00:00Il y a quelques semaines, une enseigne de sportswear a ouvert Place de la Madeleine,
00:08sa plus grande boutique en France, sur un emplacement autrefois occupé par Fauchon.
00:14Le traiteur de luxe, icône de la gastronomie française née il y a presque 140 ans,
00:19a en effet été obligé de fermer en 2020 deux de ses trois établissements historiques de la Place de la Madeleine
00:25et dû licencier 77 des 107 salariés dans le cadre d'un plan de continuation après une mise en ordonnancement judiciaire.
00:33Fauchon, qui faisait un tiers de son chiffre d'affaires au moment des fêtes
00:37et reposait beaucoup sur le travel retail, c'est-à-dire les activités commerciales les hauts voyages,
00:43avait été fortement affaibli par les attentats de 2015, les mouvements sociaux de Noël 2019,
00:49les gilets jaunes et surtout le coup de grâce du Covid.
00:52Il conservait malgré tout à Paris son hôtel de luxe, sa boutique de thé et le fameux Grand Café Fauchon
00:58et puis ses activités internationales, 85 points de vente dans 15 pays.
01:02Hélas, son propriétaire Michel Ducrot a jeté l'éponge l'année dernière.
01:07Il a vendu l'ensemble du groupe Fauchon à l'ETI bretonne Galapagos, propriétaire de Traumade et des Gavotes.
01:15Alors, quelle erreur a commis Fauchon pour en arriver là ?
01:19Pourquoi ce destin si différent des autres enseignes françaises de luxe,
01:23qu'il s'agisse des Vuitton, Dior ou Mouettes et Chandon de LVMH,
01:27ou des indépendants comme Chanel ou Hermès qui prospèrent dans l'Hexagone
01:30et sont des fleurons français à l'étranger ?
01:33Fauchon a vu trop grand, alors qu'il n'avait pas une base assez solide.
01:39Sa dépendance à la place de la Madeleine et au marché parisien, son socle historique, était excessive,
01:44alors que la rentabilité de ses points de vente était fragile.
01:48Les loyers commerciaux étaient extrêmement élevés et en période de baisse du tourisme international,
01:52conséquence de toutes les turbulences qu'on a citées tout à l'heure,
01:55la clientèle locale n'était pas suffisante pour assurer l'équilibre.
01:59Ensuite, la stratégie d'expansion et les diversifications,
02:03les hôtels 5 étoiles à Paris et à Kyoto,
02:05ou les projets annexes comme l'école de gastronomie,
02:08ont été coûteuses et pas toujours maîtrisées.
02:11Fauchon a multiplié les ouvertures à l'étranger, à Moscou, à Dubaï, à Tokyo,
02:15mais souvent sous forme de franchise ou de partenariats peu durables.
02:19Dans certains cas, le contrôle de la qualité était insuffisant, ce qui a fragilisé la marque.
02:24Par ailleurs, alors que ses concurrents pâtissiers et chocolatiers de prestige,
02:27comme Pierre Hermé, Laduré, Patrick Roger, ont su se réinventer pour attirer une nouvelle clientèle,
02:33Fauchon a semblé plus institutionnel que créatif,
02:37perdant une partie de son aura auprès des jeunes générations.
02:42Aujourd'hui, avec son nouveau propriétaire,
02:43Fauchon veut revenir à ses fondamentaux de pâtisserie, chocolaterie et épicerie finaux de gamme.
02:49Il vient de prendre une participation majoritaire dans une maison de pâtisserie prestigieuse.
02:53Il a maintenant une vraie stratégie digitale.
02:56Il redéfinit le rôle de ses magasins physiques en les transformant en véritables lieux d'expérience culinaire.
03:02Et il innove aussi dans les formats de vente, en ouvrant dans les aéroports ou dans les grandes gares,
03:06des corners et des nano-boutiques.
03:09Sans doute cette fois, pour ne pas voir trop grand avant d'avoir consolidé ses bases.
03:13Sous-titrage Société Radio-Canada
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