00:00Puisque la fin annoncée du champion de l'électroménager Brandt illustre la crise qui frappe aujourd'hui de nombreux secteurs de l'industrie en France,
00:08avec cette question du soir, Philippe ?
00:10L'État doit-il sauver Brandt ? Eh bien, vous dites-vous à 76% !
00:13Et pour en parler, Françoise Laborde est avec nous, avec Samuel Botton aussi, et Philippe Bilger, et vous au 0826 300 300.
00:24Soyez les bienvenus, nous sommes en chambre jusqu'à 19h30.
00:26Et Philippe, David, effectivement, quand vous entendez ça...
00:35Oui, on a Serge Grouard avec nous, qui est le maire d'Orléans.
00:38Alors, Orléans, il y avait deux usines Brandt en cours de fermeture, le siège qui était à Roy-Malmaison,
00:42une usine à côté d'Orléans et une usine à Vendôme.
00:47Bonsoir Serge Grouard.
00:48Bonsoir, merci.
00:49Bonsoir, bonsoir.
00:50Alors déjà, on a entendu votre cri, voilà, parce qu'on sent que vous êtes très très très remonté,
00:58et surtout, on sent qu'il y a de la peine dans votre colère de vous dire que cette marque, en tout cas, ou cette industrie peut disparaître.
01:07Oui, je suis assez écœuré, effectivement, de voir ce qui s'est passé,
01:14et de dire que je suis convaincu que l'on pouvait sauver cette entreprise.
01:20Et ce n'est pas pour faire une sorte de, comment dire, de monde des bisounours,
01:24allez, il n'y a qu'un faux compte, ce n'est pas ça.
01:27Moi, je la connais, cette boîte.
01:28Je sais ce qu'elle fait, et je pense que l'on peut la sauver.
01:33Mais évidemment, ça amène une prise de risque.
01:37Je ne suis pas garant du sauvetage, mais je dis qu'il faut essayer.
01:42Mais, monsieur le maire, quand on entend le ministre de l'économie, il a plutôt, aujourd'hui, ouvert une porte.
01:49Alors, Sébastien Martin a vraiment mouillé la chemise.
01:54Voilà, il est venu sur le site, on a travaillé ensemble, et on a proposé un montage.
02:00Et un montage financier.
02:01Puisque nous, collectivités locales, régions, plus Orléans Métropole, plus Etats,
02:09nous sommes à un peu plus de 20 millions d'euros.
02:12C'est quand même conséquent.
02:15Voilà, donc on fait le maximum.
02:17Maintenant, il y a eu une décision de tribunal de Nanterre, tribunal de commerce,
02:22de liquidation, donc, de l'entreprise avec les quatre marques.
02:26Parce que je rappelle que Brandt, c'est quatre marques, c'est pas que Brandt.
02:29– Monsieur le maire, vous avez, si j'ai bien lu, dit qu'il manquait 4 millions.
02:37Et ma question est celle-ci.
02:40Est-ce que vous considérez qu'un tribunal de commerce, même à Nanterre,
02:45est parfaitement outillé pour apprécier la réalité d'une situation telle que celle que vous subissez ?
02:54– Les juges du tribunal de commerce sont eux-mêmes issus du monde de l'économie,
03:01donc ils ont une expérience.
03:03Ils connaissent cette réalité-là.
03:05Donc moi, je ne leur ferai pas de, pour le coup, de procès ou de faux procès.
03:10Ce que je pense sur le fond de ce sujet, c'est que nous n'avons pas eu le temps,
03:15le temps à la fois de monter le projet industriel avec la SCOP,
03:20puisque les salariés étaient et sont très mobilisés, très motivés.
03:25Ça, c'est le premier point, c'est un point essentiel.
03:27Et nous n'avons pas eu davantage le temps de faire le tour de table financier et bancaire
03:32pour aboutir aux 25 millions qui étaient les bandés.
03:35Mais quand j'ai dit effectivement 4 millions, 5 millions qu'il manquait,
03:41je pense à ce soir où l'on parle que l'on était en fait encore plus près du but.
03:47Et ça, ça me fait vraiment râler.
03:50On était, à mon avis, et j'ai continué ces dernières heures à essayer de refaire le montage financier,
03:58je pense que l'on est à moins de 4 ou 5 millions.
04:01Vous voyez, c'est complètement aberrant, c'est complètement absurde.
04:06Je vais vous donner une comparaison.
04:09Combien le chômage des plusieurs centaines de salariés mis à pied
04:13coûtait à l'État via l'indemnisation chômage ?
04:17Vous voyez, ça va faire quelques mois, quelques mois, très à la louche,
04:22mais c'est l'ordre de grandeur, quelques mois seulement de comparer aux besoins exactement.
04:29Voilà, c'est complètement, si vous regardez du point de vue économique,
04:34comme du point de vue humain, comme du point de vue de l'aménagement du territoire,
04:37c'est complètement absurde.
04:39Et dire ça, c'est un système qui ne fonctionne plus.
04:42Franchoise Laborde.
04:44Oui, j'avais une question, monsieur le maire,
04:45parce que ce matin, le ministre des PME a dit qu'il y avait encore peut-être une piste,
04:50une solution, que tout n'était pas perdu, etc.
04:53À quoi il faisait allusion ? Il vous en a parlé ?
04:55Écoutez, je distingue, je suis dans le discernement.
05:01J'ai salué l'action de Sébastien Martin en tant que ministre de l'Industrie.
