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  • il y a 3 mois
Innovation, numérique : comment répondre aux attaques de Donald Trump ?

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00:00Générique
00:00Et bienvenue dans les informés de l'écho, votre rendez-vous de décryptage de l'actualité économique chaque samedi sur France Info
00:13en partenariat avec le Cercle des économistes et toujours avec vous Emmanuel Cuny. Bonjour cher Emmanuel.
00:19Bonjour à tous.
00:20On reçoit deux informés ce matin dont un prix Nobel. Bonjour Philippe Aguillon.
00:26Bonjour.
00:26Pré-Nobel d'économie 2025, professeur au Collège de France, membre du Cercle des économistes, ravi de vous accueillir dans ce studio.
00:34Plaisir également de retrouver une habituée des informés de l'écho, Anne-Sophie Alsif. Bonjour.
00:38Professeur d'économie à la Sorbonne, chef économiste de la société d'études BDO France.
00:45Au programme Emmanuel, comment répondre aux attaques répétées de Donald Trump sur le numérique ?
00:51Oui, parce que l'IA et le numérique, en règle générale, tout ce qui est technologique, c'est vraiment, je dirais, aujourd'hui le pic principal de Donald Trump pour faire l'offensive,
01:03mener l'offensive contre l'Europe en matière économique.
01:06Mardi, Washington a menacé l'union de représailles si Bruxelles ne revenait pas sur sa législation numérique.
01:12Donald Trump, en fait, estime que les principales cibles des initiatives européennes, de cette régulation européenne, ce sont les entreprises américaines.
01:22Et quelques jours plus tôt, on se souvient que le président américain publiait discrètement ce qu'on appelle la stratégie de sécurité nationale,
01:28qui théorise en fait le déclin économique de l'Europe.
01:31Et là, il n'était vraiment pas tendre dans les termes.
01:33Selon Trump, l'Europe s'apprête à traverser une zone de turbulence majeure, encore plus importante qu'aujourd'hui, c'est dire.
01:40Alors, comment lui répondre avant qu'il ne soit trop tard ?
01:44L'Europe est-elle prête ? Et puis surtout, quels moyens doit-elle déployer, doit-elle mobiliser ?
01:48Alors, est-ce qu'il faut prendre au sérieux cette menace, ces coups de boutoir de Donald Trump, Anne-Sophie Alsif ?
01:56Oui, toujours. Après, c'est vrai qu'il y a souvent beaucoup de changements dans sa communication.
02:00On sait que c'est un grand adepte.
02:02Ce qui est assez intéressant, c'est qu'il sait que l'Europe est très stratégique sur ce marché-là
02:05et que c'est un des principaux marchés pour les États-Unis, pour les plateformes, mais pas seulement.
02:09Pour également les services financiers.
02:11Et d'ailleurs, à mon sens, quand on a négocié les fameux droits de douane,
02:14on aurait beaucoup plus dû utiliser ce critère pour avoir des droits de douane moins importants.
02:19Donc, il sait que c'est assez stratégique et qu'il faut taper sur l'Europe
02:22parce que si on commence à se fermer en mettre une législation,
02:24eh bien, ça aura un impact important économiquement pour les États-Unis.
02:27Même question pour vous, Philippe Aguillon.
02:29Est-ce qu'il faut se méfier et prendre vraiment au sérieux ces déclarations ?
02:33Je pense qu'il faut tout à fait prendre ça au sérieux.
02:34Et c'est tout l'objet du rapport Draghi.
02:37Le rapport Draghi dit que l'Europe décline en innovation, en rupture high-tech
02:42par rapport aux États-Unis et même maintenant par rapport à la Chine.
02:46Et c'est un fait.
02:48Il faut que maintenant l'Europe rattrape.
02:50Et donc, on devienne plus innovant quand nous l'étions.
02:53Et par exemple, la révolution de l'intelligence artificielle,
02:55nous avons d'excellents chercheurs en intelligence artificielle.
