin ?
00:21:16Tu penses ?
00:21:18Ça m'a été d'autant plus facile
00:21:19que c'est la sœur de ma femme de chambre
00:21:20qui était au service de Michel.
00:21:22Enfin, je veux dire du nouveau locataire.
00:21:25Et que c'est par ma femme de chambre
00:21:27qui est amie de la portière
00:21:28que Michel a trouvé son appartement.
00:21:31La première fois que j'ai vu Michel,
00:21:34il était sous cette véranda indienne.
00:21:36Je ne crois pas que l'on puisse imaginer
00:21:38de très plus beaux que les siens.
00:21:41J'avais pris mes jumelles de théâtre.
00:21:43Il était à demi-couché sur un divan turc,
00:21:46vêtu d'une longue robe de chambre.
00:21:48Il fumait dans une attitude
00:21:50de nonchalance tout orientale,
00:21:52le regard fixé sur le jardin.
00:21:55Il resta là toute la journée.
00:21:59Je n'ai pas besoin de te dire
00:22:00que toute la nuit,
00:22:01j'ai pensé à Michel.
00:22:03Le lendemain, dès que cela me fut possible,
00:22:05je courus à ma fenêtre.
00:22:06La journée des superbes.
00:22:09Michel la passa comme la veille,
00:22:11sous sa véranda,
00:22:12couché, rêvant, fumant,
00:22:15jouissant, comme il me l'a dit plus tard,
00:22:17du bonheur de se sentir vivre.
00:22:21Oh, Florence,
00:22:23je compris que j'allais succomber dans la lutte.
00:22:26Et dès que la conduite de mon mari
00:22:29m'eût dégagé de tout lien...
00:22:31Ah, au moins toi, Valentine,
00:22:36tu as été heureuse.
00:22:37Oui.
00:22:39Et cependant,
00:22:40notre liaison durait à peine depuis deux mois
00:22:43que j'étais la plus malheureuse des femmes.
00:22:46Pardonne-moi, Florence,
00:22:48ton indolence à toi est charmante.
00:22:50Ce n'est pas l'avis de M. Blisval.
00:22:52Non, je veux dire que ton indolence
00:22:54n'a pas pour toi ni pour ton mari
00:22:56de fâcheuses conséquences.
00:22:58Mais la paresse a eu sur Michel
00:23:01des suites fatales.
00:23:03Il a laissé ses intérêts de fortune aller
00:23:05comme il pouvait.
00:23:06Beaucoup trop indolent
00:23:07pour vérifier seulement ses comptes.
00:23:09Il a pu vivre jusqu'à présent
00:23:11dans cette oisiveté.
00:23:12Mais une fois sa revine accomplie,
00:23:15Florence,
00:23:17tu ne sais pas l'horrible idée
00:23:18qui m'obsède.
00:23:18Michel sait bien que
00:23:20son dernier louis dépensé,
00:23:21il n'a rien à attendre de personne.
00:23:23Encore moins de lui-même.
00:23:23Alors ?
00:23:24Alors,
00:23:26il pense à se tuer.
00:23:28Grand Dieu, il te l'a dit ?
00:23:29Non.
00:23:30Non, bien sûr.
00:23:32Un tel aveu eut amené une scène,
00:23:34des larmes,
00:23:34des désolations fatigantes.
00:23:36Non.
00:23:37Non, il ne m'a pas avoué
00:23:38qu'il se tuerait par paresse
00:23:40comme il a vécu jusqu'à présent
00:23:41pour la paresse.
00:23:43Mais un jour,
00:23:45il m'a dit en riant
00:23:46comme la chose la plus simple du monde,
00:23:48la plus évidente,
00:23:48heureux mort,
00:23:52éternel paresseux.
00:23:55Tu sais comment Michel conçoit l'amour ?
00:23:57Comme un beau lac,
00:24:01toujours calme,
00:24:03il faut s'aimer
00:24:04tranquillement.
00:24:08Tu peux être tranquille,
00:24:09Valentine.
00:24:11Je suis trop paresseux
00:24:13pour être inconstant.
00:24:13Je ne peux penser sans effroi
00:24:16au travail
00:24:18que demanderait la recherche
00:24:20de nouvelles amours.
00:24:22Mais toi,
00:24:23Valentine,
00:24:25si tu ne peux m'accepter
00:24:26comme je suis,
00:24:27laisse-moi,
00:24:29cherche mieux,
00:24:31reste ton ami.
00:24:32Voilà.
00:24:34Pour passer quelques heures avec lui,
00:24:36j'entasse mensonge sur mensonge.
00:24:39Je me mets à la discrétion de mes gens.
00:24:41Il faut trouver de nouveaux prétextes
00:24:42à mes sorties,
00:24:43vivre dans une perpétuelle agitation.
00:24:45Oh, Florence,
00:24:48si tu savais quel poids
00:24:50j'ai sur le cœur
00:24:50quand,
00:24:52après une absence un peu longue,
00:24:55j'entre et je me dis,
00:24:57tout peut être découvert.
00:24:58Et quand je me retrouve
00:24:59face à face avec mon mari,
00:25:01affronter son regard,
00:25:03tâcher de lire sur ses tresses,
00:25:05s'il sait,
00:25:07s'il soupçonne,
00:25:08trembler à ses questions
00:25:10les plus insignifiantes,
00:25:12avoir l'air souriant,
00:25:13empressé.
00:25:15Il faut bien que je le flatte
00:25:16puisque j'ai peur de lui.
00:25:18Avoir même l'air gai.
00:25:19Tu entends ?
00:25:20Gai.
00:25:22Alors que j'ai la mort dans l'âme.
00:25:24Mais c'est l'enfer
00:25:25qu'une vie pareille,
00:25:27elle brûle,
00:25:27elle use,
00:25:29elle tue.
00:25:30Merci, Valentine.
00:25:32Tu me rends un immense service.
00:25:33Moi ?
00:25:34Mais oui.
00:25:35En te sachant un amant,
00:25:36je t'ai d'abord enviée.
00:25:38Je me disais,
00:25:39cette Valentine,
00:25:41il me semble que je serais bien heureuse
00:25:43d'avoir moi aussi,
00:25:44mon petit Michel.
00:25:45Et comme je pressens l'approche
00:25:47de grands orages
00:25:48entre mon mari et moi,
00:25:49je prévoyais vaguement
00:25:50dans l'avenir
00:25:51la nécessité de chercher
00:25:52un jour des consolations.
00:25:53Oh non, non, non,
00:25:54Florence, si tu savais.
00:25:55Mais justement, je sais,
00:25:56et grâce à toi,
00:25:57après tout ce que tu viens
00:25:58de me dire,
00:25:59plutôt que de prendre un amant,
00:26:01je crois que je préférerais
00:26:02aller au Caucase
00:26:04avec mon mari.
00:26:05C'est ça, mon chéri,
00:26:05c'est ça, c'est ça.
00:26:06Va au Caucase,
00:26:07reste fidèle à tes devoirs.
00:26:08Entreprendre,
00:26:09de tromper un mari comme le mien
00:26:10qui vient chez moi
00:26:11dix fois par jour.
