- il y a 2 jours
Crise laitière de 2009 puis sortie des quotas en 2015, accompagnée d'une nouvelle crise laitière, Laurence Cormier craque en 2016 mais pas complètement. "Ils ne nous auront pas", s'exclame-t-elle. Elle crée une année plus tard l'association "Les Elles de la Terre" pour donner la parole aux femmes dans le milieu agricole. Le 21 mars 2025, elle reçoit la Légion d'honneur pour son travail auprès des femmes dans le milieu agricole, à récolter des témoignages et à semer des graines de vie.
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00:00Alors je vais vous demander de vous approcher pour une simple raison, c'est que...
00:13Laurence Cormier, c'est un plaisir de vous y accueillir tout spécifiquement avec toutes
00:18ceux qui vous sont proches, grands et petits, pour vous remettre les insignes de chevalier
00:26dans l'ordre de la Légion d'Odap. J'avoue aussi qu'il m'était assez agréable de décorer
00:32une femme, distinguée pour ses mérites éminents, accomplis au titre du bénévolat associatif,
00:39notamment dans le cadre de votre association Les Ailes de la Terre.
00:43On peut l'applaudir.
00:45Et je me suis venue dans ce groupe-là, dans la cultrice, et je me suis rendue compte,
00:59oui, qu'on avait plein de choses à dire, qu'on était entendus, comme je dis souvent,
01:05un peu comme quand on va dans un restaurant, il y a une musique de fond.
01:09Donc on l'entend, mais on ne l'écoute pas.
01:11Ce jour-là, elle, comme intervenante, c'était quelqu'un qui travaillait sur les violences conjugales.
01:25Voilà. Et ils ont parlé d'un livre, Les violences sournoises.
01:34Et c'est là qu'est parti, mon combat contre la violence.
01:38C'est en rencontrant Laurence, dans mon travail de journaliste,
01:44avec son association Les Ailes de la Terre, que j'ai immédiatement pensé à Christine et à son histoire.
01:50Plusieurs centaines de kilomètres les séparent, mais leurs témoignages et leurs combats les rapprochent.
01:55Tout commence en 2009.
01:57Alors là, je parle pour la production laitière.
01:59D'accord. En 2011, il y a eu une chute vertigineuse des prix au niveau de la production laitière,
02:09ce qui a mis à mal énormément de producteurs, dont nous,
02:13qui étions une petite structure et qui n'avons que ça en production principale.
02:19Donc, on a vivoté, parce qu'en plus, les enfants, à ce moment-là, étaient en études.
02:24Donc, ils demandaient beaucoup d'argent par rapport au privé.
02:30Donc, le privé, plus une dégradolade au niveau de la rentrée d'argent.
02:37De mine, de mine, ça allait de moins en moins bien.
02:40Moi, j'étais de plus en plus mal.
02:44Et en 2016, j'ai voulu partir.
02:51D'accord. 16 février 2016, exactement.
02:53C'est précis, hein.
02:56C'est un coup de fil de ma sœur.
02:58Enfin, c'est un SMS de ma sœur qui m'a fait réaliser ce que j'allais faire.
03:04Ce n'était pas le fait de se dire, je vais mourir.
03:06Voilà.
03:06C'était vraiment le fait de me dire, je ne veux plus rien entendre.
03:09Je veux le silence, je veux le calme.
03:12Et en même temps, je me disais, c'est con, mais c'est vrai qu'il y a des fois, il y a des trucs qui passent comme ça.
03:19Le fait de mourir, je pense qu'ils vont, au niveau des prêts, on pense à des trucs.
03:26Au niveau des prêts, ça va l'alléger.
03:28Au niveau des prêts, les enfants, de toute façon, il y a Édouard, donc ils vont s'en sortir.
03:35Je sais qu'ils vont y arriver.
03:36Enfin, c'est plein de trucs, mais c'était vraiment ce qui était primordial.
03:40C'était le fait de dire, foutez-moi la paix.
03:43Je ne veux plus rien entendre.
03:44Je ne veux plus de facture.
03:46Je ne veux plus de relance.
