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Hélène Trinidad, braqueuse repentie du fameux Gang des Amazones, il y a plus de 30 ans, est au micro de Sonia Devillers, alors qu'un film sort en salles pour raconter leurs histoires. Plus d'info : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/le-grand-portrait/le-grand-portrait-du-lundi-10-novembre-2025-2162233
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00:00Sonia Devillers
00:01Ça va aller ?
00:02On respire un grand coup.
00:04Très stressée, bon invité.
00:05Allez, on y va.
00:06Cinq copines de toujours, cinq histoires de galères à courir tous les jours derrière l'argent.
00:12Elles vivent dans le sud, deux d'entre elles ont des enfants.
00:15L'une perd les aides de la CAF, sans lesquelles elle ne peut plus vivre.
00:19Viendra alors l'idée d'un hold-up.
00:21Aller chercher les ronds là où ils sont, dans les banques.
00:25Les gendarmes deviennent dingues, ils traquent des hommes.
00:27En fait, ce sont des femmes qui portent des flingues.
00:30Ça va durer pendant un an.
00:32Braquage à l'île-sur-la-Sorgue, à Cavaillon, à Saint-Saturnin-les-Avignons, à Carpentras.
00:37La presse parle du gang des Amazones.
00:40On les fantasme beaucoup jusqu'à ce qu'on les arrête.
00:43Aux assises, le procès fera les gros titres.
00:46C'était il y a plus de 30 ans.
00:48Eh bien, j'ai face à moi Hélène Trinidad, braqueuse repentie,
00:53qui voit cette affaire sensible devenir un film de cinéma.
00:56Une histoire d'amitié, de survie, d'adrénaline, de peur au ventre,
01:02de petits enfants, d'enfants tout petits même à l'époque,
01:05pour qui un jour on commet un crime, la connerie d'une vie.
01:09Portrait numéro 43.
01:14Bonjour Hélène Trinidad.
01:15Bonjour.
01:16Ça va aller ?
01:17Tout va aller.
01:18Ça va aller très bien.
01:20Le gang des Amazones, c'est donc un film de Mélissa Drijard.
01:23Je vous le dis tout net, j'ai aimé ce film, j'ai pleuré à la fin.
01:27Le rôle, votre rôle est interprété par Isia Isgelin.
01:31Ça va ?
01:32Ça aussi ?
01:32Oui, elle est magnifique.
01:33Elle est magnifique.
01:35Cathy, chef de gang, la seule qui avait déjà un petit casier judiciaire
01:39et qui monte le coup, c'est Lina Coudry.
01:41Laura Felpin, c'est Laurence, celle qui a un petit garçon.
01:44Malorie Vanek, c'est Carole, la plus jeune.
01:48Ce film, il m'a pris aux tripes.
01:49Hélène Trinidad, vous avez quel âge aujourd'hui ?
01:52J'ai eu 61 ans au mois de juillet.
01:54Et les enfants, ils ont quel âge ?
01:5642, 38, 37.
02:0042, c'est-à-dire que le premier, vous l'avez eu très jeune.
02:03J'ai eu à 19 ans.
02:03À 19 ans.
02:04Donc 42 ?
02:0638, 37 et le dernier, 27.
02:09C'est ça, le dernier qui est là.
02:10Oui, le dernier qui m'a accompagnée de partout.
02:12Aujourd'hui.
02:13Après le premier braquage, il y a une séquence incroyable dans le film.
02:16Vous êtes avec les petits au supermarché, vous poussez le caddie et vous leur dites
02:20prenez tous les jouets que vous voulez, regardez même pas les étiquettes.
02:24Et les gamins, ils n'osent pas.
02:26Et vous leur arrachez des mains et vous remplissez le caddie.
02:29Ça s'est passé exactement comme ça.
02:31Au début, un peu de réticence parce qu'ils n'ont pas compris.
02:34Je disais toujours non avant.
02:35Et ce jour-là, tout était à l'heure.
02:37Vous disiez toujours non parce que c'était trop cher ?
02:40Oui, c'était trop cher.
02:41Je ne pouvais pas me le permettre.
02:42Ça a fait combien d'argent la première fois, après le premier braquage ?