00:26:12Oh non,
00:26:13ce serait une tâche
00:26:14dont la seule idée
00:26:15me donne le vertige.
00:26:18Est-ce que ton mari
00:26:18a des soupçons?
00:26:19Oh non,
00:26:20je ne crois pas.
00:26:21Je le croyais absent
00:26:41pour toute la journée.
00:26:43Alors, je suis rentrée
00:26:43à dix heures du soir.
00:26:45Il était là,
00:26:46depuis le début
00:26:47de l'après-midi,
00:26:48malade.
00:26:49Il m'a demandé
00:26:50où j'avais passé
00:26:51l'après-midi.
00:26:52Je lui ai répondu
00:26:52chez toi.
00:26:53Ainsi que cela m'arrivait
00:26:54souvent depuis qu'il me laissait
00:26:55presque toujours seule.
00:26:57Je ne sais pas
00:26:57s'il m'a cru,
00:26:58mais je sais qu'hier au soir,
00:27:00il a interrogé
00:27:01ma femme de chambre.
00:27:01Alors, j'ai couru
00:27:02chez Michel,
00:27:03je lui ai proposé
00:27:04de fuir à Bruxelles
00:27:05avec maman.
00:27:06Il m'a regardée
00:27:07comme on regarde une folle.
00:27:09Mais, c'est lui
00:27:10qui m'a conseillé
00:27:10le coup de la lettre.
00:27:11C'est une bonne idée.
00:27:12Oh, il a décidé.
00:27:14Oh, Florent.
00:27:16Que voulez-vous, monsieur?
00:27:18Vous convaincre
00:27:19de mensonges
00:27:20et d'une indigne complicité,
00:27:22madame.
00:27:24Eh bien, monsieur.
00:27:25Madame,
00:27:26il faut que votre déclaration
00:27:27porte le dernier coup
00:27:28à une femme coupable.
00:27:30Ce sera l'une
00:27:30de vos punitions.
00:27:32Tout ce que j'ai
00:27:33à vous déclarer, monsieur,
00:27:35c'est que madame
00:27:35de Mereville est
00:27:37et sera toujours
00:27:38ma meilleure amie.
00:27:40Et plus elle sera malheureuse,
00:27:42plus elle pourra compter
00:27:43sur mon affection.
00:27:43Madame, vous osez?
00:27:45J'oserais bien plus, monsieur.
00:27:48J'oserais dire
00:27:49à monsieur de Mereville
00:27:51que sa conduite
00:27:53envers sa femme
00:27:54a toujours été
00:27:55d'un homme sans cœur
00:27:56et sans honneur.
00:27:58Et j'ose encore
00:27:59déclarer à monsieur
00:28:00de Mereville
00:28:00qu'il est chez moi.
00:28:03Et comme il sait maintenant
00:28:04en quelle estime
00:28:04je le tiens,
00:28:05il comprendra, j'espère,
00:28:06que sa présence ici
00:28:07n'est plus souhaitable.
00:28:09Vous avez raison, madame.
00:28:10Je n'en ai que
00:28:11trop entendu.
00:28:13Madame?
00:28:15Monsieur!
00:28:16Madame, pardon.
00:28:25Monsieur Deleuzeval,
00:28:27vous avez porté
00:28:28la main sur moi
00:28:29avec brutalité.
00:28:32De ce jour,
00:28:32tout est rompu
00:28:33entre nous.
00:28:34Vous avez votre volonté,
00:28:35monsieur.
00:28:37Si indolente que je sois,
00:28:39j'aurai la mienne.
00:28:40Êtes-vous assez inconscient
00:28:41pour vous imaginer
00:28:42que vous pourrez
00:28:42vous passer la fantaisie
00:28:43de vivre seule
00:28:44alors que vous êtes
00:28:44en puissance de Marie?
00:28:46Et qui vous a dit
00:28:47que je comptais vivre seule?
00:28:48Et avec qui?
00:28:49Valentine est malheureuse.
00:28:51Je me retirerai
00:28:52auprès d'elle
00:28:53et de sa mère.
00:28:54Vous retirez auprès
00:28:55de cette misérable?
00:28:57Une femme qui a un amant?
00:28:59Une femme que son mari
00:28:59va chasser ce soir même
00:29:00de sa maison?
00:29:01Une femme qui mérite
00:29:02tout le mépris
00:29:03des honnêtes gens,
00:29:03d'ailleurs.
00:29:04Et de n'importe fortune.
00:29:06Et vous non plus.
00:29:07Osez seulement avouer
00:29:08un projet pareil, madame.
00:29:09Mais c'est à vous
00:29:10faire enfermer.
00:29:10Monsieur de Luceval,
00:29:13je suis horriblement fatiguée.
00:29:16Comme vous pouvez le constater,
00:29:18toute cette cascade de tumultes,
00:29:21vous m'obligeriez
00:29:22en me laissant tranquille.
00:29:24Non, madame est partie
00:29:42avec madame Saint-Mère
00:29:44et monsieur de Méréville.
00:29:46Non, madame.
00:29:47Ah, nous ne savons pas
00:29:48pour vous, madame.
00:29:48Madame.
00:29:48Florence, j'ai décidé,
00:30:08j'ai décidé, ma chère Florence,
00:30:11que nous irions en Suisse
00:30:12pour commencer.
00:30:13Un petit, un tout petit voyage
00:30:17en Suisse.
00:30:18C'est à côté.
00:30:20Vous ne protestez pas.
00:30:22Vous voulez me faire voyager?
00:30:24C'est votre droit,
00:30:25ainsi que vous le prétendez.
00:30:27Seulement, je vous préviens
00:30:28qu'avant huit jours,
00:30:29vous m'aurez ramenée à Paris.
00:30:30Nous nous mettrons en route
00:30:49demain matin vers les 9 heures.
00:30:52Vous voyez,
00:30:53je ne veux pas vous obliger
00:30:54à vous lever tôt.
00:30:54Il est 9 heures, madame.
00:31:24Il est plus d'11 heures, Florence.
00:31:45Êtes-vous malade?
00:31:46Vous avez, de par la loi,
00:31:48le droit de me forcer
00:31:49à vous accompagner.
00:31:51Mais la loi ne limite pas,
00:31:53je pense,
00:31:54les heures qu'il m'est permis
00:31:56de passer au lit.
00:32:13Voilà, oh, oh!
00:32:24Dites-moi gaucher.
00:32:25C'est bien la plus mauvaise auberge
00:32:27de la région.
00:32:27Il n'y a pas la pire
00:32:28à dix lieues à la ronde.
00:32:34Laurent.
00:32:46C'est là!
00:32:46C'est là!
00:32:48C'est bien la meilleure chambre.
00:32:49Je suis morte, mon amie.
00:33:04Cette fois-ci,
00:33:06je ne bougerai de quatre jours.
00:33:08Vous avez gagné, madame.
00:33:19Je ne peux tout de même pas
00:33:20requérir la force
00:33:21pour vous faire enlever
00:33:21et remettre dans la voiture.