03:47Je ne veux plus...
03:48J'avais même mis une sonnerie spéciale, le bolos, pour le banquier.
03:53Enfin, voilà.
03:54Je ne voulais plus rien entendre.
03:56C'était vraiment...
03:56Je voulais être tranquille de chez tranquille.
03:59Et c'est vraiment le SMS de ma sœur.
04:03Cette sonnerie que j'avais mise, je ne sais plus laquelle que c'était, mais vraiment très spécifique.
04:07En me disant, tiens, ça m'a fait-il ?
04:11J'ai regardé l'heure et j'ai dit, mais qu'est-ce qui se passe ?
04:14Qu'est-ce qu'il y a ?
04:15Ma grande sœur m'envoie un truc.
04:17Et c'était ça.
04:17Je me disais, mais putain, après, j'ai tout jeté à la poubelle.
04:23Je me disais, non, même pas à la poubelle.
04:25J'ai mis ça dans l'évier.
04:26Donc, ce n'était pas caché.
04:28Après, j'ai repris une poêle de la recette.
04:31Et je me suis dit, de toute façon, ils ne mourront pas.
04:34Et c'est toujours ce qu'a dit Edouard.
04:36Il m'a dit, de toute façon, ils ne me feront pas crever.
04:39C'est moi qui vais les enterrer.
04:41Et de là, j'ai ma nièce qui habitait pas loin, qui habitait enceinte,
04:44qui m'a dit, mais tu sais, sur les réseaux Facebook,
04:47il y a un groupe d'agricultrices qui discute entre elles et tout ça.
04:52Je me dis, pourquoi pas ?
04:52Parce que je n'étais pas spécialement...
04:55Enfin, oui, le réseau, ça ne me parlait pas spécialement, quoi.
04:58Et je me suis venue dans ce groupe-là d'agricultrices.
05:01Et je me suis rendue compte, oui, qu'on avait plein de choses à dire.
05:06On était entendus, comme je dis souvent, un peu comme quand on va dans un restaurant,
05:11il y a une musique de fond.
05:12Donc, on l'entend, mais on ne l'écoute pas.
05:15J'avais écrit un texte avec ce que j'avais recueilli des ressentiers,
05:20tout ça, des unes et des autres.
05:22Et j'en ai fait une lettre ouverte.
05:24Et ma soeur, une de mes soeurs m'a dit, mais pourquoi tu n'en vois pas ?
05:28Donc, députée, hors députée, ministre.
05:31Enfin, vraiment, elle a voyagé un peu partout.
05:33On a été invité à être reçu par un candidat qui se présentait,
05:39parce que c'était au moment des primaires.
05:41Donc, ça, c'était en octobre-novembre 2016.
05:44Et j'ai demandé, donc, quand je faisais partie du groupe sur Facebook,
05:48qui veut venir avec moi.
05:49Donc, il s'est détaché quatre personnes, quatre femmes qui ont dit,
05:53moi, je veux bien venir avec toi.
05:56En revenant de Paris, on s'est dit, mais ce qui se passe,
05:59c'est qu'on dit des choses.
06:03Quand on est sur les réseaux, c'est super bien,
06:05parce qu'on sent qu'on est en accord, qu'on est en raccord entre nous,
06:09qu'on discute, mais une fois qu'on a éteint l'ordinateur,
06:12on se retrouve toutes seules face à notre écran.
06:15Et la solitude est encore là.
06:17On s'est dit, tant qu'à faire, si on veut se voir en réel,
06:20il faut qu'on crée une association.
06:22Donc, de là est partie l'association.
06:24Et on a trouvé le nom, les ailes de la Terre,
06:26donc les ailes, E2L-ES.
06:28Des ailes, Christine en aurait bien besoin.
06:32Je la retrouve dans un lieu connu d'elle seule,
06:35dans l'un de ces centres qui accueillent les femmes en urgence
06:37et dont l'adresse reste volontairement cachée.
06:41Christine, je l'ai connue sur sa ferme,
06:43il y a bientôt huit ans,
06:45et elle a mis du temps à partir.