02:47Je crois que c'est 116 000 francs.
02:49Mais ça ne faisait pas...
02:50On pense que ça fait beaucoup de sommes en euros.
02:53Mais quand on traduit en euros, ça ne fait pas beaucoup.
02:55Oui, mais à l'époque, c'était des francs.
02:57Oui, déjà c'était des francs.
02:59Pour moi, c'était beaucoup, mais ça ne l'était pas.
03:01Et au terme des sept braquages, vous vous souvenez combien ça a fait d'argent ?
03:05J'ai vraiment dépensé, quoi.
03:08Ah, vous avez tout claqué ?
03:09Oui, entre les dettes que j'ai accumulées, j'ai voulu gâter mes enfants, j'ai voulu vivre aussi.
03:16J'en avais marre de survivre.
03:18Et l'argent, ça se gaspille.
03:20Ça n'a pas changé, depuis on le gaspille autant maintenant, quoi.
03:24Et vous avez vraiment hurlé de rire en jetant tous les billets en l'air ?
03:29Moi, non.
03:30Parce qu'on voit ça toujours dans les films.
03:32Non, non, non.
03:33Mais vous avez été condamné à tout rembourser, c'est ce qui a été le cas.
03:37Vous avez tout remboursé ?
03:38Oui.
03:40Ça a pris des années ?
03:41Oui, ça prend des années.
03:42Oui, oui, oui.
03:44Alors, en 1989, Hélène Trinidad, pourquoi la Caisse des allocations familiales coupe les versements comme ça ?
03:52Pendant des années, comme j'étais maman de trois enfants, on m'a accordé des droits qui, en fait, ont mal été calculés, quoi.
03:59Et au lieu de faire un calendrier de remboursement tout à fait normal, où j'aurais pu rembourser une telle somme par mois,
04:05ils m'ont tout sucré pour que l'indu soit vite remboursé.
04:11Et alors, à l'époque, pour qu'on comprenne quelle était votre vie, sur qui vous pouviez compter ?
04:16Sur ma maman.
04:17C'est vrai ?
04:17Ma maman.
04:18Qui faisait quoi ?
04:19Des ménages.
04:20Elle se levait à 4h du matin, elle faisait le ménage jusqu'au soir.
04:23Alors, je n'ai peut-être pas eu beaucoup de chance dans ma vie, mais j'ai eu un ange comme maman.
04:29Elle n'est plus là aujourd'hui.
04:30Non, elle n'est plus là aujourd'hui.
04:31C'est dommage qu'elle ne puisse pas voir ce film.
04:33Oh oui, je regrette.
04:34J'aurais aimé.
04:34C'est voir aussi Néma, d'une certaine manière.
04:37Donc, vous habitez chez elle, vous habitez avec elle, avec les petits.
04:40Non, j'avais mon appartement.
04:42D'accord.
04:43Et elle, elle a une maison à rembourser, vous aussi.
04:46Et surtout, le père de votre premier est parti.
04:48Oui.
04:49Et votre père ne s'est jamais occupé de vous.
04:51Donc, il ne peut pas aider non plus votre mère.
04:53Non.
04:54Il ne m'a pas complètement abandonné mon père, mais bon, il ne s'est pas occupé de moi.
04:58C'est ça.
05:00Donc, dans un documentaire qui a été tourné il y a une vingtaine d'années,
05:05où il y avait déjà une cinéaste, Solvay Ganspa, qui vous avait retrouvée.
05:09À ce moment-là, vous lui dites, j'ai vraiment pensé à me prostituer.
05:12Ou à dealer de la drogue.
05:15En fait, dans ces années-là, c'est ce que la femme était pratiquement condamnée à faire.
05:23Mais c'est dur.
05:24Il faut avoir un sacré courage pour pouvoir aller se prostituer.
05:28Vendre la drogue, là aussi, c'est pareil.
05:31Et puis finalement, on a trouvé la bonne idée d'aller prendre l'argent où il était.
05:35Elle est banquée.
05:36C'est Cathy qui monte le coup.
06:04C'était une amie, vous vous connaissiez depuis des années.
06:08Oui, j'avais fait la rencontre de Cathy, j'avais 14 ans.