00:33:23Et je suppose
00:33:24qu'au prochain relais...
00:33:26Ce serait huit jours.
00:33:29C'est bon.
00:33:59à notre séparation.
00:34:03Mais...
00:34:03J'espère maintenant, monsieur,
00:34:06que vous ne vous opposerez plus
00:34:07à notre séparation.
00:34:09Et comment vivrez-vous?
00:34:11Vous m'avez donné,
00:34:12en me mariant,
00:34:13dix mille francs or
00:34:14sur ma dot.
00:34:15Il me reste une partie
00:34:16de cet argent.
00:34:18Cela suffira.
00:34:19Cet argent dépensé,
00:34:20quelles seront vos ressources?
00:34:21Que vous importe?
00:34:22Il m'importe tellement, madame,
00:34:24que je vous sauverai malgré vous.
00:34:25Et quoi que vous fassiez,
00:34:26je ne me séparerai pas de vous.
00:34:28Cette contrainte vous donnerait
00:34:30avis que vous n'avez pas
00:34:31l'hypocrisie.
00:34:33Vous avez votre nature,
00:34:35j'ai la mienne.
00:34:36Vivons comme bon nous semblera.
00:34:38Toutes les résolutions,
00:34:40tous les raisonnements du monde
00:34:42n'empêcheront pas
00:34:43que vous soyez brun
00:34:44et que je sois blonde.
00:34:47Nos penchants,
00:34:48nos caractères,
00:34:50sont et seront toujours
00:34:51en tel désaccord
00:34:52que la vie commune
00:34:53deviendrait insolérable.
00:34:55Tout au plus,
00:34:55y consentirais-je
00:34:56si je vous aimais d'amour.
00:34:58Vous savez qu'il n'en est rien.
00:35:00Une dernière fois,
00:35:02séparons-nous en amis.
00:35:03Je vous en prie.
00:35:04Non, non, je vous aime,
00:35:05moi, madame.
00:35:06Mal, peut-être,
00:35:08mais je vous aime.
00:35:09C'est bon.
00:35:11Vous l'aurez voulu.
00:35:12Madame.
00:35:14Madame, je vous en prie.
00:35:16Florence.
00:35:18Florence.
00:35:18Florence, regardez-moi.
00:35:21Oh, Florence, je vous assure,
00:35:25vous me rendez malade.
00:35:39Et cela dure depuis trois mois.
00:35:42Oui, maître.
00:35:43Pas un mot, pas un regard, rien.
00:35:46Jamais rien que l'immobilité,
00:35:48le silence.
00:35:50Bel entêtement.
00:35:51Entêtement ?
00:35:52Si vous saviez la force d'inertie,
00:35:55maître,
00:35:55de ces caractères indolents,
00:35:57tout se brise,
00:35:58tout s'use devant eux.
00:36:00Je n'en peux plus.
00:36:01Je cède.
00:36:03Une des causes
00:36:04qui peuvent amener
00:36:05une séparation de corps
00:36:06est le refus formel
00:36:07que fait la femme
00:36:08pour réintégrer
00:36:09le domicile conjugal.
00:36:11Ce moyen,
00:36:12joint à l'incompatibilité d'humeur
00:36:14trop souvent prouvée
00:36:15par l'attitude
00:36:15de madame de Luceval
00:36:16et par les scènes
00:36:17des différentes auberges,
00:36:19ce sera suffisant.
00:36:21Madame de Luceval
00:36:22sortira un jour
00:36:23de chez vous
00:36:23pour s'établir
00:36:24dans un hôtel garni.
00:36:25Nous ferons à madame
00:36:26l'assommation légale.
00:36:28L'avoué de madame
00:36:29nous répondra
00:36:30et la séparation
00:36:31sera plaidée
00:36:32et prononcée.
00:36:34Partez tranquillement
00:36:34en voyage.
00:36:35Je me charge
00:36:36de vos affaires.
00:36:37Sous-titrage
00:36:50Sous-titrage
00:37:03Sous-titrage
00:37:17Sous-titrage
00:39:48Dites-moi, garçon,
00:39:59ce café dépend
00:40:00de la maison
00:40:01numéro 22 ?
00:40:02Oui, monsieur.
00:40:03Voulez-vous gagner
00:40:03100 sous ?
00:40:04Moi, monsieur.
00:40:06Dites-moi,
00:40:06êtes-vous depuis longtemps
00:40:07dans ce café ?
00:40:08Oh, depuis sa fondation,
00:40:09monsieur.
00:40:10Ça va faire 10 ans.
00:40:11Vous habitez cette maison ?
00:40:13Je couche au cinquième.
00:40:14Vous connaissez
00:40:15tous les locataires.
00:40:16Ah, de nom et de vue,
00:40:17oui, monsieur,
00:40:17mais c'est bien tout.
00:40:18Je suis seul garçon
00:40:20et si je n'ai guère
00:40:20le temps de voisiner.
00:40:22Qui habite le quatrième ?
00:40:23Une dame.
00:40:25Une dame seule ?
00:40:26Oui, monsieur.
00:40:27Une veuve ?
00:40:28Ça, je ne sais pas.
00:40:29Elle s'appelle
00:40:30madame Luceval.
00:40:31C'est tout ce que je peux dire.
00:40:32Si je vous donne
00:40:33100 sous, mon cher,
00:40:34c'est pour que vous
00:40:34me disiez des choses.
00:40:35On dit ce qu'on sait.
00:40:37Voyons, franchement,
00:40:39que pense-t-on
00:40:39de cette dame
00:40:41dans la maison ?
00:40:42Comment l'appelez-vous déjà ?
00:40:43Madame Luceval.
00:40:46Il faudrait être bien malin
00:40:47pour jaser sur son condition.
00:40:48On la voit quasiment jamais.
00:40:50Comment cela ?
00:40:51D'amener jamais
00:40:51plus de 3h30, 4h du matin
00:40:53quand cette dame
00:40:54sort de chez elle.
00:40:55Était comme hiver.
00:40:56Et moi,
00:40:57qui ne me couche jamais
00:40:58après minuit,
00:40:58je l'entends toujours
00:40:59rentrer après moi.
00:41:00Comment ?
00:41:01Cette dame sort
00:41:02tous les matins
00:41:03avant 4h ?
00:41:03Oui, monsieur.
00:41:05Je l'entends
00:41:06fermer sa porte.
00:41:07Que peut faire cette dame
00:41:08toujours ainsi
00:41:09hors de chez elle ?
00:41:10Ça !
00:41:11Et que pense-t-on
00:41:12d'elle dans la maison ?
00:41:13Rien.
00:41:13On trouve ça tout naturel.
00:41:14Dans les premiers temps
00:41:16que Mme Luceval
00:41:16a logé ici,
00:41:19ça va faire 4 ans, monsieur.
00:41:20Oui, on a trouvé ça
00:41:21plutôt bizarre.
00:41:22Et puis,
00:41:23on s'y est habitué.
00:41:24Je vous le dis,
00:41:24on la voit pour ainsi dire jamais.