02:57Il y a de Lequin, qui a été un pilier de l'intelligence artificielle,
03:01prix Turing, qui est l'équivalent du prix Nobel dans l'IA,
03:04qui quitte Meta.
03:06Mais il va en Angleterre.
03:07Il faudrait la tirer en France.
03:08Et donc, il faut créer en France et en Europe un environnement
03:11qui favorise l'innovation de rupture.
03:13Un vrai marché unique des biens et services.
03:16Un écosystème financier, capital risque, investisseur institutionnel
03:19favorable à l'innovation de rupture.
03:22Pour la prise de risque de long terme, la recherche,
03:25pousser la recherche de long terme, ne pas couper dans les budgets de recherche
03:28comme on fait tout le temps en France, par exemple.
03:31Eh bien, vraiment, sécuriser la recherche fondamentale,
03:34parce que sans recherche fondamentale, il n'y a pas d'innovation de rupture.
03:37Il y a toute une série de choses que l'Europe doit faire pour devenir innovant.
03:40Parce que si nous ne faisons pas ça, eh bien, c'est les États-Unis et la Chine
03:44qui vont dicter les règles.
03:46Et nous, nous allons nous soumettre de plus en plus.
03:48Ça reflète vraiment le drame du déclin technologique européen
03:53par rapport aux États-Unis et à la Chine.
03:56Et tous ceux qui essayent de vous expliquer qu'en fait,
03:58il n'y a pas de déclin européen sont vraiment des oiseaux de malheur.
04:01Alors, c'est ce que dit d'ailleurs Gabriel Zucman.
04:03Mais il a totalement tort.
04:05Il ne comprend pas.
04:06Il ne comprend pas ce qui se passe.
04:08Voilà, ce n'est pas sa spécialité, la productivité.
04:10Il ne comprend pas qu'il y a un vrai problème de déclin européen
04:13par rapport aux États-Unis.
04:15Nous n'avons pas suffisamment tiré parti de la révolution
04:20des technologies de l'information.
04:22Nous risquons de manquer la révolution de l'intelligence artificielle.
04:25C'est très important que nous soyons innovants.
04:27Et maintenant, la Chine innove dans toute une série de technologies.
04:30La Chine est en pointe dans les blockchains,
04:33dans les voitures électriques, dans les panneaux solaires.
04:36La Chine est devant nous maintenant.
04:38Donc, si on se fait distancer et par les États-Unis et par la Chine,
04:41nous perdons notre pouvoir de marchandage au niveau international.
04:45Nous ne sommes plus capables de...
04:47Nous perdons notre influence.
04:49Et donc, ça se reflète, justement, dans...
04:52Ça se reflète dans Mme van der Leyen,
04:55qui va sur le cours de golf de M. Trump en Écosse pour négocier.
05:00C'est ça qui est reflété.
05:01À un moment donné, on paye le prix
05:05de ce que nous n'avons pas fait depuis des années
05:08pour devenir plus innovants.
05:10Anne-Sophie Alsif, est-ce que Philippe Aguillon a raison
05:11de tirer la sonnette d'alarme, comme il vient de le faire ?
05:14Complètement.
05:15Et moi, pour ajouter d'une manière plus nationale,
05:17puisqu'on sait qu'aujourd'hui, politiquement,
05:19les partis sont obsédés par le pouvoir d'achat.
05:21Moi, je ferai aussi le lien avec ça.
05:22Parce que c'est vrai que très souvent,
05:24les gens qui disent qu'il n'y a aucun problème
05:25concernant l'investissement, notamment dans l'innovation,
05:28et après, d'ailleurs, disent,
05:29regardez, on veut des services publics,
05:31on veut une retraite, on veut une protection sociale.
05:33Aujourd'hui, si toutes ces technologies partent en Chine,
05:36aux États-Unis, c'est quoi ?
05:37C'est beaucoup moins de gains de productivité,
05:39c'est donc beaucoup moins de croissance,
05:40et donc c'est beaucoup moins d'argent
05:41pour payer les 400 milliards de retraites chaque année
05:43et les 300 milliards de sécurité sociale.
