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  • il y a 8 mois

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00:00Il est 7h12 sur Europe 1, Dimitri Pavlenko, en ce jour de commémoration des attentats de Paris du 13 novembre 2015,
00:06vous recevez ce matin celui qui était à l'époque le chef du RAID, Jean-Michel Fauvergue.
00:10Bonjour Jean-Michel Fauvergue, bienvenue sur Europe 1.
00:13Le RAID c'est l'équivalent police du GIGN, l'unité d'intervention d'élite de la police nationale.
00:17Vous l'avez dirigée entre 2013 et 2017, avant une incursion en politique.
00:21Vous avez été député Renaissance pendant 5 ans, vous avez tourné cette page depuis
00:25et vous publiez un livre de souvenirs et de réflexions aussi sur notre sécurité intérieure.
00:29Son titre, ni capitulation, ni résignation, on va en parler.
00:33Le 13 novembre 2015, Jean-Michel Fauvergue, vos équipes d'assaut sont au Bataclan.
00:37Quels souvenirs vous gardez-vous de ce funeste vendredi soir ? Vous étiez où exactement ?
00:42Moi j'étais sur l'équipe... Pardon, j'étais pas dans la toute première équipe
00:47puisque c'est mon adjoint que j'avais envoyé avec une équipe très réduite,
00:52qui était une équipe sur roue, qui est allée le plus rapidement possible.
00:55et moi je suis arrivé avec les renforts assez rapidement, la première colonne d'assaut.
01:01Voilà, j'étais sur cette deuxième vague à renforcer à la fois mon équipe du RAID,
01:08qui était réduite au départ, et l'équipe BRI avec le chef de la BRI,
01:13qui était aussi réduite, donc on est venu la renforcer assez rapidement.
01:16C'est une colonne BRI qui rentre, après ces trois policiers qui étaient arrivés en précurseur,
01:20et vous êtes à ce moment-là le RAID en appui de l'opération.
01:23Alors c'est pas une colonne BRI qui rentre, ce sont les deux éléments d'intervention rapide,
01:29du RAID et de la BRI, qui rentrent au Bataclan.
01:32Et la colonne d'assaut de BRI et RAID arrive à peu près en même temps,
01:37moi à la tête de la colonne RAID.
01:39Vous êtes un professionnel à ce moment-là de ce genre d'opération,
01:42vous êtes très entraîné pour y faire face,
01:45mais malgré tout, est-ce que vous sentez qu'on vit des moments exceptionnels à ce moment-là, Jean-Michel Fauvergue ?
01:50Non, mais on n'est pas entraîné pour faire face à ce qu'on a vu aujourd'hui, c'est impossible, c'est pas humain.
01:57Même vous, les hommes du RAID, vous vous dites que...
01:58Mais oui, parce qu'on a un très gros professionnalisme sur des prises d'otages des forcenés et des terroristes,
02:07mais personne n'est formé à voir un massacre généralisé, à marcher dans le sang,
02:13à entendre les gémissements de plaintes blessées.
02:20Vous l'avez senti chez vos hommes ce soir-là ?
02:23J'ai déjà la sentie chez moi et chez les hommes aussi,
02:26mais après, dans les discussions, quand on a débriefé tout ça,
02:31oui, évidemment, mais sur le coup, on ressent l'impact psychologique,
02:36mais on a la mission, et quand vous êtes patron du RAID, vous dirigez vos hommes,
02:40donc vous avez la mission et vous allez de l'avant, quoi qu'il en soit.
02:43Et une semaine plus tard, le 18 novembre, c'est le RAID qui est déployé à Saint-Denis,
02:48dans cette maison où est logé le cerveau des attentats, le djihadiste Abdelhamid Abaoud.
02:54Ça commence pas très bien, cette intervention du 18 novembre, on s'en souvient, ça dure très longtemps.
02:59Qu'est-ce qui se passe exactement, Jean-Michel Fauvergue ?