00:41:27Et pourtant,
00:41:29elle est mignonne.
00:41:31Si elle est jolie, mon cher,
00:41:32il y a quelques amants, non ?
00:41:33J'ai entendu dire
00:41:34que cette dame
00:41:34ne recevait jamais
00:41:35personne chez elle.
00:41:36Le soir,
00:41:36lorsqu'elle revient
00:41:37à une heure aussi avancée
00:41:38de la nuit,
00:41:38elle ne rentre pas seule,
00:41:39je suppose.
00:41:39Ça, monsieur,
00:41:40vous allez noyer
00:41:41votre absinthe.
00:41:44Si quelqu'un
00:41:45l'a reconduit
00:41:46jusqu'à sa porte,
00:41:47c'est possible.
00:41:49Ah, mais ce qu'il y a
00:41:50de sûr, monsieur,
00:41:51c'est que moi,
00:41:51je n'entends rien.
00:41:52C'est pas le plus petit
00:41:53ragot qui court
00:41:54sur son compte.
00:41:56Oui, une véritable
00:41:57vertu, alors.
00:41:58Ah, faut croire, monsieur,
00:41:59ça a tout l'air.
00:42:00Quelles sont ses ressources ?
00:42:01De quoi vit-elle, enfin ?
00:42:02Ça, il n'est pas possible
00:42:04qu'elle le vive
00:42:05de ses rentes.
00:42:06Non, les rentières,
00:42:07ça ne se lève pas
00:42:07d'aussi bon matin,
00:42:08surtout par les temps
00:42:09aussi froids
00:42:09qu'aujourd'hui.
00:42:11Et ce matin,
00:42:14la demi de trois heures
00:42:16sonnait au Luxembourg
00:42:18quand j'ai entendu
00:42:19cette dame sortir
00:42:20de chez elle.
00:42:22Trois heures du matin ?
00:42:23Trois heures du matin.
00:42:25Oh, c'est tout
00:42:26ce que vous savez.
00:42:27Oui, monsieur, oui.
00:42:28Alors, payez-vous
00:42:29et gardez sens pour vous.
00:42:31Ils ne vous ont pas
00:42:31coûté beaucoup
00:42:32à gagner.
00:42:33Je n'ai rien demandé
00:42:33à monsieur maintenant,
00:42:34si monsieur...
00:42:35Non, merci, merci, merci.
00:42:36Merci.
00:43:02Vous avez des appartements
00:43:13à louer ?
00:43:14Oui.
00:43:15Le premier,
00:43:16le troisième
00:43:17et deux chambres séparées.
00:43:19Le premier serait
00:43:20sans doute trop cher
00:43:21pour moi.
00:43:21Le troisième me conviendrait
00:43:23mieux.
00:43:23Dans quel prix ?
00:43:24600 francs.
00:43:25Ah.
00:43:26Dernier prix.
00:43:27Les tout fraîchement peints,
00:43:28il n'y a plus
00:43:28que les papiers à poser.
00:43:29Et combien de pièces ?
00:43:31Une cuisine sur l'entrée,
00:43:33une petite salle à manger,
00:43:34un salon
00:43:35et une belle chambre à coucher
00:43:36avec un grand cabinet
00:43:37qu'on peut y mettre
00:43:38un lit pour une bonne.
00:43:39Si vous voulez monter...
00:43:40Non, non, avant,
00:43:41je voudrais savoir
00:43:42qui habite cette maison.
00:43:44Je suis veuve,
00:43:45je vis seule.
00:43:47Vous comprenez pourquoi
00:43:47j'ai...
00:43:48Oh, la maison est tranquille.
00:43:50Le premier est vacant,
00:43:51comme je vous l'ai dit.
00:43:53Au second,
00:43:53un professeur
00:43:54à l'école de droit,
00:43:55un homme bien respectable,
00:43:57ainsi que sa dame,
00:43:57ils n'ont pas d'enfant.
00:43:59Le troisième,
00:44:00ou trois,
00:44:01le deux...
00:44:01Ah ben, bon.
00:44:03Au quatrième,
00:44:04deux petites pièces
00:44:05et une entrée,
00:44:06c'est loué à un jeune homme.
00:44:07Enfin, quand je dis jeune homme,
00:44:08c'est manière de causer.
00:44:09M. Michel doit avoir
00:44:11dans les...
00:44:12trente ans.
00:44:14Et...
00:44:15l'appartement du troisième
00:44:16est donc immédiatement
00:44:18au-dessous de l'appartement
00:44:19de ce monsieur.
00:44:21Et...
00:44:22ce monsieur est marié.
00:44:24Ah, non.
00:44:25Non.
00:44:26J'ai une telle horreur
00:44:27du bruit.
00:44:29Je voudrais savoir
00:44:30si mon futur voisin
00:44:31n'a pas,
00:44:32comme tant d'autres jeunes hommes,
00:44:34des habitudes bruyantes
00:44:35et...
00:44:37de ses connaissances
00:44:38un peu légères.
00:44:40J'ai aussi
00:44:40une telle horreur
00:44:41de la mauvaise compagnie
00:44:42où il me serait fort désagréable
00:44:44de rencontrer dans l'escalier.
00:44:46Oh, oh, M. Michel !
00:44:47M. Michel recevoir des demoiselles !
00:44:50Oh, ça, mais M. Michel
00:44:52est rangé comme il n'y en a pas.
00:44:54Tous les jours
00:44:55que le bon Dieu fait,
00:44:56dimanche comme fête,
00:44:58il sort de chez lui
00:44:59sur les trois heures et demie,
00:45:00quatre heures du matin
00:45:01et il rentre guère avant minuit
00:45:03et il ne reçoit jamais de visite.
00:45:07Il faudrait qu'elle puisse
00:45:08singulièrement matinale.
00:45:10Mais tous les jours ?
00:45:12Été comme hiver.
00:45:14C'est donc un prodige d'activité
00:45:15que cet homme.
00:45:16Oh, ça, tout ce que je sais,
00:45:18c'est qu'il est matinal
00:45:19comme un coq de village.
00:45:20Mais sans indiscrétion,
00:45:22quelle est donc la profession
00:45:24de ce monsieur ?
00:45:25Oh, ça, ce qui est certain,
00:45:27c'est qu'il ne sera pas gênant pour vous.
00:45:28Il n'est pas causant.
00:45:31Il n'est pas muet tout de même.
00:45:33Oh, ça vaut guère mieux.
00:45:36Quand il sort, je suis couché
00:45:37et quand il rentre, il toure.
00:45:43Le matin, il me dit...
00:45:45Cordon, s'il vous plaît.
00:45:50Le soir, quand il prend sa lumière,
00:45:51il me dit...
00:45:52Bonsoir, M. Landin.
00:45:54C'est mon nom.
00:45:57Voilà toutes nos causeries.
00:45:58Ah, si.
00:46:01J'oubliais, la veille du terme,
00:46:02il me dit le soir,
00:46:03en déposant ses soixante francs
00:46:04sur ma table...
00:46:05L'argent du terme, M. Landin.
00:46:15Le lendemain soir, je lui dis...