05:45Donc c'est très concret.
05:46Donc les personnes qui vous disent
05:47« on s'en fiche du déclin, allez aux États-Unis »,
05:50comment après on finance la sécurité sociale ?
05:51Tout est lié, vous nous dites.
05:52Tout est totalement lié.
05:53Et ça, c'est très concret.
05:54C'est le pouvoir d'achat des Français.
05:56Aujourd'hui, on est 20% plus pauvres que les Allemands.
05:58Pourquoi ?
05:59Parce qu'on s'est désindustrialisés
06:00et qu'on n'investit pas.
06:01Comme l'a très bien dit Philippe,
06:03quand vous regardez les chiffres,
06:04on peut choisir sur les chiffres,
06:05vous regardez les chiffres,
06:0675% des entreprises qui sont valorisées
06:08autour de 2 milliards partent aux US.
06:11Donc c'est juste factuel.
06:13Et ça se passe depuis 10 ans.
06:14Donc on le voit, ça fait 10 ans que c'est le cas.
06:16Vous imaginez si cette valeur avait été créée en Europe ?
06:19Est-ce qu'on aurait encore ce débat sur les retraites ?
06:20Alors bien sûr, on l'aurait toujours,
06:22parce qu'il y a d'autres choses.
06:22Mais voilà, les gains de productivité qu'on pourrait avoir.
06:24Donc c'est vraiment suicidaire de dire
06:27on peut laisser cette révolution aux autres
06:29et nous, c'est pas grave,
06:30on reste un pays de consommation et de logistique.
06:33C'est juste faux économiquement.
06:34Peut-être faut-il rappeler, Manuel Cuny,
06:36ce que risquent précisément nos entreprises européennes
06:39si Donald Trump met ses menaces à exécution.
06:42Alors ce sont principalement
06:43les entreprises européennes de services
06:46qui sont visées,
06:48qui ont en tout cas la possibilité
06:49d'opérer librement aux Etats-Unis
06:51depuis des décennies.
06:52Il y a Accenture, il y a Capgemini,
06:55il y a Publicis,
06:56il y a également, évidemment,
06:58le leader français de l'intelligence artificielle Mistral.
07:03Il y a la plateforme de musique en ligne Spotify.
07:07Donc la loi...
07:08Qui est suédoise.
07:09Effectivement suédoise.
07:10Donc on voit que cet ensemble d'entreprises européennes
07:13est vraiment dans le collimateur des Etats-Unis.
07:15La loi américaine permet la mise en place
07:17de droits d'entrée ou de restrictions
07:18aux services étrangers
07:19parmi d'autres possibilités.
07:21Donc c'est une vraie menace.
07:23Est-ce une réelle pression du dealmaker Donald Trump ?
07:27Parce que Donald Trump, c'est un chef d'Etat,
07:28mais c'est aussi et surtout un négociateur.
07:30On l'a vu avec les niveaux de tarifs douaniers.
07:34Il place la barre très haut pour gagner un petit peu moins.
07:36Il réussit dans tous les cas.
07:37Donc c'est plus le dealmaker que le président.
07:39Et malgré tout, l'Europe,
07:41elle assure qu'elle va continuer
07:43à réguler le secteur du numérique.
07:45Alors dit-elle équitablement
07:47et appliquer des réglementations
07:48sans discrimination.
07:50Juste à ce filet chiffre,
07:51pourquoi est-ce qu'il est si fâché Donald Trump ?
07:53Qu'est-ce que Bruxelles a pris comme décision
07:55qui l'irrite à ce point ?
07:58Là, c'est vrai qu'on se disait,
07:59on a eu les fameux 15% de droits de douane,
08:01ça y est, il va être content, c'est fini.
08:03Moi, je pense que c'était absolument une erreur.
08:05Ce qu'il veut, c'est vraiment détruire, à mon sens,
08:07le système économique et social en Europe.
08:10Il pense que voilà, on a trop d'immigration,
08:13enfin voilà, il a des problèmes idéologiques
08:15avec l'Europe, il l'a exprimé à de nombreux moments.
