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  • il y a 9 mois
François Molins, ancien procureur de la République de Paris, était l'invité de BFMTV ce dimanche 9 novembre

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00:00Mais d'abord, ce vendredi 13 novembre 2015, tout le monde, je crois, en France, se souvient de l'endroit où il était au moment de cette annonce.
00:08Quel est votre souvenir à vous ?
00:10Moi, j'étais chez moi. J'avais eu une semaine très chargée, donc je n'allais pas regarder le match de foot.
00:16J'allais me coucher lorsque, vers 21h25, j'ai eu un appel du directeur de la police parisienne
00:21qui m'avisait d'une explosion porte D au Stade de France avec un mort, attentat à l'explosif.
00:28Pendant dix minutes, j'ai essayé de croiser les informations avec la chef de la section antiterroriste, avec le DGSI, Patrick Calvard.
00:37Ni là, ni l'autre n'en savaient beaucoup plus.
00:39Et dix minutes, un quart d'heure après, ça doit être 21h35, 21h40, j'ai eu le réflexe d'allumer ma télévision
00:46et je suis allé sur une chaîne d'info continue et j'ai vu un bandeau apparaître au bas de l'écran
00:50annonçant des fusillades multiples sur des terrasses de café du 11e arrondissement.
00:55C'est là que vous comprenez ce qui se passe ?
00:57J'ai compris, c'est quelque chose qui m'a paru évident, j'ai compris que Paris était en train d'être la cible de multi-attentats
01:05ce qui correspondait à la menace que les services de renseignement nous décrivaient depuis des mois et des mois.
01:10On rappelle qu'on est quelques mois après Charlie Hebdo, c'était en janvier de la même année.
01:14Tout à fait, les services n'arrêtaient pas de nous dire qu'il y avait une menace extrêmement élevée,
01:18que Daesh s'était doté d'une sorte de ministère des opérations extérieures pour commettre des attentats à l'extérieur.
01:25Et simplement, on ne savait pas où, ni quand, ni comment.
01:29Et on aurait été d'autant plus mal pour déceler tout ça que ces attentats ne s'étaient pas préparés chez nous,
01:38mais en Belgique, puisque tous ces commandos venaient de Bruxelles et de la banlieue bruxellois.
01:42Ce soir-là, cette nuit-là, vous vous rendez d'abord sur les terrasses, là où les commandos terroristes venaient de passer.
01:49D'abord, est-ce que vous avez hésité à vous y rendre en personne ?
01:52Non, dans ce genre de situation, soit vous attendez l'information, qui va venir de façon, en général, assez lente et qui va être très parcellaire,
02:03soit, moi c'est mon réflexe parquetier qui a pris le dessus, j'ai décidé d'aller sur le terrain pour me faire une idée par moi-même de ce qui était en train de se passer.
02:10À un moment, on n'est pas entièrement sûr qu'il n'y ait pas encore des hommes armés dans la rue.
02:14C'est un reproche qui a pu être fait, notamment à François Lande, quand il avait fait ce choix-là.
02:17Tout à fait.
02:18Mais vous n'avez pas hésité ?
02:19Non, non, moi j'ai rappelé mes deux officiers de sécurité, on est partis en voiture, et d'ailleurs, quand je suis arrivé sur les lieux de...
02:25Les premières terrasses de café que j'ai vues, c'est la Bonne Bière et le Cosa Nostra, je suis tombé sur un brave policier du 11e qui sécurisait la zone
02:33et qui m'a demandé si j'avais un gilet pare-balles, j'ai dit, ben non, monsieur, il m'a dit, ben voilà, je vous donne le mien.
02:38Donc j'ai passé toute la nuit avec le gilet pare-balles de ce policier, et effectivement, il y avait une ambiance qui était très très particulière,
02:46et une tension énorme, on me parlait de tireurs sur les toits, enfin c'était incroyable cette soirée.
02:52Le premier rapport visible, j'allais dire, avec les attentats, c'est les terrasses, ce sont les terrasses, pour vous, qu'est-ce que vous y découvrez ?