00:46:18L'équitance, il est à côté
00:46:19de votre lampe, M. Rodin.
00:46:22Merci, M. Landin.
00:46:25Et en voilà pour trois mois.
00:46:26Et il n'a pas quelqu'un
00:46:28qui le serve ?
00:46:29Non, il fait lui-même son ménage.
00:46:31C'est-à-dire qu'il fait son lit,
00:46:32sire ses bottes,
00:46:33baisser sa vie,
00:46:34balayer sa chambre...
00:46:35Que lui ?
00:46:36Tout le monde n'a pas
00:46:3850 000 francs de rente.
00:46:39Et quand on n'a pas
00:46:40de quoi se faire servir,
00:46:41il faut bien se servir tout seul.
00:46:42Vous ne devez pas avoir
00:46:43beaucoup de locataires
00:46:44pareils à ce monsieur.
00:46:45Ah, ça...
00:46:46Mais c'est ce que je me dis.
00:46:48Il paye son terme rubis sur l'ombre.
00:46:50Il n'y a pas de locataires
00:46:50moins à charge que lui
00:46:51et il ne reçoit pas un chat.
00:46:53Alors, il peut bien
00:46:54être ce qu'il voudra.
00:46:55Sous-titrage Société Radio-Canada
00:47:25Madame, je vous demande
00:47:32mille pardons
00:47:33d'oser vous aborder ainsi.
00:47:34En effet, monsieur,
00:47:35je ne crois pas d'avoir le mieux.
00:47:35Madame, permettez-moi
00:47:36une question.
00:47:37Mais, monsieur...
00:47:38Madame, cette question,
00:47:38je n'aurais peut-être pas
00:47:39à vous l'adresser
00:47:40si j'étais assez heureux
00:47:41pour que vous releviez
00:47:42votre voile.
00:47:42Mais enfin, monsieur...
00:47:43Madame, de grâce,
00:47:44ne croyez pas
00:47:45qu'il s'agisse
00:47:45d'une impertinente curiosité.
00:47:47Je suis incapable
00:47:47d'un tel procédé.
00:47:49Mais cela fait la troisième fois
00:47:50que je vous vois vous arrêter
00:47:52à la hauteur du numéro 24
00:47:53et la première fois
00:47:55que je suis passé près de vous.
00:47:57Il m'a semblé
00:47:58que vous ne m'étiez pas inconnue.
00:48:02Mon Dieu, monsieur,
00:48:03mais il me semble, en effet...
00:48:06Que vous m'avez déjà rencontré.
00:48:07Oui, monsieur.
00:48:08J'en suis sûr.
00:48:10Est-ce au Chili?
00:48:11À quelques heures
00:48:12de Valparaiso.
00:48:13À la tombée du jour.
00:48:14Au bord d'un lac
00:48:14encaissé dans les rochers.
00:48:15Il y a deux ans environ.
00:48:16Madame, je n'étais au Chili,
00:48:17il n'y a que huit mois.
00:48:19Alors à Bombay?
00:48:21À Varsovie.
00:48:22Au Caucase.
00:48:24Oh, malheureusement,
00:48:26je ne connais pas le Caucase.
00:48:28Madame, permettez-moi
00:48:29de vous offrir mon bras.
00:48:31J'aurai l'honneur
00:48:31de vous conduire,
00:48:32si vous le désirez,
00:48:34jusqu'à la prochaine
00:48:34place de Fiat.
00:48:35Oh.
00:48:42Madame, permettez-moi
00:48:43de me présenter.
00:48:44Nous aurions peut-être
00:48:45dû commencer par cela.
00:48:46Alexandre de Lulusval.
00:48:48Mon Dieu, vous?
00:48:53En route, coché.
00:48:54Il est quatre heures du matin.
00:49:20Mon Dieu, eux se levèrent
00:49:24des heures pareilles.
00:49:37Ils nous ont vus.
00:49:38Mais non, mais non.
00:49:39Comment voulez-vous
00:49:40qu'ils nous reconnaissent?
00:49:40Il fait trop sombre.
00:49:42Suivons-les.
00:49:42Je ne les vois plus.
00:50:03Dieu, ils nous ont disparus.
00:50:05Marchons vite
00:50:06jusqu'au prochain carrefour.
00:50:07Prenez mon bras.
00:50:12Il y a quatre ans,
00:50:19après que le mensonge
00:50:20dont Florence
00:50:21s'était rendue coupable
00:50:22par dévouement
00:50:23eût été découvert
00:50:24en votre présence, monsieur,
00:50:27mon mari me ramena chez lui
00:50:28et il me dit...
00:50:31Madame,
00:50:33nous allons partir
00:50:34dans une heure.
00:50:36Je vous conduirai
00:50:37dans ma ferme du Pouetour.
00:50:40J'y resterai désormais seul
00:50:41avec votre mère.
00:50:43Si vous refusez,
00:50:44dès demain,
00:50:45je plaide en séparation
00:50:46et je vous poursuis
00:50:48comme adultère.
00:50:49J'ai des preuves.
00:50:51Mais oui,
00:50:52il avait forcé mon secrétaire.
00:50:54Je vous traînerai
00:50:56sur le banc des accusés,
00:50:58vous et votre complice,
00:51:00et à la face de tous,
00:51:01vous boirez la honte
00:51:02jusqu'à la lit.
00:51:03Vous irez en prison
00:51:03avec les femmes
00:51:04de mauvaise vie
00:51:05et ensuite,
00:51:06vous serez jetés
00:51:07sur le pavé,
00:51:08vous et votre mère,
00:51:10et vous mourrez de faim.
00:51:11Si vous voulez échapper
00:51:13à tant de misère
00:51:15et d'infamie,
00:51:16partez
00:51:17pour le poitou.
00:51:19Je suis partie
00:51:20pour le poitou.
00:51:22La ferme était isolée
00:51:24au milieu des bois.
00:51:27Je suis restée
00:51:27avec ma mère
00:51:28dix-huit mois
00:51:30dans cette prison
00:51:31sans avoir
00:51:32la moindre communication
00:51:33avec le dehors.
00:51:35Au bout de tout ce temps,
00:51:36je me trouvais
00:51:37soudain libre.
00:51:37j'étais veuve,
00:51:39mais
00:51:39monsieur de Mériville
00:51:41ne m'avait rien laissé
00:51:42à moi
00:51:43qui avais tant fait
00:51:44pour sa santé.
00:51:45Enfin,
00:51:45dès mon retour à Paris,
00:51:48je m'étais informée
00:51:48de Florence.
00:51:50Vous étiez partie en voyage,
00:51:51je l'ai cru partie avec vous.
00:51:53Mais dans ma détresse,
00:51:54j'eus le bonheur
00:51:55de rencontrer
00:51:56une de nos anciennes
00:51:57amies de couvent.
00:51:58Elle me proposa
00:51:59d'entrer
00:52:00comme institutrice
00:52:01chez sa sœur
00:52:02dont le mari
00:52:03venait d'être nommé
00:52:04consul.
00:52:05Ah, pas de parézo.
