- il y a 4 mois
Chaque week-end, Emilie Broussouloux vous accompagne de 22h à 00h dans BFM Grand Soir.
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00:00...
00:09Et on commence donc l'émission avec cette affaire choquante.
00:14Que s'est-il passé dans les geôles du tribunal de Bobigny ?
00:18Deux policiers sont donc accusés d'avoir violé une femme
00:21alors qu'elle était détenue au sous-sol du bâtiment judiciaire.
00:24Les agents reconnaissent une relation sexuelle
00:26mais affirment qu'elle était consentante.
00:28L'un d'eux a filmé la scène avec son téléphone portable.
00:32Comment un tel acte a-t-il pu avoir lieu ?
00:34Le récit de cette affaire avec Maéva Lamy.
00:38Les deux policiers ont été mis en examen à l'issue de leur interrogatoire.
00:43Ils sont poursuivis pour viol et agression sexuelle
00:45par personnes abusant de l'autorité conférée par leur fonction.
00:49Les intéressés ont été placés en détention provisoire
00:52par ordonnance du juge des libertés et de la détention
00:55sur réquisition conforme du parquet.
00:58Les deux agents sont accusés de viol par une jeune femme de 26 ans.
01:02Les faits se seraient produits au dépôt du tribunal de Bobigny
01:05dans la nuit de mardi à mercredi dans une cellule similaire à celle-ci.
01:10La victime présumée avait été déférée pour des faits de soustraction
01:13par un parent à ses obligations légales.
01:16Les deux agents ont reconnu des rapports sexuels.
01:19Une vidéo des faits a été retrouvée dans le téléphone de l'un d'eux
01:22qui a filmé la scène.
01:24Ils affirment toutefois que les rapports étaient consentis.
01:27L'acte qui est reconnu par ailleurs par mon client
01:29comme étant un acte parfaitement consenti
01:32aurait été commis sous la contrainte
01:34sous prétexte que celui-ci est en uniforme.
01:37Le seul port d'un uniforme ne nous permet pas d'affirmer
01:40que celui-ci exerçait une quelconque contrainte sur une personne
01:44qu'il dite être seul à l'initiative de ce qu'il s'est passé.
01:48Les investigations se poursuivent.
01:50Les policiers en cours jusqu'à 20 ans de réclusion criminelle.
01:53Et pour en parler sur ce plateau, nous sommes avec Maître Laurence Lévy.
01:58Bonsoir.
01:59Bonsoir.
01:59Vous êtes avocate pénaliste au barreau de Paris.
02:01Maxime Bailly, bonsoir.
02:03Vous êtes avocat pénaliste.
02:05Fatima Benomar, bonsoir.
02:06Bonsoir.
02:07Militante féministe, présidente du collectif coude à coude.
02:10On est également avec Evelyne Sirmarin, magistrate honoraire
02:13et membre du bureau de la Ligue des droits de l'homme.
02:15Bonsoir à vous.
02:16Et aussi, bonsoir à Laurent Boé, avocat pénaliste, spécialiste de la défense des forces de l'ordre.
02:23Je voudrais juste préciser qu'on a tenté de recueillir la parole des policiers ce soir,
02:28mais aucun n'était disponible pour répondre à nos questions.
02:31Voilà, ça nous semblait important de le préciser.
02:34Maître Laurence Lévy, si ces faits sont avérés, c'est extrêmement grave.
02:40Oui, évidemment.
02:42Le viol est puni de 20 ans de réclusion criminelle.
02:46Et effectivement, la question se pose de savoir si ces faits ont eu lieu.
02:50A priori, oui, puisque de ce que nous dit l'avocat d'un des mises en examen,
02:57Xavier Nogueras, que le rapport sexuel a bien eu lieu.
03:02Et évidemment, là, les versions vont diverger.
03:05Selon les policiers, le rapport serait consenti.
03:09Et selon apparemment la victime, il ne l'est pas.
03:11Maître Bailly, en garde à vue, les deux policiers, on le disait,
03:16ont reconnu avoir des relations sexuelles avec la plaignante.
03:19Ils affirment qu'elle était consentante.
03:21Quand bien même elle le serait, est-ce qu'ils ont le droit d'avoir des relations sexuelles avec une détenue ?
03:26Si vous voulez, je ne suis pas là pour être juge de la morale
03:29ou de savoir avec qui un policier peut avoir des rapports sexuels ou pas.
03:32En tout cas, ce qu'on attend d'un fonctionnaire de police,
03:35notamment dans une enceinte judiciaire,
03:37c'est de savoir faire preuve de sang-froid
03:40et surtout de respecter les justiciables qui sont placés sous son contrôle.
