00:00Bonjour et bienvenue en Tête à Tête, l'émission de Grandes Interviews de France 24.
00:13Notre invité est le président de la République de Centrafrique, Faustin Arcange-Touadéra.
00:18Il est avec nous pour cette interview exclusive depuis le palais présidentiel de Bangui.
00:22Monsieur le Président, bonjour et merci.
00:24Bonjour, c'est moi qui vous remercie.
00:26Alors le 28 décembre prochain vont se tenir des élections municipales, régionales, législatives et présidentielles.
00:34Une question simple, est-ce que les autorités seront en mesure d'assurer un tel scrutin de façon sûre et transparente ?
00:44Bien sûr, compte tenu du nombre de scrutins et élections qui vont passer le 28,
00:54C'est vrai que c'est un grand défi pour la République centrafricaine.
01:02Mais c'est un grand défi, nous faisons confiance à notre peuple, à l'organisation, c'est-à-dire à l'ANE, l'Autorité nationale des élections,
01:10et de toutes les institutions qui travaillent pour que ces élections se déroulent bien et de manière transparente, sécurisée et paisible pour la population centrafricaine.
01:26Alors vous vous présentez, alors pourquoi cette nouvelle candidature ?
01:29L'opinion souligne à volonté votre échec économique, affirmant que la pauvreté augmente, il n'y a pas de route, pas d'école, pas d'hôpitaux construits.
01:39Pourquoi est-ce que vous vous présentez une nouvelle fois ?
01:42Ce que vous décrivez là, c'est votre opinion ?
01:45C'est l'opposition.
01:46Ou bien c'est l'opinion des centrafricains ?
01:49Je pense que les centrafricains ne pensent pas la même chose que vous, ou ceux qui le disent.
01:56C'est vrai qu'il y a des défis, vous savez que la République centrafricaine revient de très loin.
02:03Il n'y a pas longtemps que vous, vous m'avez interrogé en disant que c'est un État failli.
02:08On était au bord du gouffre pour ne pas dire qu'on était dans le gouffre.
02:12Et aujourd'hui, après dix ans, nous relevons la tête.
02:16On ne va pas tout résoudre en même temps.
02:19Mais nous avons progressé.
02:21Et c'est dans ce sens que le peuple centrafricain m'a sollicité, a sollicité ma candidature.
02:28Il faut un bon leader.
02:30Et je crois que le peuple centrafricain, au regard des marches, des demandes,
02:35pense que je pourrais continuer à faire l'affaire.
02:40Ils vous le diront le 28 décembre.
02:43J'ai confiance.
02:44J'ai confiance.
02:45Alors, vous avez réformé la Constitution en 2023.
02:49Ça a notamment fait sauter la limitation des deux mandats présidentiels.
02:53Alors, se pose une question.
02:54Est-ce que vous allez seulement faire un mandat de plus ?
02:58Ou est-ce que, comme beaucoup de gens sur le continent et notamment dans la région, à commencer par le Cameroun voisin,
03:05vous comptez multiplier vos candidatures à la présidence ?
03:10Écoutez, nous sommes là pour parler des faits, de ce qui se passe en ce moment.
03:19Et le prochain mandat, c'est dans sept ans.
03:22On ne peut pas savoir ce qui se passe dans sept ans.
03:25Nous ne sommes pas dieux pour le savoir, pour dire que vous allez être candidat.
03:29Je ne suis pas encore élu pour cette fois-ci.
03:33C'est le 28 décembre que les Centrafricains vont faire le choix.
03:37Donc, je ne peux pas prévoir sur le lendemain pour dire que je vais faire 10, 15, 20 mandats, comme vous dites, avec…
03:45Non, non, il ne faut pas continuer à infantiliser la République centrafricaine.
03:53Il ne faut pas continuer à infantiliser les dirigeants.
03:58Ce temps-là est terminé.
04:00Alors, vous avez mentionné l'opposition, la principale plateforme de l'opposition,
04:04ce qu'on appelle le Bloc républicain pour la défense de la Constitution, le BRDC,
04:09a annoncé ne pas vouloir participer à ce scrutin.
04:12Il affirme qu'il est verrouillé, qu'il est joué d'avance.
