00:00Raphaël Lejeune, on va parler éducation avec vous. Le Trésor a publié hier une étude sur le lien entre la baisse du niveau scolaire et la baisse de la croissance.
00:07Les résultats sont très inquiétants pour l'avenir.
00:10Oui, alors on peut même dire que le constat est catastrophique.
00:12Alors on le sait, en 30 ans, le niveau des élèves s'est effondré.
00:15Seul 1% des élèves aujourd'hui sont au niveau des 10% les meilleurs de 1987.
00:22Et ce qu'explique très bien l'étude, c'est que cet effondrement scolaire a un coût économique majeur.
00:30Avec un chiffre choc, le ralentissement de la progression du niveau de formation depuis les années 2000
00:36aurait contribué à, tenez-vous bien, 60% du recul des gains de productivité.
00:43C'est colossal.
00:44Ce que vous dites, c'est qu'en fait la croissance se joue dès le CP.
00:47Exactement. L'essentiel des gains de productivité dépend de ce qui est appris dans l'enfance.
00:51C'est ce que souligne bien cette étude.
00:53Quand les bases sont faibles, tout le reste vacille.
00:56L'innovation, l'industrie, les compétences numériques.
00:59Entre 1971 et 2018, jusqu'à 75% des gains de productivité étaient dus à la formation.
01:08Et aujourd'hui, le pays se retrouve à courir après les besoins sans jamais, jamais les rattraper.
01:14Ce que dit l'étude, c'est aussi que l'effondrement du niveau scolaire creuse les inégalités sociales.
01:18Oui, effectivement. La France est championne d'Europe du lien entre l'origine sociale et la performance scolaire.
01:25Et elle est là, l'inégalité fondamentale dans notre pays.
01:29Un élève défavorisé arrive en sixième avec un retard de plus d'un écart-type en maths.
01:34L'écart-type dans cette étude, c'est l'ampleur du pas qui sépare les élèves moyens du reste du groupe.
01:42C'est considérable un écart-type et ce gouffre s'élargit au collège.
01:46Faites des maths, faites des maths, faites des maths. C'était un des messages au BFM World hier de l'ensemble de nos invités.
01:51Est-ce que ça, oui aussi un peu, évidemment, lire, écrire, compter. Est-ce que ça vient d'un manque de moyens essentiellement ?
01:57Oui, parce que même si les moyens ont quand même augmenté de 11% par élève dans le premier degré depuis 2017.
02:04Et ça a payé le dédoublement des classes. On sait que c'est efficace.
02:08Mais l'augmentation du budget de l'éducation nationale a servi en partie à financer les retraites des professeurs.
02:14Ça, on ne le dit pas assez. Un quart du budget des augmentations part dans les retraites.
02:18Le problème, c'est qu'on manque toujours d'enseignants. Aujourd'hui, le métier n'est plus attractif.
02:22Les concours se vident et le niveau baisse. 88% des postes seulement sont pourvus aujourd'hui dans l'éducation nationale.
02:29La formation est trop théorique, pas assez pratique. Le numérique est sous-utilisé.
02:35Moins de 10% des profs s'en servent vraiment aujourd'hui. Et tout cela pèse énormément.
02:38Alors, il reste quoi ? Il reste à apprendre l'éducation comme un investissement productif.
02:44À cibler ce qui marche, des classes plus petites, des formations efficaces, une véritable mixité et des outils numériques bien intégrés.
02:53Puis, souvenir que le capital humain est la première richesse d'un pays qui veut compter.
02:57Sinon, on continuera à avoir des élèves qui lisent moins, qui calculent moins.
03:03Et au final, ce sera l'économie qui va moins croître.
03:06Vous entendrez Patrice Cain et Paul Dussaillant sur les questions notamment d'éducation.
03:11Ce sera à 7h45 pour le PDG de Thalès, à 8h10 pour Essilor Luxottica.
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