03:47Évidemment qu'un policier en service
03:51n'a pas à avoir de relations sexuelles avec quiconque sur son lieu de travail.
03:55Je voudrais faire réagir Maître Boé.
03:58On le rappelle, vous êtes avocat pénaliste,
04:00spécialiste de la défense des forces de l'ordre.
04:04On le rappelle, aucun policier n'a voulu répondre à nos questions ce soir.
04:07C'est que cette enquête est extrêmement compliquée et délicate pour eux, on l'imagine.
04:13– Alors oui, je pense qu'il y a forcément pour tous les policiers de France
04:19une certaine sidération devant ces faits tels qu'ils sont,
04:24en tout cas évoqués à ce stade de la procédure.
04:27C'est vrai qu'on ne comprend pas, les policiers,
04:29ils sont là pour sécuriser ces lieux de privation de liberté
04:33que sont les dépôts des paliers de justice.
04:36Ils sont là pour assister les justiciables,
04:38ils sont là pour leur venir en aide.
04:39Et ce que l'on a ici, c'est quelque chose qui semble être tout le contraire de cela.
04:48Donc des policiers qui sont mis en cause pour un comportement
04:50qu'ils n'auraient pas dû avoir à cet endroit-là.
04:54Alors pour répondre à la question que vous avez posée juste avant,
04:56administrativement, évidemment que ça pose une véritable difficulté
04:59parce que, qu'on soit policier ou quelle que soit sa profession,
05:02on n'est pas sur son lieu de travail en capacité d'avoir la vie sexuelle que l'on souhaite.
05:11Il est évident qu'administrativement, il y a une grosse difficulté.
05:15En plus, on a affaire à des personnes qui sont contraintes
05:20puisque c'est des personnes qui ne sont pas libres de leur mouvement,
05:23qui sont amenées dans ces locaux.
05:25Donc encore une fois, je pense que les policiers ne répondent pas
05:27parce que personne ne comprend ce qui a pu se passer
05:30et que c'est vraiment le contraire de leur mission
05:32que l'on a pu constater dans ce dépôt de Beaumont.
05:36Je voudrais revenir justement sur la contrainte juridiquement parlant.
05:42Maître Lévy, comment est-ce qu'on établit la contrainte
05:45dans un lieu de privation de liberté ?
05:48Je vais d'abord répondre de manière un peu plus générale et je m'en excuse,
05:51mais la contrainte, elle peut être de deux ordres.
05:53Elle peut être soit physique, soit psychologique.
05:55La contrainte physique serait évidemment d'attraper cette personne
06:01ou de lui mettre un couteau sous la gorge.
06:04Et donc là, il y a effectivement une contrainte qui va apparaître comme physique.
06:07La contrainte psychologique serait, à mon sens, plus adaptée dans ce cas-là
06:12parce que la personne au dépôt, si vous voulez, du tribunal de Bobigny,
06:16vous avez donc des geôles, comme on a pu le voir sur votre reportage.
06:19C'est une espèce de cellule qui doit faire peut-être 4 mètres carrés.
06:24On va rentrer dans l'état, justement, de ces geôles.
06:27Et si vous voulez, vous avez quand même deux policiers qui sont en tenue
06:31et qui sont effectivement là pour accompagner les personnes,
06:36donc menotter, je le précise, alors pas forcément dans la cellule,
06:39mais lorsque les policiers doivent emmener une personne
06:43à comparaître soit devant un tribunal, soit devant un magistrat,
06:47vous avez donc une personne qui est accompagnée d'un fonctionnaire de police.
06:50Donc la contrainte, elle me paraît être là, psychologique.
06:53Après, y a-t-il une contrainte physique ? Je n'en sais rien, je ne suis pas dans le dossier.
06:57Oui. Fatima Benomar, on sait qu'il est très compliqué de porter plainte,
07:01ça peut faire peur, d'autant plus quand c'est face à des policiers,
07:06quand on accuse des policiers.
07:07Oui, oui, tout à fait.
07:08Et par ailleurs, vous imaginez en plus, si dans quelques années,
07:11cette femme est de nouveau victime de violences sexuelles,
07:14de violences conjugales et tout, la triple difficulté qu'elle aura
07:18à aller se rendre dans un commissariat pour témoigner auprès de policiers.
07:23Donc là, on a vraiment, si les faits sont avérés, une triple violence.
07:26Donc il y a la violence en soi patriarcale, du viol, du fait de la filmer en plus.
