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  • il y a 11 mois

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Transcription
00:00Merci de nous rejoindre pour la deuxième heure du repassoir week-end.
00:04On discutait déjà avec Charlotte et Antoine que j'accueille.
00:08Charlotte Dornelas, journaliste au JDD.
00:10Bonsoir Charlotte.
00:11Vous êtes guérie.
00:14Ça y est, je vois la lumière.
00:17J'ai une bonne nouvelle pour vous.
00:18On a un médecin que je vais présenter dans quelques instants
00:21qui est mon invité ce soir.
00:23Mais je dis bonjour tout d'abord à Antoine Fenech, journaliste et chroniqueur.
00:26Bonsoir Antoine.
00:27Bonsoir Stéphanie.
00:27Ravi de vous accueillir ce soir dans le studio d'Europe 1.
00:30Je disais à votre père hier, Georges, que j'avais le fils aujourd'hui.
00:35Donc la famille au complet ce week-end.
00:37Très contente que je sois là ce soir.
00:38Écoutez, bienvenue.
00:40Et mon invité, Martin Blachier, médecin de santé publique, épidémiologiste.
00:45On vous a beaucoup vu à l'époque sombre du Covid.
00:49On est content d'en être sorti en tout cas et de vous revoir.
00:52C'est une autre occasion.
00:54Bonsoir Martin Blachier.
00:55Bonsoir.
00:56Puisque vous sortez ce livre,
00:58les 12 travaux d'Hippocrate vers un nouveau contrat social aux éditions du CERF.
01:03Alors avant de parler de ce livre et de ce que vous préconisez pour le système de santé,
01:09qui vous le posez tout de suite dans les pages,
01:12que l'on croyait un des plus performants du monde,
01:15et puis qui finalement aujourd'hui est à bout de souffle.
01:18On a eu ce vote tout à l'heure que vous avez, j'imagine, suivi.
01:21Le projet de loi sur la sécurité sociale avec une enveloppe pour l'hôpital qui est au cœur des inquiétudes tout de même.
01:29Ça a été voté, c'est passé.
01:32On a entendu Adrien Clouet tout à l'heure justement parler de ces 5 milliards qui manqueront à l'hôpital.
01:38Vous, quelle est votre réaction ?
01:39Ce n'était pas le moment de faire passer une telle loi ?
01:42Moi je pense que le problème de l'hôpital est bien plus profond qu'un problème de ressources.
01:46Il est d'abord un problème de mission.
01:48Quelle est la mission de l'hôpital public ?
01:50Et je pense qu'il faut qu'elle soit redirigée.
01:53N'importe quel patron d'entreprise qui aurait un groupe en difficulté chercherait à redéfinir la mission.
02:01Pour moi, la mission de l'hôpital public, c'est la mission de dernier recours.
02:05Je pense que tout ce qui sort de ça doit finalement être déporté sur d'autres offreurs de soins.
02:11Je pense que même la très très haute expertise qui avant était finalement la spécificité de l'hôpital public
02:16est en train de plus en plus être pris en charge par des structures privées.
02:19Je pense aux centres anticancéreux qui sont devenus bien meilleurs.
02:22Je pense même à certaines fondations en neurologie, en ophtalmologie.
02:27Donc aujourd'hui, il faut redéfinir le rôle de l'hôpital public aussi pour donner du sens aux gens qui y travaillent.
02:32Parce que l'autre problème numéro un de l'hôpital public, c'est que les gens ne veulent plus y travailler.
02:35Les médecins que je connais, tous les soignants, préfèrent travailler partout ailleurs qu'à l'hôpital public.
02:41Donc c'est vraiment un vaisseau qui est en perdition, qui n'a même pas de cap et qu'on rend flou à coups de milliards.
02:48Mais je ne pense pas que ce sera la solution.
02:49Ils vont travailler davantage dans le privé ? Ce sont d'ailleurs beaucoup de médecins étrangers, je crois, 25% ?
02:55Absolument, absolument. Il y a beaucoup plus de médecins étrangers à l'hôpital public parce que finalement, eux n'ont pas le choix.
