00:0013h-14h, Europe 1 Info.
00:03Avec Lélie Mathias sur Europe 1, 13h19, Lélie l'heure d'accueillir vos deux chroniqueurs du jour pour décrypter l'actualité de ce lundi 22 décembre.
00:10Le journaliste politique à CNews, Thomas Bonnet et le journaliste Yvan Riauf, voilà.
00:14Bonjour à tous les deux.
00:15Bonjour Thélie, bonjour Géraldine.
00:17Soyez les bienvenus.
00:18On va commencer par cette annonce d'Emmanuel Macron qui lance officiellement la construction d'un porte-avions qui va remplacer le Charles de Gaulle.
00:24A l'heure des prédateurs, nous devons être forts pour être craints et en particulier forts sur les mers.
00:31Voilà pourquoi, conformément aux deux dernières lois de programmation militaire, j'ai décidé de doter la France d'un nouveau porte-avions.
00:38La décision de lancer en réalisation ce très grand programme a été prise cette semaine.
00:43Ce chantier va directement irriguer notre économie et les 800 fournisseurs, dont 80% sont des PME, impliqués dans la construction.
00:52Ce nouveau porte-avions sera l'illustration de la puissance de notre nation, puissance de l'industrie, de la technique, puissance au service de la liberté sur les mers et dans les remous du temps.
01:03Voilà, c'était le chef de l'État depuis les Émirats Arabes Unis.
01:07Hier, il a martelé le mot puissance, Thomas Bonnet, est-ce un bon signal envoyé, cette construction d'un nouveau porte-avions ?
01:14Je crois que oui, je crois que ça participe de la puissance militaire de la France.
01:18Alors, il faut préciser que c'était dans les tuyaux depuis un moment, les études avaient été lancées, que même la loi de programmation militaire l'avait déjà enterrinée.
01:26Malgré tout, je trouve qu'on a peu de bonnes nouvelles qui peuvent nous réjouir et je fais partie de ceux qui me réjouissent d'avoir un nouveau porte-avions.
01:33Alors, ça paraît peut-être anecdotique pour certains.
01:35Je trouve au contraire que ça dit ce que nous prévoyons d'être en 2038.
01:40Donc, ce n'est pas demain, bien sûr, mais je trouve que ça va plutôt dans le bon sens.
01:43Moi, j'ai une question qui, là aussi, peut paraître anecdotique, mais qui me taraude depuis l'annonce, c'est quel sera le nom de ce porte-avions ?
01:50Ah, personne ne le sait encore.
01:51Je sais, mais alors moi, je veux savoir, déjà, je me suis renseigné qui décidait de ce nom, je ne savais pas.
01:55Donc, j'ai découvert que c'était le président de la République, accompagné du Premier ministre, des autorités militaires, etc.
02:00Alors, il faut que ce soit un nom consensuel qui ne prête pas lieu à la polémique.
02:04Donc, on verra.
02:06Notez qu'avant que le Charles de Gaulle ne s'appelle le Charles de Gaulle, le nom qui est envisagé, c'était le Richelieu.
02:10Et donc, on pourra peut-être récupérer ce nom pour ce futur porte-avions.
02:14Je n'en sais rien.
02:14Si il y a un débat, on vous consultera.
02:16Moi, ça m'intéresse parce que là aussi, ça dit beaucoup de ce qu'on est et de ce qu'on projette d'être avec ce porte-avions.
02:22Yvan Réouffol, qu'en pensez-vous ? C'est une bonne nouvelle pour la France ?
02:24C'est naturellement une bonne nouvelle.
02:25Je m'en réjouis aussi, mais enfin, c'est en 2036.
02:28Donc, on a le temps de voir.
02:2938 même.
02:2938.
02:30Moi, ce que j'ai retenu, c'est au contraire la révélation de ce que nous sommes aujourd'hui à travers le discours du Président,
02:36qui désigne des prédateurs sans d'ailleurs nommer quels seraient ces prédateurs-là.
02:40On devine qu'il désigne la Russie sans voir qu'il y a des prédateurs au cœur même de la société.
02:44Et donc, cela désigne, me semble-t-il, cela cherche à corriger non pas une force, mais une faiblesse.
02:49C'est-à-dire que quand le Président nous dit qu'il faut être fort pour être craint,
02:52il nous dit précisément qu'il est faible parce qu'il n'est plus craint.
02:55Il est faible parce qu'il ne désigne pas quel est le vrai prédateur, de mon point de vue,
02:58aujourd'hui en France, qui est cet islam radical qui nous a déclaré la guerre et que l'on ne veut toujours pas voir.