06:11On se connaît depuis qu'on est toutes petites.
06:12Parce que c'était le quartier ?
06:14Non, on s'est rencontrés en ville.
06:16Ah, en ville.
06:20Vous avez dit oui tout de suite, Hélène, à l'idée du braquage.
06:23Au début, moi, je n'étais pas avec parce qu'elle faisait ses affaires à elle.
06:28Et quand j'ai vu ça, j'y ai demandé.
06:31Mais elle ne me voulait pas parce que j'étais une maman.
06:33Elle n'a pas compris qu'en fait, une maman qui ne sert à rien, ce n'est plus une maman.
06:37Parce que c'était la sensation que vous aviez à l'époque ?
06:39De ne plus servir à rien ?
06:41Ah oui.
06:43Mais quand on ne peut pas survenir aux besoins de nos enfants,
06:45je crois que c'est la chose la plus horrible qui peut arriver à un parent.
06:48Que ce soit maman ou papa, nos enfants, c'est la prunelle de nos yeux.
06:53On ne peut pas...
06:54Donc c'est vous qui étiez demandeuse.
06:56Oui.
06:56C'est elle qui était réticente.
06:58Voilà.
06:58Elle a fini par dire oui.
07:01Vous aviez déjà touché une arme ?
07:04Non.
07:04Non.
07:05Je suis allée à la chasse avec mon père quelques fois.
07:07Et j'étais toute petite, mais non.
07:09C'était des vraies flingues ?
07:12Oui.
07:12Oui.
07:15À même temps, comment on dirait ?
07:17Bon, en avocat, j'y suis pas allée avec un panier de fraises.
07:20C'est ça.
07:22Est-ce que vous avez vu la peur dans les yeux des gens à l'intérieur de l'agence bancaire ?
07:29Est-ce que vous avez vu la peur dans les yeux des gens qui se couchent devant vous ?
07:32Qui lèvent les mains ?
07:33Qui se plaquent contre le mur ?
07:34Hélas, oui.
07:36Mais c'est pas une chose qu'on imagine avant.
07:40C'est le pendant qu'on voit.
07:41La terreur qu'on peut procurer à certaines personnes.
07:45Ça fait mal.
07:47Parce qu'on n'est pas là pour ça.
07:48On est là pour l'argent.
07:51Et malheureusement, il y a toujours...
07:53Donc, il n'y a jamais eu de coup de feu tiré ?
07:55Non, non.
07:56Jamais.
07:56Jamais.
07:56Il s'est quand même passé un truc.
07:59C'est que vous êtes à l'intérieur de l'agence.
08:05Et dans le documentaire qui a tourné Solveig en SPAG, Cathy raconte que vous avez failli rester coincée à l'intérieur.
08:12Ça, c'est Cathy.
08:14C'est sa banque à elle.
08:15Non, moi, j'ai pas manqué à rester coincée à l'intérieur.
08:18Ah oui.
08:18D'accord.
08:19Donc ça, c'était deux braquages différents.
08:21Voilà, c'est deux braquages différents.
08:22Quand vous sortez du premier braquage, vous êtes dans quel état, Hélène Trinidad ?
08:28Alors, une fois que la peur et l'adrénaline est retombée, j'étais euphorique.
08:33C'est vrai.
08:34Puisque je pouvais aller...
08:35Mais il y a eu la peur.
08:36C'est monté.
08:36Ah oui, la peur, elle est montée.
08:37Ah ouais.
08:38La peur, elle est montée.
08:40Ça serait inhumain si on n'avait pas peur.
08:41Mais une fois que tout ça est retombé, l'euphorie prend le dessus et on embarque les petits,
08:48on embarque la mamangue et on va faire des courses.
08:49On fonce chez Auchan et on va faire des courses.
08:51Voilà.
08:52Vous allez vous faire attraper très vite.
08:54Pas toutes.
08:55Vous, vous allez vous faire attraper très vite.
08:58Vous êtes en interrogatoire.
09:00On écoute un autre extrait du film.
09:01T'as eu un braquage ce matin au Crédit Agricole de Cavaillon ?
09:06On pense que t'en faisais partie.
