00:00Les 6h21, rarement l'immobilier a connu une telle crise en France, ça fait trois ans que ça dure.
00:04Alors si l'ancien se porte un peu mieux, le neuf est toujours à la peine.
00:08Pour relancer les constructions, le gouvernement veut créer un nouveau dispositif fiscal.
00:12Mais les promoteurs ne sont pas du tout convaincus par ce qui n'est devenu selon eux qu'une mesurette.
00:17Ils ont rendez-vous d'ailleurs aujourd'hui avec le ministre du Logement.
00:20Pour faire le point sur cette crise, je reçois ce matin Loïc Quentin. Bonjour.
00:23Bonjour.
00:24Vous êtes le président de la FNAIM, la Fédération Nationale de l'Immobilier.
00:27Donc c'est vraiment le neuf qui coince aujourd'hui.
00:29Là, il n'y a vraiment aucune amélioration pour le neuf ?
00:31Ce n'est pas que le neuf, je dirais.
00:32C'est l'investissement locatif de façon générale, puisque les Français le savent et sont confrontés à une offre qui est de plus en plus rare.
00:39Il y a un retrait, une attrition du parc locatif, de moins en moins d'appartements alloués.
00:43Les étudiants chaque année le savent, les ménages qui sont mutés le savent.
00:47Grande difficulté dans toutes les grandes agglomérations à trouver un logement.
00:50Donc l'important, c'est de redonner un avantage à l'investissement et réfléchir, redonner de l'intérêt à cet investissement.
00:56D'où la proposition, le statut du bailleur privé qui doit être créé dans le cadre de l'examen du budget de l'État.
01:04Alors ce dispositif a d'abord, on va essayer de simplifier, a d'abord été approuvé par l'Assemblée.
01:09Le Sénat l'a ensuite voté le week-end dernier.
01:11Mais le Sénat l'a voté en réduisant la portée de cette mesure.
01:14Alors il y a des petites mesures techniques pour plafonner telle ou telle mesure, réduire des paramètres.
01:19Bref, ça devient une coquille vide selon les promoteurs.
01:22Vous êtes d'accord avec eux ?
01:22Oui, une coquille vide, parce que le Sénat l'a sous-amendé de façon un peu plus stricte que l'avait fait l'Assemblée nationale.
01:28Donc c'est-à-dire qu'aujourd'hui, il n'en reste rien de ce statut.
01:30Et qui n'impacte pas l'ancien, aucune mesure pour l'existant.
01:34Alors que l'existant est largement concerné par la crise du locatif.
01:37Je vais faire un lien immédiat avec l'indécence énergétique.
01:40Je ne vais cesser de le rappeler au ministre et au sénateur rencontrés, au ministre du logement.
01:43Maintenant, nous allons avoir 700 000 logements classés F qui vont sortir du parc locatif dans deux ans.
01:50Donc l'urgence, elle est là.
01:51Et des Français qui ne peuvent pas faire des travaux de rénovation énergétique ou des copropriétés qui ne sont pas au rendez-vous.
01:56Et nous, nous l'avons dit, il faut suspendre cette mesure.
01:58Oui, mais pour les locataires, ce n'est pas génial non plus de vivre dans un appartement qui est une passoire thermique.
02:02Oui, une passoire thermique.
02:04Je dirais que vous avez des très belles passoires thermiques.
02:06Vous savez, je crois qu'on fait une fixation notamment sur l'indécence énergétique.
02:10Mais l'indécence est plus grave que l'indécence énergétique.
02:13Pour en revenir au statut du bailleur privé, donc à cette mesure qui est discutée actuellement dans le cadre de l'examen du budget de l'État,
02:20est-ce qu'on peut dire que finalement c'est un match entre deux ministres ?
02:22Parce que le ministre du logement, il est favorable à cette mesure.
02:25Et Amélie de Montchalin, la ministre des comptes publics, c'est elle qui a dit au sénateur, ça coûte trop cher, il faut faire quelque chose.
02:31C'est un match entre les deux ministres et c'est Bercy qui a gagné pour le moment ?
02:34Je crois que de toute façon, dans ce genre d'épreuve, Bercy gagne toujours.
02:39Amélie de Montchalin a gagné.
02:40Mais je pense que les députés aussi, qui ont été mis à l'épreuve dans les débats, les décisions à prendre, ont montré notamment,
02:47je dirais, une stratégie de compromis, voire même de compromission, nous, d'intérêts autres que ceux du logement.
02:52Et on a sacrifié l'intérêt général du logement pour les Français, pour d'autres stratégies.
02:56Mais qui sont des stratégies politiques et idéologiques.
02:58La suspension de la réforme des retraites, on cherche une majorité au sein de l'hémicycle et on fait des concessions pour arriver à un objectif qui n'est pas celui recherché, au moins pour le logement.
03:07Il y a urgence pour le logement.
03:08Mais le Sénat a pratiqué la même chose, je dirais, la même politique, visant à trouver un accord, un consensus pour avoir un budget pour la France, que l'on peut comprendre.
