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  • il y a 10 mois
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Télématin reçoit Pierre Arditi pour la publication de son livre "Le souvenir de presque tout".

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Transcription
00:009h10, notre invité ce matin traverse le temps, 60 ans de carrière au théâtre ou au cinéma, où il a tout connu.
00:06Ce sont ses fragments de souvenirs qu'il raconte, professionnels ou personnels d'ailleurs, dans un livre, le souvenir de presque tout.
00:13L'indémodable Pierre Arditier, l'invité de Télématin.
00:15Mais les amis franco, de bord, des copains d'abord.
00:19Bonjour Pierre, bienvenue.
00:20Indémodable, indémodable, d'exception.
00:24Indémodable, comme Georges Brunson, ce qu'on entend pour votre entrée, on l'a choisi.
00:28C'est vrai ?
00:29Oui, on l'a choisi pour votre entrée ?
00:30Ah, j'aimais beaucoup.
00:31Oui, ça vous plaît ce choix ?
00:33Bonjour Brunson, c'est beaucoup. J'ai même tourné dans sa maison il y a très longtemps.
00:37Un film ?
00:38Un téléfilm, oui.
00:39Un téléfilm, oui.
00:40Merci de commencer Pierre votre samedi avec nous.
00:43On vous retrouve sur scène, au ciné, au théâtre.
00:46Et maintenant donc avec ce livre, on en parle dans un instant, si vous le voulez bien, juste après l'interview, encore un matin.
00:51Encore un matin, un matin pour rien.
00:54Encore un matin, question courte, réponse courte pour mieux connaître vos habitudes.
00:58Au réveil.
00:59Mais comme je crois que vous êtes un peu insomniaque, ce sera peut-être vos habitudes.
01:02Quel réveil ?
01:03Voilà, c'est ça.
01:06Alors j'allais dire l'humeur du réveil ce matin, l'humeur tout court.
01:11Bonne, bonne, bonne.
01:13Est-ce que vous rêvez de théâtre la nuit parfois ?
01:15Je rêve la nuit, oui, mais pas forcément de théâtre.
01:19Quand le réveil sonne, vous êtes efficace, direct sous la douche ou vous vous endormez une fois sur deux ?
01:24Non, non, je ne m'endors pas.
01:25Je ne dors pas, vous savez, je dors très très peu.
01:27J'ai écrit ça, je ne dors pas.
01:30Quand j'ai demandé un jour à ma mère, c'est quoi la mort ?
01:32Elle m'a dit, mon chéri, c'est rien du tout, c'est comme quand tu dors mais tu ne rêves plus.
01:35Donc évidemment, ça m'a terrorisé pour le restant de mes jours.
01:37Et donc je ne dors pas, très peu, je somnole et puis je me lève et puis voilà.
01:41Donc la vie commence.
01:42La première personne à qui vous avez pensé ce matin ?
01:46La première personne à qui j'ai pensé ce matin ?
01:47À ma femme.
01:48Vous allez mieux répondre ça.
01:51Non, à ma femme qui prend soin de moi comme si j'étais un objet précieux et qui fait mon café et tout ça.
01:57Ah, sympa.
01:58Et c'est très, je ne peux pas me passer de ça.
01:59Sympa.
02:00Le premier message que vous avez lu ou envoyé au réveil ou ce matin ?
02:04Eh bien, j'ai lu un message, j'ai lu l'année de naissance de mon ami Jean Poiré,
02:09dont on reprend la cage au folle avec l'excellent Laurent Lafitte,
02:13parce que je l'aimais beaucoup, je travaillais avec lui et je ne me souvenais plus de l'époque où il avait disparu
02:19et j'ai malheureusement retrouvé cette date, ça fait quand même il y a longtemps maintenant, c'était en 92.
02:23En 92 ?
02:24Oui, quelques fois.
02:25Mais le souvenir de Poiré est tellement merveilleux que la mort n'existe pas avec lui.
02:30C'était l'interview encore un matin de Pierre Arditi.
02:32Le souvenir de presque tout au Cherche-Midi.
02:35Ce n'est pas une biographie, Pierre.
02:36Non, c'est le contraire.
02:37C'est même tout le contraire.
02:38Ce sont des fragments de souvenirs que vous racontez.
02:40Les pages, on va rentrer dans le vif du sujet tout de suite, qui m'ont le plus ému,
02:43moi, ce sont les pages où vous parlez de la perte de vos parents.
02:46Quiconque a perdu ou craint de perdre ses parents un jour, je pense, se sentira touché par ces pages.