07:30On imagine si les faits sont vraiment de viol sans son autorisation,
07:34donc de garder en plus un film, un média de ce crime.
07:38Il y a la question de la trahison de la fonction publique,
07:40effectivement, de ce que sont sans son, c'est incarner les policiers, etc.
07:45Il y a la violation des droits fondamentaux d'une personne,
07:48d'une personne dont la dignité, l'intégrité a été atteinte,
07:53parce qu'à ce moment-là, elle est tout simplement placée
07:55sous l'autorité de l'État.
07:57Donc nous, on espère que toute la lumière sera faite,
07:59que ces droits seront respectés en termes de protection,
08:02d'accompagnement psychologique, du respect de la parole pendant la procédure,
08:07et qu'il y a eu une réflexion sérieuse sur les rapports de pouvoir
08:10entre les fonctionnaires, les personnes qui incarnent l'autorité publique,
08:16et une citoyenne qui est en plus en situation de grande vulnérabilité,
08:20parce qu'elle vient d'être jugée, je pense qu'elle est en cours de jugement
08:23sur une affaire toujours très sensible,
08:25sur la question des droits familiaux, de la garde des enfants.
08:29C'était pour soustraction à ses obligations parentales.
08:30Qu'il en soit, comme vous disiez, même si...
08:34Moi, de toute façon, je pars du principe que je la crois,
08:36c'est très marginal, les chiffres des fausses accusations,
08:39mais imaginons qu'elle aurait montré des signes de consentement.
08:45Enfin, faire ça, une femme qui est dans cette situation-là,
08:49il faut vraiment avoir aucun professionnalisme,
08:51mais aucune empathie.
08:52Évelyne Sirmarin, vous êtes, vous aussi, avec nous.
08:56Comment est-ce qu'on peut imaginer qu'un acte sexuel, voire même un viol,
09:00ait pu être commis dans un lieu sous surveillance policière ?
09:05C'est inimaginable, en ce sens que, d'abord, sur la contrainte,
09:09effectivement, on peut quand même dire qu'il peut y avoir une présomption
09:12quand même de contrainte.
09:13On est en face de deux personnes, d'abord, en face d'une seule.
09:19Deuxièmement, ils sont policiers.
09:21Elle est dans les locaux de garde à vue.
09:22Donc, je ne sais pas ce qui sera jugé.
09:25Mais enfin, il y a quand même une présomption d'abus total d'autorité.
09:29La deuxième chose, ça serait de dire que c'est inimaginable,
09:33mais c'est quand même pas la première fois.
09:36En 2026, quelqu'un sera jugé, un policier,
09:39dans les locaux du commissariat de Ponto Combo, en Seine-et-Marne,
09:45pour se voir reprocher d'avoir également violé une femme
09:50dans les locaux de garde à vue.
09:51Et la Cour des comptes, en 2023, a souligné quand même
09:55qu'il y a eu un affaiblissement très notable de la qualité du recrutement de la police,
10:02de l'encadrement et une insuffisance totale de formation.
10:06Donc, je pense qu'il y a un problème d'ordre, si vous voulez, beaucoup plus général.
10:11Évidemment, c'est une affaire extraordinaire, en ce sens que, bon,
10:16c'est totalement une affaire assez unique.
10:20Mais elle ne l'est pas tant que ça, à cause de l'affaire de Seine-et-Marne.
10:24Et enfin, on peut quand même dire qu'il y a un problème général,
10:28y compris d'encadrement.
10:29On ne peut même pas comprendre comment c'est possible,
10:32même si la relation sexuelle était consentie.
10:36Encore une fois, il y a quand même une présomption de contrainte.
10:38On ne peut même pas comprendre comment c'est possible
10:39qu'il y ait des relations sexuelles dans une cellule de garde à vue,
10:43alors qu'il y a quand même beaucoup de policiers dans les commissariats,
10:46dans les locaux de garde à vue, dans les tribunaux.
10:49Et puis, on se rappelle aussi de l'affaire Ben Mohamed,
10:53dans le dépôt à Paris,
10:56où un policier avait dénoncé,
10:59une sorte de lanceur d'alerte, les autres policiers,
11:02parce qu'il y avait des injures racistes,
11:04des comportements violents, etc.
11:05Souvenez-vous, il a été sanctionné.
11:09Et heureusement, la Cour administrative d'appel de Paris
11:13a condamné l'administration en disant
11:15qu'il avait très bien fait dénoncer les actes de violence
11:18et d'insultes racistes dans les locaux de garde à vue.