08:17Il règle ses comptes avec nous.
08:18Exactement.
08:19Et donc il s'attaque, secteur par secteur,
08:22branche par branche,
08:23à ce qu'il peut faire pour vraiment détricoter l'Europe.
08:26Il l'avait bien dit, c'est vraiment un continent
08:28qui existe pour embêter les Etats-Unis.
08:30Donc à chaque fois, il va mettre en place cette stratégie.
08:32Et il ne faut pas croire que c'est parce qu'on signe un traité
08:34que demain, c'est fini.
08:36Ça ne cessera de continuer.
08:37Et même quand il n'y aura pas Donald Trump,
08:38s'il y a toujours ce courant qu'il y a à la maison branche,
08:40ça continuera encore.
08:42On poursuit la discussion passionnante dans un instant.
08:44Si vous le voulez bien, sur France Info,
08:46il est 9h48, le temps du fil info.
08:49À la une ce matin, Diane Ferschit.
08:53Sur France Info, la coordination rurale propose
08:55une trêve des actions pendant les vacances de Noël,
08:57mais regrette des annonces assez faibles
08:59de la part du gouvernement.
09:01Après cette lettre du Premier ministre,
09:03Sébastien Lecornu annonce la création d'un fonds
09:04de 11 millions d'euros pour les agriculteurs touchés
09:07par les abattages de leurs bêtes
09:08à cause de la dermatose nodulaire contagieuse.
09:11Et les blocages sur les grands axes se poursuivent
09:13avec des actions prévues aujourd'hui
09:16par la Confédération Paysanne.
09:18Dans Lyon, un homme de 46 ans,
09:20interpellé et placé en détention provisoire,
09:22soupçonné d'avoir partagé des images
09:25à caractère sexuel de sa fille de 10 ans
09:27et d'une de ses amies.
09:27C'est un signalement du FBI
09:29qui a mis les enquêteurs français sur sa piste.
09:31Le FBI qui s'intéressait à un groupe d'hommes
09:33partageant des contenus pédopornographiques
09:35via une application.
09:37200 emplois en jeu avec le placement
09:39au redressement judiciaire de l'entreprise marseillaise
09:41de prêt-à-porter jotte.
09:43Elle fabrique des doudounes légères.
09:45Le tribunal des activités économiques de Marseille
09:47a fixé une période d'observation provisoire
09:49de 6 mois.
09:502 euros, c'est ce que les touristes devront payer
09:53à Rome à partir de février
09:54pour accéder à la fontaine de Trévis.
09:57Les habitants de la ville bénéficieront toujours
09:59d'un accès gratuit.
10:00La mesure devrait rapporter 6,5 millions d'euros
10:03par an à la ville de Rome.
10:12La deuxième partie des informés de l'écho
10:19toujours avec le prix Nobel d'économie 2025
10:21Philippe Aguillon et la professeure d'économie
10:24à la Sorbonne.
10:24Anne-Sophie Alcif, on parle ce matin
10:27de l'offensive économique américaine
10:29contre l'Europe avec un Donald Trump
10:31qui accentue la pression, Emmanuel Cuny
10:33au fil des semaines.
10:35Comment l'Europe, comment la France
10:37peuvent répondre à cette pression ?
10:39Alors on peut peut-être rappeler ce qu'il y a
10:41dans cette nouvelle stratégie de sécurité nationale
10:43que le président américain, en tout cas
10:45que son administration a publiée
10:46pas plus tard que le 5 décembre dernier.
10:49Trump souligne en fait que l'Amérique
10:51veut rester la première puissance mondiale
10:52en dominant l'intelligence artificielle,
10:55le quantique, l'autonomie,
10:56tout ça en sécurisant l'ensemble
10:58des chaînes technologiques critiques
11:00en exportant les standards américains
11:02et puis en reconstituant une base industrielle massive
11:05pour soutenir cet effort.
11:06Donc on voit qu'il y a vraiment une volonté américaine
11:09face à ça l'Europe.
11:10Où est-ce qu'on en est nous concrètement ?