02:50Vous dites joliment qu'aujourd'hui encore, vous les transportez dans vos valises.
02:54Oui.
02:55Ils font partie de ma vie.
02:56Ils m'ont fabriqué.
02:58Je suis devenu ce que je suis devenu grâce à eux.
03:00Et c'est inoubliable.
03:02Un père ou une mère, ça ne finit jamais.
03:04On n'en a jamais fini avec eux.
03:05Alors, quelquefois, parce que ça ne s'est pas très bien passé.
03:09Et quelquefois, en ce qui me concerne, moi, parce que ça s'est tellement merveilleusement passé
03:12que je ne peux absolument pas les oublier.
03:14Les acteurs, ça se trimballe avec des valises.
03:16Alors, ils se servent de tout, et en particulier d'eux-mêmes,
03:19pour incarner d'autres qui seraient finalement des étrangers.
03:22Non, non, c'est des cousins germains.
03:23Mais vous pensez souvent à vos parents, quand il faut incarner la tristesse ?
03:27Dans ma valoche, je les emmène avec moi.
03:29Ils ne savent pas où ils le savent, là où ils sont, s'il y en a un endroit comme ça.
03:32Ils ne savent pas à quel point ils sont présents dans ma vie.
03:35Il y a des personnages que vous avez interprétés en disant, là, je l'interprète, je suis mon père ?
03:38Oui, en ce moment, par exemple.
03:40Il y a des tas de choses que j'ai piquées à mon père.
03:43Qu'on voit là, d'ailleurs, votre père.
03:44Oui, oui, j'ai piqué à mon père dans sa manière d'être ou de parler,
03:48ou d'être en colère, ou d'être comme ça, ou pas en colère.
03:50Oui, oui, je suis un singe.
03:52Mon métier, c'est d'être un singe.
03:54Je suis un singe et un menteur.
03:56Un singe très savant, alors.
03:58Donc, voilà, j'écris comme un singe et comme un menteur.
04:01Dans votre livre, vous évoquez aussi votre propre mort,
04:04et vous racontez que vous comptez les pièces de théâtre qu'il vous reste.
04:08Avant de partir faire un tour dans les nuages,
04:11dix, peut-être douze, dites-vous.
04:12Est-ce que, peut-être d'abord, les deux malaises que vous avez faits sur scène
04:16ces dernières années ont changé votre rapport à la mort ou à la vie, d'ailleurs, ou pas ?
04:19Non, non, ça n'a rien changé du tout, parce que, d'abord, ça a été assez bref.
04:23Ça a évidemment défrayé la chronique, parce que nous on sait qu'elle a bon très bien.
04:27Enfin, maintenant, c'est terminé, tout ça est loin, c'est même pas un souvenir, c'est rien.
04:31J'en parle même pas, d'ailleurs.
04:32C'est pas le problème.
04:33Non, non, non, non.
04:34Non, non, comment dire ?
04:36Non, ça n'a rien changé, vraiment.
04:37Au contraire, ça m'a donné le goût de la vie d'une manière encore plus puissante.
04:41– Et pourtant, quand vous dites, je compte les pièces de théâtre
04:43avant d'aller faire un tour dans les nuages, ça nous sert le cœur.
04:47– Oui, c'est surtout à moi que ça sert le cœur.
04:48– Non, peut-être à nous tous, parce que c'est 100% de la vie.
04:50– Non, c'est parce que, évidemment, chacun calcule, j'arrive à un âge
04:53où ce sujet commence à m'effleurer.
04:56Alors, quand je joue une pièce, en général, toute modestie mise à la poubelle,
05:01mais je la mets à la poubelle, il faut considérer que je la joue, disons, une saison, donc une année.
05:05Alors, compte tenu de mon âge, c'est-à-dire 81 ans, puisque maintenant je viens de les avoir,
05:11c'est un jour de deuil, je vous le dis tout de suite.
05:12– Ah, ça va, ça va, joyeux anniversaire.
05:14– Oui, oui, mais si.
05:15Et donc, si je joue une pièce par an, si je suis très, très aimable avec moi-même,
05:20j'en fais 12, j'en ai déjà fait 100, donc vous voyez, il ne me reste rien.
05:23Voilà, donc, mais c'est pas, il ne faut pas, je regarde ça avec, la mort ne me fait pas peur,
05:30elle m'emmerde, simplement, parce que je n'ai pas envie de m'arrêter.
05:33Et d'ailleurs, ce que je ne comprends pas, c'est que vous allez continuer après moi.
