00:00Europe 1 Soir, 19h, 21h, Pierre de Villeneuve.
00:04Et pour m'accompagner jusqu'à 20h, Jules Thorez, bonsoir.
00:06Bonsoir Pierre.
00:07Journaliste politique au JDD, bonsoir Albert Zennou.
00:09Bonsoir Pierre.
00:10Redacteur en chef du service politique du Figaro.
00:12Notre invité, il est en duplex, Romain Esquenazy, bonsoir.
00:16Bonsoir.
00:17Député du Val-d'Oise, porte-parole du groupe socialiste à l'Assemblée nationale.
00:20Vous avez assisté vous aussi à cette passe d'armes qu'on va écouter
00:24entre Éric Coquerel et Maude Brejon, la porte-parole du gouvernement,
00:28sur cette nomination à venir d'Amélie de Montchalin.
00:30On écoute.
00:31Comment ne pas s'interroger sur un cadenassage des institutions indépendantes avant 2027 ?
00:36Monsieur le Premier ministre, ce qui gangrène les institutions,
00:39ce ne sont pas les oppositions, mais bien des nominations comme celle-ci.
00:42Il vous incombe de convaincre le chef de l'État de jouer son rôle constitutionnel.
00:48Veillez au respect de la Constitution et assurer le fonctionnement régulier des pouvoirs publics.
00:52Cela commence par l'indépendance et la crédibilité de la Cour des comptes.
00:56Amélie de Montchalin a largement démontré qu'elle œuvrait pour l'État,
01:01uniquement pour l'État et pas pour les intérêts partisans.
01:05Elle n'a jamais hésité, y compris quand c'était douloureux,
01:09à dire la vérité sur les chiffres, à dire la vérité sur les comptes.
01:12Et elle continuera de le faire demain en tant que Première Présidente de la Cour des comptes.
01:16Et j'imagine, Romain Escanazi, que vous étiez également dans l'hémicycle.
01:20Qu'en avez-vous pensé de cette future nomination ?
01:23Écoutez, nous, nous avons réagi avant la séance de questions au gouvernement
01:26à l'occasion de notre point presse hebdomadaire.
01:29Également, vivement, il se trouve aujourd'hui même une étude qui a été publiée
01:34où on apprend que seulement 20% des Français ont confiance à leur démocratie.
01:39C'est le double en Allemagne.
01:40C'est le double en Allemagne. On est à 40% en Allemagne.
01:43Et donc, c'est bien une décision qui va conforter cette défiance vis-à-vis de nos institutions démocratiques.
01:50Ça n'est pas remettre en question les compétences d'Amélie de Montchalin.
01:52J'ai d'ailleurs personnellement pu reconnaître qu'elle avait été compétente,
01:56parfaitement compétente, pendant la tenue des débats budgétaires
01:59qui ont été longs et douloureux.
02:01En faisant une transaction en règle avec vous, les socialistes, vous voulez dire, monsieur Escanési ?
02:05Non, non, je l'ai trouvée au banc, brillante, lorsqu'elle était interpellée par les uns ou les autres.
02:09Je trouve qu'elle avait le sens du répondant, qu'elle connaissait ses dossiers.
02:12Je ne remets pas en cause sa compétence.
02:14Ce que je remets en cause, c'est le fait qu'elle ait constitué elle-même le budget
02:18et qu'elle va être demain juge et partie.
02:20Elle va devoir juger de la bonne exécution d'un budget qu'elle a largement contribué à élaborer.
02:26Cette nomination fait suite à d'autres dominations.
02:28Richard Ferrand au Conseil constitutionnel, Jean Castex à l'RATP, puis à l'SNCF,
02:32Stéphane Séjourné comme commissaire européen.
02:34On a l'impression qu'Emmanuel Macron place un certain nombre de ses proches
02:38dans des institutions qui sont censées être indépendantes.
02:40Je pense à l'ADEME aussi, évidemment.
02:42Et donc, nous déplorons effectivement cette nomination.
02:44Comme le faisait François Mitterrand à son époque, monsieur Escanési.
02:49Là, on considère qu'il y a une pratique qui est devenue assez généralisée.
02:53Vous savez qu'il y a eu, si je prends l'exemple de Pierre Moscovici par exemple,
02:55il y a eu un long moment entre le moment où il siégeait au gouvernement socialiste
03:00et le moment où il a présidé la Cour des Comptes.
03:03Il était entre-temps commissaire européen, il a eu d'autres fonctions.
