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  • il y a 3 mois
En pleines discussions budgétaires, Jean-Pierre Farandou, ministre du Travail et des Solidarités, se pose en négociateur, affirmant toutefois veiller à l'équilibre entre recettes et dépenses de l'État. "C'est bien joli de prendre une mesure, mais il faut regarder comment on la finance", dit-il.
Retrouvez « L'invité de 7h50 » de Benjamin Duhamel sur France Inter et sur : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-7h50

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Transcription
00:01France Inter, la grande matinale.
00:04Il est 7h49 sur Inter et Benjamin Duhamel, votre invité et ministre du Travail et des Solidarités.
00:12Bonjour Jean-Pierre Farandou.
00:13Bonjour, merci d'être avec nous ce matin au micro de France Inter.
00:15Alors que vous êtes l'homme des sujets explosifs, retraite, pouvoir d'achat, avec pas mal d'ambiguïté qu'on va essayer de lever ce matin.
00:22Mais juste avant je voudrais qu'on parle du scandale dont tout le monde parle, le scandale Chine.
00:26Après la découverte de poupées pédopornographiques dans son catalogue,
00:29le gouvernement menace d'interdire l'accès de la plateforme au marché français.
00:33Mais ça n'empêchera pas un magasin Chine d'ouvrir ses portes demain au BHV à Paris.
00:39D'autres magasins suivront en province.
00:41Le gouvernement est impuissant, Jean-Pierre Farandou ?
00:43Il y a deux sujets.
00:44Le premier sujet, je suis très choqué.
00:46Vous savez, je suis moi-même grand-père de deux petites filles, de 7 ans et 4 ans.
00:49Je suis un peu scandalisé qu'on puisse accéder à des poupées pédopornographiques sur le site de Chine.
00:54Je pense que là-dessus c'est du pénal.
00:55Il faut que Chine réponde de ses actes, ce n'est pas une petite erreur commerciale.
00:58Il me semble que là, il faut que la justice s'en saisisse et qu'on arrive à bloquer tout ça.
01:03Et ça n'empêche pas des magasins d'ouvrir, dont demain à Paris.
01:07Vous êtes le ministre du Travail de commerçants qui considèrent aussi que Chine c'est de la concurrence déloyale.
01:14Ça vous pose un problème que ce magasin ouvre demain au BHV ?
01:17Bien sûr, ça pose un problème.
01:18D'ailleurs avec mon collègue Serge Papin, bien évidemment on regarde tout ça de près.
01:23Ça veut dire quoi regarder tout ça de près ?
01:24On a affaire à du dumping, c'est-à-dire qu'on est attaqué par des exportations à prix très très bas qui s'installent dans notre pays.
01:30C'est toute la filière textile qui est menacée, ce sont les petits commerçants aussi qui sont menacés.
01:34La riposte doit être faite au niveau français et au niveau européen.
01:37Mais ça n'empêche pas ces magasins d'ouvrir ?
01:39Pour le moment, la loi fait qu'ils peuvent s'installer.
01:42La riposte doit être là pour le coup commercial, on n'est pas dans le même registre que le premier sujet.
01:45Vous iriez faire vos courses au BHV ou au Galerie Lafayette en province, là où des magasins chines vont ouvrir ?
01:49Non, je n'irai pas.
01:50Je pense qu'il faut être solidaire par rapport à nos commerçants et à produire français encore plus en étant ministre de la République.
01:55Il faut acheter français chez des commerçants, des petits commerçants qui tiennent tous nos centres-villes.
01:59Jean-Pierre Farandou, revenons aux ambiguïtés encore présentes dans le budget.
02:02On va essayer d'y voir plus clair.
02:03D'abord sur la suspension de la réforme des retraites.
02:06Première question, puisque c'est une demande des socialistes.
02:08Est-ce que les salariés dits carrières longues, c'est-à-dire ceux qui ont commencé à travailler très tôt, vont être concernés par la suspension de la réforme des retraites ?
02:16Alors la suspension, c'est une proposition qui est faite dans le projet de loi sur la sécurité sociale.
02:21Les débats vont démarrer ce soir.
02:23On aura des amendements, on aura des discussions.
02:25On verra ce que les amendements proposent.