03:01Donc quand on a le choix, on va travailler ailleurs parce qu'il n'y a rien de moins agréable que d'aller dans un endroit où finalement, j'ai envie de dire, la modernité n'est pas rentrée.
03:10On est encore sur un management assez ancien et surtout, on a perdu le sens de ce qu'on fait puisqu'on essaye de tout faire alors qu'on devrait se concentrer sur certaines missions qu'on fait bien.
03:17On a tendance à vous écouter parce qu'on se souvient de vous, évidemment, pendant, je le disais, cette séquence du Covid.
03:23Vous avez dit des choses, c'est juste, vous étiez assez critique sur certaines décisions des pouvoirs publics.
03:28Il y a eu pas mal d'erreurs, vous les aviez dénoncées à l'époque.
03:33Vous dites donc qu'il faut redéfinir la mission de l'hôpital public et ça veut dire quoi ?
03:37Ça veut dire envoyer les gens ailleurs parce que vous indiquez aussi dans ce livre, vous écrivez que l'hôpital est devenu le parapluie social de la société.
03:45L'hôpital public est devenu, c'est le parapluie social de la société.
03:49Il y a un chiffre aussi qui est intéressant, c'est qu'avant, finalement, l'entrée par les urgences, c'est-à-dire vraiment les situations un petit peu désespérées,
03:56c'était 15 à 20% du recrutement de l'hôpital public.
03:59Aujourd'hui, c'est plus de la moitié.
04:01Ça veut dire quoi ?
04:02Ça veut dire que l'hôpital public s'occupe essentiellement des gens qui n'ont pas pu être absorbés par le reste du système de santé.
04:09Et je pense qu'il y a un problème plus global sur le système de santé, c'est qu'il faut accepter le fait que ça va coûter de plus en plus cher.
04:15Pourquoi ? Parce que c'est la condition humaine.
04:17Vous savez, il y a trois secteurs dans lesquels les investisseurs investissent.
04:20C'est les nouvelles technologies de l'information, c'est l'énergie et c'est la santé.
04:24C'est un bon baromètre.
04:25Ça veut dire qu'ils considèrent qu'il y a un besoin et que ce besoin va être pourvu par du progrès.
04:30Et ce progrès, il a une valeur, il a un coût et va falloir soutenir ce coût.
04:34Alors aujourd'hui, on ne peut plus soutenir collectivement pour la totalité, donc il va falloir décider ce que la collectivité va payer,
04:41c'est-à-dire la base, lutter contre des situations effectivement où on n'a plus de recours et ce qui va être payé par les individus.
04:48Je pense que les individus et sont même prêts à payer une part de leur santé.
04:52On a mis tout le paquet en France, notamment avec des idéologies plutôt de gauche sur la gratuité.
04:58Mais je pense que la gratuité, à part parler à certains idéologues, ne parle plus à grand monde, aussi bien aux soignants qu'aux patients.
05:06Les gens, je pense qu'ils sont prêts à payer pour leur santé, ils comprennent que ça a de la valeur.
05:10Et donc, ok, on peut en parier une partie collectivement, mais pas uniquement.
05:14Sinon, on va faire un ajustement par la qualité et on va avoir un système de santé qui est effectivement des plus performants au monde,
05:20évolué vers un système de santé low cost.
05:21C'est la transformation qui est en train de se produire.
05:22Et va soigner de moins en moins bien.
05:24Exactement, parce qu'on laisse ce verrou de l'égalitarisme et de l'universalisme à tout prix bloquer cette dégradation de notre système de santé.
05:33Antoine Fenech.
05:33Et je vous rejoins, c'est vraiment dommage d'entendre, de faire ce constat-là,
05:37puisqu'on avait un des meilleurs systèmes de santé au monde avec Pasteur.
05:41Et de voir dans quel état l'hôpital est aujourd'hui, c'est triste.
05:44On a beaucoup d'étudiants en médecine qui disent que la France va vieillir.
05:48Il va y avoir 30% de la population française d'ici 20 ans, qu'il y aura plus de 65 ans.
