00:00Sylvain à présent, cette fois vous, vous êtes au cœur du réacteur, vous êtes ouvrier agricole.
00:05Cher Sylvain, bonjour.
00:08Bonjour Eliott, c'est bonjour à tous.
00:08Vous nous appelez d'où ?
00:10À côté de La Rochelle.
00:12Ah, sympa, La Rochelle. Il y a une mobilisation agricole du côté de La Rochelle ?
00:17On est partis hier soir, on avait bloqué la roquette de La Rochelle, on est partis hier soir.
00:22Et pourquoi vous avez quitté les lieux ?
00:24Disons qu'on va dire, moi personnellement, je ne suis pas pour bloquer les gens.
00:32Manifester, oui, bloquer les gens qui vont travailler le matin.
00:35J'essaie d'avoir un peu d'empathie envers eux, ceux qui vont travailler, qui se lèvent de bonheur,
00:40qui ont du mal à finir les fins de mois.
00:43Bon, j'ai été bloqué sur le lieu de blocage, mais bloquer les gens, voilà, j'essaie.
00:50Il faut éviter.
00:51Il y a une sorte de malaise.
00:54Voilà, il faut avoir privilégié le dialogue, ce que beaucoup comprennent,
00:57parce que bon, je pense qu'il y a beaucoup de gens qui travaillent et qui ne s'en sortent pas à la fin du mois.
01:02Donc, je préfère me mettre à leur place.
01:03Et alors, vous vous êtes mobilisé, notamment hier, et quelles étaient vos rends de vendications, cher Sylvain ?
01:10Moi, je suis ouvrier agricole, on a presque 800 hectares de terre, on ne fait que du céréal.
01:17Et quand on voit la crise, nous, au sein du monde céréalier, on en parle un petit peu,
01:22bon, un petit peu.
01:24Mais on a connu la crise avec la France.
01:26Il y a une crise France-Algérie, qui était notre premier importateur de blé.
01:31Et bien, avec ces crises diplomatiques, on se retrouve maintenant sur l'Algérie,
01:34avec la Russie qui est venue nous concurrencer énormément.
01:37Et on voit que les prix des engrais vont augmenter l'année prochaine.
01:42Enfin, ça va être très, très compliqué pour nous, dans le monde du céréal,
01:44de pouvoir essayer de s'en sortir, bien sûr.
01:49Maintenant, voilà, avec ce traité du Mercosur, je pense que ça va nous finir.
01:53Je pense que ça va finir le...
01:55Et si demain, le traité du Mercosur est ratifié, parce que là, vous appelez au dialogue,
02:01à ne pas bloquer, surtout pendant les périodes de Noël,
02:05est-ce que vous envisagez une mobilisation, là, pour le coup, plus importante ?
02:09Ah, pour moi, oui.
02:11Ça sera le tournant ?
02:12Ah, je pense qu'après les fêtes de fin d'année...
02:16Moi, on me dit, écoute, voilà, ça va...
02:19Enfin, je pense que ça va passer.
02:20Pour moi, je pense que c'est fait.
02:21Nous, on a... Enfin, la France n'a plus aucun poids politique sur...
02:26Au sein de Bruxelles, contrairement à l'Italie.
02:29Je pense que c'est fait, voilà.
02:30Mais s'il faut vraiment redoubler les efforts et vraiment bloquer, malheureusement,
02:34je pense que s'il faut bloquer à partir de début janvier,
02:37s'il faut rester jusqu'au mois de juin,
02:39je serais prêt à me sacrifier.
02:41Ah oui, mais c'est six mois.
02:42Dis donc, vous êtes effectivement motivé.
02:45Oui, oui, vous êtes motivé.
02:46Non, non, mais en plus, il y aura les élections,
02:48c'est au mois de mars, les élections municipales.
02:50Il y en a qui vont commencer à penser leur petit siège dans les grandes villes.
02:53Mais s'il faut vraiment se mobiliser début janvier,
02:56quitte à... Alors là, tant pis, s'il faut bloquer,
02:58ça fera beaucoup de gens en colère.
03:00Mais tant pis, s'il faut y aller, bon, il y aura.
03:02Mais ce témoignage est intéressant
03:04et je suis surpris de voir que les responsables politiques
03:09ne regardent qu'à très, très court terme.
03:12C'est vraiment un jour après l'autre.
03:13Mais à partir de janvier, mi-janvier,
03:17si vous avez la ratification du traité du Mercosur,
03:20l'avenir de ce gouvernement qui se jouait visiblement
03:22sur la promesse d'un budget,
03:25ce gouvernement pourrait aussi voir son avenir bouleversé
03:28par la ratification du traité du Mercosur.