05:35Ça, je comprends même.
05:37Ça m'échappe complètement, je ne vois pas du tout pourquoi,
05:40ce ne serait pas moi qui devrais rester et vous qui devriez vous tirer.
05:43Il y en a marre, il y en a marre de la jeunesse, c'est la barbe.
05:46C'est la barbe.
05:47– Vous vous livrez dans ce livre, sans vous cacher, avec des sujets parfois assez lourds,
05:52quand vous racontez, par exemple, votre addiction au jeu,
05:54un sujet qui peut concerner d'ailleurs des gens qui nous regardent,
05:58comment on se sort d'une addiction si puissante ?
06:00– C'est un miracle, quand on s'en sort, je suis un miraculé.
06:03Le jeu, c'est comme ça, ce n'est pas comme la drogue, c'est une drogue.
06:07Et le problème de la drogue, comme vous le savez sans doute,
06:10c'est un moyen de se détruire.
06:12Le jeu, c'est exactement la même chose, c'est un moyen de se détruire
06:14parce qu'on n'arrive pas à toucher telle ou telle chose de soi,
06:17parce qu'on ne sait pas comment arriver à ce qu'on avait décidé de rêver pour soi.
06:21Voilà, donc on se perd, chacun comme il veut, qui dans la coke, qui dans le jeu.
06:27Et effectivement, je m'en suis sorti.
06:28Mon narcissisme personnel, voilà, c'est écrit ça, m'a sauvé
06:32parce que je ne pouvais pas supporter de voir mon visage déformé comme ça.
06:36Et donc un jour, je me suis dit, ben voilà, ou tu tires une balle dans la tête,
06:39ou tu arrêtes, tu prends ton courage à deux mains,
06:41tu rembourses tout ce que tu as perdu et tu recommences à vivre normalement ce que j'ai fait.
06:45– Et vous l'avez fait. Il y a des sujets aussi plus légers, par exemple,
06:48ça vous énerve qu'on utilise le mot star pour tout ?
06:51– Oui, ça m'énerve.
06:52– La star débouchée, le camembert star, l'influence star, les stars de la télé.
06:57– Tout est une star maintenant, absolument tout.
06:59Les stars, c'est un mot américain, c'est une étoile.
07:02Une star, d'abord, c'est souvent quand même plutôt des acteurs,
07:06plutôt des acteurs, ou des actrices, évidemment.
07:08– Ou pris au hasard ?
07:09– Pris au hasard, j'en cite deux, Delon et Brigitte Bardot,
07:13parce que j'ai fréquenté les deux, même brièvement.
07:16La première, Brigitte Bardot, sublissime, j'étais encore un tout jeune acteur
07:20et je l'ai vu un jour rentrer au studio de Boulogne,
07:21l'ensemble du restaurant de Boulogne s'est tue pour la laisser rentrer.
07:26Elle devait avoir 28 ans, elle a toujours été d'une beauté folle.
07:29Et donc, tout s'est arrêté pour la regarder passer.
07:32Ça, c'est une star.
07:33Ça veut dire que le monde s'arrête de vivre pour regarder vivre
07:36cet extraterrestre qui rentre chez eux.
07:39Contrairement à Philippe Noiré qui m'avait dit un jour,
07:40moi je ne suis pas une star, quand je rentre quelque part,
07:43les gens enlèvent la tête, ils me disent bonjour et continuent de m'encher.
07:46Donc voilà, c'est ça une star.
07:48Alors le star, le camembert star, le machin star, le pipi star.
07:53– C'est sûr que dit comme ça maintenant.
07:55– La barbe, la barbe.
07:56– Non mais oui, c'est en réalité, c'est une sorte de, comment dire,
08:01c'est une vision impressionniste de la manière dont je traverse la vie,
08:04en particulier la mienne, mais quelquefois celle des autres.
08:08Donc ça va de la vérine qui m'exaspère quand on mange,
08:11parce qu'il faut un tuba pour essayer de comprendre ce qu'on prend dans la magie,
08:14et la mort de ma mère qui est une chose terrible,
08:18mais peu importe, elle n'est pas morte.
08:20– Ça c'est le livre d'une star, Pierre Arditi.
08:22– Non, non, non, non, le souvenir de presque tout.
08:25On continue d'en parler avec vous et avec Benoît
08:27qui va nous donner ses conseils séries dans un instant.
08:29– Ses conseils de quoi ?
08:30– Série, série télé.
08:31Ça vous parle Pierre ?
08:32– Malheureux.

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