05:55Donc l'hôpital français est au cœur des enjeux et il faut absolument prendre la mesure de ce défi.
06:00Vous avez raison et il faut aussi des médecins pour les accueillir, ces étudiants.
06:04Parce que je voyais qu'à Caen, il n'y avait même plus de médecins pour accueillir les internes.
06:07Absolument, il y a une crise.
06:09Comme je vous dis, tous les étudiants sont formés à l'hôpital.
06:12Et comme les gens ne veulent plus travailler à l'hôpital, vous avez en fait un problème de créer les générations.
06:17Alors il faut peut-être former les étudiants ailleurs,
06:19ou alors il faut revenir sur la réforme de l'hôpital public.
06:23Et encore une fois, peut-être qu'une de ces missions, c'est la formation.
06:26Mais en tout cas, il y a des missions qui doivent sortir.
06:28Il faut restructurer finalement les activités de l'hôpital public.
06:31Charlotte, dans Nessa, vous connaissez bien ces sujets.
06:34Évidemment, vous les traitez souvent.
06:35Alors moins que, par exemple, du métier, que l'on retrouve là dans beaucoup d'autres métiers.
06:39Comment est-ce que vous l'avez repéré ?
06:42Enfin, pas comment vous l'avez repéré.
06:43Comment est-ce qu'on en est arrivé justement à cette perte de sens ?
06:46Et vous parlez également d'idéologues qui sont bloqués sur une manière de penser le soin finalement aujourd'hui en France.
06:52Où est-ce qu'ils se cachent dans la pyramide, on va dire, des soins aujourd'hui en France ?
06:55Ce que je dis dans le livre, c'est qu'il y a deux familles de médecins, il y a deux familles de soignants.
06:59Il y a ce que j'appelle les idéalistes et les missionnaires.
07:01Et c'est très beau, c'est la vocation médicale.
07:03C'est les gens qui veulent passer leur vie à soigner le maximum de personnes.
07:07Ça, c'est l'idéologie finalement du dispensaire, c'est l'idéologie aussi de l'hôpital public.
07:13Et puis, vous avez des médecins qui sont de plus en plus majoritaires, qui sont juste des gens qui sont des professionnels.
07:18C'est des gens qui ont fait des études pendant très longtemps, qui font un soin extrêmement expert, de très bonne qualité,
07:23et qui veulent simplement être rémunérés pour très bien faire leur travail.
07:27Et ces gens-là, ils ne sont entendus de personne.
07:28C'est-à-dire qu'on considère que si on est juste un professionnel, on n'a pas sa place dans le système de santé.
07:33Et effectivement, les élites du système de santé, qui sont en gros au ministère de la Santé et à l'assurance maladie,
07:38qui sont les deux grands piliers du système de santé,
07:40eux sont tous dans la famille des idéalistes,
07:43parce que c'est beaucoup plus facile de se considérer comme un sauveur de la société
07:47que simplement de se considérer comme quelqu'un qui doit fournir un soin de bonne qualité.
07:51Mais moi, je pense que les Français ne sont pas assez exigeants sur la santé.
07:54C'est-à-dire que comme c'est gratuit, en fait, ça arrange tout le monde,
07:58parce que quand vous avez un soin qui ne vous plaît pas, vous vous dites, bon, ils ont fait ce qu'ils ont pu.
08:03Mais vous dites, il vaut mieux faire 300 kilomètres et trouver un bon médecin que d'aller à côté et être mal soigné.
08:09Sur le sujet des déserts médicaux, les politiques, ils passent leur temps à dire,
08:12le plus important, c'est d'avoir l'accès près de chez vous.
08:15Mais vous savez, quand moi, il y a quelqu'un qui est malade dans ma famille,
08:16la priorité, ce n'est pas qu'il fasse 5 minutes de voiture au lieu d'un quart d'heure,
08:21c'est qu'il aille voir un bon médecin.
08:23Oui, mais parfois, quand c'est urgent, on n'a pas le loisir d'aller voir un bon médecin ou pas le choix, surtout.