04:16Quelle est votre réaction à cette stratégie de l'opposition de ne pas vouloir cautionner cette élection ?
04:22Tout simplement, c'est des gens…
04:26Cette opposition n'est pas une opposition constructive,
04:29qui ne suit pas l'évolution du pays et la volonté.
04:34La preuve, c'est que cette opposition n'est pas suivie par la population.
04:38Et donc, si l'opposition ne veut pas participer aux élections…
04:43Mais vous savez que les élections seront libres.
04:46Ceux qui veulent participer, participent.
04:48Ceux qui ne veulent pas…
04:49Bon, on n'oblige pas tout le monde de participer.
04:52Il appartient au peuple centrafricain de choisir.
04:55Alors, je veux en venir à la situation sécuritaire.
04:58En avril, à N'Djamena, au Tchad, il y a un accord qui a été conclu important
05:01entre le gouvernement et les deux groupes armés, j'allais dire les plus actifs,
05:05l'Union pour la paix en Centrafrique, l'UPC,
05:08et le groupe Retour, Réclamation, Réhabilitation, 3R comme il est connu.
05:13Cet accord est rentré en vigueur.
05:14Il prévoit le désarmement, le renoncement à la violence armée d'une part,
05:19et l'intégration des combattants et de leurs chefs à des postes.
05:23Est-ce que vous pensez que cet accord est vraiment en bonne voie,
05:29que le désarmement se passe et qu'en effet, c'est un accord historique
05:34qui est désormais appliqué ?
05:37Je voudrais vraiment vous remercier pour parler de cette question.
05:42Vous savez que depuis 2016, quand j'ai pris mes fonctions,
05:50j'ai toujours tendu la main, même aux groupes armés.
05:57C'est moi qui suis venu vers les dirigeants des groupes armés
06:02pour leur demander qu'il faut qu'on arrête la guerre.
06:06Ça ne sert à rien.
06:07Ils ont écouté cet appel et grâce à l'entremise du président Déby,
06:16nous avons pu trouver un accord à Djaména en avril.
06:23Aujourd'hui, les deux groupes armés, comme vous l'avez dit,
06:27les plus influents ont accepté le désarmement.
06:34Et c'est une opération qui se passe très bien en ce moment,
06:38qui évolue bien sur le terrain, puisque c'est sur l'ensemble du territoire.
06:45Alors, vous dites que 11 des 14 groupes ont désormais accepté
06:48de s'autodistourner des armées.
06:50Ça veut dire qu'il en reste quelques-uns.
06:51Est-ce que vous espérez, peut-être d'ici l'élection,
06:55que les deux, trois groupes qui restent vont aussi accepter
06:59votre politique de main tendue ?
07:00Est-ce qu'il y a des négociations qui avancent avec eux ?
07:03Je peux vous dire oui, parce qu'il reste le MPC d'Al-Katim.
07:11Mais je crois qu'Al-Katim nous a contactés pour dire qu'il est prêt
07:15à reprendre les discussions et à rejoindre l'accord de Djaména.
07:23Et je pense qu'entre les autorités tchadiennes et nous,
07:26nous sommes en train de discuter pour qu'on puisse reprendre les discussions
07:31avec Al-Katim et avec des dissidents du MPC.
07:37Je crois que c'est hardat.
07:41Et je crois que dans les prochains jours,
07:43le ministère de DDR va rejoindre nos frères tchadiens
07:50pour voir dans quelle mesure ce groupe puisse regagner l'accord.
07:56D'accord. Je veux revenir aux relations avec la Russie.
08:01Vous avez été rendre visite au président Poutine à Moscou en début d'année
08:04pour parler notamment de la poursuite de la coopération sécuritaire.
08:08Alors pendant des années, cette coopération a pris le visage du groupe Wagner
08:14dans votre pays.
08:15Depuis le décès brutal de son chef, Evgeny Prigogine, en août 2023,
08:21il se dit que Moscou fait pression sur vous pour signer un contrat
08:24avec la société Africa Corps, l'entité qui a remplacé Wagner
08:27et qui est, elle, contrairement à Wagner, formellement liée au gouvernement russe.