03:06Là, Amélie de Montchard, on n'a même pas eu le temps de...
03:09Non, non, non, tout à fait.
03:10Excusez-moi, je donnais un exemple plus récent chez les socialistes.
03:14Voilà.
03:14Donc, moi, je considère que là, il n'y a pas eu du tout de période tampon.
03:18Elle a élaboré un budget qu'elle va elle-même devoir évaluer.
03:21Elle va, en tant que présidente de la Cour des Comptes,
03:23devoir également évaluer les autres budgets qui ont été ceux d'Emmanuel Macron.
03:27Selon nous, ça pose effectivement une question d'indépendance
03:30et de confiance des Français.
03:32qui voient ses ministres placés à droite et à gauche.
03:34Mais, monsieur le député, est-ce que vous n'avez pas l'impression
03:36que vous vous trompez de mot quand vous utilisez le mot indépendance ?
03:39Parce que la République des Copains et des Coquins,
03:41j'ai l'impression qu'elle existe depuis la création de la Ve République.
03:44C'est-à-dire que Nicolas Sarkozy a nommé des personnes
03:47qui lui étaient proches quand il a dû nommer des gens de l'opposition.
03:51François Hollande a dû nommer, bien sûr, absolument.
03:54François Hollande a dû nommer.
03:56C'est-à-dire que le Parti Socialiste aujourd'hui, par exemple,
03:58qui représente 1,7% à l'élection présidentielle,
04:01a eu, pendant un temps, M. Fabius au Conseil constitutionnel,
04:06a eu, pendant un temps, M. Moscovici à la Cour des comptes,
04:09a le vice-président du Conseil d'État, M. Tabuteau,
04:12qui est passé par le cabinet de Martine Aubry et de Bernard Kouchner.
04:15Donc, bon, on peut prendre des exemples pendant une heure, si on veut,
04:19mais aujourd'hui, l'indépendance, ce n'est pas ce qui caractérise
04:22les nominations dans toutes ces cours, même si elles sont indépendantes.
04:25Comment est-ce qu'elle a dit ?
04:27Le fait qu'il y ait eu des nominations de personnes
04:29dont les gouvernements étaient proches.
04:32Vous avez cité, effectivement, quelques exemples.
04:35Mais là, honnêtement, moi, je peux vous donner une liste
04:37longue comme le bras, s'agissant d'Emmanuel Macron,
04:40pour des personnes sur des autorités
04:42qui sont censées être indépendantes.
04:44Et peut-être qu'il n'y avait, à l'époque,
04:46peut-être pas la même défiance,
04:48et que c'est justement ce type de pratiques
04:49dont peut-être ont participé la droite républicaine,
04:52la gauche républicaine,
04:53qui ont eu tendance à éloigner les Français.
04:55Je pense qu'il faut maintenant prendre acte
04:56de cette défiance des Français
04:58vis-à-vis de leurs représentants.
05:00Et si c'est des pratiques qui ont pu avoir lieu,
05:02je pense qu'il est temps qu'elles changent,
05:03en particulier pour cette nomination,
05:05en particulier où la ministre du Budget
05:08qui a élaboré un budget va devoir,
05:10au sein d'une institution indépendante,
05:11juger de sa bonne exécution.
05:12On verra ce qu'elle dit sur ce budget.
05:15Est-ce que vous êtes également,
05:17à l'instar par exemple d'Éric Ciotti,
05:19le président de l'UDR,
05:20qui dit, mais vous vous rendez compte,
05:21elle a une quarantaine d'années,
05:23Amélie de Montchalin,
05:24elle est irrévocable,
05:25ça veut dire qu'elle peut rester
05:26à peu près une trentaine d'années,
05:27si elle veut,
05:28au sein de la Cour des comptes ?
05:31Je ne remets en cause ni son âge,
05:32ni sa compétence.
05:33Je remets en cause le fait
05:35qu'elle ait été dans l'exécutif
05:37pour élaborer un budget,
05:38pour se retrouver le lendemain
05:39à la Cour des comptes
05:40pour juger de sa bonne exécution.
05:42Ça, selon moi,
05:43ça pose effectivement question
05:44sur l'indépendance
05:45qui doit être celle de la Cour des comptes.
05:48Dans l'actualité également,
05:49Romain Eskenazy,
05:50la violence des mineurs,
05:51vous avez entendu l'appel,
05:53j'allais dire,
05:54l'appel successif,
05:56les appels successifs
05:57de la maire de Théo
05:58qui aujourd'hui a organisé
05:59une marche citoyenne à Lyon.