02:26Alors c'est assez simple sur les carrières longues.
02:28Vous êtes les seuls au gouvernement à pouvoir déposer un amendement pour inclure les carrières longues.
02:32Donc je repose ma question.
02:33Est-ce que le gouvernement va inclure les carrières longues,
02:36c'est-à-dire ceux qui ont commencé à travailler tôt,
02:38dans cette suspension de la réforme des retraites ?
02:39On aura le débat, il faut laisser faire le débat.
02:42Il y a eu le débat aussi sur le financement.
02:44S'il vous plaît, le débat c'est très bien,
02:45mais j'imagine que le gouvernement a une position, non ?
02:48Non, mais il faut avoir le débat.
02:49Il y a le débat sur le financement aussi qui va avec.
02:51C'est bien joli de prendre une mesure, mais il faut regarder comment on la finance.
02:54Donc ce n'est pas la même chose.
02:56S'il n'y a pas les carrières longues, on sait que l'enjeu c'est 100 millions.
02:58Si les carrières longues c'est 400 millions,
03:00mais il faudra qu'on débatte gentiment sur comment on trouve les 300 millions supplémentaires.
03:04La position que vous défendrez sur les carrières longues ?
03:06Moi je suis ouvert, je suis ouvert à toute la discussion.
03:07Tout ça ce sont des équilibres.
03:09On a parlé de négociations, on a parlé de compromis,
03:11il y a des équilibres à trouver.
03:12Je rajoute aussi la dimension économique.
03:14Prendre une décision c'est bien, trouver des financements qui vont avec c'est bien.
03:17Donc il n'y a pas de certitude que ceux qui ont travaillé
03:20et qui ont commencé à travailler très tôt
03:22se retrouvent concernés par la suspension de la réforme des retraites.
03:24Il y aura certitude quand il y aura un amendement voté,
03:26on n'en est pas encore là,
03:27laissons faire le processus parlementaire, le processus budgétaire.
03:30Vous allez lancer tout à l'heure, Jean-Pierre Farandou,
03:32une conférence sociale sur le travail et sur la question des retraites notamment.
03:36C'est quoi l'intérêt de cette conférence sociale ?
03:38C'est gagner du temps, essayer de rejouer le conclave alors que ça n'a pas marché ?
03:42On a parlé de la suspension, on en a parlé,
03:45qui sera débattue au Parlement.
03:46Cette suspension elle donne du temps,
03:48puisqu'elle va jusqu'au 1er janvier de 2028.
03:49Ce temps il doit être utile.
03:51Je pense que les Français attendent de nous
03:53qu'on trouve une solution à ce sujet des retraites.
03:55C'est-à-dire qu'il y a une espèce de sparadrap du capitaine Haddock
03:58dans le débat démocratique.
03:59Il y a eu une réforme en 2023,
04:01on a entendu qu'elle n'était pas forcément bien comprise par les Français.
04:04On a le temps d'en discuter.
04:05Ce que je propose, c'est deux éléments différents dans la méthode.
04:08D'abord parler du travail.
04:09On n'a pas assez parlé de travail.
04:11Quand je dis pas assez, on n'a pas du tout parlé du travail.
04:13Or tout ce qui se passe dans notre parcours professionnel,
04:15ça conditionne la manière dont nous arrivons à la retraite.
04:17Renoncer à la réforme de l'assurance chômage,
04:18puisque c'est ce que vous demandent les organisations syndicales ?
04:21Ça c'est autre chose, c'est un autre débat.
04:22Ça concerne le travail.
04:23Oui, d'accord, on s'est éloigné des retraites.
04:25Et deuxièmement, il n'y a pas de pression.
04:27C'est-à-dire qu'on n'est pas là pour, c'est pas le conclave,
04:28on était obligé dans un espace fermé de trouver une solution,
04:31d'attendre la fumée blanche.
04:32Là, on discute, c'est un lieu de débat,
04:34c'est un lieu apaisé pour que les partenaires sociaux puissent aborder les problèmes.
04:36Un lieu apaisé, vous êtes optimiste sur la question de la réforme de l'assurance chômage.