08:32Est-ce que c'est vrai qu'il y a eu de nombreuses visites
08:35du ministre russe délégué à la Défense
08:38pour que vous signiez un accord formel avec Africa Corps, monsieur le Président ?
08:42Pourquoi vous parlez de pression ?
08:47Et vous parlez que tout ça, c'est toujours Wagner et tout ça.
08:51C'est toujours des propos pour essayer de noircir beaucoup de désinformation.
08:59Alors, cessez de nous, continuellement,
09:04c'est pour décourager les gens, dire beaucoup de choses.
09:08Mais aujourd'hui, nous sommes en discussion,
09:11toujours dans le cadre d'une coopération avec la Fédération de Russie.
09:16Voilà ce que je peux vous dire là-dessus.
09:19Mais nous, nous discutons avec tous les États
09:22qui souhaitent discuter avec nous,
09:24parce que la République africaine est ouverte.
09:26Nous ne faisons pas…
09:28Nous sommes un pays fragile.
09:30S'il y a des pays armés qui veulent nous aider,
09:33eh bien, ils sont bienvenus.
09:36Monsieur le Président, toutefois,
09:37les Russes qui sont depuis des années sur place et tout ça,
09:40ce n'est pas l'armée russe.
09:42C'était le groupe Wagner.
09:44Et dorénavant, il y a donc cette négociation.
09:46Alors, parlons de négociation plutôt que de pression.
09:48avec l'Africa Corp.
09:50Est-ce que vous allez, oui ou non, conclure un accord avec eux ?
09:53Non.
09:54Est-ce que je vais vous étaler ici
09:57les discussions que nous avons avec la Fédération de Russie ?
10:02Il y a quand même un peu de courtoisie.
10:05Nous sommes en train d'échanger.
10:06Mais c'est avec l'accord de la Fédération de Russie
10:10que nous pouvons rendre public toutes ces discussions.
10:15Mais ce n'est pas sur votre plateau
10:16que je vais mettre à m'étaler sur ces questions-là.
10:19Est-ce que l'accord est en bonne voie, alors ?
10:21Je dis que nous sommes en discussion.
10:24Ce n'est pas sur ce plateau que je vais parler.
10:28Et ça, ce serait discourtois vis-à-vis de la Fédération de Russie.
10:32Vous comprenez très bien que ce n'est pas possible.
10:34En tout cas, ne comptez pas sur moi
10:37pour que je puisse dire quoi que ce soit.
10:40Alors, je veux en venir à la relation avec la France.
10:42Le partenariat a repris en avril 2024.
10:45Vous avez vu le président Macron à plusieurs reprises.
10:48On se souvient que lui-même, vous avez accusé
10:51d'être l'otage de Wagner il y a quelques années.
10:54Est-ce qu'aujourd'hui, la relation est redevenue bonne
10:57ou il y a toujours ces tensions depuis quelques années ?
11:02Écoutez, tout récemment, avec le président Macron,
11:07nous avons eu des échanges directs et francs.
11:11Et nous avons mis en place une feuille de route.
11:15Et je pense que les choses se passent très bien.
11:18Ça avance bien.
11:18Aujourd'hui, nous avons renoué nos coopérations
11:21dans plusieurs domaines.
11:22Et les choses se passent vraiment très bien.
11:28C'est dans ce sens-là que nous souhaitons
11:30que la coopération ne se tienne pas,
11:35comme vous le dites, avec des pressions.
11:38Bon, entre-temps, le président Macron avait dit
11:41que j'étais l'otage.
11:42Mais j'ai eu l'occasion de répondre en direct.
11:46Je ne suis l'otage de personne.
11:50Je suis président des Centrafricains.
11:55Je défends mon pays.
11:58Nous sommes en difficulté.
12:00Nous sommes fragiles au sortir de la crise.
12:04Et nous voulons avoir des coopérations
12:06qui nous permettent de nous développer.
12:09Voilà tout.
12:10Merci beaucoup, monsieur le président,
12:12de nous avoir accordé cette interview exclusive
12:15depuis Bangui, la capitale de Centrafrique.
12:18Et merci à vous d'avoir regardé cette émission
12:21sur nos antennes.
12:22Sous-titrage Société Radio-Canada
12:31Sous-titrage Société Radio-Canada
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