03:01Les terrasses, je suis arrivé au moment où ce n'est pas encore des scènes de crimes figés, ce sont des scènes vivantes,
03:07parce que quand j'arrive, moi, je pense que c'est vers 22h15, 22h30, il y a encore, il y a les services de secours,
03:14donc les pompiers de Paris ou les gens du SAMU qui sont en train de s'occuper des blessés qu'on peut encore sauver.
03:22Donc j'ai demandé des bilans aux pompiers à la Bonne Bière, je me souviens très bien,
03:27et aux carillons, je me souviens aussi, je suis rentré dans le bar, j'ai vu une jeune femme complètement affolée derrière le comptoir,
03:33donc je suis allé la voir pour discuter avec elle, pour qu'elle m'explique ce qu'elle avait vu,
03:36et elle m'a donc raconté qu'elle avait vu un véhicule de couleur sombre s'arrêter devant le carillon,
03:41avec trois individus aussi vêtus de sombre en décembre, armés de fusils d'assaut, et rafalés la terrasse à l'intérieur.
03:49Donc effectivement, tout ça m'a aidé à comprendre, et je pense que ça nous a certainement aidé à comprendre plus vite ce qui se passait,
03:57on s'est saisis très vite d'ailleurs sous une qualification de terroriste, on a activé la cellule de crise,
04:02et je pense que cette réactivité nous a certainement évité des retards qu'on aurait certainement subis si on était restés chez nous à...
04:10– À ce moment-là, il y a encore un commando qui est à l'œuvre au sein du Bataclan,
04:15il y a un groupe qui est encore en otage, il y a des dizaines d'ultimes dans la fosse,
04:19mais il y a un groupe qui est retenu en otage dans un courant, vous ne le savez pas à ce moment-là ?
04:22– Je sais qu'il y a une prise d'otage en cours au Bataclan,
04:25mais je n'ai pas vraiment de détails sur ce qui est en train de se passer,
04:28et je n'ai aucune idée des assassinats de masse qui ont été commis.
04:33– Oui, mais il y a une décision qu'il faut prendre à ce moment-là,
04:37c'est de savoir s'il faut donner l'assaut ou pas sur le Bataclan,
04:40avec, dans la balance peut-être, des vies humaines, les vies des otages, comment vous la prenez ?
04:46– En réalité, dans ce cas de figure, en droit, vous avez une situation à double entrée,
04:55d'une part, l'ordre public est troublé, il faut le restaurer,
04:57ça c'est la compétence du préfet, en l'occurrence du préfet de police, Michel Cadeau qui était là,
05:01et puis vous avez un crime qui est en train d'être commis, et qu'il faut faire cesser.
05:05Donc ça c'est le procureur.
05:06Alors la règle, c'est toujours que, dans ce cas-là, c'est le préfet de police qui décide,
05:10mais il va décider en concertation avec le procureur.
05:13– Donc vous vous parlez à ce moment-là ?
05:14– On s'est concertés, on a compris en réalité,
05:16grâce aux informations que donnait Christophe Molmy, chef de la BRI,
05:20qu'il y avait très peu de marge de négociation, qu'il n'y en avait pas en réalité,
05:23compte tenu des revendications de ces gens-là,
05:26qui voulaient l'arrêt des bombardements, qui demandaient des choses qui n'étaient pas…
05:29– Bombardements sur la Syrie ?
05:30– Sur la Syrie, bien entendu.
05:33Donc en réalité, on a très bien compris que ça ne pouvait pas prospérer,
05:36et peu avant minuit, Christophe Molmy est venu nous voir en nous disant
05:40« Ils sont très énervés, il ne faut vraiment pas tarder,
05:44parce que ça va mal se terminer. »
05:46– Le risque, c'était qu'ils tuent les 11 otages qui étaient dans ce couloir, c'était ça ?
05:49– Oui, tout à fait.
05:50Donc on a validé le plan d'assaut,
05:52on a validé le plan d'assaut pour que la BRI intervienne,
05:55pour essayer de neutraliser les deux terroristes,
05:58et donc sauver les otages qui étaient avec eux,
06:00et je me souviens très bien que Michel Cadot, à un moment donné,
06:04alors qu'on a validé le plan d'assaut,
06:05a rappelé Christophe Molmy en lui disant
06:07« Christophe, est-ce que ça va bien se passer ? »
06:10et Christophe Molmy lui a répondu
06:12« Non, monsieur le préfet, mais si on ne fait rien,
06:15ça va très mal se passer pour les otages. »
06:18– L'assaut est donné, les otages sont libérés,
06:20et là, vous prenez une décision qui est de rentrer dans le Bataclan,
06:24vous y allez même, je crois, cette nuit-là, trois fois.
