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Éric de Riedmatten reçoit un invité dans #LHebdoDeLEco pour approfondir un sujet économique…

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Transcription
00:00On va parler du transport maritime français, pas seulement du fret, mais aussi du transport passager.
00:05Nous sommes avec Jean-Marc Rouet, merci d'être avec nous, vous êtes président de Britannique, Ferris.
00:10Alors, important parce que ça marche fort pour le transport passager,
00:132,5 millions de personnes en 12 mois dans votre compagnie pour 2024.
00:17Et puis surtout, moi j'ai appris que vous étiez une compagnie créée par des agriculteurs
00:21et toujours détenue par les agriculteurs français. Et ça marche ?
00:26Oui, ça marche. Bonjour déjà.
00:27Oui, ça marche. Maintenant, la vie n'est pas simple.
00:30Oui, j'imagine.
00:31On est quand même sur un secteur géographique périphérique du gros du transport transmanche
00:37qui est sur le détroit du Pas-de-Calais.
00:39Mais oui, ça marche parce que notre modèle est un peu différent de nos concurrents
00:44qui sont essentiellement des transporteurs de véhicules industriels.
00:47Et nous, nous sommes très essentiellement des transporteurs de passagers motorisés,
00:51en famille et en vacances, et qui viennent d'Irlande et d'Angleterre
00:55et qui irriguent tout l'Ouest français.
00:57Mais les agriculteurs avaient encore de l'énergie pour se diversifier ?
01:01Ils sont tellement occupés, ont tellement de soucis ?
01:03Oui, pour être agriculteur, si vous n'avez pas d'énergie, ça ne marche pas.
01:08Donc il vous en reste un petit peu pour d'autres perspectives.
01:11En fait, l'idée de Brittany Ferry, c'est d'abord, l'idée de départ,
01:15c'était qu'il n'y aura pas de salut à l'économie agricole
01:19si tout le reste est sinistré autour de nous.
01:21Donc les agriculteurs du Nord-Bretagne, qui sont regroupés aujourd'hui sous la marque Prince de Bretagne,
01:26c'est les légumes Prince de Bretagne, que vous connaissez sûrement,
01:28donc ce sont mes actionnaires, dont je fais partie,
01:32ont développé cette entreprise et ensuite l'ont étendue vers la Normandie,
01:36et je dirais vers l'Irlande et vers la péninsule ibérique.
01:39Et vous-même, donc, agriculteur, breton, aux commandes de l'entreprise, à Roscoff,
01:44c'est le siège de l'entreprise.
01:46Avec une équipe, bien sûr, mais il y a quand même des vents, contraires, si je puis dire,
01:49sur tout ce qui est maritime, avec les taxes que l'on promet,
01:52qui risquent de faire du mal quand même à vos entreprises.
01:54Comment faites-vous pour vous en sortir ?
01:56C'est tout le sujet.
01:57Si on veut une politique industrielle bas carbone, il faudra la financer.
02:02On a deux solutions pour la financer.
02:04Un, c'est de la faire porter par la clientèle, sur les billetteries,
02:09ou autrement, c'est au niveau des entreprises de trouver des solutions.
02:12Quelque part, j'ai envie de dire que chez Brittany Ferris, après la crise Covid,
02:16on a été obligé d'augmenter sensiblement notre tarification pour rembourser notre dette Covid,
02:21à peu près 200 millions quand même, une dette totalement improductive.
02:26Et aujourd'hui, on rentre tout de suite dans le sujet de la décarbonation.
02:29J'ai envie de dire, on a augmenté nos prix, et on a réussi à le faire,
02:33et à rembourser une très grosse partie de notre dette Covid.
02:35Le deuxième volet, ou le deuxième étage de la fusée,
02:37c'est-à-dire d'augmenter encore nos prix pour payer les taxes qui nous sont imposées,
02:42là, pour le coup, l'exercice est beaucoup plus difficile.
02:44Aujourd'hui, si vous regardez les critères du shipping international,
02:49c'est que le salaire minimum, c'est 5 dollars de l'heure.
02:52Donc, vous comprenez bien que quand on arme au pavillon français,
02:55et quand on a l'ambition de le faire, on est très au-dessous, au-delà de l'heure.
02:59Sauf que mes concurrents DFDS, P&O et Irish Ferris,
03:03eux, ils arment dans ces conditions-là.
03:05Oui, mais ils emploient de la main-d'oeuvre étrangère.
03:06Oui, mais ils arment dans ces conditions.
03:08J'ai envie de dire, peu importe la nationalité des marins,
03:10ils arment à des conditions sociales qui ne sont absolument pas celles du lieu de la France,
03:14et qui leur coûtent 60% moins cher.
03:16Et vous gardez, vous, le pavillon français, aussi ?
03:19Vous l'avez dit, c'est-à-dire que c'est l'énergie, finalement, des agriculteurs.
03:24C'est-à-dire que c'est quoi ?