11:20Donc, il y a quand même des problèmes
11:21qu'il faudrait prendre à bras le corps
11:24dans ces fameux locaux de garde à vue
11:26ou de petits dépôts, de dépôts des tribunaux.
11:30Oui.
11:31Maître Boué, vous avez entendu ce que vient de dire Evelyne Sirmarin.
11:35Est-ce que vous êtes d'accord avec ça ?
11:37Est-ce qu'il y a peut-être un problème de formation aussi
11:40au sein de la police ?
11:43Alors, formation, je ne sais pas.
11:45Il y a toujours, et malheureusement,
11:47dans cette administration de la police
11:49comme dans beaucoup d'administrations,
11:51des problèmes d'effectifs.
11:52Il faut savoir que c'est compliqué d'assurer un encadrement.
11:56Mes confrères qui sont là à plateau
11:58pourront vous indiquer les difficultés
12:00que l'on peut avoir pour faire comparaître
12:02une personne devant un tribunal
12:04parce qu'il faut des escortes,
12:06parce qu'il faut des hommes et des femmes
12:08qui vont les accompagner.
12:10Et nous avons malheureusement, encore une fois,
12:13une justice qui est une police qui est insuffisamment dotée
12:17pour répondre à tout cela.
12:20Après, il faut savoir aussi, il faut savoir d'où on parle,
12:23ces dépôts sont quand même des zones
12:25qui sont extrêmement compliquées à gérer,
12:28qui sont d'ailleurs situées,
12:29on pourrait réfléchir à ça, dans des sous-sols.
12:32Moi, j'ai hélas beaucoup d'affaires
12:34dans lesquelles des policiers vont attenter à leur vie
12:38par rapport aux conditions de travail qu'il y a dans ces dépôts
12:42parce que c'est extrêmement difficile.
12:44Vous côtoyez une misère humaine qui est invraisemblable,
12:47vous voyez des personnes de tous horizons
12:49mais dans d'extrêmes difficultés
12:51et vous avez souvent de jeunes fonctionnaires,
12:54alors de plus anciens qui les encadrent aussi,
12:56qui sont confrontés à des situations
12:58que peu d'entre nous seraient capables de supporter.
13:02Alors évidemment, mais il faut le faire
13:03et les policiers le font
13:05et je crois qu'il faut aussi avoir une pensée
13:07pour tous ces dépôts qui quotidiennement,
13:11à l'heure où je vous parle,
13:12il y a encore des dépôts
13:12où il y a des personnes qui vont comparer devant des tribunaux,
13:15il y a des policiers et des policières
13:17qui font leur travail de façon impeccable
13:19en sacrifiant véritablement un peu tout
13:22et c'est pour ça que je pense
13:24que les policiers ne veulent pas vous répondre
13:26parce que c'est la sidération,
13:27cette espèce d'événement qui arrive comme ça
13:31alors que l'on sait, nous qui travaillons
13:34dans le monde judiciaire,
13:35quel soin est donné avec le peu de moyens
13:38dont on dispose pour que les choses se fassent
13:41aussi bien que possible
13:41et elles se font aussi bien que possible
13:43parce que les gens sont déférés devant leur juge,
13:45sont amenés devant les tribunaux,
13:46même si c'est parfois long,
13:47même si c'est parfois compliqué.
13:49Je voudrais qu'on retrouve nos équipes
13:51juste devant le tribunal justement de Bobigny.
13:55Bonsoir Antoine Forestier,
13:57vous êtes avec Nassim Gomery.
14:00Les deux policiers interpellés cette semaine
14:02ont donc été mis en examen pour viol et agression sexuelle.
14:05C'est bien ça Antoine ?
14:08Oui, ils ont été jugés au tribunal de Paris.
14:10L'affaire a été dépaysée du tribunal de Bobigny
14:12ici au tribunal de Paris.
14:14Ce sont deux policiers âgés de 23 et 35 ans
14:17qui lors de leur passage face au juge
14:19ont reconnu avoir eu une relation sexuelle
14:21avec la plaignante qui est âgée de 26 ans.
14:24ils ont expliqué au juge que selon eux
14:26elle était consentante.
14:27Cela n'a visiblement pas convaincu le juge
14:29qui a décidé de les mettre en examen
14:30pour viol et agression sexuelle.
14:32Et puis ensuite il y a eu le passage
14:33devant le juge des libertés de la détention
14:35qui a décidé de les placer tous les deux
14:36en détention provisoire.
14:37Un petit peu plus tôt dans la journée
14:39l'avocat du plus âgé de ces deux policiers
14:41Maître Nogueras s'est exprimé face au journaliste.