08:29Même quand c'est urgent, il vaut mieux faire un petit peu plus de voiture
08:31et aller à un endroit où il y a du soin de qualité.
08:33Ce que je veux dire, c'est que ce que les Français doivent avoir, c'est un soin de qualité.
08:37Après, qui le paye ? C'est un autre débat.
08:39Mais on ne va pas dire que comme on ne peut pas payer, on va accepter que la qualité se dégrade.
08:43C'est en un, la qualité des soins, et les gens se rendent compte que la qualité des soins est dégradée.
08:48Et ce n'est pas parce que la collectivité s'est trop endettée sur la santé, mais sur tous les autres secteurs,
08:53que les Français vont être moins bien soignés.
08:55Donc, il faut réinventer le financement du système de santé, puisque de toute façon, il coûtera de plus en plus cher.
08:59Antoine Féné.
09:00Oui, j'approuve ce que vous dites. En fait, c'est totalement ça.
09:03Il faut qu'il y ait une meilleure qualité de soins, peut-être moins de patients.
09:07Il faut réguler le nombre de patients dans les hôpitaux, surtout dans les urgences,
09:11qu'on voit qui sont complètement saturés.
09:13Je prenais un exemple. L'année dernière, j'étais aux urgences avec une amie qui avait une pneumopathie
09:18et ne savait pas encore qu'elle avait la pneumopathie.
09:20Donc, c'est quand même quelque chose qui peut être assez grave si ce n'est pas traité.
09:24Et à cause du fait qu'il y avait beaucoup de gens dans les urgences,
09:27ils lui ont dit de rentrer chez elle, de prendre du doliprane, etc.
09:31Et je pense que c'est un exemple que beaucoup de gens peuvent citer, malheureusement.
09:34Et c'est là où je vous rejoins. Il faut une médecine de qualité,
09:37quitte à faire un peu plus de kilomètres, plus de formation, et aussi plus d'humains.
09:40On voit qu'il y a moins d'humains maintenant dans les hôpitaux.
09:42J'ai écouté Michel Onfray, d'ailleurs, chez Laurence Ferrari aujourd'hui,
09:45qui disait la même chose. Il a eu un AVC.
09:47Il avait vu auparavant, je ne sais pas combien de médecins,
09:50qui n'ont jamais réussi à lui diagnostiquer la bonne chose.
09:54Non, mais il y a un problème de qualité.
09:55C'est comme quand vous imaginez 30 euros la consultation de médecin généraliste.
09:59Donc, qu'est-ce que vous faites ?
10:00Si vous mettez 30 euros la consultation de médecin généraliste,
10:02vous obligez les généralistes, pour pouvoir vivre, à faire du volume.
10:05Si vous faites du volume, vous baissez votre qualité.
10:07Ce n'est pas plus compliqué que ça.
10:10L'hôpital, c'est pareil.
10:11On passe son toit à dire que l'hôpital n'est pas efficace,
10:12l'hôpital n'est pas efficace, mais on a suraugmenté son rendement.
10:17C'est-à-dire qu'en baissant les tarifs des hospitalisations,
10:20on a passé notre temps à leur demander plus,
10:22avec moins d'argent.
10:23Et donc, dans ce cas-là, vous baissez aussi la qualité.
10:25C'est-à-dire qu'en fait, la solution des idéologues de la santé,
10:28c'est de faire toujours plus, d'absorber le programme médical,
10:31sans mettre plus d'argent.
10:32En mettant la pression sur les soignants,
10:34et donc les soignants sont obligés de baisser la qualité,
10:37et donc ils s'en vont, parce que leur métier perd du sens,
10:39parce qu'ils ne sont pas venus à l'hôpital pour faire de la mauvaise qualité.
10:42Vous dites aussi qu'il y a un problème vraiment de gouvernance, d'organisation,
10:45c'est que les experts ne font pas de la médecine, finalement.
10:51Ils dirigent l'hôpital, ils accumulent les fonctions,
10:54et que ça, ce n'est pas une bonne chose.
