00:00C'est effectivement des scènes de guerre qui sont liées à l'utilisation d'armes qu'on n'avait pas l'habitude de voir dans ces cas-là,
00:08qu'on voit depuis Charlie Hebdo.
00:09Donc c'est des fusils d'assaut, c'est des kalachnikovs avec des calibres de guerre, 7,62,
00:14qui vous entraînent des dégâts qui sont incroyables, avec beaucoup de délabrement au niveau des corps, des hémorragies massives.
00:22Et effectivement, je pense que ça signe l'apport que la médecine de guerre a pu constituer pour les hôpitaux civils de Paris.
00:34Donc effectivement, c'est des dégâts sur le plan corporel qui sont énormes.
00:39On a même eu des débris de corps.
00:40Je sais que vous avez une expérience rare en France dans ces dossiers-là,
00:45mais je vous imagine et je nous imagine tous dans ce genre de situation, après avoir vu ce que vous avez vu,
00:51comment ne pas avoir au fond de soi une gigantesque colère ?
00:55Je n'ai jamais réagi, moi, avec la colère.
00:57Comment vous expliquez-vous ?
00:58Je ne sais pas. Je pense que c'est ma personnalité.
01:02Bien sûr, je suis furieux de la commission de l'attentat,
01:04mais je pense que ce qui m'a surtout habité à ce moment-là,
01:10c'est une immense compassion pour les victimes et leurs familles.
01:14et puis, véritablement, un sentiment d'être habité par une mission qui nous transcendait,
01:23dans la mesure où, avec mes collègues, on avait vraiment des compétences à exercer,
01:26on avait des enjeux très hauts, qu'il allait être difficiles à réaliser,
01:30et on s'est vraiment investis dans cette mission-là.
01:34Mais il paraît, François Moulins, que vous ne racontiez rien,
01:38et que vous n'avez rien raconté.
01:39Non, chez moi, non. Rien.
01:41À votre épouse, rien ?
01:42Non. Pourquoi ?
01:43Je n'ai pas eu envie d'en parler, sur le coup.
01:45Je n'ai pas eu envie d'en parler.
01:48Je pense que c'était horrible, et je l'ai gardé pour moi.
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