06:27Pourquoi ?
06:28– Ça m'a beaucoup interrogé, parce que je suis rentré trois fois,
06:32effectivement, et puis après je me suis demandé pourquoi.
06:34Alors d'abord, on n'y est pas rentré tout de suite,
06:36il a fallu attendre une heure que les opérations de déminage se terminent,
06:40mais ça m'a beaucoup perturbé, cette histoire,
06:44parce que je me suis dit pourquoi je suis rentré trois fois,
06:46je n'étais pas à la limite obligé d'y aller,
06:47et je pense qu'en réalité, je suis en situation de déni,
06:51je ne peux pas croire et admettre l'ampleur des dommages qui ont été causés,
06:58l'ampleur du bilan victimaire avec ses 90 morts dans la fosse,
07:02je pense qu'au fond de moi, c'est quelque chose que je ne peux pas accepter.
07:05Et comme j'ai quand même des compétences à exercer,
07:08il vaut mieux que je sois dans la réalité,
07:09je pense que c'est ce qui peut expliquer cette répétition.
07:14Certains des rescapés ont dit que le plus difficile,
07:17c'était d'entendre les téléphones qui sonnaient dans la pièce,
07:20c'était ça aussi pour vous, les proches qui cherchaient à avoir des nouvelles ?
07:22Je vous confirme, j'ai toujours l'image de la tête de cette dame,
07:27donc morte, avec une coupe au carré,
07:31des cheveux un peu cendrés qui reposaient sur un sac à main
07:34dans lequel il y avait un téléphone qui n'arrêtait pas de sonner,
07:35et effectivement, c'est un peu l'ADN de cette soirée pour les proches des familles,
07:40c'est qu'il y a une tension extrême par rapport aux gens qui ont des proches là-bas,
07:44ils essaient d'avoir des nouvelles, et ils téléphonent, ils téléphonent,
07:47et il y a beaucoup de téléphones qui malheureusement ne répondaient pas.
07:50À la sortie du Bataclan,
07:52quand vous ressortez de ces trois aller-retours que vous avez faits,
07:56on a beaucoup parlé à l'époque de scènes de guerre, de médecine de guerre,
08:00c'était quoi le Bataclan à ce moment précis de cette nuit, du 13 au 14 novembre ?
08:06C'est effectivement des scènes de guerre qui sont liées à l'utilisation d'armes
08:11qu'on n'avait pas l'habitude de voir dans ces cas-là,
08:13qu'on voit depuis Charlie Hebdo,
08:15donc c'est des fusils d'assaut, c'est des kalachnikovs avec des calibres de guerre,
08:197.62,
08:19qui vous entraînent des dégâts qui sont incroyables,
08:23avec beaucoup de délabrement au niveau des corps,
08:27des hémorragies massives,
08:29et effectivement, je pense que ça signe l'apport que la médecine de guerre
08:35a pu constituer pour les hôpitaux civils de Paris,
08:40donc effectivement, c'est des dégâts sur le plan corporel qui sont énormes,
08:44on a même eu des débris de corps.
08:46– Je sais que vous avez une expérience rare en France dans ces dossiers-là,
08:51mais je vous imagine, et je nous imagine tous dans ce genre de situation,
08:55après avoir vu ce que vous avez vu,
08:57comment ne pas avoir au fond de soi une gigantesque colère ?
09:01– Je n'ai jamais réagi, moi, avec la colère.
09:03– Comment vous expliquez ça ?
09:04– Je ne sais pas, je pense que c'est ma personnalité,
09:08bien sûr, je suis furieux de la commission de l'attentat,
09:10mais je pense que ce qui m'a surtout habité à ce moment-là,
09:15c'est, je pense, une immense compassion pour les victimes et leurs familles,
09:21et puis véritablement, un sentiment d'être habité par une mission
09:28qui nous transcendait, dans la mesure où, avec mes collègues,
09:30on avait vraiment des compétences à exercer,
09:32on avait des enjeux très hauts, qu'il allait être difficiles à réaliser,
09:35et on s'est vraiment investis dans cette mission-là.