03:01Il se passe que l'idée, c'était, d'abord, il faut savoir que c'est les mêmes qui retournent,
03:05les mêmes qui ont vu le spectacle, l'horreur du Bataclan, avec leur chef, moi-même,
03:13on retourne sur des gens, sur des terroristes, qui sont armés de gilets explosifs.
03:21Et ça, les gilets explosifs, c'est quelque chose de nouveau, c'est particulièrement mortel,
03:26ce sont des bombes humaines, donc on y retourne quelques jours après.
03:31Il faut voir dans quel état d'esprit on était.
03:33Le but, c'était de faire exploser la porte et d'aller très rapidement interpeller les individus,
03:39ce qui était très très risqué, d'une manière générale,
03:41parce qu'ils pouvaient faire sauter leurs explosifs et mettre la moitié de la colonne au tapis.
03:46Mais ça ne s'est pas passé comme ça, parce qu'un des explosifs n'a pas explosé,
03:51donc il n'a pas joué son rôle.
03:52Vous échouez à ouvrir la porte d'entrée, en fait.
03:54Tout à fait.
03:55Et donc l'effet de surprise est complètement gâché.
03:56Donc l'effet est gâché, déjà qu'il était assez léger, donc l'effet est gâché.
04:01Et donc, on se reconditionne, on se remet en position,
04:06et je leur donne de pratiquer les tirs de barrage,
04:08parce que je ne veux pas que les terroristes qui sont revêtus de ces gilets explosifs
04:12puissent se caler contre la paroi,
04:16parce que ce n'est pas un mur porteur,
04:18c'est une paroi qui ne protégeait rien du tout,
04:21et me fasse exploser la moitié ou la totalité de la colonne
04:24qui n'avait pas de recul derrière.
04:25Est-ce que vous dites avec le recul aujourd'hui, Jean-Michel Fauvert,
04:28qu'en 2015, nous avons été à la hauteur de la menace terroriste
04:33qui était plus que une menace,
04:34qui a frappé la France extrêmement durement, comme jamais avant ?
04:37En 2015, nous avons eu le courage,
04:40policiers, gendarmes,
04:42l'armée qui tapait au levant,
04:47nous avons eu le courage, effectivement,
04:49de s'opposer à ça.
04:51Ensuite, les choses ont évolué
04:54en termes de renseignement,
04:56en termes de législation,
04:59en termes de collaboration, de coopération.
05:02On est aujourd'hui, opérationnellement en tout cas,
05:06mieux équipés pour faire face à cette menace-là.
05:09Par contre, là où on n'a pas du tout tiré les leçons de ça,
05:14c'est sur le terreau du terrorisme,
05:16ce qui se passe avant,
05:17ce qui va conduire à ces actes de terrorisme,
05:20sur cette radicalité politique,
05:24cet islam radical.
05:27Dans Le Point, ce matin,
05:28le patron de la DGSI, Nicolas Lerner,
05:30a une formule que j'ai trouvée particulièrement frappante,
05:32il dit « la cellule souche du terrorisme islamiste
05:35est toujours là, et elle est mutante ».
05:36Ça rejoint des choses que vous écrivez,
05:38d'ailleurs, dans votre livre,
05:39où vous vous montrez, il faut le dire,
05:40assez pessimiste sur le cours des choses,
05:41vous écrivez « les territoires perdus de la République,
05:44ces îlots d'insécurité permanente,
05:46s'étendront bientôt à l'ensemble de notre pays,
05:48si nous continuons à réagir en ordre si dispersé ».
05:52Je suis pessimiste sur le constat,
05:55le constat actuel et la façon dont on ne fait pas les choses,
05:59mais je suis très,
06:00contrairement à ça,
06:01il faut le dire à ceux qui nous écoutent quand même,
06:04je suis très optimiste,
06:05si à un certain moment,
06:07on rassemble notre courage et on réforme tout ça.