00:52:08Je suivis
00:52:09cette famille
00:52:09dans ses déplacements.
00:52:10Cela me distrayait
00:52:12de mon chagrin.
00:52:14Il y a un mois,
00:52:14nous avons débarqué
00:52:15à Bordeaux
00:52:15par mon ancienne
00:52:16femme de chambre.
00:52:18J'ai enfin réussi
00:52:18à savoir l'adresse
00:52:19de Michel.
00:52:21Michel.
00:52:22Oh,
00:52:23j'ai passionnément
00:52:24aimé Michel, monsieur.
00:52:26Et je crois bien
00:52:27que je l'aime encore.
00:52:28Oh, madame,
00:52:29il s'aime,
00:52:30c'est certain,
00:52:30à l'instinct de la jalousie
00:52:31ne trompe pas.
00:52:31S'ils s'aimaient,
00:52:32enfin, tranchons le mot,
00:52:34s'ils étaient amants,
00:52:35qui les empêcherait
00:52:36de vivre comme mariés
00:52:37et femmes ?
00:52:37Mais ces logements
00:52:37seulement séparés
00:52:38par un mur,
00:52:39ces rentrés
00:52:39et ces sorties
00:52:40aux mêmes heures.
00:52:40Mais non, madame,
00:52:41mais non,
00:52:41ces appartements mitoyens
00:52:43communiquent entre eux.
00:52:44Pourquoi ces complications
00:52:45alors qu'ils pouvaient,
00:52:46non,
00:52:46qu'ils n'ont même pas
00:52:47changé de nom ?
00:52:48Et ces sorties
00:52:49pendant tout le jour,
00:52:50Florence qui pouvait
00:52:51à peine se lever à midi ?
00:52:52Mais Michel,
00:52:54ce changement
00:52:54m'a fait espérer
00:52:55que Michel
00:53:00qui s'y est vrai.
00:53:01Si Florence n'était plus
00:53:02cette indolente
00:53:03qui épuisait
00:53:04l'idée même
00:53:05d'une course en voiture,
00:53:07mais vous, madame,
00:53:08vous pouvez espérer
00:53:09que vous avez été
00:53:11aimée,
00:53:13moi.
00:53:14Agissons !
00:53:16Quand nous serons sûrs
00:53:17de leurs relations,
00:53:19le meilleur moyen
00:53:19est de les suivre encore
00:53:20en redoublant
00:53:21de précautions.
00:53:22Une lettre pour madame ?
00:53:24De la part de qui ?
00:53:25Ah, le commissionnaire
00:53:25n'a rien dit.
00:53:26Tiens.
00:53:30De Florence.
00:53:33Une lettre de Florence.
00:53:34De Florence ?
00:53:36Mais comment a-t-il
00:53:36lu votre adresse ?
00:53:37Oh, mon Dieu,
00:53:37je suis aimée.
00:53:38Lisez, je vous prie.
00:53:39Lisez, je vous prie.
00:53:40Vous permettez ?
00:53:41Oh, je vous en prie.
00:53:44Ma bonne Valentine.
00:53:45Oh, ma bonne Valentine.
00:53:47J'ai appris
00:53:47que tu étais à Paris.
00:53:49Je ne puis te dire
00:53:50le bonheur
00:53:50que j'aurais à t'embrasser.
00:53:52Mais ce bonheur,
00:53:53il me faut la journée
00:53:54et le remettre
00:53:56à trois mois.
00:53:57À trois mois ?
00:53:58C'est-à-dire
00:53:59au premier jour
00:54:00de juin de cette année.
00:54:01Si à cette époque
00:54:02tu tiens à mon revoir,
00:54:04tu iras chez Maître Kinet,
00:54:06notaire à Paris,
00:54:07rue Bouffémont,
00:54:08numéro 17.
00:54:09Rue Bouffémont,
00:54:10numéro 17.
00:54:11Oh, Dieu.
00:54:12Tu lui diras ton nom,
00:54:13il te remettra une lettre
00:54:15où tu trouveras mon adresse.
00:54:17Lettre qu'il ne recevra
00:54:17lui-même que vers fin mai.
00:54:19Le voyage te semblera
00:54:20peut-être long,
00:54:21mais tu pourras te reposer
00:54:22chez moi de tes fatigues,
00:54:23ta meilleure amie
00:54:24qui t'embrasse
00:54:24de toute son âme,
00:54:25Florence.
00:54:26Ils se sont aperçus
00:54:27que nous les suivions.
00:54:28Mais comment Florence
00:54:28a-t-elle eu mon adresse ?
00:54:30Je n'ai vu personne à Paris.
00:54:31Enfin, acceptez-vous, monsieur,
00:54:33et mon ancienne femme de chambre,
00:54:34celle qui m'a donné
00:54:34l'adresse de Michel.
00:54:35Mais précisément.
00:54:36Comment ?
00:54:37Mais précisément.
00:54:37Mais pourquoi Florence ?
00:54:38Vous êtes-elle écrite à vous
00:54:39et pas à moi ?
00:54:40Ah, si elle s'est aperçue
00:54:41que je la suivais.
00:54:42Peut-être ne sait-elle pas
00:54:42que vous êtes rentrée à Paris.
00:54:44Mais pourquoi ce délai
00:54:45de trois mois ?
00:54:46Ce surcroît de mystère ?
00:54:47Mon Dieu, c'est vrai.
00:54:48Il n'y a pas une minute à perdre.
00:54:49Vous avez raison.
00:54:50Merci.
00:54:50Merci.
00:54:51Merci.
00:54:52Merci.
00:54:53Merci.
00:54:54Merci.
00:54:55Madame, courons !
00:55:02Courons, monsieur.
00:55:04Monsieur.
00:55:25Florence est venue en fiacre
00:55:48vers les onze heures.
00:55:50Elle a emporté plusieurs paquets.
00:55:52Elle a annoncé
00:55:53qu'elle ne reviendrait plus.
00:55:54Elle avait d'ailleurs donné congé
00:55:56pour le premier juin.
00:55:58Michel est venu en fiacre
00:56:00vers onze heures.
00:56:01Il a déménagé
00:56:02tout ce qui lui appartenait.
00:56:04Il avait aussi donné congé
00:56:06pour le premier juin.
00:56:24C'est là.
00:56:28Rappelez-vous ce que vous m'avez promis.
00:56:30Oh, madame,
00:56:31je suis si malheureux.
00:56:33Non, non, laissez-moi y aller seule.
00:56:34Vous pourriez ne pas rester maître de vous,
00:56:36malgré votre engagement d'honneur.
00:56:39Vous verrez.
00:56:40Je ne reviendrai pas seule.
00:56:41Florence.
00:56:42Oh, ma chérie.
00:56:43Ah, ma chérie.
00:56:44J'en ai testé.
00:56:46Tu vois, le bonheur vient t'endormir.
00:56:46Oh, tu n'as pas l'air trop fatigué.
00:56:48Et pourtant, ce voyage et cette chaleur.
00:57:06J'ai mis des fruits à rafraîchir.
