00:00Vous l'avez vu cette semaine, Michelin, oui Michelin, le producteur de pneus, a fait un don de 4,3 millions d'euros à l'État français.
00:10Ah bah ça c'est bienvenu, vous me direz, en cette période de vache maigre.
00:13Pour comprendre ce mécanisme, nous sommes avec François-Xavier Carayon, consultant en stratégie et auteur de Les États prédateurs aux éditions Fayard.
00:23Bonjour François-Xavier.
00:26Bonjour et bonjour à tous les auditeurs.
00:27Expliquez-nous ce qui s'est passé, alors ça c'est le bienvenu, bon allez hop, un don de 4,3 millions,
00:33mais il y a une espèce de logique, parce que cette somme correspond à des crédits d'impôt reçus par le fabricant de pneus
00:39pour la rénovation d'une usine à la Roche-sur-Yon, qui entre-temps a fermé ses portes en 2020.
00:45Mais François-Xavier, Michelin n'était pas obligé de le faire ce don.
00:51Exactement, c'est la question qui a un peu agité toute la presse, est-ce que c'est un don, est-ce que c'est un remboursement ?
00:55Alors, c'est un don, techniquement parlant, puisqu'il n'était pas exigé.
00:58Il a été, comme vous l'avez indiqué, versé en compensation des avantages perçus au titre du CICE.
01:03Le CICE, c'est quoi ? C'est un dispositif d'aide publique.
01:07Et ces dispositifs d'aide publique, ils ne prévoient pas de remboursement, dans la vaste majorité des cas,
01:11lorsque le besoin, finalement, est éteint.
01:14Donc, c'est un don.
01:16Après, est-ce que c'est un don gratuit ou spontané ?
01:18Évidemment, à l'évidence, non, puisque la commission d'enquête qui avait été initiée,
01:23vous savez, par le sénateur communiste Fabien Gué, a jeté la lumière, en fait, sur cette aide publique.
01:28Cette aide publique qui a, in fine, donc, ne pas été dirigée vers les projets initialement visés.
01:33Mon sentiment personnel, c'est que c'est un acte responsable, en tout cas, de la part des dirigeants.
01:38Oui, responsable, voire même citoyen.
01:40Au-delà de ça, je décortique tout ce que vous venez de nous dire.
01:43Le CICE, c'est ça.
01:47En fait, c'est un prêt sans conditions.
01:50C'est quand même fou qu'un État prenne le risque d'un prêt sous conditions.
01:55C'est bien d'aider nos entreprises, ça a permis d'embaucher,
01:58mais sous conditions, c'est un peu fort de café, non ?
02:02Oui et non.
02:03Je crois que ça illustre une forme de schizophrénie de notre pays à l'égard de nos entreprises.
02:08On a d'un côté ce pays qui est le champion des impôts et des taxes sur nos entreprises,
02:13comme vous le savez, l'impôt sur les sociétés, les cotisations patronales,
02:16les taxes sur la production, la CFE, le CVE, etc.
02:20Les droits d'enregistrement, j'en passe.
02:22On a ce dispositif fiscal qui est une forme d'étouffement et qui épuise notre compétitivité.
02:28Et à côté de ça, l'État se dit, parce que je suis en train d'abîmer la compétitivité de mes entreprises,
02:32je vais verser tout un tas d'aides.
02:34Alors aujourd'hui, il y en a 2200 qui sont versées aux entreprises dans un système très opaque,
02:39qu'on a du mal à tracer, mais qui cherchent finalement à effacer les dégâts qu'ils produisent par la charge fiscale.
02:45Voilà pourquoi, à mon sens, c'est une forme de schizophrénie.
02:48En fait, c'est terrible et on a l'impression de voir ce schéma tellement de foi.
02:53Au lieu de se dire, ben tiens, je pense aux agriculteurs, on va vous abattre toutes vos bêtes.
03:01Ben, toutes ne sont pas malades.
03:02Oui, mais par précaution.
03:04Mais en plus, on vous donnera des indemnités.
03:06Alors qu'on peut ne pas donner ces indemnités et n'abattre que les bêtes qui sont touchées.
03:11Ce schéma-là, il est terrible en France.