03:03Et donc, je trouve qu'il y a là quand même une incohérence.
03:06Et je m'inquiète en effet de cet aveuglement qu'il a à vouloir absolument mimer une posture belliciste
03:13alors que nous avons un ennemi intérieur.
03:17– Oui, mais là, le porte-avions, il a plus vocation à être, j'allais dire, destiné à l'extérieur et non pas à l'intérieur.
03:24– J'entends bien, mais enfin bon, c'est malgré tout une opération de communication,
03:28une opération de propagande qui veut corriger une image.
03:31Et non seulement il veut corriger une image, l'image d'une faiblesse qui pour moi est avérée,
03:36mais il veut corriger également un discours, me semble-t-il,
03:38parce qu'en faisant maintenant à travers ce porte-avions et à travers le réarmement de la France,
03:42l'éloge de la nation, du patriotisme et tout ce que l'on peut applaudir,
03:47il tente de faire oublier que lui-même a construit sa doctrine, son idéologie,
03:51sur une idéologie post-nationale d'une souveraineté européenne,
03:55d'une délégation de la défense à la défense européenne.
03:58Et là, il semble revenir, également d'ailleurs avec la réintroduction du service militaire volontaire,
04:03il semble revenir à des notions plus conformes à ce que l'on peut espérer d'un président,
04:08d'un nationalisme défensif.
04:09Jusqu'alors, être nationaliste de sa part, c'était similaire à être fasciste ou d'extrême droite.
04:14Et j'ai l'impression qu'à travers cette inflexion sur la défense,
04:19il reconnaît implicitement, enfin il reconnaît de facto,
04:22qu'il s'est trompé dans le mépris qu'il a porté au discours nationaliste,
04:27au discours patriotique, au discours défensif,
04:29et qu'il reconnaît aujourd'hui ce qu'est une nation,
04:31et ce qu'est une défense d'une nation et des frontières, me semble-t-il.
04:34Thomas Bonnet.
04:34Là où je rejoins Yvan, c'est qu'il y a une ambivalence dans le discours d'Emmanuel Macron,
04:37quand il parle des situations internationales,
04:40en effet, il a un discours qui peut être parfois belliqueux,
04:43quand il parle des prédateurs.
04:45Alors, il faut expliquer, il est très proche désormais de l'écrivain Giuliano D'Ampoli,
04:49qui a écrit « L'heure des prédateurs »,
04:50c'est le même qu'il avait écrit « Le match du Kremlin »,
04:52donc on imagine que son discours est aussi teinté des conseils de cet écrivain.
04:57Est-ce qu'on peut dire quand il dit « Pour être craint, il faut être puissant »,
05:00moi je crois qu'il a raison, le rapport de force régit, on peut dire malheureusement,
05:03mais régit en tout cas les relations humaines depuis la nuit des temps.
05:07Ce que je regrette en tout cas, en revanche, c'est que cette crainte,
05:11il ne l'inspire pas à l'intérieur de nos frontières,
05:13c'est-à-dire qu'il faudrait pouvoir coupler une puissance extérieure
05:16et une puissance intérieure, l'un ne va pas sans l'autre.
05:18Et c'est vrai qu'on pourrait appliquer d'ailleurs son discours à la situation en France.
05:22Et d'autre part, il y a quand même une véritable faiblesse militaire de la France elle-même,
05:25alors certes elle a une dissuasion nucléaire qui lui permettrait effectivement d'envisager
05:29de ne pas se réarmer davantage, mais des experts, ou en tout cas des rapporteurs parlementaires
05:34nous avaient dit que s'il y avait une guerre de haute intensité,
05:36la France ne pourrait pas tenir plus de trois jours faute de munitions.
05:39Donc vous vous rendez compte également de la fausse...
05:42Mais Macron cherche à corriger cela, ça...
05:44Non, pas tant que ça, il cherche à le corriger à travers un porte-avions,
05:47mais pas pour le reste, parce qu'en plus le budget pour l'instant est coincé.
05:50Là il est coincé, mais normalement il était censé être en hausse.
05:53Oui, mais c'est pour ça que je parle beaucoup de communication,
05:54j'applaudis encore une fois, ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit,
05:57je trouve ça très bien que la France se réarme et comprenne qu'en effet
06:00le temps des bisounours est terminé, mais malgré tout il y a encore
06:05des véritables faiblesses intrinsèques à la France et idéologiquement intrinsèques.
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