04:39Est-ce que ce matin, vous nous dites,
04:40le gouvernement abandonne officiellement la volonté de durcir les règles
04:43pour percevoir les allocations chômage ?
04:47Non, ce que je vous dis, c'est qu'on discute.
04:48Là aussi, c'est le dialogue.
04:49Le dialogue social, c'est la discussion.
04:50On est en train de caler l'agenda social.
04:52Il y a beaucoup de débats.
04:53Oui, mais c'est ça, le social.
04:54Vous savez, le social, c'est la discussion.
04:56Par contre, ce que je peux vous dire,
04:57c'est déjà, on a l'accord des partenaires sociaux
04:58pour s'attaquer à une partie du sujet,
05:00que sont les ruptures conventionnelles.
05:02On a une espèce de droit de tirage qui s'est installé.
05:05Là-dessus, il y a convergence.
05:06On va bien s'attaquer aux ruptures conventionnelles,
05:08qu'on retrouve d'ailleurs dans le projet de loi de finances sur la sécurité sociale.
05:10Jean-Pierre Farrandou, vous êtes aussi ministre des Solidarités.
05:13Et ceux qui nous écoutent et sont peut-être concernés
05:15savent que quand vous touchez le RSA,
05:17où vous êtes au chômage en fin de droit,
05:19à chaque Noël, vous avez le droit à une prime.
05:20Ça s'appelle la prime de Noël.
05:21Sauf que dans le budget 2026, vous avez confirmé hier soir,
05:24en audition, que vous alliez supprimer cette prime de Noël
05:27pour ceux qui n'ont pas d'enfants.
05:29Franchement, c'est incompréhensible, Jean-Pierre Farrandou ?
05:32Ce qui doit être compris, déjà, c'est l'état des comptes de la sécurité sociale.
05:36C'est pour ça qu'on est amené à faire des propositions
05:38qui peuvent sembler parfois un peu agressives pour les Français.
05:41Je le comprends, je l'entends.
05:42Mais déjà, entendons que la sécurité sociale est en train de diverger.
05:45C'est un bien commun, la sécurité sociale.
05:47Si on n'a pas le courage de s'attaquer à bras-le-corps, à son équilibre,
05:50ça va déraper.
05:51On va arriver à un moment où on ne sera plus capable de payer les retraites,
05:53de payer les remboursements.
05:54Jean-Pierre Farrandou, sur la question du déficit
05:56et du déficit de la sécurité sociale,
05:58je crois que tout le monde est à peu près d'accord.
05:59Simplement, vous assumez ce matin le fait de dire
06:01qu'il y a cette prime de Noël pour les plus précaires,
06:04je le répète, ceux qui sont au RSA ou des chômeurs en fin de droit.
06:07Quand vous n'avez pas d'enfant, vous ne toucherez plus cette prime de Noël ?
06:09Alors c'est la version initiale du projet de loi de finances,
06:11mais là encore, il y a débat.
06:12C'est bien exactement ce qu'on a dit.
06:14S'il y a des réactions, je les ai entendues.
06:15Moi, je n'ai pas de problème à le remettre en question.
06:17Ce que je demanderai à chaque fois, c'est quelle est l'économie qui va avec.
06:19Parce que moi, je suis garant des comptes de la sécurité sociale.
06:21Donc vous êtes ouvert à la possibilité de revenir
06:23et de rétablir cette prime de Noël pour ceux qui n'ont pas d'enfant ?
06:26Bien sûr, je suis ouvert.
06:26Là encore, c'est le jeu parlementaire qu'on a évoqué.
06:29Mais je serai attentif à ce qu'on me dise
06:30quelle est l'économie qui va avec ou quelle est la recette qui va avec.
06:34Je serai le garant de cet équilibre, ça me parie fondamental.
06:36Vous savez quel est le montant de la prime de Noël
06:37pour les célibataires et pour les foyers sans enfants ?
06:40C'est autour de 150 euros.
06:41Oui, c'est ça.
06:41C'est 150 euros pour un célibataire et 228 euros pour un couple.
06:45Est-ce que là encore, vous comprenez que certains se disent
06:47quand il est question de s'attaquer aux très très très riches,
06:50on y va d'une main tremblante.
06:52Mais par contre, quand il est question d'enlever 150, 250 euros
06:54au plus précaire, là, le gouvernement bizarrement trouve des idées.