03:13C'est-à-dire que, allez, on vous a ponctionné, donc on vous aide.
03:17Mais l'argent, on a l'impression qu'il pleut de l'argent.
03:21Oui, et puis, d'une certaine façon, c'est un schéma qui est illisible.
03:26Illisible pour tout le monde, c'est-à-dire du côté des investisseurs qui investissent dans Michelin,
03:30qui sont maintenant largement à l'étranger.
03:32Mais il n'y a pas de visibilité pour eux parce qu'ils ont du mal à comprendre le poids réel des prélèvements.
03:36Puisque l'État prend énormément, l'État rend un peu, etc.
03:39Il n'y a pas de visibilité non plus pour les entreprises et les dirigeants
03:42parce qu'elles ne savent pas, elles, combien elles vont toucher dans l'année,
03:44combien elles vont toucher l'année prochaine.
03:46Et donc, elles ne savent pas, finalement, à quelle sauce elles vont être mangées.
03:48Puis, il n'y a pas de visibilité pour les Français.
03:50Donc, il y a une moitié des Français qui est persuadée que les entreprises
03:52sont toutes des prédatrices, en tout cas prédatrices de l'argent public.
03:56Et puis, l'autre moitié des Français qui est persuadée que l'État veut tuer les entreprises.
03:59Donc, on ne s'y retrouve pas.
04:00Personne ne s'y retrouve.
04:01Et évidemment, la logique serait de simplifier tout ça.
04:04C'est-à-dire, évidemment, d'alléger d'un côté les charges qui passent sur les entreprises
04:07et de l'autre, d'alléger les autres entreprises,
04:09de les réduire, de les simplifier et de les réduire.
04:11Tout simplement, d'y voir plus clair.
04:12Alors, vous nous avez rappelé, François-Xavier Carayon,
04:15que c'était un système assez opaque.
04:17Mais est-ce qu'il est possible, quand même, de savoir
04:19combien d'entreprises françaises ont bénéficié d'aides de l'État
04:23et combien, en l'occurrence, n'ont pas fait bon usage de cet argent public ?
04:31C'est absolument impossible.
04:34Les estimations qui ont été faites de l'argent versé chaque année
04:39au titre de ces aides publiques sont assez variables.
04:41Elles varient entre, disons, 100 et 220 milliards d'euros annuels.
04:46Ce qui serait significatif.
04:47Dans l'estimation haute, ça serait très significatif.
04:49Et ça viendrait compenser quand même une partie de la charge fiscale importante
04:52qui pèse sur nos entreprises.
04:54Les dispositifs dont j'ai parlé tout à l'heure, c'est-à-dire plus de 2000,
04:58évidemment, sont impossibles.
04:59L'État n'a pas les moyens de les suivre très en détail
05:01et n'a pas les moyens derrière de savoir où va l'argent.
05:05Vous n'avez pas un fonctionnaire.
05:06Et heureusement, j'allais dire, un fonctionnaire derrière chaque dispositif
05:09pourra aller suivre chaque aide qui a été versée à chaque entreprise.
05:11Ça serait complètement fou.
05:13Donc, on voit bien que ce n'est pas un système pérenne.
05:18On ne peut pas aller continuer à verser des aides
05:19et espérer qu'elles soient toujours fléchées vers la bonne finalité,
05:24celle qui a été définie par le fonctionnaire dans son bureau B14 de Bercy.
05:29Voilà comment une info, en l'occurrence tombée cette semaine,
05:32Michelin qui fait un don de 4,3 millions d'euros à l'État,
05:37réveille tout un tas de problématiques françaises.
05:39Au moment où, je le rappelle, nous n'avons toujours pas de budget voté pour 2026.
05:44Ça sera d'ailleurs l'objet du débat dans un instant sur Sud Radio.
05:48Et la question que nous vous posons, vous les auditeurs,
05:50Sébastien Lecornu va-t-il réussir à voter un budget par l'Assemblée nationale en janvier ?
05:55Vous dites oui, vous dites non, allez sur le compte X de Sud Radio.
05:58Merci mille fois, François-Xavier Carayon,
06:00pour nous avoir éclairé sur le fait qu'il était très difficile d'être éclairé.
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