03:31Parce qu'il y aurait une tartufferie XXL
03:33si vous êtes un élu de l'opposition,
03:37quel que soit le bord politique,
03:38puisque vous dites que, si et là,
03:40que vous êtes au plus près des agriculteurs.
03:43Les membres de l'opposition,
03:45ils sont allés partout, sur les points de bocage.
03:47Mais si vous ne mettez pas la pression
03:48en engageant pourquoi pas la responsabilité du gouvernement
03:51sur la ratification du traité du Mercosur,
03:53votre crédibilité, elle en prend là aussi un coup, j'imagine.
03:58Un dernier mot avec vous,
04:00parce que c'est important de donner une dernière fois
04:04la parole au secrétaire général
04:06de la coordination rurale que vous êtes, François Valrette.
04:09Et ensuite, on passera aux questions de sécurité
04:12autour de Noël.
04:13François.
04:14Oui, non, je voulais réagir effectivement
04:16à ce que disait votre auditeur.
04:18Si je ne me trompe pas,
04:18il y avait quand même une niche parlementaire
04:20proposée par, je ne sais plus quelle partie,
04:23sur le Mercosur,
04:24où le vote était unanime
04:25et contre cette ratification du traité
04:29au sein de l'Assemblée nationale.
04:32Et face à ce vote,
04:34à l'unanimité, ou peut-être l'unanimité
04:36sauf une voix,
04:37j'étais quand même surpris de voir
04:38que le Président de la République
04:39a attendu le dernier jour
04:41pour changer d'avis
04:42et se dire qu'il fallait peut-être
04:44demander un sursis.
04:45Vous avez tellement raison,
04:46c'était le 27 novembre dernier,
04:48l'Assemblée nationale a adopté
04:50à la quasi-unanimité
04:51une résolution contre l'accord.
04:53Avant les votes européens de décembre,
04:56on était donc le 27 novembre,
04:58c'était bien loin de cette crise.
05:01Et j'ai l'impression que le Président de la République
05:03n'a pas pris en compte ce vote,
05:05qu'il était prêt à accepter le Mercosur
05:07et que c'est uniquement sous la pression
05:08des agriculteurs et pas du tout
05:10de ses parlementaires.
05:11C'est un vote non contraignant,
05:12une résolution.
05:13C'est non contraignant,
05:14mais c'est quand même révélateur
05:15de ce que veulent les Français.
05:17Et j'ai l'impression qu'il ne l'a pas
05:18pris en compte du tout.
05:19Quand vous n'avez plus de majorité
05:20à l'Assemblée nationale
05:21et qu'à la quasi-unanimité,
05:23vous avez un vote comme celui-ci,
05:25l'Assemblée nationale
05:27est la représentation aujourd'hui
05:29de la nation.
05:30On ne peut pas le prendre en compte.
05:31Mais oui, on se pose la question
05:33quand même de la déconnexion
05:34de ce Président face à son peuple.
05:35Alors là, pour le coup,
05:36je ne sais pas s'il est déconnecté du peuple,
05:38mais je suis certain d'une chose,
05:39c'est qu'il peut avoir aussi
05:40un temps d'avance politique
05:41et il a bien compris
05:42qu'avec cette crise-là,
05:45dans les prochains jours
05:46ou les prochaines semaines,
05:47il peut y avoir une évolution
05:51beaucoup plus rapide qu'imaginée
05:53parce que tout le monde se disait
05:54si vote du budget, il y a,
05:56c'est statu quo pendant un an et demi,
05:58plus personne ne va bouger,
06:00tout le monde sera dans les starting blocks
06:01avant d'attendre la présidentielle.
06:04Il n'y aura pas de législative anticipée.
06:07Attention, attention,
06:08à partir de janvier
06:09et cette mobilisation agricole,
06:12les choses peuvent s'accélérer
06:14et ça pourrait avoir
06:15des conséquences très lourdes.
06:16Pourquoi ?
06:17Parce que les élections municipales,
06:18c'est des élections extrêmement importantes.
06:21Les maires étaient très inquiets
06:22de voir, par exemple,
06:23des élections législatives anticipées
06:25qui pouvaient, en quelque sorte,
06:29dénaturer, déstructurer
06:30ces élections municipales.
06:32mais on ne sait pas ce qui va se passer
06:34à partir du 12 janvier,
06:37si ratification du Mercosur il y a un grand merci
06:40vraiment d'être venu ce matin.
06:41Merci à vous, Elliot, de m'avoir invité.
06:43Vous êtes le bienvenu,
06:46François Valerette,
06:47secrétaire général de la coordination rurale.
06:49Merci à tous les auditeurs
06:50d'Europe 1 qui ont réagi,
06:52à tous les agriculteurs
06:53qui ont témoigné.
06:54Sous-titrage Société Radio-Canada
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