09:40– Mais il paraît, François Moulins, que vous ne racontiez rien,
09:44et que vous n'avez rien raconté pendant des années ?
09:45– Non, chez moi, non, rien, rien.
09:47– À votre épouse, rien ?
09:48– Non, non.
09:49– Pourquoi ?
09:49– Je n'ai pas eu envie d'en parler, sur le coup.
09:51Je n'ai pas eu envie d'en parler, je pense que c'était horrible,
09:55et je l'ai gardé pour moi, voilà.
09:57– Comment on vit avec ça ?
09:59– On vit avec ça, je continue à vivre avec ça,
10:03comme tous les acteurs, policiers, personnels soignants,
10:08pompiers, qui sont intervenus sur ces scènes,
10:11il y en a eu des dizaines et des centaines,
10:12avec des gens qui ont eu des comportements véritablement héroïques,
10:16on vit avec ça, et ça fait partie de la vie,
10:19et puis il faut le porter.
10:20Alors, je n'en ai pas parlé ces soirs-là,
10:22je pense qu'après, par contre, j'ai beaucoup verbalisé.
10:25– Vous avez été aidé ?
10:27– J'ai eu une séance d'une heure avec une psychologue,
10:30quelques jours après, oui,
10:31parce que je m'étais rendu compte que certains collègues
10:35du parquet de Paris étaient quand même dans la souffrance,
10:38et donc on a voulu leur apporter une aide là-dessus,
10:40et j'ai demandé le concours d'un psychologue
10:42à la garde des Sceaux de l'époque, Christiane Taubira,
10:44on l'a eu tout de suite,
10:46et puis, en fait, j'ai voulu donner l'exemple,
10:48comme souvent, je sais qu'on n'est pas forcément…
10:51– On hésite, les victimes hésitent.
10:52– Voilà, donc j'ai donné l'exemple,
10:53j'y suis allé le premier.
10:54Et ça m'a fait du bien, parce que moi,
10:58je me posais même des questions,
11:00parce que je ne comprenais pas comment j'avais tenu le choc,
11:04et je m'interrogeais…
11:06– Mais vous n'avez pas eu peur ?
11:07Ça a été le cas de certains des blessés bas de l'Atlant,
11:09de tomber des mois ou des années après ?
11:12Vous n'êtes pas dit un jour, ça va me rattraper ?
11:13– Pour ça, je ne me prononcerai pas là-dessus,
11:16parce qu'on a un peu les contours de ce qu'on appelle
11:20ces névroses post-traumatiques.
11:22Je sais que ça peut arriver n'importe quand,
11:24et ça peut arriver des années après.
11:25Donc, pour le moment, je pense que je vais à peu près bien,
11:28j'espère que ça continue.
11:29– On vous souhaite, évidemment, vous avez été le visage,
11:31je le disais, la voix de la lutte contre le terrorisme
11:33pendant sept ans en France,
11:35lors de ces conférences de presse, j'allais dire,
11:38millimétriques, dans lesquelles vous racontiez chaque détail
11:40avec ce ton qui vous caractérise, très posé,
11:43très calme, également, on se souvient,
11:45on a en tête pour certains, votre expression
11:47sur l'appartement conspiratif, le fameux.
11:51Combien de conférences de presse vous avez données ?
11:53– En matière terroriste, 55.
11:55– 55 ? – En sept ans.
11:56– Je vais simplement vous montrer un extrait,
11:59parce qu'elle était très longue, cette conférence de presse,
12:01de votre conférence de presse du 14 novembre,
12:03le lendemain du 13.
12:04– À 21h40, un véhicule polo de couleur noire
12:08se stationne devant, vous le savez, la salle de spectacle
12:11et le Bataclan aux 50 boulevard Voltaire.
12:14Trois individus porteurs d'armes de guerre en sortent.
12:17Ils vont faire irruption dans la salle
12:19et tirer en rafale en plein concert
12:22pour ensuite prendre en otage le public
12:24qui semble-t-il a été regroupé devant la fosse,
12:28devant l'orchestre,
12:29ce qui explique que ce soit là que l'on trouve le plus de victimes.