09:08C'est une blague.
09:10On a un agent qui a vu trois braqueuses s'enfuir à bord d'une Renault 5 grise.
09:13Il a noté la plaque d'immatriculation et on est tombé sur toi.
09:16Hélène Trinidad.
09:17Comment tu l'expliques ça ?
09:19C'est une erreur.
09:21C'est une erreur.
09:22Tu connais le gang des Amazones ?
09:24Oui, tout le monde les connaît.
09:25Et ça te plaît d'en faire partie ?
09:28Pardon ?
09:30C'est toi qui a foncé sur un agent de la circulation qui était en train de faire traverser les gamins de l'école.
09:34Je vous ai dit, j'étais au bar avec ma mère.
09:36Je travaillais avec elle au terminus.
09:37J'ai trois enfants.
09:38Vous croyez que je vais m'amuser à foncer dans les gosses au passage piéton quand ils vont à l'école ?
09:43Comment vous avez trouvé le cran de mentir pendant toutes les heures de garde à vue ?
09:48Vous n'avez rien lâché ?
09:50J'ai des enfants.
09:52Je ne veux pas les laisser.
09:53Je ne veux pas partir en prison.
09:55Tant qu'il n'y a pas de preuves accablantes, je ne peux pas.
10:02Comme n'importe quelle maman, on ne peut pas lâcher le morceau.
10:04C'est-à-dire comme n'importe quelle maman, vous ne pouvez plus subvenir aux besoins de vos enfants.
10:14Donc c'est irrespirable.
10:17Mais il y a quand même un verrou qui saute dans votre tête, c'est-à-dire que vous y allez.
10:22Mais vous comprenez aujourd'hui pourquoi le verrou a sauté dans votre tête ?
10:25Vraiment parce que vous n'aviez pas le choix ?
10:27Oui, c'était le chaos, le désespoir le plus total.
10:36Quand on arrive à un point où on touche vraiment le fond, il faut trouver des solutions rapides.
10:44Peut-être pas les meilleures, peut-être pas les meilleurs choix.
10:47Mais à ce moment-là, ça paraissait le meilleur choix.
10:49Et plusieurs mois après, c'est Laurence qui va se faire attraper.
10:56Et Laurence, elle va lâcher.
10:59Laurence, les flics disent, tu ne reverras jamais ton fils, on va te prendre ton fils.
11:04Ce qu'il m'avait dit à moi.
11:06Et alors qu'est-ce que vous éprouvez vis-à-vis d'elle à ce moment-là ?
11:09A l'époque ?
11:10Je ne peux pas éprouver du mal.
11:13Elle a fait pour son fils qu'on ne peut pas en vouloir à quelqu'un qui...
11:16On a toute une croix à porter, on a toute une réaction différente face aux enjeux qu'on peut représenter pour nos enfants.
11:26Et j'arrive à comprendre ce qu'elle a fait.
11:30J'arrive vraiment à comprendre.
11:31Aujourd'hui et à l'époque, vous arriviez à comprendre ?
11:34J'arrive à comprendre.
11:35Donc elle, elle se vit comme la traître de la bande ?
11:40Pour moi, ça ne l'est pas.
11:41Pour vous, ça ne l'est pas.
11:44Et alors, ça marche.
11:46Les gendarmes regardent ailleurs, jusqu'à ce qu'ils attrapent Laurence, entre votre interrogatoire et le sien.
11:52Et pourquoi vous recommencez ?
11:54Je n'ai jamais recommencé, moi.
11:55Les braquages ?
11:57Ah, les braquages sont arrêtés.
11:59À partir du moment où on m'a arrêté, moi, j'ai été arrêté.
12:01Mais avant l'arrestation, pourquoi vous y retournez une deuxième fois ?
12:04Pourquoi vous y retournez une troisième fois ?
12:06Pourquoi vous y retournez une quatrième fois ?
12:08C'est un engrenage.
12:09C'est-à-dire ?
12:11On y prend goût, quoi.
12:12On y prend goût, à tout cet argent de suite, à pouvoir faire des coups.
12:16On a moins peur la deuxième fois ?
12:17Oui.
12:19Et la troisième fois ?