06:08Et il suffit de ne pas grand-chose,
06:11il suffit d'avoir le courage de réformer.
06:13Par exemple, souvenez-vous,
06:15après les attentats,
06:19le président de la République d'alors
06:20prenait une déchéance de nationalité,
06:24cette déchéance de nationalité,
06:26tout le monde l'applaudissait,
06:27il a fait un discours au Congrès,
06:29ils ont entonné une marseillaise,
06:31ils l'ont applaudi,
06:32sauf que quelques jours après,
06:34les députés de droite ont renié cette idée-là,
06:36et les députés de gauche ont renié leur chef.
06:39Et donc, personne n'a suivi
06:40le président de la République à cette époque-là.
06:42Et ces lâchetés-là
06:43se sont reproduits à plusieurs reprises.
06:46Sur la loi,
06:47sur le séparatisme,
06:48sur le séparatisme qui a été voté en 2021,
06:53les députés,
06:54en particulier les députés de droite,
06:55n'ont pas voté cette loi-là,
06:56parce qu'ils pensaient qu'elle n'allait pas si loin.
06:59Mais c'est ridicule de dire ça,
07:00il faut se munir d'instruments
07:03et il faut avoir le courage
07:04de faire bloc
07:05contre le terrorisme,
07:08il faut avoir le courage
07:09de faire bloc politique.
07:10Alors, ce qui est intéressant,
07:11c'est qu'on se rappelle aussi
07:12qu'il y a dix ans,
07:13quand vous disiez
07:13tiens, il y a peut-être des djihadistes
07:15qui se cachent dans le flot des migrants,
07:17on était en pleine crise migratoire à l'époque,
07:19le réflexe avait été de dire
07:20fake news, ça n'existe pas.
07:22Je me rappelle aussi qu'il y a quinze ans,
07:23parler d'islamo-délinquance,
07:25c'est-à-dire cette convergence
07:26entre milieu islamiste
07:27et délinquance de cité,
07:28c'était considéré aussi
07:29comme un fantasme.
07:31Qu'est-ce que vous en dites, vous,
07:32aujourd'hui,
07:32quand on voit l'importance prise
07:34auprès des Français
07:35par le narcotrafic,
07:38est-ce que vous voyez des ponts
07:40se créer entre ce terrorisme djihadiste,
07:44ces projets d'attaque contre la France
07:45et le narcotrafic ?
07:47Entre terrorisme et narco,
07:48il y a sans doute des passerelles
07:51sur la fourniture d'armement,
07:53sur des fonds,
07:55mais ce sont deux dangers
07:57de toute façon qui perdurent
07:59et le narco est un danger
08:00qui est autant que le terrorisme,
08:03qui est un danger sociétal aussi.
08:05Donc, il faut les combattre,
08:06tous les deux,
08:07et sur ce que vous avez dit,
08:09il y a dix ans,
08:10il y a quinze ans,
08:11effectivement,
08:11ce discours-là
08:12a été dit par des personnes,
08:15trop peu nombreuses,
08:17on s'est voilé la face,
08:18souvent, longtemps,
08:20mais pendant des décennies
08:21et des décennies.
08:22C'est pour ça qu'aujourd'hui,
08:24c'est ce que je mets dans mon livre,
08:26ni capitulation,
08:28ni résignation,
08:28il faut oser le courage
08:30et dire stop à ça
08:31et réagir.
08:33Et on a les moyens de réagir,
08:34bien évidemment,
08:35quand on les a.
08:35Mais par contre,
08:36ça fera mal.
08:38Merci beaucoup Jean-Michel Fauverg
08:39d'être venu ce matin sur Europe 1.
08:41Je rappelle que vous êtes
08:41l'ancien patron du RAID
08:43entre 2013 et 2017.
08:45Merci d'être venu sur Europe 1.
08:46Bonne journée.
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