12:32– Voilà, ce souci du détail,
12:35la couleur de la voiture, la marque de la voiture.
12:36Est-ce qu'il y a des choses que vous n'avez pas pu dire ?
12:38– Oui, bien sûr, il y a des choses qu'on n'a pas pu
12:40et qu'on n'a pas voulu dire.
12:42– Que vous pouvez dire aujourd'hui ?
12:44On ne parle pas de détails qui auraient été macabres.
12:47– Qu'on pourrait dire aujourd'hui, bien sûr,
12:48mais il y a des choses qu'on s'est interdit de dire
12:50parce que la confidentialité était nécessaire
12:55pour garantir l'efficacité de l'enquête.
12:57C'était quelque chose d'important.
12:58Par contre, il y a des choses que je n'ai pas dites,
13:00que je ne pourrais pas dire aujourd'hui aussi.
13:01Il y a des choses que je me suis interdit de dire
13:03parce que j'ai toujours voulu respecter la dignité des victimes.
13:06Donc il y a des détails, notamment sur les scènes de crime,
13:09que je n'ai jamais voulu évoquer et que je n'évoquerai jamais.
13:13C'est un exercice qui est très complexe, ces points de presse.
13:15– Comment vous définiriez votre rôle aujourd'hui et à l'époque ?
13:19Est-ce que vous vous disiez,
13:21je suis là les jours où la France pleure ?
13:23Est-ce que je dois aussi, quelque part, rassurer les Français ?
13:26– Il y a une expression qui n'est pas de moi,
13:28qu'on m'a souvent rappelée.
13:29C'est une communication, je pense, qui…
13:32Mais je trouve que c'est…
13:33Je n'ai pas la grosse tête, ce n'est pas du tout ça,
13:36mais c'est une sorte de balise dans le chaos.
13:39Parce qu'un attentat…
13:41– Il y a Molins qui parle.
13:42– Non, non, non, ce n'est pas lié à Molins.
13:44– C'est moi qui le dis.
13:44– Mais c'est la com'.
13:46L'attentat a suscité une situation de chaos.
13:49On ne sait plus où on est.
13:50On se pose plein de questions sur la marge de l'État.
13:52Et la communication, elle est là pour nommer les choses
13:55et pour montrer que les services compétents de l'État,
13:58à travers, effectivement, la justice et la police judiciaire,
14:01sont là et font leur travail pour identifier les terroristes,
14:04les retrouver, les neutraliser, les arrêter ou les neutraliser.
14:08Et elle est là, finalement, si vous voulez,
14:10cette communication pour…
14:12Elle va permettre de construire un récit précis, clair, objectif, rigoureux,
14:16que vont pouvoir s'approprier les politiques.
14:18– Oui.
14:19– Parce qu'il ne faut pas les oublier non plus,
14:21les journalistes et les citoyens.
14:22Et on avait déjà, à l'époque, on nous avait dit qu'on rassurait.
14:27Donc, effectivement, dans cette communication,
14:29on avait intégré cette dimension
14:31et on essayait, on s'interdisait de dire des choses
14:34qui viendraient encore en rajouter au climat anxiogène.
14:36– Les faits ou les faits, rien que les faits, c'était ça.
14:38– Voilà, c'est ça.
14:39– Je sais que vous n'aimez pas parler de vous,
14:40et on le voit, ce soit encore François Mollins,
14:43je vous pousse un peu, mais je vois bien qu'il y a une barrière.
14:46Il vous est arrivé, depuis toutes ces années,
14:48qu'on vous parle dans la rue, des gens vous interpellent,
14:51qu'est-ce qu'ils vous disent ?
14:52– Bon, je pense que personne ne fait de l'unanimité,
14:56donc les gens qui n'aiment pas disent rien, en général.
14:58Mais il y a les gens qui s'adressent à moi,
15:00c'est toujours pour dire bonjour gentiment
15:02ou pour me remercier.
15:04Voilà, et ça continue encore.
15:05– Dans quelques jours, jeudi prochain,
15:08les commémorations sont prévues
15:09sur les différents lieux des attentats,
15:12avec les rescapés, avec les familles des 130 victimes.
15:13Est-ce qu'il vous fait peur, ce moment-là ?