06:47Tu viens, ma puce ? Elle vient me téléphoner.
06:50Elle est bien.
06:51Tu viens dire bonjour ?
06:52Tu viens, ma puce ? Elle vient, viens avec moi.
06:58Tu viens ?
06:59Tu peux.
07:02Tu peux.
07:05Tu viens ?
07:06Elle vient, dépêche-toi.
07:10Elle fait des progrès, parce qu'elle ouvre.
07:15Avant, elle était couvée.
07:17Avant, dès que quelqu'un frappait la porte,
07:19elle partait se cacher.
07:20Et alors, elle ressortait
07:23que quand j'avais raccompagné la personne dehors,
07:26elle était déjà sortie.
07:28Mais sinon, nous, elle ne sortait pas.
07:37Ce que j'ai appris de la vie,
07:38c'est que
07:39la vie,
07:41on s'imagine que la vie est rose,
07:44que
07:44quand on a des projets,
07:47tout va se réaliser comme on voudrait,
07:49que
07:50surtout quand on a l'impression
07:53d'avoir trouvé le prince charmant,
07:54oui.
07:55J'ai rencontré mon ex,
07:57j'avais 14 ans.
08:00Ça a été le coup de foudre.
08:01Pour moi, c'était lui
08:02et personne d'autre.
08:04Donc,
08:05j'ai attendu quelques mois
08:07pour lui déclarer ma flamme.
08:08on s'est fréquenté.
08:14Je pense qu'au fond de moi,
08:15j'avais besoin de retrouver
08:16un cocon familial.
08:21Pour moi, c'était le mariage,
08:22la famille,
08:23les enfants,
08:24le travail,
08:24la petite couple.
08:26Il y avait déjà de la chicane
08:28quand j'y repense
08:29avec le recul,
08:30oui,
08:30il y avait déjà de la chicane.
08:32J'ai eu retrouvé
08:32une lettre
08:34sur laquelle
08:34je parlais
08:37d'une dispute
08:38qu'on avait eue
08:38dans le week-end
08:39et que
08:40pour des sapins.
08:43Oui,
08:44on commençait déjà
08:45à partir sur
08:46ses biens à lui,
08:47sur ses biens propres.
08:49On s'engueulait,
08:50on se réconciliait
08:51sur l'oreiller,
08:53comme à tous les couples.
08:56Quand Vincent est né,
08:59je me suis rendue compte
09:02que son père
09:02n'était pas très présent.
09:03Avec le recul,
09:04oui,
09:04je me dis,
09:04son père n'était pas présent.
09:07Sur la scène,
09:07au départ,
09:08pour travailler,
09:09c'est là aussi
09:09que quand il me rabaisse
09:12et qu'il me dit
09:13que sans lui,
09:13je n'aurais été rien.
09:16Je ne sais pas
09:17parce qu'à chaque fois,
09:18quand je faisais
09:19des demandes d'emploi
09:19ou autre,
09:21le travail,
09:23à l'époque,
09:23ne courait pas les rues,
09:24déjà.
09:25je vais dire
09:26dans les années 90,
09:27ça commençait déjà
09:28à être un peu difficile.
09:31Il m'a amenée
09:32à passer un diplôme
09:34pour être exploitante agricole.
09:36Jamais je n'aurais été vers ça.
09:37Lui,
09:38il me l'a proposé,
09:39le fait de travailler
09:40dans un milieu assez rural
09:42où il côtoyait
09:43énormément d'agriculteurs.
09:45Il a su
09:45qu'il y avait
09:46une formation
09:46pour adultes
09:47pour passer
09:49le BPA agricole
09:50pour s'installer
09:51avec la DGA.
09:51On a fait la formation
09:52sur un an et demi
09:54et on était 18,
09:56donc 17 femmes
09:57et un homme.
09:59Alors,
09:59je vais dire
10:00que l'homme,
10:00il n'a pas fini
10:02le stage.
10:03Ça a été le seul
10:04qui a arrêté,
10:06il est parti
10:06de travailler.