05:06Le ministre dont vous parlez, c'est un peu comme les tuniques bleues,
05:09il arrive après la bataille.
05:12Donc je ne peux que le regretter, parce que moi, je n'ai eu aucun contact avec lui.
05:15Oui, moi, je suis désolé, je vais jouer peut-être un peu les oiseaux de mauvaise augure,
05:21mais il y a aussi une réalité.
05:22Comme d'habitude ?
05:23Oui.
05:23La question que j'aurais posée un peu plus spécifiquement,
05:26c'est la France peut-elle sauver Brandt ?
05:28En a-t-elle les moyens ?
05:29Et je ne le pense pas.
05:30Et finalement, est-ce que cette délocalisation à venir,
05:33elle n'est pas inéluctable d'une certaine manière ?
05:36C'est-à-dire, on a la concurrence de pays européens.
05:38Je pense notamment à la Pologne ou à d'autres pays de l'Est.
05:40Je pense à la Chine, qui arrive à produire pour moins cher que nous,
05:43pour des qualités qu'on peut trouver équivalentes.
05:47Donc aujourd'hui, comment est-ce qu'on va chercher ?
05:48C'est-à-dire, vous avez parlé effectivement des financements qu'il fallait,
05:51mais comment on va chercher de la rentabilité pour l'après,
05:53une fois que ceci est fait ?
05:54Et surtout, est-ce qu'on s'est projeté sur un business model ?
05:57Parce que de toute évidence, c'est ce qui a manqué ces dernières années
05:59pour permettre à cette société de survivre.
06:02Et finalement, est-ce que sauver Brandt aujourd'hui,
06:04ce n'est pas reculer pour mieux sauter pour l'entreprise en elle-même,
06:07mais aussi pour les salariés ?
06:08Alors, juste, monsieur le maire, pour ceux qui ne le savent pas,
06:11c'est Brandt, c'est Vedette, c'est Sauterre et Deni Edrich.
06:13C'est important de le dire.
06:14Voilà, c'est exactement cela, ce sont les quatre marques.
06:18J'entends votre question, et elle est fondamentale.
06:22Est-ce que finalement, on va mettre de l'argent, notamment public, pour rien ?
06:26Parce qu'on arrivera au même résultat.
06:28Alors, est-ce qu'on est défaitiste, et on considère à ce moment-là qu'on n'a plus d'industrie ?
06:34On n'a plus rien.
06:36Je rappelle qu'il y a une quarantaine, cinquantaine d'années,
06:40la part de l'industrie dans le PNB de la France, c'était plus de 30%.
06:43Dans le début des années 2000, c'est passé à 20%, maintenant on est à 9%.
06:47Au niveau de la Grèce ?
06:49Je vais prendre un autre exemple, je vais prendre l'Italie.
06:52Moi, j'aime bien l'Italie.
06:53L'Italie, elle est à combien ?
06:55Elle est à plus de 20%.
06:56Et les Italiens, ils ont les mêmes contraintes, les mêmes concurrences que nous.
07:02Mais, monsieur Le Maire, puisque vous parlez...
07:05Oui, on a deux niveaux qui ne vont pas.
07:10Et ça, c'est purement français.
07:11Après, il y a la réalité que vous décrivez de la concurrence mondiale.
07:15Le premier niveau, c'est qu'on est un pays totalement centralisé,
07:19figé, qui emmerde en permanence nos entrepreneurs, nos entreprises,
07:24nos agriculteurs, d'autres tissus associatifs et tout et tout.
07:28D'accord ?
07:29On est dans un fratras normatif qui devient insupportable
07:33et qui coûte très, très cher.
07:36Un pays de contrôleurs comme a dit Borloo.
07:39Ce qui est bien, c'est qu'entre vous et les agriculteurs, c'est la même...
07:41Jean-Louis Borloo a mille fois raison.
07:43Comment ?
07:43Je veux dire, entre vous et les agriculteurs, finalement,
07:46on fait les mêmes constats.
07:48C'est ça qui est terrible.
07:50Merci beaucoup.
07:51Tant que l'on ne cassera pas cette baraque centrale,
07:55totalement centralisée, on n'y arrivera pas.
07:57C'est ce que dit Jean-Louis Borloo.
07:59Il a mille fois raison.
08:01Merci beaucoup, monsieur le maire.
08:02Merci beaucoup.
08:03Serge Grosard, maire d'Orléans.
08:05Et on espère, en tout cas, on continue de croiser les doigts.
08:09Merci beaucoup à toute cette équipe qui a monté cette émission, bien entendu.
08:13Merci.
08:14Qu'est-ce qu'il y a, Françoise ?
08:15Non, moi, je voulais poser une question.
08:17Non, c'est fini.
08:18Il y a des marques comme Smeg, par exemple, qui sont arrivées à...
08:22Italiennes.
08:23Italiennes, à moderniser, avec des réfrigérateurs roses.
08:26Il y a aussi, peut-être, parfois, dans certaines marques,
08:29la difficulté à se renouveler, à trouver un nouveau public,
08:32parce qu'il n'y a pas de raison qu'il y a des gens qui achètent...
08:34Tout le monde achète encore des sorbetières et des réfrigérateurs.
08:37Vous avez bien raison.
08:38Merci beaucoup, Françoise Laborde.
08:40Merci beaucoup, Samuel Botour.
08:41Merci beaucoup, Philippe Bilger.
08:43Philippe David, bien entendu.
08:44Vous restez...
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