12:19Oui, on a toujours un peu moins peur, oui.
12:21L'adrénaline monte ?
12:23Oui, ça, c'est toujours, c'est toutes les fois.
12:25Mais c'est une habitude, quoi.
12:28C'est un engrenage.
12:29C'est un cercle vicieux.
12:31On ne s'arrête pas.
12:34L'arrestation, là, je vous propose, elle va être racontée par quelqu'un qui a existé dans la réalité, par un garçon, au départ, que vous aviez voulu inclure dans l'aventure.
12:45Très vite, c'est devenu une aventure qu'entre filles.
12:48Mais écoutez comment il décrit cette arrestation, parce qu'elle est spectaculaire.
12:52Comme il m'a arrêté, quoi, ça m'a impressionné, quand même.
12:56Parce que pour un gars comme moi, quoi, c'était beaucoup.
12:59C'était à se demander s'il ne partait pas faire la guerre, quoi, à la limite des choses.
13:03C'était mitraillettes, c'était tris, rangers, pistolets à la main.
13:09Sans vous dire de bêtises, c'était au moins une trentaine, quoi.
13:13Quand vous êtes arrêté, vous comprenez que cette fois, c'est la fin ?
13:16Oui.
13:16Oui.
13:18Vous avez eu peur ?
13:19Très peur.
13:20Et comme il vous a décrit l'arrestation, ça a vraiment été ça.
13:25On aurait dit qu'il avait arrêté quelqu'un de vraiment, vraiment dangereux, quoi.
13:29Peut-être dans leur tête, je l'étais.
13:32Dans le film, on montre Isia Iselin dans les premiers mois de prison, de détention provisoire,
13:39complètement apathique, complètement dépressive, qui ne se lave plus, qui ne bouge plus, qui ne sort plus.
13:44Vous, vous les avez vécues, comment, ces premiers mois de prison ?
13:47Comme elle.
13:48Comme elle ?
13:48Même en vérité, moi.
13:50Moi, ce n'était pas de la fiction, c'était ma vie.
13:53C'est-à-dire que vous avez plongé complètement ?
13:54Oui.
13:56Vous savez, quand on vous arrache les enfants à 6h du matin, qu'ils vous regardent dans l'air de dire,
14:01mais qu'est-ce qui se passe ? Qu'est-ce que tu fais ? Qu'est-ce qu'on va faire ?
14:05Après, on est allé chercher ma mère, qui était au boulot, pour qu'elle les récupère.
14:11C'est horrible.
14:13Qu'est-ce que vous leur avez dit aux enfants ?
14:14Rien.
14:15Rien ? Vous n'avez pas pu leur parler ? Vous n'étiez pas en état ?
14:18Non, je n'étais pas en état.
14:19J'avais mes filles qui pleuraient énormément, et mon fils qui m'a regardé dans les yeux.
14:24Son regard était plein de questions, des questions à lesquelles je ne pouvais pas répondre.
14:28Vous le disiez en quoi ? Je t'ai gâtée parce que je suis allée faire des banques.
14:33On ne peut pas.
14:34On ne peut rien dire.
14:37Mais parce que la juge va vraiment faire un pari très courageux.
14:45C'est-à-dire qu'à l'époque, elle va dire, je les remets en liberté.
14:49Je les remets en liberté jusqu'au procès aux Assises.
14:52Et donc, vous allez avoir 4-5 ans de remise en liberté jusqu'au procès d'Assises.
14:58Elle fait le pari que vous allez retravailler, que vous allez vous tenir à carreau, que vous n'allez pas récidiver.
15:03C'est ce qui s'est passé.
15:04Vous arrivez au procès, vous êtes impeccable.
15:07C'est vrai, vous vous êtes réinséré.
15:11Et au procès, vous êtes face aux gens qui étaient à l'intérieur des banques,
15:15qui racontent qu'ils ne dorment plus depuis toutes ces années, qu'on leur a mis un flingue sur la tempe.
15:20Alors par contre, je n'ai jamais mis une flingue sur la tempe de quelqu'un.
15:24Non.
15:25Et vous êtes face à un avocat général qui requiert des peines très très lourdes.
15:3310 ans.