11:13Est-ce qu'il n'y a pas un petit peu d'attentisme ?
11:15C'est à la fois violent dans les mots et les intentions.
11:18Donc quelle réponse concrète apporter
11:20et appropriée de notre part
11:23sur l'innovation bien sûr
11:25mais surtout cette réaction rapide ?
11:27Comment on peut l'envisager ?
11:29On voit que les 27 sont quand même assez divisés
11:31sur des tas de sujets.
11:32Il y a la question de la défense.
11:33Je ne parlerai pas de la politique sociale, etc.
11:35Est-ce qu'on arrive, est-ce qu'on va arriver
11:37à faire en sorte que ces deux grosses boules de métal
11:41que sont d'un côté les Etats-Unis et la Chine
11:44avec au milieu les 27 petites boules de bois européennes ?
11:49Est-ce qu'on peut se mettre d'accord assez rapidement
11:50pour voir faire, je dirais, vraiment faire opposition
11:55et réagir très rapidement à cette attaque massive
11:59des Etats-Unis ?
12:00Pas sûr que la réponse soit positive pour l'instant.
12:02Quelles sont nos forces en présence, Philippe Aguillon ?
12:05Écoutez, nous avons d'abord de très bons chercheurs,
12:08de très bons...
12:09Vous savez que les innovations de rupture,
12:10citent beaucoup, vous avez les travaux
12:12de mon collègue Antonin Bergeau qui le montre,
12:14les innovations de rupture sur le plan mondial
12:18citent beaucoup des papiers,
12:19des articles de recherche européens.
12:21Donc on a, malgré les faibles budgets de recherche
12:24que nous avons, de très bons chercheurs.
12:27Donc ça, c'est quand même une force d'attraction.
12:31Dans l'IA, nous avons donc des acteurs
12:34qui sont très bons, mathématiciens, ingénieurs, informaticiens.
12:38Donc ça, c'est un atout.
12:40Et nous avons un grand marché, mais pour peu qu'ils soient unifiés.
12:44Donc ça, c'est quand même un atout.
12:46Mais il faut qu'on s'unisse, quoi.
12:48Donc moi, je crois beaucoup dans la coalition des volontaires.
12:51C'est-à-dire que les pays européens
12:53qui veulent faire des choses ensemble, le fassent.
12:55Qu'on crée, par exemple, des...
12:57On crée la coalition des volontaires, mais vous appelez une coalition des volontaires économiques.
13:01Une coalition des volontaires économiques.
13:03C'est-à-dire que la France, l'Allemagne, l'Angleterre,
13:05je pense qu'il faut faire rentrer l'Angleterre dans le jeu,
13:08veulent créer l'équivalent des DARPA américaines.
13:10Vous savez, c'est cette manière de faire de la politique industrielle
13:13qui est favorable à la concurrence.
13:15Vous dites, par exemple, j'ai une mission dans la défense et l'espace,
13:17où j'ai une mission en santé et je crée un mécanisme, une agence
13:23qui récolte des fonds gouvernementaux.
13:26Et puis ensuite, il y a des chefs d'équipe
13:28qui suscitent des projets concurrents pour remplir cette mission.
13:31Donc c'est une manière très moderne de faire de la politique industrielle.
13:34En défense, il faut une DARPA avec des pays européens, ceux qui veulent.
13:39J'inclurai l'IA dans la défense.
13:41C'est évident que la défense, ce n'est pas seulement les munitions et les tanks.
13:44Ça serait l'IA également.
13:45Il faut construire l'équivalent du CERN.
13:47Vous savez, à Genève, en IA.
13:49Ça, on peut tout à fait le faire.
13:50Des centres de calcul.
13:52On a de très bonnes données.
13:53Vous savez, l'IA, c'est du calcul, c'est de la capacité de calcul
13:57et c'est des données.
14:00Nous avons de très bonnes données de santé.
14:01Dans d'autres domaines, on a d'excellentes données.
14:03Il faut construire de la puissance de calcul en Europe
14:05et construire l'équivalent de ce CERN dans l'IA.