10:55Alors, il y a eu, notamment dans l'hôpital public,
10:58qu'en fait, vous avez des experts qui passent 15-20 ans à devenir des très grands experts d'une pathologie,
11:03et qui veulent aussi être ceux qui dirigent l'hôpital.
11:06Donc là, pour une fois, moi je prends la position des gens qui sont plutôt les bureaucrates,
11:10et je dis chacun son travail,
11:12donc c'est trop facile, en fait, de critiquer en permanence la bureaucratie et l'organisation,
11:17parce que c'est de l'organisation de la logistique de l'hôpital,
11:20sans en être responsable.
11:21Donc je pense aussi que là,
11:23les top médecins de l'hôpital public,
11:25et qui sont aussi des grands idéologues, attention, très complices des gens de l'assurance maladie
11:29et du ministère de la Santé,
11:31jouent un double jeu,
11:32qui je pense n'arrange personne,
11:33parce qu'il faut que l'hôpital soit bien organisé,
11:36pour que les médecins puissent faire du bon soin.
11:37Et je pense qu'il y en a qui sont un peu ambiguës,
11:40de temps en temps, dans ces discussions-là.
11:41Bon, vous nous dépeignez quand même un tableau assez noir,
11:44bon, on est quand même bien soigné en France,
11:47notamment quand on a des cancers, etc.
11:49C'est pas dans le privé que les gens vont se faire soigner,
11:53c'est dans le public.
11:54Alors, j'aimerais vous répondre oui.
11:55Déjà, le cancer, de plus en plus, c'est dans le privé,
11:57parce que les centres anticancéreux, maintenant,
11:58sont des centres privés pour la plupart.
12:01Et non, il y a beaucoup de situations dans lesquelles les gens sont mal soignés.
12:04Encore une fois, ils n'osent pas le dire,
12:06parce que comme ils sont conscients que le système est en difficulté,
12:10qu'il y a des problèmes d'argent,
12:11et que c'est gratuit, surtout, les gens n'osent pas râler.
12:13Mais je vous garantis que moi, quand j'échange avec les gens,
12:16il y en a beaucoup qui ne sont pas satisfaits.
12:18C'est pour ça que je veux remettre le sujet de la qualité du soin
12:20avant le sujet financier.
12:22D'abord, on donne aux Français un soin de qualité,
12:24et après, on voit comment on le paye.
12:26Et après, ça peut être discuté, ça peut être changé.
12:30Les gens sont prêts à payer un petit peu plus.
12:32Et je pense qu'on revient... Voilà.
12:34Vous êtes d'accord avec cette analyse ?
12:35Non, mais j'ai surtout une question.
12:38Je suis d'accord, en tout cas, que le jour où je suis malade,
12:42oui, je préfère, à mesure de ce que je peux payer aussi,
12:45mais moi, par exemple, qui ai peut-être plus de moyens
12:47que certaines personnes qui nous écoutent,
12:49j'ai aucun problème à payer plus
12:51en étant sûre d'être soignée correctement.
12:53Ça me paraît absolument évident.
12:55Et en effet, je pense que la valeur du soin
12:56dépasse toutes les autres valeurs
12:58qu'on peut imaginer dans sa vie quotidienne.
13:00Donc je pense que c'est une réflexion
13:01qui, en effet, pourrait être menée.
13:04Et ma question en découle,
13:05comment est-ce que, justement, votre propos
13:07est reçu dans le monde médical, qui est le vôtre ?
13:12Dans le monde médical, c'est assez bien reçu.
13:14C'est plutôt dans le monde de la technocratie,
13:17de la santé, que c'est assez mal reçu.
13:20Vous savez, il y a un moyen pour que les gens
13:21ne râlent pas sur la qualité, c'est de ne pas l'évaluer.
13:24Et je ne sais pas si vous allez me croire,
13:25mais vous savez qu'en France,
13:26la qualité des soins, elle n'est quasiment pas évaluée.
13:28Pourquoi ? Parce que si les gens avaient
13:30les données sur l'évaluation,
13:32ils demanderaient un petit peu des comptes.