10:08Mais après,
10:09on était 17 femmes
10:10et on a passé
10:10nos diplômes.
10:11Une grande partie
10:11des femmes
10:12étaient déjà
10:12femmes d'exploitants
10:13agricoles.
10:14J'ai dû finir
10:15ma formation
10:15en 91 ou 12
10:17et est-ce que
10:17j'étais enceinte ?
10:20C'était peut-être
10:20fin 91,
10:22au début 92.
10:24J'étais peut-être
10:25en début de grossesse.
10:28Donc,
10:28j'ai eu 25 ans,
10:29j'avais 25 ans,
10:30je devais avoir
10:3126,
10:327 ans.
10:3327 ans,
10:33ouais.
10:34Mais bon,
10:35voilà,
10:35on continuait
10:37à chicaner,
10:37mais bon.
10:38Avec le recul,
10:39je me rends compte
10:40que la maison
10:40où on a été habité,
10:42il y avait eu
10:43quelques réparations
10:43de fêtes,
10:44mais sinon,
10:45c'est moi
10:46qui avais vidé
10:47tout l'intérieur.
10:48Tout ce qui était
10:48en bas,
10:49c'est moi
10:50qui l'avais remisé,
10:50qui avais réaménagé
10:51la demeure.
10:53J'avais fait
10:55notre petit cocon,
10:55j'étais contente.
10:58J'étais contente,
10:59sauf quand j'entendais
11:00c'est mes parents
11:02qui étaient bien hoches.
11:04Par mon installation,
11:06on a agrandi,
11:08on a fait prospérer
11:09tout ce peu
11:10qui était à la base
11:11de 14-15 vaches,
11:14on est passé
11:14au maximum
11:17130 mers.
11:20La construction
11:20de bâtiments,
11:21l'aménagement
11:22du vieux bâtiment
11:24agricole
11:25qui venait
11:28du côté
11:28de ma belle-mère.
11:30Oui,
11:30mais pour moi,
11:31c'était normal,
11:31c'était mon boulot.
11:33Lui,
11:33il allait faire
11:33sa journée aveugrée,
11:34moi je faisais ça
11:36et après ça a été
11:39la fosse à Purin,
11:40oui,
11:40je me rappelle
11:41quand on a posé
11:44les blocs à bancher,
11:45oui,
11:45j'avais les mains
11:45dans un état
11:47pas possible,
11:49tout déchiré
11:51par les ferrailles,
11:52il fallait ficeler
11:53les barres torsadées
11:54et tout ça
11:54et après ça a été
11:56de couler le béton
11:58dans les blocs à bancher
11:59et j'étais là,
12:01oui,
12:01je faisais mon boulot
12:02comme un homme.
12:02La relation c'était,
12:06j'appelais même plus
12:07ça une relation de couple,
12:08quand on est arrivé
12:09sur Saint-Julien,
12:10il m'a rabaissée aussitôt,
12:12la première année
12:13ça allait à peu près
12:14mais ensuite,
12:15c'est,
12:16t'es pas chez toi,
12:17ferme ta gueule,
12:17t'es pas contente,
12:18tu dégages.
12:19Lui,
12:19il avait réalisé son rêve,
12:21c'est-à-dire qu'il était paysan,
12:22il avait gardé les bâtiments,
12:24la maison,
12:24la grand-mère maternelle,
12:25voilà,
12:26il perpétuait
12:27ce que ses ancêtres
12:28avaient commencé
12:29et donc il ne fallait
12:30pas y toucher,
12:31c'était à lui.
12:32Je me révoltais,
12:33je répandais,
12:34je gueulais.
12:35On essayait de travailler ensemble,
12:38on avait un don
12:39pour les animaux,
12:39c'est vrai que tous ceux
12:40qui nous voyaient faire
12:41disaient qu'on avait un don
12:42et un jour,
12:44en ramassant une vache,
12:45elle a donné un coup de pied
12:46dans une barrière,
12:47j'ai pris la barrière
12:47par la figure.
12:50Donc je me suis reculée,
12:50j'ai craché les dents,
12:53j'ai crié un petit peu
12:53et la seule chose
12:55qu'il a su me dire,
12:56c'est qu'elle s'était
12:57gueulé,
12:57elle est frondée.
