00:00Oui, et si Donald Trump avait raison, c'est la question qui mérite d'être posée ce dimanche matin.
00:05Depuis des semaines, le président américain tire la sonnette d'alarme sur l'état de l'Europe.
00:10Il parle de déclin et d'effacement, alors le mot choc, il dérange.
00:13Mais s'il provoque autant de réactions, c'est peut-être parce qu'il dit une vérité que beaucoup préfèrent éviter.
00:18Et Donald Trump décrit une Europe qui doute d'elle-même, qui s'excuse d'exister,
00:22qui surtout a perdu confiance dans ce qu'elle est, un continent qui préfère maquiller ses faiblesses par les mots,
00:27remplacer le courage politique par les renoncements et éviter l'affrontement du réel par une euphémisation permanente.
00:33Depuis des années, l'Europe se raconte comme une puissance morale et normatile.
00:37Elle légifère, elle régule, elle encadre, elle transforme chaque fracture politique en un problème juridique,
00:42chaque désaccord en faute morale.
00:44Même la liberté d'expression devient un objet de surveillance, d'encadrement et même parfois de sanction,
00:50pas par autoritarisme mais par crainte de nommer les choses.
00:53Trump, lui, fait exactement l'inverse.
00:55Il ne cherche pas à adoucir le réel, il le dit, il le dit frontalement, parfois avec ses mots, parfois avec son excessivité.
01:02Il ne prétend pas que l'Europe va bien, évidemment.
01:04Il lui dit qu'elle se dissout culturellement, qu'elle n'assume plus son identité,
01:08qu'elle a remplacé la volonté politique par la procédure.
01:12Ce discours choque moins par ce qu'il affirme que par ce qu'il révèle.
01:14Une Europe qui ne supporte plus qu'on lui parle sans précaution oratoire.
01:19Emmanuel Macron incarne justement cette contradiction.
01:22Il parle de souveraineté, de renaissance, de civilisation européenne, évidemment.
01:26Mais dans un langage si abstrait qu'il finit par neutraliser ce qu'il prétend défendre.
01:30À force de ne pas vouloir heurter, l'Europe a cessé de convaincre.
01:34Et Troy, qu'on le veuille ou non, lui tend le miroir.
01:36Alors cette crise du langage, Jules, n'est-elle pas aussi une crise de l'autorité ?
01:40Bien sûr, c'est ici que les leçons trumpiennes, comme on pourrait les appeler,
01:44cessent d'être théoriques pour devenir extrêmement concrètes.
01:47Aux Etats-Unis, par exemple, le contrôle des frontières a été élevé au rang de priorité nationale.
01:52Moyens renforcés, procédures accélérées, ligne politique extrêmement lisible.
01:56Résultat, l'immigration clandestine a chuté spectaculairement.
02:00Preuve simple, presque gênante pour l'Europe.
02:02Les flux migratoires ne sont donc pas une fatalité, mais une décision politique.
02:06Même logique sur l'immigration légale.
02:08Les Etats-Unis assument une séparation claire entre l'immigration et l'Etat-providence.
02:12L'accès aux aides est conditionné, recentré, maîtrisé surtout.
02:16Pas d'universalisme abstrait, pas d'appel d'air budgétaire.
02:19En France, ce débat reste tabou, comme s'y poser la question revenait déjà à trahir les valeurs progressistes.
02:24Sur l'islamisme, enfin, l'approche américaine est dénuée d'ambiguïté.
02:28Washington ne parle pas de sentiment d'exclusion ou de dérive.
02:31Il parle de réseau, de financement, d'organisation politique structurée,
02:34de la surveillance, des dissolutions, de la fermeté juridique.
02:38L'islamisme est traité pour ce qu'il est, c'est-à-dire un projet politique
02:41qui est contraire à toutes nos valeurs et surtout à l'ordre constitutionnel.
02:45La différence donc est nette.
02:46En Europe et particulièrement en France, l'Etat hésite, l'Etat temporise.
02:50Il se retranche derrière le droit, la pédagogie et la communication.
02:53Aux Etats-Unis, il tranche, assume l'impopularité et agit,
02:57car le réel finit toujours par s'imposer.
02:59Alors, cette incapacité à trancher, justement,
03:02n'explique-t-elle pas aussi notre déclassement économique ?
03:04Bien sûr, et c'est d'ailleurs peut-être la dernière leçon trumpienne
03:07et qui est sans doute la plus décisive, la souveraineté.
03:10Eh bien, ce n'est pas un concept, c'est une mécanique.
03:12Les Etats-Unis ont engagé une réindustrialisation assumée,
03:15fondée sur trois piliers simples.
03:17La protection ciblée des secteurs stratégiques,
03:18la relocalisation des chaînes de production
03:21et surtout une énergie abondante et bon marché.
03:24Contrairement à l'Europe, Washington n'a jamais subordonné
03:26sa politique industrielle à une morale climatique hors sol.
03:29L'énergie fossile est assumée comme un outil de compétitivité et de puissance.
03:33Là où l'Europe culpabilise, eh bien, les Etats-Unis produisent.
03:36Là où Bruxelles multiplie les normes, l'Amérique investit.
03:39Mais la différence la plus profonde, elle tient surtout sur la méthode.
03:41Donald Trump gouverne par la décision.
03:43Il fait des décrets, il y a une verticalité du pouvoir,
03:46il y a une rapidité d'exécution,
03:49notamment dans les lois qu'il veut faire voter.
03:51Il y a un conflit qui est assumé aussi avec les oppositions
03:54et surtout, les juges Emmanuel Macron, eh bien, lui, fait l'inverse.
03:58Il annonce, il conceptualise, il théorise,
04:01mais sans majorité, contraint par le droit européen
04:03et prisonnier de ses propres contradictions.
04:06Il peine à transformer depuis 8 ans la parole en acte.
04:09Les leçons trumpiennes, donc, ne disent pas que Trump a toujours raison.
04:13Bien au contraire, elles disent autre chose, peut-être plus dérangeant d'ailleurs.
04:16Un État qui n'ose plus défier finit toujours par subir.
04:19Et une Europe qui confond souveraineté et communication
04:21prend le risque de disparaître du jeu mondial.
04:23Non pas par une hostilité extérieure, mais par un renoncement intérieur.
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