13:34Donc en fait, c'est un système qui,
13:35avec la gratuité et l'absence d'évaluation
13:37de la qualité des soins,
13:38vous êtes sûr que les gens, en fait,
13:39ne vont pas râler.
13:40Donc en fait, c'est une espèce d'open bar,
13:42par low cost qu'on prépare aux Français,
13:44en ne leur donnant pas la qualité de ce qu'ils consomment,
13:46parce qu'il y a ce qu'on appelle une asymétrie d'informations,
13:47ils n'arrivent pas vraiment à juger.
13:49Et avec la gratuité, vous les tenez aussi,
13:51parce que quand c'est gratuit,
13:52quand c'est un open bar,
13:53vous acceptez finalement d'avoir quelque chose
13:55qui est un petit peu moins qualitatif.
13:57C'est pour ça qu'il n'y a pas que moi qui le dis,
13:59il y a le président de la HES qui l'avait dit,
14:01il y a le président de la PHP qui commence à le dire.
14:03Aujourd'hui, la priorité de la santé,
14:05c'est de réaugmenter et d'évaluer la qualité
14:07plus que de mettre des milliards, des milliards, des milliards,
14:10sans savoir exactement ce qu'on paye.
14:11Oui, et puis de moderniser,
14:12parce que vous parlez vraiment dans le livre
14:13d'une organisation d'un autre siècle,
14:16pensée pour...
14:18C'est le Moyen-Âge, c'est le Moyen-Âge.
14:19Le monde de l'hôpital public, c'est le Moyen-Âge,
14:22avec sa féodalité, avec ses chapelles,
14:25avec je pèse en fonction du nombre de lits que j'ai,
14:28même si je n'en ai pas besoin,
14:29il faut que je les remplisse,
14:30parce que de toute façon, il faut que je fasse de l'activité.
14:32Voilà, donc oui, c'est un monde
14:34qui ne s'est pas modernisé non plus.
14:35Est-ce que vous êtes d'accord aussi avec le doyen
14:37de l'université de Tours,
14:39qui disait que pour régler le problème de l'hôpital,
14:41il faut aussi qu'il y ait plus de facultés de médecine ?
14:43Parce qu'on voit bien que les facultés aujourd'hui
14:45sont remplies d'étudiants,
14:47qu'il y a beaucoup d'étudiants qui sont refusés,
14:49et peut-être aussi d'ouvrir de nouvelles facultés
14:51pour pouvoir augmenter le nombre d'étudiants
14:53et in fine de médecins plus tard.
14:55De toute façon, il y aura besoin de plus de médecins,
14:57parce que comme je vous dis,
14:57il y a du progrès médical qui arrive,
14:59et en fait, la gamme de ce qu'on peut proposer en santé,
15:01s'est élargie.
15:02C'est comme si vous aviez une gamme très resserrée il y a 20 ans,
15:04et la gamme s'élargie, s'élargie, s'élargie.
15:06Et donc, en fait,
15:07ce n'est pas uniquement que la population vieillit,
15:08c'est aussi que vous avez quelque chose à proposer aux gens.
15:11Donc, il y a des choses qui se sont complètement créées.
15:13Avant, on ne dépensait pas d'argent
15:14pour acheter des téléphones portables.
15:15Aujourd'hui, on en dépense beaucoup.
15:17C'est pareil pour la santé.
15:18Vous avez des maladies,
15:19vous ne dépensiez rien parce que rien n'existait,
15:21et vous allez devoir dépenser plus.
15:22Donc, vous allez aussi devoir former
15:23plus de professionnels de santé.
15:25Et moi, je ne crois pas que l'IA
15:27va nous empêcher d'avoir besoin
15:28de nombreux médecins dans la vie.
15:29Ça, c'est la question qu'on se pose souvent.
15:32C'est vrai que s'il y a bien un domaine,
15:33peut-être, où on peut s'interroger,
15:36c'est sur l'IA.
15:37Vous avez des grands pontes
15:39qui vous expliquent que ça va tout révolutionner,
15:42en tout cas, votre métier.