12:57Donc je me suis essuyée
13:00la bouche,
13:01je suis repartie à pied,
13:02je l'ai laissée
13:02avec sa vache,
13:04j'ai envoyé mon fils
13:05et sa copine
13:06lui aider à parer
13:07les pieds de la vache
13:08et je suis partie
13:08aux urgences.
13:09Mais bon,
13:11c'est pas ce qui a réglé
13:14le problème.
13:16La douleur était là,
13:17elle a défiguré.
13:21Et pendant deux ans de temps,
13:22la seule chose
13:22qu'il savait me dire,
13:26quand on mettait
13:26les croquettes au veau
13:27ou qu'on appelait les vaches
13:29qu'on avait les croquettes,
13:30il n'y a pas que les bonbons
13:30qui font tomber les dents.
13:33Ouais,
13:34j'y pensais plus.
13:39Et c'est ça
13:41qui m'a fait prendre conscience
13:42de la violence.
13:44De tout ce qui s'était passé.
13:47J'écoutais le poste.
13:49Il y avait le bruit
13:50de la pirouette,
13:50il y avait le bruit
13:51du tracteur.
13:55Il y avait,
13:55comment elle s'appelle ?
13:56Brigitte Leigh.
13:58Et elle avait,
14:00ce jour-là,
14:00comme intervenant,
14:02c'était quelqu'un
14:04qui travaillait
14:05sur les violences conjugales.
14:08Voilà.
14:09Et ils ont parlé
14:10d'un livre.
14:11Les violences sournoises.
14:16Et c'est là
14:17qu'est parti
14:17mon combat
14:19contre la violence.
14:24Et ça a duré
14:25deux heures
14:25avant que je parte.
14:27Je savais
14:28que quand je partirais,
14:29pour moi,
14:30c'était une mort.
14:31Partir de la Corrèze,
14:32partir de l'exploitation,
14:33partir de la maison,
14:34enfin,
14:35de tout mon,
14:35dans tout cet environnement.
14:37je savais que c'était
14:40une mort.
14:41Et pour moi,
14:42j'y ai laissé là,
14:43mon âme est restée là-bas.
14:46J'ai passé pas mal
14:47d'années
14:47à lire,
14:49à essayer de comprendre,
14:50et plus ça allait,
14:51plus je m'affaiblissais,
14:52plus je m'envoyais,
14:55et je me suis tournée
14:56vers les associations,
14:57vers le 39-19,
14:59vers
14:59vers des thérapeutes,
15:01qui m'ont énormément appris,
15:03énormément portée.
15:09Ouais,
15:10donc voilà,
15:10mes lectures.
15:12Celui-là,
15:12je l'avais trouvé
15:13à l'association.
15:15On est toutes folles.
15:17Ouais,
15:17c'est le mot
15:18qu'on retrouve chez toutes.
15:21Se faire plaisir,
15:22faire de la gymnastique,
15:23se faire passer.
15:25Ouais,
15:26on est obligés de...
15:27on est obligés
15:29d'essayer de se sortir
15:30un petit peu,
15:31mais bon,
15:32au bout d'un an,
15:34j'ai du mal.
15:35Les soirées,
15:36tout ça.
15:39Participer à des groupes
15:39de parole,
15:40aussi.
15:42Ça,
15:42ça aide aussi
15:42de se retrouver.
15:47Comme à l'anguil.
15:50Donc ouais,
15:51moi,
15:51il me tente
15:51que tout soit fini.
15:53Que la page se tourne.
15:57Le fait de la création
16:12de ces associations,
16:13ça m'a aussi aidée
16:14dans le fait
16:15d'aller mieux
16:15et de me dire
16:16putain,
16:16mais il faut parler.
16:18Il faut qu'on parle.
16:19Il faut qu'on dise
16:19la réalité
16:20parce qu'on l'a dit.
16:21Surtout que moi
16:22qui ne venais absolument
16:23pas du milieu agricole,
16:25moi,
16:25j'ai découvert un milieu.