15:15– Je le redoute, parce que j'ai vu que le dixième anniversaire
15:21des attentats de Charlie Hebdo avait été dur, je trouve,
15:24parce qu'il y avait beaucoup, beaucoup d'émotions,
15:27et je pense que ça va être encore plus le cas pour celui-là.
15:30– Vous l'appréhendez un peu ?
15:31– Oui, un peu.
15:31– Oui, on a appris hier, François Moulins,
15:34que trois femmes radicalisées, l'une d'ailleurs,
15:36toutes justes, majeures, ont été arrêtées le mois dernier.
15:40Elles projetaient sans doute, je vais parler sous réserve
15:42de ce que dira le parquet antiterroriste dans les heures qui viennent,
15:45un attentat dans un bar ou dans une salle de concert,
15:49sans doute avec une ceinture explosive.
15:51On a tous pensé à la même chose à ce moment-là, vous aussi ?
15:53C'est-à-dire que ça pourrait recommencer un jour si…
15:56– Écoutez, le terrorisme, il faut comprendre,
16:00c'est, en quelque sorte, c'est la guerre des temps modernes.
16:05C'est une forme de guerre atypique,
16:07c'est la guerre des temps modernes avec des menaces
16:08qui sont très diversifiées,
16:11et le risque zéro n'existera jamais en matière de terrorisme.
16:15Il y en aura toujours, simplement…
16:17– Mais là, le mode opératoire, évidemment,
16:19rappelle celui qu'on vient de dire.
16:20– Oui, bien sûr, bien sûr.
16:21Alors, je pense qu'il y a une menace qui est certainement moins forte
16:23qu'il y a dix ans, c'est ce qu'on appelle la menace projetée,
16:27celle qui consiste à entraîner des commandos, par exemple en Syrie,
16:29pour les projeter en France.
16:31C'est sûr que Daesh, je pense, n'a pas la capacité militaire
16:33de nuisance aujourd'hui qu'il avait il y a dix ans.
16:38– Mais il a été remplacé par ce qu'on appelle des formes,
16:41on dirait du François Moulins, endogènes de terrorisme.
16:43– Oui, alors c'est ça, il y a deux autres menaces
16:47sur lesquelles il faut vraiment faire attention,
16:50c'est ce qu'on appelle la menace téléguidée,
16:52mais c'est typiquement les attentats de Moscou en mars 2024,
16:55une communauté basée à l'étranger, active des gens de cette communauté
16:59dans le pays concerné pour qu'ils commettent des attentats.
17:02Ça, c'est Moscou 2024.
17:03Et ça, c'est pris très au sérieux, je pense, par les services de renseignement,
17:08parce que vous avez une structure qui s'appelle l'État islamique au Khorasan,
17:14qui a montré depuis longtemps sa capacité à organiser des attentats,
17:18notamment à l'extérieur.
17:19Et enfin, vous avez, alors là, on arrive vraiment dans le pur endogène,
17:22c'est la menace inspirée, où vous allez avoir des gens
17:25qui vont avoir l'esprit pollué par l'idéologie mortifère de Daesh,
17:32qui vont passer à l'acte.
17:33Et là, j'ai écouté attentivement les dernières déclarations
17:36d'Olivier Christen, le procureur national antithéroriste,
17:40qui expliquait effectivement que cette menace, elle est vigoureuse
17:43parce qu'elle est toujours là, il y a des procédures,
17:48avec deux phénomènes, il expliquait qu'il y avait une sorte
17:51de rajeunissement des cadres, 17 mineurs,
17:54mis en examen depuis le début de l'année.
17:56C'est-à-dire une sorte de génération djihad TikTok,
18:00radicalisée sur TikTok.
18:02Et une forme d'autonomisation avec des gens qui vont avoir l'idée
18:05de passer à l'acte sans forcément avoir des contacts
18:07avec des membres des organisations terroristes.
18:10Et donc, c'est vraiment quelque chose à prendre au sérieux.
18:12Et encore une fois, moi, je pense qu'en dix ans,
18:16et au bout de dix ans, notre pays ne s'est pas libéré
18:18de la menace terroriste, elle est toujours là.
18:21On a appris ces derniers jours que la justice enquête
18:24en ce moment, sur un projet terroriste lié à Salah Abdeslam.