15:43Je ne crois pas, je vais vous dire pourquoi,
15:45parce que je pense que l'intelligence humaine
15:46n'est pas la limite qui fait
15:48que notre système de santé ne fonctionne pas.
15:50Je pense que c'est une question de logistique,
15:52c'est une question d'organisation,
15:53c'est toutes les questions dont on vient de parler.
15:55Mais s'il y a bien une limite qu'il n'y a pas,
15:56c'est l'intelligence humaine.
15:57Quand vous allez voir votre médecin généraliste,
15:59le temps qui passe à réfléchir à votre diagnostic,
16:01je pense que c'est quelques fractions de secondes.
16:03Donc, ce n'est pas forcément l'IA
16:04qui va débloquer la situation.
16:06Non, mais c'est un bon assistant pour, je ne sais pas,
16:08par exemple, pour lire des radios, par exemple.
16:11J'ai de nombreux amis radiologues,
16:12je leur demande s'ils ont gagné du temps
16:14avec l'intelligence artificielle.
16:15Pour l'instant, absolument pas,
16:16ça leur en fait plutôt perdre.
16:17Donc, les gains de productivité pour la santé,
16:20ce n'est pas encore tout de suite.
16:22Et il y a beaucoup de gens qui aiment à dire
16:23que les problèmes vont être réglés
16:25par l'intelligence artificielle
16:26dans le système de santé.
16:26J'aimerais qu'on n'attende pas 25 ans
16:29en disant l'IA va régler tous les problèmes
16:31et qu'on s'attaque au vrai sujet
16:32plutôt que la pensée magique
16:34qu'on a déployée pour la prévention il y a 10 ans
16:36et que maintenant,
16:37on déploie sur l'intelligence artificielle.
16:38On a vu dans d'autres pays
16:39quand même des opérations réussies
16:40avec des robots guidés
16:43par l'intelligence artificielle.
16:44Enfin, moi, j'ai eu des cancellologues
16:45qui m'ont dit que c'était...
16:47Ah non, bien sûr.
16:48Déjà, les opérations durent plus longtemps,
16:50donc elles coûtent plus cher.
16:51Donc, ça ne fait pas gagner
16:52de la ressource médicale
16:53et ça ne fait pas gagner du temps.
16:56Et en plus, ça ne remplace pas le médecin
16:58puisque le médecin, il est là.
16:59Donc, voilà.
17:00Donc, on remet tout à plat.
17:02On remet tout à plat.
17:03On accepte que ça va coûter plus cher.
17:05On décide ce qu'on paye
17:05avec la collectivité et la sécurité sociale
17:07et on demande aux gens
17:09de mettre la main à la poche
17:10pour ceux qui peuvent le faire
17:11s'ils veulent avoir un soin de qualité
17:13et pas laisser le système de santé
17:14se dégrader de plus en plus
17:15et finir avec un système,
17:17certes open bar,
17:18mais totalement low cost.
17:18C'est pas bien parti pour mettre plus d'argent.
17:20Vous avez vu la fédération de l'hôpital
17:22qui dénonce la pire cure
17:24depuis 2010 d'austérité.
17:26On nous demande de soigner plus
17:27avec beaucoup moins de moyens.
17:29Vous êtes d'accord ?
17:29C'est pour ça qu'il faut faire des choix...
17:30Mais évidemment, il n'y a plus d'argent.
17:31De toute façon,
17:32c'est ce qu'on nous répète en permanence.
17:33Et donc, ce qu'il faut,
17:34c'est faire des choix stratégiques,
17:36recentrer la solidarité
17:37et trouver des nouveaux moyens
17:39de financer ce qui sort de la solidarité.
17:41Merci beaucoup, Martin Blachier.
17:42Je rappelle le nom de votre livre,
17:45de votre ouvrage,
17:45les 12 travaux d'Hippocrate
17:47vers un nouveau contrat social
17:48aux éditions Serres.
17:50Et vous apportez vraiment
17:52des solutions concrètes.
17:54Merci à vous d'être passés
17:55par le studio d'Europe 1.
17:56Merci beaucoup.

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  1. Europe 1
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