16:27C'était un peu,
16:28quand je suis arrivée,
16:30c'était un peu
16:30Martine à la ferme.
16:32Chouette,
16:33la campagne,
16:33les animaux,
16:34mais je ne me rendais pas
16:35compte de la dureté
16:36du métier.
16:37C'est un très beau métier.
16:39Il n'y a aucun.
16:39Ça,
16:40c'est vraiment
16:40un super beau métier,
16:42mais c'est un métier
16:42qui est vachement dur
16:43quand même.
16:44En 2022,
16:47donc,
16:47juste après le Covid,
16:49c'est vrai
16:51qu'on avait arrêté
16:52les moments de parole
16:55qu'on avait
16:56et avec Karine,
16:58on a trouvé
16:59super intéressant.
17:00On s'est dit
17:01mais ça serait
17:01hyper intéressant
17:02de pouvoir
17:03rencontrer des femmes
17:05qui soient dans le monde
17:06agricole,
17:07alors pas que des agricultrices,
17:09il y a des vétos,
17:09il y a tout ça
17:10et qu'elles nous racontent
17:12leur parcours de vie.
17:14Voilà,
17:14qu'elles se racontent.
17:16se racontent.
17:17Donc,
17:18les moments,
17:18les coups de gueule,
17:19les coups de cœur,
17:21leurs envies,
17:22leur parcours,
17:22comment elles en sont arrivées,
17:24pourquoi elles en sont arrivées là.
17:26Voilà,
17:26tout racontait leur vie
17:27parce qu'on s'est rendu compte
17:29que même pour nous,
17:31c'était enrichissant
17:32parce qu'on apprenait
17:32des choses
17:33mais qu'en même temps,
17:34ça leur permettait
17:35de s'entendre,
17:36de se faire du bien.
17:38Et ça,
17:39c'est le fait de parler,
17:40ça se fait,
17:41on ne se rend pas compte
17:42mais ça fait du bien
17:42parce qu'on expose
17:44les choses sur la table
17:45et ça nous permet aussi
17:46de relativiser
17:48certaines choses
17:49qu'on a cru
17:50garder en soi
17:52et qui en veniment
17:54et le fait
17:55de pouvoir les exposer,
17:57c'est de se libérer
17:58de quelque chose.
17:59Et je sais,
18:00toutes celles
18:01avec qui on a fait
18:03ces vidéos-là
18:04nous ont remercié
18:06en disant
18:06déjà,
18:07je ne savais pas
18:08que j'étais aussi
18:08plus plaide que ça,
18:10que j'avais autant
18:11de choses à dire
18:11et en même temps,
18:13ça leur a permis
18:13de regarder
18:15leur propre parcours
18:16et de se rendre compte
18:17de la richesse
18:18qu'elles avaient
18:19et de se dire
18:20je ne suis pas si nulle
18:22que ça,
18:23je ne suis pas si nulle
18:24que ce qu'on aurait pu
18:25me dire
18:26ou me laisser penser
18:27et que j'ai fait
18:28beaucoup de choses
18:29et que j'ai encore
18:30beaucoup de choses
18:31à faire
18:31et que j'ai encore
18:32beaucoup de coups de cœur,
18:33de coups de gueule
18:34et j'ai plein d'autres trucs
18:35à vivre quoi.
18:37Et ça,
18:38je trouve ça,
18:39moi j'adore.
18:40C'est vraiment un truc
18:40que j'adore
18:41et je vais continuer.
18:44Comme une journaliste,
18:46Laurence écoute
18:46et fait témoigner.
18:48En donnant la parole,
18:49elle redonne vie.
18:50Elle aide à guérir
18:51et par les témoignages
18:52qu'elle diffuse,
18:53d'autres femmes se relèvent.
18:55De son côté,
18:56Christine,
18:56depuis mon passage
18:57il y a trois ans,
18:58a quitté le centre,
18:59retrouvé du travail
19:00et surtout,
19:01elle se reconstruit
19:02une famille
19:02autrement.
19:04de la parole.
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