18:28Dernier membre des commandos, donc encore en vie,
18:30condamné à la prison à perpétuité.
18:34Trois personnes dont sa compagne sont soupçonnées
18:37de lui avoir fourni une clé USB sur laquelle pouvaient se trouver
18:39des documents de propagande djihadistes.
18:42Ça veut dire quoi ?
18:43Le risque, Abdeslam, même dans la prison,
18:45l'une des prisons les plus sûres de France,
18:47Vanda Le Vieil, ce risque-là, il existe encore.
18:49Encore une fois, le risque zéro n'existe pas.
18:51On parle d'un homme qui est emprisonné avec des mesures très particulières.
18:55On a déjà vu des gens condamnaient à très lourdes peines
18:58avoir des conduites extrêmement dangereuses en prison.
19:03Ce dossier, moi, je n'ai pas d'informations particulières.
19:05J'ai toujours quelques scrupules à parler de ce que je ne connais pas.
19:07Mais simplement, j'ai noté...
19:08En l'occurrence, vous le connaissez un petit peu ?
19:10Oui.
19:10Vous l'avez eu face à vous ?
19:12Ce que j'ai noté, c'est que la garde à vue est partie
19:14pour une détention illicite d'objets
19:15et que les qualifications ont été étendues
19:18à la qualification d'association de malfaiteurs terroristes
19:22en vue de préparer des crimes contre les personnes.
19:25Ce qui laisse penser qu'il y avait un projet terroriste.
19:26Quand je lis ça, j'en déduis que le parquet terroriste
19:30et les enquêteurs ont des éléments qui le conduisent
19:32à se poser des questions et qui veulent approfondir tout ça.
19:35Je pense que la qualification montre qu'il y a des questions
19:39qui sont en train de se poser.
19:40Salah Abdesem, il a parfois été décrit comme le moins déterminé
19:43et le moins radicalisé.
19:45Je mets quelques guillemets à cette phrase
19:47des commandos du 13 novembre.
19:49Quel homme est-il ?
19:51Ce ne sont pas les qualificatifs que j'aurais employés.
19:54Vous auriez dit quoi ?
19:55Je ne sais pas ce qui peut laisser penser que c'est le moins déterminé.
20:02Moi, je retiens toujours une phrase
20:04qui avait été prononcée par l'un des avocats généraux
20:06au cours du procès,
20:07qui, pour décrire son comportement,
20:11avait dit qu'il incarnait véritablement
20:16la lâcheté du terroriste.
20:18Voilà, c'est tout.
20:19Donc, je ne pense pas qu'on puisse dire
20:20qu'il soit moins déterminé que les autres.
20:22Vous pensez qu'en France,
20:24on sait garder en prison ces terroristes-là ?
20:26Oui, je pense que notre pays a tout à fait
20:28les moyens de s'organiser
20:31pour garder et surveiller de façon efficace
20:36ce genre de condamné.
20:37Vous avez toujours dit,
20:38depuis des années et des années,
20:39et c'est d'ailleurs l'un des objets du livre
20:41que vous venez de publier,
20:42contre le terrorisme,
20:43il faut un équilibre entre protéger et punir,
20:47mais sans tomber dans le tout sécuritaire,
20:49sans tomber dans Guantanamo, par exemple.
20:50Est-ce que ce que vous dites
20:51résisterait à un deuxième Bataclan ?
20:55J'espère que ça résisterait à un deuxième Bataclan,
20:58parce que je pense que c'est aussi
20:59l'enseignement qu'il faut tirer dix ans après,
21:02c'est que notre pays a résisté
21:04et a manifesté une forme de résilience
21:06qui est fondée sur un certain nombre de valeurs.
21:10Parce qu'il faut bien comprendre
21:11que l'attaque du Bataclan,
21:12c'est une tuerie de masse,
21:14et c'est une tuerie qui est d'abord dirigée
21:16contre l'État,
21:17et contre un certain nombre de valeurs.
21:20Donc je pense que toute la noblesse,
21:22effectivement, de l'État,
21:25de la France et de ses citoyens,
21:27ça a été de réagir avec les valeurs de la démocratie.