06:00Comment est-ce que vous évaluez
06:02cette hyper-violence des mineurs ?
06:04Est-ce que pour vous,
06:05c'est un fait divers ?
06:07Ou est-ce que c'est un problème
06:08à prendre à bras-le-corps ?
06:10Vous savez, je suis député
06:12depuis un an et demi.
06:13Je suis déjà allé à l'enterrement
06:14d'un jeune de 17 ans
06:15dans ma circonscription
06:17et à l'anniversaire
06:18des un an du décès
06:19d'un jeune de 15 ans.
06:20suite à des rixes entre jeunes.
06:22Je pense donc
06:22qu'il faut prendre ce problème
06:23à bras-le-corps.
06:24Nous avons tendance
06:25au Parti Socialiste
06:26à assumer la nuance,
06:27c'est-à-dire à la fois
06:28rétablir l'autorité,
06:30la répression,
06:31la gravité des peines
06:31lorsque c'est nécessaire,
06:33mais ne pas oublier
06:34les politiques de prévention.
06:36Moi, j'ai dans ma commune
06:37le club de prévention spécialisé
06:39avec deux éducateurs
06:40qui a disparu,
06:42l'association d'animation sociale
06:43de proximité
06:44qui faisait du soutien scolaire,
06:45des sorties éducatives,
06:46de l'accompagnement
06:48à la parentalité
06:48qui a fermé.
06:49Ce sont simplement
06:50les lignes qu'on supprime.
06:52Ça, c'est le diagnostic.
06:53Qu'est-ce qu'on fait maintenant ?
06:54C'est ce que je suis en train
06:55de vous dire.
06:55C'est qu'il faut à la fois
06:56agir sur la répression,
06:58mais je n'ai pas le sentiment
06:59qu'un jeune de 17 ans
07:01qui va planter
07:02un coup de couteau
07:02dans un camarade de 17 ans
07:03fasse un calcul rationnel
07:05sur la peine qu'il encourt
07:06au moment où il fait son effet.
07:08Il y a donc
07:08des mesures éducatives,
07:09des mesures de prévention,
07:10des mesures de réinsertion,
07:12des mesures d'accompagnement
07:12à la parentalité.
07:13Très honnêtement,
07:15quand à cet âge-là
07:16on est capable
07:16d'un tel niveau de violence,
07:18il faut interroger
07:19l'éducation des jeunes.
07:20Et quand on se retrouve
07:21avec des parents
07:22qui peuvent être parfois démunis,
07:23qui peuvent avoir
07:24leur part de responsabilité,
07:26je ne suis pas sûr
07:26que ce soit en leur coupant
07:27le RSA
07:28ou en envoyant des gamins
07:29de 14 ans en prison
07:30qu'on va régler
07:31du jour où on en demande
07:32le problème.
07:32Comme le demandent
07:33certains maires.
07:33Albert Zénaud.
07:34Oui, monsieur le député,
07:35comment vous expliquez
07:36que la gauche a toujours
07:37ce même problème
07:38à qualifier
07:39tous les problèmes
07:41de sécurité ?
07:42On sent bien
07:42que vous êtes mal à l'aise
07:44avec ces sujets,
07:45que vous n'osez pas
07:47avoir une position
07:49claire et nette,
07:51toujours à retrouver
07:52à contextualiser,
07:54malgré tout
07:55à essayer de trouver
07:55des excuses
07:57à des faits
07:58que vous qualifiez
07:59peut-être
07:59des faits divers
08:00et qui sont maintenant
08:02devenus des faits de société.
08:03Comment expliquer
08:04ce mal à qualifier ?
08:05À rebours d'ailleurs
08:06pour ajouter
08:07à ce que dit Albert Zénaud,
08:08à rebours d'André Valigny
08:09qui a publié une tribune
08:10dans le Figaro Vox
08:12en disant que la gauche
08:13doit maintenant regarder
08:13en face les problèmes
08:14des délinquances
08:15et de sécurité.
08:16Alors monsieur,
08:17vous avez réussi
08:17en une minute
08:18à me faire dire
08:18trois choses
08:19que je n'avais pas dit.
08:20Je n'ai jamais qualifié
08:20de faits divers.
08:21J'ai dit au contraire
08:22qu'en un an et demi,
08:23j'ai eu à subir
08:24deux méfaits graves.
08:25Donc non,
08:27je ne qualifie pas ça
08:28de faits divers.