00:57:11Tu me parais avoir fait encore des progrès
00:57:12dans la recherche du bien-être.
00:57:15D'étonnant.
00:57:15Oh, c'est merveilleux.
00:57:16Oh, mais pardonne-moi, ma chérie.
00:57:19J'ai appris toutes tes épreuves.
00:57:20Ta retraite au Poitou, ton veuvage,
00:57:22la mort de ta mère, ton départ, tes voyages.
00:57:25Mais comment as-tu sûr ?
00:57:26De ci, de là, tes anciens domestiques,
00:57:29une amie de pension.
00:57:30Oh, je menais une vie si active, si agitée.
00:57:33Toi ?
00:57:33Moi.
00:57:33Je sais aussi que tu vois M. de Luceval.
00:57:37Oh, j'en suis ravie.
00:57:39Tiens, Valentine, je veux être franche.
00:57:43Il y a un nom que tu es impatiente
00:57:45et gênée de prononcer depuis ton arrivée.
00:57:48Michel.
00:57:49Eh bien, pour te mettre tout de suite à ton aise,
00:57:51je te dirais que Michel n'a pas été
00:57:54et n'est pas mon amant.
00:57:55Pourquoi te tromperais-je ?
00:57:57Michel est libre.
00:57:58Moi aussi.
00:57:59Non, je te le répète, il n'est pas mon amant.
00:58:01Ah, je ne t'ai pas dit qu'il ne le serait pas.
00:58:03Pour le moment, il ne l'est pas.
00:58:05J'avoue que malgré toute la joie de te revoir,
00:58:08j'avais le cœur un peu serré.
00:58:10Valentine, si nous ne sommes pas amants,
00:58:13nous nous adorons,
00:58:15autant que deux paresseux comme nous
00:58:17peuvent prendre la peine de s'adorer.
00:58:20Michel, il y a une heure encore,
00:58:23les yeux mi-clos,
00:58:25fumant lentement,
00:58:27tranquillement,
00:58:29Michel me disait...
00:58:31Notre amour ressemble au balancement de ce hamac,
00:58:37très doux,
00:58:39et nous berçons entre ciel et terre.
00:58:43Michel m'a oublié.
00:58:46Je ne sais pas.
00:58:48Peut-être.
00:58:49Ce que mon mari ne t'a pas dit,
00:58:51puisqu'il l'ignore,
00:58:52c'est que deux jours après ton départ,
00:58:55j'ai reçu une lettre de Michel.
00:58:57Il me suppliait de lui indiquer le lieu de ta retraite.
00:59:00Michel s'est ému de ma disparition.
00:59:01Oui, il va me voir.
00:59:03Sa douleur m'a touchée.
00:59:04Mais il est donc à ce point changée.
00:59:05Oh non !
00:59:06Michel est plus que jamais Michel.
00:59:08Le Michel que tu as connu.
00:59:09Et c'est pour cela que sa douleur m'a touchée.
00:59:12Oh, c'est agréable.
00:59:13N'est-ce pas ?
00:59:14Nous nous sommes jurés,
00:59:16moi de mon côté, lui du sien,
00:59:18que nous essayerions tout pour te retrouver.
00:59:20Il s'était crié naïvement,
00:59:22Ah, que je la retrouve,
00:59:23ou non, c'est bien la dernière maîtresse que j'aurai.
00:59:27Ce qui correspondait exactement à ma terreur de fatigue,
00:59:30auquel risque de vous exposer l'inconvénient d'avoir un amant.
00:59:34Mais ces démarches, il les a vraiment faites.
00:59:37Oh, mais avec une activité confondante.
00:59:38Seulement, à ce moment-là, nous n'avons rien pu découvrir.
00:59:42Nous ne recevions aucun signe de toi.
00:59:44Alors nous avons renoncé à retrouver tes traces.
00:59:47Et en t'occupant ainsi de moi,
00:59:49tu voyais souvent Michel.
00:59:51Il me tenait au courant de tout.
00:59:53Ah, et c'est alors que...
00:59:55Oh, te dire tout le bien que je pense de lui
00:59:57serait faire mon propre éloge.
00:59:59Je causais avec moi-même.
01:00:02Et comme je ne suis pas d'une modestie farouche,
01:00:05quand je cause avec moi-même,
01:00:07je trouvais que nous formions un couple charmant.
01:00:09Mais ton mari, il voulait me faire voyager, malgré moi.
01:00:14Cette fantaisie y a vite passé.
01:00:16Mais n'est-ce pas, j'étais prête à m'entendre avec lui.
01:00:19Vivre seule, c'était avoir à m'occuper de mille soins
01:00:21dont mon mari et son intendant s'occupaient pour moi.
01:00:24Non, j'étais prête à borner mes prétentions à cela.
01:00:27Lui voyagerait, moi, non,
01:00:30pour recevoir Michel à ta guille.
01:00:32Bien sûr, et à mon aise.
01:00:35Puisque rien n'était à cacher de nos relations.
01:00:38Ah, toujours la vertu de la paresse,
01:00:40ma chère Valentine.
01:00:42Mais quand j'ai compris que mon mari
01:00:44travaillait à m'entraîner au cocade...
01:00:46Mais ton mari t'aimait, la chérie.
01:00:48Michel et moi, nous étions d'accord.
01:00:50Nous n'espérions plus te retrouver.
01:00:52Alors nous avons formé des projets d'avenir.
01:00:54Tiens, voici notre déclaration de principe.
01:00:56Pour nous, un seul désir,
01:00:59un seul bonheur au monde.
01:01:01La parfaite quiétude de corps et d'esprit
01:01:04appliquée à ne rien faire du tout.
01:01:07Se balancer à l'ombre en été.
01:01:11Se chauffer quand il fait froid.
01:01:14Et que nous faut-il pour vivre dans ce paradis de paresseux?
01:01:18Un petit jardin bien clos pour l'hiver.
01:01:21Et un petit jardin bien frais pour l'été.
01:01:26Mais surtout, que cette vie soit bien réglée,
01:01:30bien protégée, bien assurée,
01:01:32pour que nous n'ayons jamais l'esprit trouvelé
01:01:34par des préoccupations d'argent.
01:01:36Oui, mais comment avez-vous fait?
01:01:38Nous avons travaillé comme des lions.
01:01:40Quoi?
01:01:40Nous avons travaillé jour et nuit,
01:01:42en acceptant les plus drôles métiers du monde.
01:01:45Et cela pendant plus de trois ans.
01:01:47Valentine, rappelle-toi que nous étions paresseux,
01:01:50Michel et moi.
01:01:50Oui, justement.
01:01:51Eh bien, pense qu'elle excitante peut être la paresse.
01:01:55Oh, tu ne comprends pas?
01:01:56Quelle ardeur, quel courage cela vous donne
01:01:59de se dire à la fin de chaque journée
01:02:01si fatigué que l'on soit.
01:02:04Encore un pas vers le repos,
01:02:07l'indépendance,
01:02:09la volupté de ne rien faire.
01:02:11Et la fatigue que l'on ressent alors
01:02:13vous fait imaginer,
01:02:15avec plus de délice encore,
01:02:17le bonheur à venir.