03:25C'est nous, notre ambition, c'est l'aménagement du territoire,
03:28avec deux partenaires qui sont la région Bretagne et Loïc Chénjira,
03:32et la région Normandie et Hervé Morin,
03:34qui sont les garants de cette politique industrielle locale,
03:38avec des marins français.
03:40Mais vous ne partirez pas à Nassau, Bahamas,
03:42ou dans un paradis fiscal ?
03:44Très vraisemblablement, en tout cas,
03:46mes actionnaires, si je leur posais la question,
03:47se diraient non,
03:50ou alors il y a d'autres solutions.
03:51Certains l'ont fait,
03:53ça fait partie de l'histoire du shipping français,
03:55c'est soit les boîtes finissent par être plus rentables,
03:58et puis il n'y a plus d'avenir,
03:59ou alors elles sont cédées.
04:00Et après, les nouveaux actionnaires font ce qu'ils veulent.
04:02En tout cas, ce n'est pas notre ambition.
04:04C'est grave quand même d'entendre ça,
04:06parce que je vois P&O avait licencié 800 salariés
04:09pour alléger ses charges.
04:10En France, là, vous résistez quand même,
04:12vous arrivez quand même à résister.
04:14Alors, on résiste,
04:15parce que nous avons un modèle économique
04:17qui est assez différent.
04:18Je l'ai dit, quand on est sur du camion,
04:19on est sur une tarification de transport de véhicules
04:22qui est hyper, hyper concurrentielle.
04:24Donc 80% de notre chiffre d'affaires,
04:25c'est du transport de passagers motorisés,
04:27en famille et en vacances,
04:29essentiellement des Anglais, des Irlandais,
04:31des Français aussi.
04:31Et pour le coup, notre valeur marchande, c'est quoi ?
04:36En fait, on rapporte à l'économie française
04:38150 millions d'euros de TVA
04:41qui sont prélevés sur des sujets britanniques et irlandais.
04:44On ne va pas le dire, autrement, ils ne viendraient plus.
04:46Ah, ils prennent la TVA française, c'est ça ?
04:48Plus les taxes de séjour,
04:50donc c'est 1,5 € par l'été.
04:50Même s'ils achètent leur billet en Irlande ?
04:52Ah oui ?
04:53Ah oui, c'est bien, écoutez, bravo.
04:54Donc vous générez de la valeur ajoutée.
04:55Oui, mais c'est les dépenses qu'ils font sur le territoire aussi.
04:58C'est vrai.
04:58En France, les passagers de Britannique Ferry
05:02dépensent 900 millions d'euros
05:04sur le territoire de l'Ouest français.
05:06À l'intérieur, il y a 150 millions d'euros de TVA.
05:08Cette folie des taxes, ça peut durer combien de temps, à votre avis ?
05:11Moi, je suis prêt à payer les taxes et de dire, écoutez, il y a besoin de décarboner ?
05:16Eh bien, très bien.
05:17Le port de Saint-Malo est en rénovation.
05:19Le port de Wistriam est en rénovation.
05:21Moi, je propose que les taxes que Britannique Ferry se paye aillent soutenir les investissements
05:26de ces deux régions dans le cadre de la décarbonation de leur port.
05:28Et non pas pour combler les déficits ou les dettes de l'État.
05:30C'est ça que vous voulez dire ?
05:32Une politique industrielle qui est absolument incompréhensible.
05:34Je pense que les citoyens ont besoin de comprendre où est la stratégie
05:37et de voir le bénéfice à côté de chez eux.
05:40Stop aux taxes, comme le dit le président du MEDEF.
05:42Il y en a trop.
05:43Oui, bien sûr.
05:44Oui, en tant qu'industriel, on ne va pas dire le contraire.
05:47Mais aussi, possiblement, que la stratégie de décarbonation soit visible pour les citoyens.
05:53C'est-à-dire que, quelque part, mes salariés comprennent que le futur de la compagnie
05:57s'organise autour des investissements d'aujourd'hui.
06:01Et quelque part, c'est le gage de voir cette compagnie exister encore dans quelques années.
06:05Sauf qu'aujourd'hui, je ne suis pas capable de leur dire ça.
06:08C'est un débat budgétaire.
06:10Il y aura des amendements.
06:12Mais ce que je constate, c'est que les engagements qui avaient été pris
06:14dans le 6 mai de mai 2025, aujourd'hui, ne sont pas dans la copie budgétaire
06:19qui est présentée au Parlement.
06:20Oui, donc les hommes politiques ne sont pas conscients de la situation de terrain.
06:23Ils ne savent peut-être pas comment fonctionne l'économie, malheureusement.
06:26C'est un peu le sentiment qu'on a.
06:27Merci beaucoup, Jean-Marc Rouet, d'être venu sur CNews.
06:30Président de Brittany Ferris.
06:31Restez avec nous sur CNews.
06:33Merci.
06:33Merci.
06:35Merci.
06:36Merci.
06:37Merci.
06:40Merci.
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