06:58C'est-à-dire qu'il faut aussi se bien se rendre compte
07:00que l'État français a été très généreux et tant mieux.
07:03Il y a eu une époque de générosité sur toutes les politiques sociales et tant mieux.
07:06Je pense que maintenant, il faut faire attention.
07:07Je ne suis pas sûr que notre pays ait les moyens
07:09de poursuivre ses politiques de générosité maximale.
07:11Il faut donc accepter un recentrage.
07:13Et là, c'est le débat.
07:14Quelles sont les priorités ? Comment on cible ?
07:16Mais il faut accepter cette idée que peut-être la générosité
07:18qu'on a connue pendant des décennies
07:20est peut-être arrivée à son terme.
07:21Encore une ambiguïté, Jean-Pierre Farandou, qu'on va essayer de lever ce matin.
07:24Vous avez comme projet au gouvernement de taxer à hauteur de 8%
07:26les tickets restaurants et autres chèques vacants.
07:29Ce qui concrètement veut dire que ça coûtera plus cher aux entreprises
07:31qui veulent en mettre à disposition à leurs salariés.
07:33Donc en fait, quand vous dites que vous voulez préserver le pouvoir d'achat des salariés,
07:36c'est seulement des éléments de langage ?
07:39Oui. Non, puisque les tickets restaurants, en tant que tel, on ne les touche pas.
07:42C'est la taxe, elle est pour les employeurs, elle n'est pas pour les salariés.
07:44Donc si ça coûte plus cher aux employeurs,
07:46ça veut dire qu'ils donneront moins de tickets restaurants et de chèques vacances.
07:49La sécurité sociale, comment elle fonctionne ? Comment elle se finance ?
07:51Par des cotisations.
07:52Ça s'appelle les compléments de salaire.
07:54Dans le complément de salaire, il y a salaire.
07:56Tout salaire mérite cotisation.
07:57Sinon, on n'y arrive pas.
07:58Si on passe son temps à exonérer toutes les parties du salaire de paiement des cotisations,
08:02comment vous voulez faire pour équilibrer les comptes de la sécurité sociale ?
08:04Donc là encore, le débat est légitime.
08:06D'autant plus qu'avec les tickets restaurants, vous achetez de la lessive maintenant.
08:08On s'est un petit peu éloigné du restaurant.
08:10Et vous avez aussi une situation, Jean-Pierre Farandou,
08:12où les salaires n'ont peut-être pas suffisamment augmenté
08:14et où les tickets restaurants, les chèques vacances sont apparus comme des compléments de salaire.
08:18Là, avec cette mesure de 8%, vous vous prenez au pouvoir d'achat des salariés.
08:23Non, 8% ce n'est pas sur les salariés, c'est sur les employeurs.
08:26Si c'était du salaire, les employeurs paieraient 40%.
08:28Donc un forfait de 8%, ce n'est pas grand-chose par rapport à la vraie charge sociale qui pèse sur un employeur.
08:33Ceux qui auront moins de chèques vacances et de chèques restaurants,
08:36si vous maintenez cette taxe de 8%, ce seront bien les salariés ?
08:40Ça dépendra des employeurs.
08:41Ça dépendra des employeurs.
08:42Mais là encore, je veux dire, pourquoi on n'accepte pas l'idée que dès que lors que c'est du salaire,
08:45et d'ailleurs vous l'avez dit vous-même, il est quand même normal,
08:48fonctionnement normal, c'est la sécurité sociale,
08:51c'est que dès lors que c'est du travail, il y a la cotisation.
08:53Mais vous pourriez revenir sur cette mesure là aussi ?
08:54Là aussi, bien sûr.
08:55D'ailleurs, on a commencé à en discuter.
08:56Pour tout vous dire, il y a eu des échanges avec plusieurs groupes.
08:59Si on m'en donne des propositions alternatives avec peut-être d'autres niches sociales
09:02qui paraîtraient plus légitimes, je suis ouvert à la discussion.
09:05Merci beaucoup Jean-Pierre Farandou, ministre du Travail et des Solidarités,
09:08qui fait ce matin l'éloge du débat et de la discussion.
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