14:11Donc je pense qu'un certain nombre de pays
14:12peuvent se mettre ensemble pour le faire.
14:14Vous dressiez un constat assez sombre.
14:16Ah non, mais je pense qu'on a des potentiels.
14:18C'est-à-dire, je dis, jusqu'à maintenant, on n'a pas fait assez,
14:20mais nous pouvons faire.
14:22C'est ça que je suis en train de dire.
14:23Donc il faut que les pays qui veulent faire des choses,
14:27défense, transition énergétique, biotech,
14:30on est très bons dans ces domaines.
14:32Donc si on fait des DARPA dans ces domaines,
14:35on peut vraiment, l'Europe peut pousser.
14:39Et puis moi, je pense qu'il y a des domaines
14:40où avec la Chine, on peut collaborer aussi.
14:43Il faut simplement être sûr que les transferts de technologie,
14:46par exemple, dans les domaines de la transition énergétique,
14:49ils sont très bons.
14:51Dans les biotech, on peut travailler avec eux.
14:53Seulement, il faut s'assurer que les transferts de technologie
14:55ne sont pas à sens unique, uniquement de nous vers eux
14:57et pas d'eux vers nous.
14:58Parce qu'il y a des domaines où ils sont en avance sur nous.
15:00Donc ça, il faut savoir.
15:01Mais il ne faut pas s'interdire, dans des domaines comme ceux-là,
15:04c'est la doctrine qui s'ingère,
15:06d'également avoir des accords avec les Chinois.
15:08Anne-Sophie Alsif.
15:10Moi, c'est vrai que je pense qu'en effet,
15:12l'investissement, c'est totalement clé.
15:14Et la problématique, je pense qu'il faut vraiment
15:15qu'on sorte d'une Europe du consommateur
15:17pour aller vraiment vers cette Europe du producteur.
15:20Le grand problème politiquement, quand on dit ça,
15:21c'est que tout le monde va vous dire
15:23je suis d'accord pour investir, c'est bien la recherche, etc.
15:25Et après, dans les faits, tout le monde coupe les budgets.
15:27Pourquoi on coupe les budgets ?
15:28Parce qu'en effet, on est dans une, surtout en France,
15:31dans un modèle de croissance basé sur la consommation,
15:34sur le pouvoir d'achat.
15:35Et donc, on va toujours se dire,
15:36on va faire une politique budgétaire
15:38pour essayer de financer, on va dire, le courant
15:40plutôt que d'investir.
15:42Et on l'a vu, par exemple, le budget de l'année dernière.
15:44Qu'est-ce qui a été en effet sacrifié ?
15:45La transition écologique et le budget de la recherche
15:47pour payer les dépenses de fonctionnement.
15:50On a en fait ces retraites, 400 milliards, on le dit.
15:54On a la charge à dette qui va énormément augmenter
15:56à cause de notre mauvaise gestion budgétaire,
15:58100 milliards en 2029.
16:00Donc, bien évidemment, pour le politique,
16:02quand vous avez des charges comme ça, je peux dire fixes,
16:04eh bien, qu'est-ce que vous allez essayer de sacrifier ?
16:07L'investissement.
16:07Parce que les investissements, là, tout ce dont on parle,
16:10c'est sur le temps long, ce n'est pas en 2-3 ans.
16:12Ça va mettre 5-10 ans.
16:14Donc, c'est vrai que c'est ça la grande difficulté qu'on a.
16:16C'est pour ça qu'il faut revenir dans un plan,
16:19un plan à 10-20 ans, comme la Chine le fait à 30 ans,
16:23où on a une vision par stratégie et par filière industrielle,
16:27où on dit, voilà, l'Europe, dans 30 ans,
16:29sera leader en santé, en aérotique, en défense.
16:32Je voulais juste ajouter une chose.
16:34Ce qu'il ne faut pas faire,
16:35couper dans le budget de la recherche,
16:37jamais, jamais,
16:38n'utiliser la recherche comme variable d'ajustement.