21:30Et c'est pour ça que je pense
21:31qu'il y avait un véritable enjeu civique
21:32avec le procès qui s'est déroulé pendant neuf mois,
21:35et qui a vu toutes ses condamnations,
21:36c'est qu'on a répondu au terrorisme
21:38dans le cadre de l'État de droit
21:40et en respectant les valeurs de la démocratie.
21:42Et j'espère que,
21:43quelle que soit la gravité,
21:45je souhaite qu'il n'y en ait pas,
21:47mais quelle que soit la gravité
21:48des actes qu'on peut subir,
21:49j'espère qu'on restera toujours
21:51dans cette forme d'équilibre
21:52entre la sécurité,
21:54la raison juridique
21:55et le respect de l'État de droit.
21:56François Mollins,
21:57demain Nicolas Sarkozy
21:58saura s'il est remis en liberté
21:59en attendant son procès en appel
22:00ou s'il reste en prison.
22:02Il a dénoncé une vengeance
22:04de la justice contre lui.
22:05Est-ce qu'il y a une frange de la justice
22:07qui veut se faire des politiques ?
22:10Écoutez, moi je suis...
22:12Je vais vous répondre très simplement
22:14que je fais confiance à la justice
22:17et que je suis sûr
22:18qu'elle continuera dans ce dossier,
22:21qu'elle continuera à statuer
22:23en toute indépendance
22:24et en toute impartialité.
22:25Ça a été le cas
22:25dans l'affaire Sarkozy-Pauve.
22:26Oui, je pense.
22:27Qu'est-ce qui vous fait dire ça ?
22:29Ma conviction de son fonctionnement.
22:31Je sais comment fonctionnent mes collègues
22:33et je sais que l'indépendance
22:35et l'impartialité
22:35sont au cœur de leur fonctionnement
22:38au quotidien.
22:39Voilà, je pense que c'est ça d'ailleurs
22:41qui doit fonder la confiance
22:42de la société dans cette institution.
22:44Donc moi je fais confiance
22:45dans cette institution,
22:48dans la justice,
22:49pour rendre demain une décision
22:51en toute indépendance
22:52et en toute impartialité.
22:53Et je rappelle que c'est vous
22:54qui aviez lancé la procédure
22:55contre un certain Jérôme Cahuzac
22:57qui a eu l'effet qu'on connaît
22:58et ensuite un dernier mot
23:00François Mollins avant de vous remercier.
23:02Vous êtes à la retraite depuis deux ans.
23:04La vie de François Mollins,
23:05retraité,
23:05juste pour avoir une idée,
23:06c'est quoi ?
23:07Parce que je ne vous sens pas du tout
23:08que ce soit vraiment pas pris mal
23:11par tous les retraités qui nous regardent
23:12mais je sens que vous n'avez pas du tout
23:14lâché le manche.
23:15Non, mais en fait c'est intéressant
23:17parce que surtout à mon âge,
23:20quand on est septuagénaire,
23:22c'est un renouvellement.
23:23Donc moi j'ai des nouveaux challenges.
23:25Je suis devenu enseignant.
23:26Donc je suis venu
23:29dans des cours de droit.
23:31Vous le livre que j'ai sorti.
23:33Je fais des missions à l'étranger
23:35pour aller aider certains pays
23:36à améliorer leur dispositif de lutte
23:39contre le financement du terrorisme
23:40et le blanchiment.
23:42Ce n'est pas du tout décroché en fait.
23:43Non, mais je vois autre chose.
23:45Il paraît que votre femme râle toujours
23:47parce que vous rentrez toujours aussi tard.
23:48Non, non, non.
23:49Non, ça va ?
23:50Elle exagère.
23:51Je suis quand même un peu plus souvent
23:53à la maison qu'avant.
23:53mais c'est vrai que j'ai beaucoup d'activités.
23:55Mais franchement, j'en suis très heureux.
23:58Moi, j'essaie de me rendre utile autrement.
24:00Et donc effectivement,
24:02je trouve ça intéressant à mon âge
24:03de relever des challenges nouveaux et différents
24:06et de sortir de sa zone de confort.
24:09Voilà.
24:09Merci d'être venu ce soir sur le plateau de BFM.
24:11Chignale, votre dernier livre
24:12Pratiques judiciaires du contre-terrorisme
24:14publié aux éditions d'Allos.
24:16Merci beaucoup François Mollins.
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