01:02:20Valentine,
01:02:21sais-tu qu'il a été ma vie pendant tout ce temps?
01:02:23Tiens, je vais te faire le récit
01:02:25de l'une des dernières journées
01:02:26qui enclôt mon purgatoire.
01:02:27Elle t'en donnera une idée des autres.
01:02:30Trois heures du matin,
01:02:31debout,
01:02:32je termine la copie d'une partition
01:02:34et la coloration d'une lithographie.
01:02:36Après cela,
01:02:39je suis sortie.
01:02:40Je me suis rendue à la Halle.
01:02:43À la Halle, toi?
01:02:44Oui.
01:02:45J'y tenais un petit comptoir
01:02:47de crème,
01:02:48œufs et beurre.
01:02:49Toi,
01:02:50toi,
01:02:50Madame de Luceval,
01:02:51une élève de l'Assomption,
01:02:52un commerce de bouche.
01:02:54Mais Michel aussi,
01:02:55treveuille à la Halle.
01:02:56Il était inspecteur des arrivages,
01:02:58chère madame.
01:02:59Par là-dessus,
01:03:00nous étions libres à 9 heures.
01:03:01Michel se rendait à son bureau
01:03:03et moi,
01:03:04à mon magasin,
01:03:04rue de l'Arbre sec.
01:03:05J'étais première demoiselle,
01:03:06j'étais une grande lingère.
01:03:08Après cela,
01:03:09comme ce n'était pas fini.
01:03:10À 8 heures du soir,
01:03:11y penses-tu?
01:03:13Je faisais la lecture
01:03:13à une bonne vieille dame aveugle
01:03:15qui demeurait rue de tournant,
01:03:16si bien que Michel,
01:03:17après minuit,
01:03:18passait me chercher
01:03:19en sortant de son théâtre.
01:03:20Son théâtre?
01:03:21L'Odéon.
01:03:22Mon Dieu,
01:03:23il était acteur?
01:03:25Non,
01:03:26penses-tu?
01:03:28Contrôleur?
01:03:28Oh,
01:03:29mais tout ça est incroyable.
01:03:31Pardon, chérie,
01:03:32mais pourquoi
01:03:33ces appartements
01:03:34aussi voisins
01:03:35et pourtant séparés?
01:03:36Ah,
01:03:38cela,
01:03:38Valentine,
01:03:40cela a été le comble
01:03:41de l'héroïsme
01:03:42et de la sagesse.
01:03:44Nous nous sommes dit,
01:03:46moins nous perdrons de temps,
01:03:48plus nous gagnerons d'argent.
01:03:50La meilleure façon
01:03:51de perdre beaucoup de temps,
01:03:52c'est d'être toujours ensemble.
01:03:53Oui.
01:03:54Nous trouverions
01:03:55si agréable
01:03:55de rêvasser à deux
01:03:56que la tentation
01:03:58serait irrésistible.
01:03:59Alors,
01:04:00adieu travail.
01:04:01et puis,
01:04:03l'amour.
01:04:05Il nous fallait trouver
01:04:06le double courage
01:04:06de renoncer provisoirement
01:04:08à la paresse
01:04:09et à l'amour.
01:04:11Nous nous sommes jurés
01:04:12d'être
01:04:12irréductibles
01:04:14envers nos mères.
01:04:14Mais pendant si longtemps,
01:04:18je ne te mens pas,
01:04:19nous avions une vie commune
01:04:20malgré cette muraille
01:04:21qui nous séparait.
01:04:23Dehors,
01:04:23nous nous parlions,
01:04:24bien sûr.
01:04:25Nous nous écrivions,
01:04:26mais très peu,
01:04:27pas le temps.
01:04:28Nous avions imaginé
01:04:29un moyen de correspondre
01:04:31en tapant sur la cloison.
01:04:34Bonsoir, Florence.
01:04:36Bonsoir, Michel.
01:04:38Et le matin?
01:04:42Bonjour, Michel.
01:04:46Bonjour, Florence.
01:04:50Il est l'heure de partir.
01:04:53Ou bien encore?
01:04:56Courage, Michel.
01:04:58Courage, Florence.
01:05:03Songeons à notre paradis
01:05:05et qu'est le purgatoire?
01:05:10Croirais-tu que Michel
01:05:11trouvait le moyen
01:05:12d'être bavard
01:05:13et que j'étais obligée
01:05:14de lui imposer silence?
01:05:17Il y a 15 jours,
01:05:18notre but a été atteint.
01:05:20Nous avons amassé
01:05:2142 830 francs.
01:05:23Nous aurions même pu,
01:05:24comme disent les commerçants,
01:05:26nous retirer plus tôt.
01:05:26ça rentre pas, ma chérie.
01:05:28Où vas-tu, Valentin?
01:05:30Non, non, repose-toi.
01:05:30Je t'en supplie, ma chérie.
01:05:31Repose-toi,
01:05:31tu l'as bien méritée.
01:05:32Ne bouge plus, plus jamais.
01:05:33Reste là.
01:05:34Valentine, Valentine.
01:05:34De l'étranger,
01:05:47on nous écrit de...
01:05:49Oh là là.
01:05:51Si Marc est l'île.
01:05:53Oh, il y a de ces pays tout de même. C'est pas des pays.
01:05:56Parmi les rares voyageurs qui ont osé jusqu'à présent ravir les cimes les plus élevées du Caucase,
01:06:04on cite une ascension faite au mois de mai dernier par deux intrépides, autant que téméraires touristes français, monsieur et madame de Haine.
01:06:15Dis, papa, comment je lis, là?
01:06:17Ben, c'est pas simple. Tu lis comme c'est écrit. Trois points.
01:06:20Monsieur et madame de Haine. Trois points.
01:06:25Celles-ci, veltes et rousses, d'une beauté remarquable, étaient vêtues en hommes.
01:06:30Oh, qu'on peut attendre tout de même.
01:06:33Et à partager les dangers de cette aventureuse expédition.
01:06:37France, on nous écrit d'hier à la date du 29 décembre.
01:06:41Hier? Hier, on n'était pas le 29 décembre, hier.
01:06:44Un phénomène de végétation extraordinaire s'est dernièrement présenté dans nos contrées.
01:06:51On nous avait parlé d'un orangé en pleine floraison à cette époque de l'année.
01:06:56Comme nous paraissions douter de ce prodige, l'on nous a proposé de nous convaincre
01:07:01et nous nous sommes rendus à deux lieux de la ville, dans une petite maison située au bord de la mer.
01:07:06Là, au milieu d'un quinconce orangé, nous avons vu, de nos yeux vus,
01:07:14un de ces magnifiques arbres littéralement couvert de fleurs
01:07:18et de boutons qui parfumaient l'air à cent pas la ronde.
01:07:21Nous avons bien été payés de notre dérangement par la vue de cette merveille
01:07:26et par l'accueil plein de bonnes grâces qu'ont bien voulu nous réserver les maîtres de séance,
01:07:31monsieur et madame Michel. Trois points.
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