15:35Comment vous l'avez attendu ce verdict à l'époque ?
15:37Normalement, pour moi, je rentrais en prison.
15:41C'est pour ça que d'ailleurs, quand je suis sortie en provision, j'ai laissé mes enfants chez ma maman.
15:44Parce que tous les gens qui s'occupaient de nous, de moi personnellement,
15:47m'ont dit que ça provoquerait un très grave traumatisme si je les reprenais et que je repartais en prison.
15:54Donc, je n'ai pas pu récupérer mes enfants.
15:56Je les ai laissés chez ma maman.
15:57Je les voyais tous les jours.
15:58Mais bon, ils ont manqué quelque part quand même, eux aussi.
16:03Et quand le verdict a...
16:04Et je n'ai pas tout compris.
16:06Il a fallu qu'on m'explique que je sortais.
16:08Parce que j'étais persuadée que j'allais rester une dizaine d'années.
16:11Parce que c'est à ça que...
16:12Parce que vous étiez aux assises, il y avait un jury populaire, il y avait des juges.
16:16Et la décision, ça a été que vous étiez coupable, mais que vous auriez 5 ans avec du sursis.
16:23Et donc, les mois que vous aviez déjà fait de prison allaient suffire.
16:26Vous alliez...
16:26C'est tombé à 3h du matin.
16:28Vous sortez de là, vous êtes libre.
16:30Ça a été la grosse surprise.
16:31Les larmes ?
16:33Ah ben oui.
16:33Les applaudissements ?
16:35Applaudissements, larmes...
16:37Et en plus, ils ont fait quelque chose d'exceptionnel.
16:39Ils nous ont fait...
16:40Ils nous ont enlevé notre numéro d'écrou à 3h du matin.
16:43Une chose qui ne se fait pas, quoi.
16:45Et ça a été...
16:46Pour que vous puissiez récupérer les enfants.
16:48Ah oui, pour que vous puissiez récupérer les enfants.
16:49Récupérer, je ne sais pas...
16:50Mais voilà, quoi.
16:51J'ai retrouvé mes enfants, ma mère.
16:54Tout le monde, ça a été...
16:56Mon avocat aussi, qui est resté avec moi.
16:58Maintenant, le pauvre, il est décédé, mais...
17:00Et cette séparation, cette fracture, cet arrachement avec les enfants,
17:05c'est quelque chose qui a cicatrisé ?
17:08Ou c'est quelque chose qui est resté dans votre vie, tous les quatre ?
17:10Ça sera tout le temps dans ma vie.
17:12À moi, en tant que maman.
17:14Eux, ils font leur vie, c'est tout à fait normal.
17:17Il y a toujours un...
17:17Je pense qu'il y a toujours un souvenir,
17:19puisque mon fils avait 4 ans, il se souvient toujours
17:20du moment où je l'ai emmené à Auchan à acheter les jouets.
17:24Il s'en souvient encore ?
17:25Il s'en souvient, et pourtant il était petit, quoi.
17:26Le petit qui est là ?
17:27Non, l'aîné.
17:28L'aîné, l'aîné.
17:29Et qu'est-ce que vous avez fait comme petit boulot, après,
17:33pour vous en sortir ?
17:34Ménage, repassage, je me suis occupée de personnes âgées.
17:38Je pense qu'à partir du moment où j'arrive à gagner ma pittance...
17:41Ma croûte ?
17:42Voilà, c'est le principal, je m'en fous.
17:45Donc vous en êtes sorti ?
17:46Je me suis sorti, oui.
17:48Oui.
17:50Oui.
17:51Hélène Trinidad au micro de France Inter.
17:53Vous voyez, ça va ?
17:54Ça va, la braqueuse repentie du gang des Amazones.
18:00Donc le film, le gang des Amazones de Mélissa Drijard, il sort.
18:03C'est Isia Higelin qui interprète votre rôle.
18:06Voilà, gros choc.
18:08Ça secoue.
18:09Oui, c'est bien.
18:10Merci, Hélène.
18:11Oui, c'est bien.
18:12Merci.
18:12Merci.
18:12Merci, Hélène.
18:13Merci.
18:13Merci.
18:13Merci.
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