08:29Nous avons la première
08:30convention nationale
08:31qui nous a sorti
08:32il y a six mois,
08:33c'est une convention nationale
08:33sur les questions de sécurité.
08:35Nous avons soutenu
08:35la loi narcotrafic
08:37à l'Assemblée nationale.
08:38Je n'ai pas le sentiment
08:38que nous pronions
08:39ces problèmes
08:40ni à la légère
08:40ni avec naïveté.
08:42Je dis simplement
08:42qu'à donner des coups
08:43de menton d'autorité
08:45en disant
08:45il suffit de supprimer
08:46les allocs aux parents
08:47et d'envoyer les mômes
08:48de 14 ans en prison
08:48pour régler le problème.
08:50Il ne s'agit pas
08:51de trouver des excuses
08:52à ces jeunes
08:52qui commettent des meurtres
08:53et qui brisent
08:54des familles entières.
08:55Il s'agit de les expliquer,
08:56de les comprendre
08:57pour pouvoir trouver
08:58la solution de société
08:59adaptée pour que cela
09:00n'arrive plus.
09:01Quand j'entends
09:02que pour que des enfants
09:03ne mettent plus
09:04des coups de couteau
09:04dans les collèges
09:05il faut qu'on installe
09:05des portiques
09:06dans tous les établissements
09:06secondaires de France,
09:08excusez-moi,
09:08je n'ai pas l'impression
09:09que c'est comprendre
09:10la réalité du problème
09:11que de proposer
09:12ces solutions
09:13qui me semblent simplistes.
09:14Le côté pédagogique,
09:17on l'entend tous
09:17ce Romain Esquenazi,
09:19simplement ça va mettre
09:19des années,
09:20c'est-à-dire qu'il faut
09:21régler le problème
09:22vous en conviendrez
09:23en deux temps,
09:23c'est-à-dire qu'il y a
09:24l'urgence maintenant
09:25et là je serais intéressé
09:27de savoir ce que vous
09:28proposez concrètement
09:29et sur le côté
09:31pédagogique,
09:31éducatif,
09:32très bien,
09:33mais ça va prendre 30 ans
09:34tout le monde est d'accord
09:34là-dessus ?
09:3530 ans, non monsieur.
09:36Moi je considère
09:37qu'un gamin de 13 ans
09:39n'est pas foutu
09:39pour les 30 années
09:40qui viennent
09:41et s'il est accompagné,
09:42vous savez moi
09:43je n'ai jamais mis
09:44de coup de couteau
09:44à quelqu'un
09:45et j'ai des enfants
09:46et je vous espérais
09:46qu'est-ce qu'on fait
09:49si on ne fait pas
09:49de portique,
09:50si on ne fait pas
09:50de fouille des sacs,
09:51si on ne coupe pas
09:52les allocs
09:52pour responsabiliser
09:53les parents
09:54comme vous dites,
09:54qu'est-ce qu'on fait ?
09:56Moi je trouve que
09:57couper les allocs
09:58pour responsabiliser
09:59les parents...
10:00Vous ne me répondez pas ?
10:02Mais bien sûr que si,
10:03je vous réponds,
10:04à la fois le volet répressif,
10:05le volet répressif
10:07je vous l'ai dit,
10:07mais évidemment
10:08le volet répressif
10:09c'est-à-dire avoir
10:10des effectifs de police
10:11sur le territoire,
10:12avoir de la présence
10:13de bleus sur le terrain,
10:14avoir des policiers
10:15suffisamment formés
10:16et suffisamment en nombre
10:17sur le terrain
10:18pour protéger la population,
10:19pour être alerté.
10:21Donc ça effectivement
10:21c'est une première chose
10:22mais la deuxième chose,
10:23si on met totalement de côté
10:24le fait qu'un jeune
10:26qui est inséré
10:27dans un projet social,
10:28professionnel,
10:29de formation,
10:30qui va avoir une activité
10:31sportive et culturelle
10:32qui est organisée,
10:33qui est stabilisée,
10:34et bien il ne va pas planter
10:35son camarade de 17 ans.
10:36Voilà, et donc je pense
10:37qu'il y a aussi
10:37ce problème de fonds
10:38qu'il faut régler.
10:39Merci beaucoup Romain Eskenazi
10:40de l'avoir été en direct
10:42sur Europe 1,
10:43député du Val-Douaz,
10:43porte-parole du groupe
10:44socialiste à l'Assemblée nationale.
10:46On se retrouve dans un instant,
10:47on repasse voir tout de suite.
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