03:16Mais encore une fois, le logement a été sacrifié sur l'autel, je dirais, de l'accord idéologique et politique.
03:20Et pour vous, que faudrait-il faire pour relancer le secteur immobilier et relancer le locatif ?
03:25Je crois que de toute façon, aujourd'hui, nous sommes dans une crise structurelle extrêmement grave.
03:29Le logement souffre dans toutes ses composantes, que ce soit le social, que ce soit le parc locatif privé, l'accession à la propriété.
03:36La question du statut du bailleur privé, on s'en fiche si ce n'est pas le statut du bailleur privé, mais il y a deux façons de se loger chez les Français.
03:42On est où locataire ou propriétaire.
03:44Si on ne permet pas des Français de flécher l'investissement des Français vers le locatif, qu'on permette aux locataires qui ont besoin de se loger de devenir propriétaire.
03:52De quelle façon ?
03:52Mais ça, c'est une stratégie.
03:54Et or, cette stratégie n'existe pas.
03:56On est sur des vieux remèdes, des plats réchauffés et qui n'aboutissent à rien.
04:00Et à chaque fois, l'arbitre, on comprend.
04:01L'arbitrage, c'est Bercy.
04:03Il n'y a pas de moyens.
04:03Et à chaque fois, on considère que donner un peu d'argent au logement, c'est aider les riches.
04:08Moi, je considère que, et on le dit, la part des recettes fournies par le logement, que ce soit au niveau de l'État ou des collectivités, c'est 97 milliards.
04:1693 milliards de prélèvements, l'impôt sur les revenus des personnes physiques rapporte 93 milliards à l'État.
04:25L'impôt sur le logement rapporte plus à l'État français que l'impôt sur les personnes physiques.
04:30Et donc concrètement, quelles propositions vous aimeriez voir appliquer ou quelles mesures ou quelles enveloppes, je ne sais pas, pour relancer ?
04:36Je crois qu'il faut des vraies mesures pour aider les Français dans leur parcours résidentiel, que ce soit dans le locatif.
04:42Il faut redonner confiance à l'investissement locatif.
04:44Les Français, cet investissement aujourd'hui est boudé.
04:47Or, nous avons besoin d'une offre locative, que ce soit privée ou que ce soit sociale.
04:51On ne peut pas laisser des demandes de Français insatisfaites face au logement.
04:56Alors aussi, on agit sur l'accession à la propriété.
04:58Mais il est vrai qu'il y a des choix à faire.
04:59Il faut dégager des budgets.
05:01Il faut dégager aussi des économies de poste pour pouvoir recharger et redonner une dynamique à notre pays en matière de construction de logements et d'offres indispensables.
05:09Et l'encadrement des loyers ?
05:10Je vous pose la question parce qu'il y a une proposition de loi socialiste qui va être examinée dans une semaine,
05:15qui prévoit de pérenniser le dispositif.
05:17Parce que finalement, cet encadrement des loyers, c'était pas, quand ça a été mis en place dans certaines grandes villes,
05:22c'était pas quelque chose de définitif.
05:23C'est censé s'éteindre dans un an.
05:25Pour ou contre ?
05:26Totalement contre.
05:26C'était à titre expérimental.
05:28On attendait, Valérie Léthard avait demandé un rapport pour novembre 2026.
05:32Les socialistes ont présenté à la commission des affaires économiques hier une proposition de loi
05:35qui va être débattue le 11 décembre, la semaine prochaine.
05:39Ça, ça serait la goutte d'eau qui fait déborder le vage.
05:41Je dis tout simplement, en France, aujourd'hui, les loyers sont plafonnés dans 48% de l'offre.
05:46C'est-à-dire que les loyers évoluent moins que l'inflation.
05:4916% d'augmentation en disant quand l'inflation était de 25%.
05:52Et notamment, l'encadrement ne concernerait que de nouveaux logements mis sur le marché.
05:56Mais quand il n'y en a plus, à quoi ça sert ?
05:58Voilà une stratégie purement idéologique, dogmatique.
06:01Et en plus, ce que je soupçonne comme dangereuse,
06:04à l'approche des municipales,
06:05on va en faire un débat idéologique dont la France pourrait bien se passer.
06:09Oui, mais pour les locataires ?
06:11Mais pour les locataires, nous, nos locataires dans nos cabinets,
06:14ils ne connaissent pas d'augmentation de prix.
06:16Et nous sommes encadrés par la limitation et un plafonnement des loyers
06:20qui est soumis à la seule variation de l'indice sur la revariation des loyers.
06:23On ne peut pas augmenter plus que cet indice.
06:26Et aujourd'hui, un indice qui est moins important que l'inflation.
06:30Donc aujourd'hui, il y a une préservation du pouvoir d'achat.
06:32Vous savez, les loyers augmentent beaucoup moins que des denrées alimentaires aujourd'hui.
06:36Merci Loïc Quentin, président de la FNAIM, la Fédération nationale de l'immobilier.
06:40Il est 6h27.