16:41C'est une folie.
16:41Et si on le fait en France, c'est une folie.
16:44Deux, la taxe Zuckman,
16:45la taxe Zuckman, c'est le pire qui peut se passer.
16:47C'est l'anti-plan Draghi.
16:49C'est vraiment s'assurer que l'IA se fera ailleurs qu'en France.
16:52Vous voulez vous assurer que nous ne ferons pas d'IA en France,
16:55vous mettez en place la taxe Zuckman.
16:56Mais c'est un chercheur, Gabriel Zuckman.
16:58Oui, mais je crois que sur l'innovation,
17:00ce n'est pas son domaine.
17:02Il y a un point,
17:03enfin, deux points rapidement que je souhaiterais relever
17:06dans ce que vous disiez, Philippe Aguillon,
17:07tout à l'heure, la DARPA, la fameuse agence américaine,
17:10on n'a pas l'équivalent en Europe.
17:11C'est-à-dire, en gros, aux Etats-Unis,
17:12c'est l'agence de, vous l'avez expliqué,
17:15on finance les projets de recherche,
17:17en fait, sur le budget du Pentagone,
17:19c'est-à-dire sur le militaire.
17:22Ça, en Europe, on ne peut pas le faire.
17:23Donc là, automatiquement...
17:24Non, on peut le faire avec des pays, par exemple,
17:25France, Allemagne,
17:26ils réfléchissent à une DARPA.
17:28Les Suédois seraient partants pour faire des choses avec nous.
17:31Les Anglais aussi.
17:32D'ailleurs, les Anglais veulent revenir dans le jeu.
17:34Et ça, c'est typiquement des choses qu'on peut faire avec eux.
17:35Ils sont très bons dans le domaine de la défense.
17:37Pour revenir dans le jeu, il faudrait aussi qu'on ait les compétences.
17:39Vous disiez, on les a, les compétences,
17:41mais vous citiez, par ailleurs, Yann Lequin,
17:43notre breton national,
17:45qui travaillait pour Mark Zuckerberg chez Meta.
17:49Donc, Meta, c'est Facebook.
17:50C'était le grand ingénieur français,
17:52IA, aux Etats-Unis et chez Facebook.
17:55Yann Lequin a claqué la porte
17:56parce qu'il n'était pas d'accord avec Mark Zuckerberg.
17:59Il est parti, on pouvait se dire,
18:00il va revenir en France.
18:01Non, il est parti dans un fonds...
18:02Il y a un écosystème financier meilleur,
18:05quand même, en Angleterre que chez nous.
18:07Ils n'ont pas la menace.
18:08Alors, il y a peut-être des menaces,
18:10mais pas comme nous,
18:11de populisme dans 17 mois.
18:14Il n'y a pas la menace de taxes farfelues.
18:18C'est un environnement plus favorable que nous
18:20à l'innovation en ce moment.
18:22Je veux dire, il faut...
18:23Voilà, il y a une incertitude.
18:25Et vous ne dites pas non plus
18:26qu'Esther Duflo va s'installer à Zurich.
18:28Elle ne vient pas en France.
18:28Esther Duflo, c'est...
18:29Absolument.
18:30Prix Nobel d'économie,
18:31de développement.
18:31Prix Nobel d'économie.
18:32Parce qu'il y a un environnement
18:33plus favorable à la recherche là-bas.
18:34Merci beaucoup.
18:35Merci à tous les deux.
18:36Philippe Aguillon,
18:37Prix Nobel d'économie 2025,
18:39membre du Cercle des économistes.
18:40Merci à vous,
18:40Anne-Sophie Elsif,
18:42professeure à la Sorbonne.
18:43Les invités de l'éco,
18:44c'est déjà terminé.
18:45Merci à vous,
18:46également Emmanuel Cuny.
18:47On peut citer votre dernier livre,
18:49Philippe Aguillon,
18:50co-écrit avec Anne Bouvreau.
18:51Il y a notre ambition pour la France,
18:53chez Odile Jacob.
18:54Bonne journée sur France Info.
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