14:43Je vous propose de l'écouter,
14:44interroger au micro de Camille Fournier.
14:47Vous avez quelqu'un qui a 8 ans d'expérience,
14:48qui est aguerri, expérimenté,
14:51passionné par son métier,
14:52qui se retrouve en face de quelqu'un
14:55qui porte des accusations
14:56alors qu'elle-même est particulièrement habituée
14:59aux locaux de garde à vue
15:01de ses propres aveux.
15:04Elle est très souvent dans les locaux de garde à vue,
15:06très souvent dans les commissariats.
15:08L'acte qui est reconnu par ailleurs par mon client
15:10comme étant un acte parfaitement consenti
15:12aurait été commis sous la contrainte
15:14sous prétexte que celui-ci est en uniforme.
15:17Le seul port d'un uniforme ne nous permet pas d'affirmer
15:21que celui-ci exerçait une quelconque contrainte
15:24sur une personne qu'il dite être seule
15:27à l'initiative de ce qu'il s'est passé.
15:30Pour rappel, les faits se sont déroulés
15:32dans la nuit de mardi à mercredi
15:33au sous-sol du tribunal de Bobigny
15:36dans ce qu'on appelle une cellule de dépôt.
15:37Cette jeune femme était en attente
15:38d'être elle-même jugée un petit peu plus tard
15:41pour soustraction à ses obligations parentales.
15:43Elle a expliqué ensuite qu'elle avait été victime
15:45de ce viol de la part des deux policiers.
15:47Il y a une vidéo qui a été retrouvée
15:49sur le portable d'un des deux policiers
15:51où on nous voit une partie des faits.
15:53Ces deux policiers risquent jusqu'à 20 ans
15:55de réclusion criminelle.
15:57Ils seront jugés ultérieurement
15:58et en attendant, ils ont donc été placés
16:00en détention provisoire.
16:01Merci beaucoup Antoine Forestier
16:02avec Nassim Gomery devant le tribunal de Paris.
16:06Je voyais réagir Fatima Benomar
16:08au profil des deux policiers.
16:10Il y en a un qui a 23 ans,
16:12l'autre 35 ans.
16:13Et d'après ce que nous dit notre reporter,
16:16notre reporter, c'était plutôt l'avocat
16:19d'un des deux policiers,
16:20il y en a un qui était assez expérimenté.
16:23Vous dites que ça rend l'affaire encore pire.
16:25Je trouve que c'est quand même
16:26plutôt une circonstance aggravante qu'autre chose.
16:29Mais en plus, faut-il être sûr de son impunité
16:31pour non seulement filmer la scène,
16:33mais garder le fichier ?
16:35Et c'est vrai que par ailleurs,
16:36pour accompagner beaucoup de victimes
16:37de violences sexistes et sexuelles,
16:39je me rends compte à quel point
16:40ce sentiment d'impunité règne
16:42parce que beaucoup, beaucoup de mises en cause,
16:44les quelques-uns qu'on arrive à confondre,
16:46gardent absolument sur leur portable
16:48toutes les traces au final du crime.
16:51On s'était posé la même chose
16:52pour l'affaire Pellico
16:53quand il avait gardé tous les fichiers
16:56sur plusieurs années de ces crimes.
16:58pour ce qui est de l'affaire Mazin.
17:02Et oui, donc, moi, j'ai l'envoi,
17:04très franchement, l'excuse que oui, oui,
17:07l'uniforme ne caractérise pas le viol.
17:10Je veux bien qu'on parle de formation,
17:12je veux bien qu'on parle,
17:12mais à un moment,
17:13est-ce qu'on ne peut pas revenir à la base
17:14juste qu'un être humain trouve ça normal
17:17par rapport à une femme
17:18qui est dans cette situation-là,
17:19qui est sous la protection de l'État,
17:21qui est dans un parcours,
17:23dans une procédure judiciaire
17:25qui l'a mise en situation de vulnérabilité,
17:26à quel moment ça vous passe par la tête
17:28de profiter de cette situation.
17:30Très franchement, je le dis,
17:30les choses comme je le pense,
17:32et aller voir, avoir un rapport sexuel.
17:36Et j'ai l'intention de marins, d'ailleurs,
17:37parler de présomption de contrainte.
17:39Oui, c'est une présomption de contrainte
17:41et puis même, c'est très bien
17:42qu'à chaque fois, on rappelle la loi,
17:44on fasse des débats aussi
17:45sur ce qui est interdit,
17:48la frontière de l'interdit ou pas,
17:50mais mettons toujours ça en parallèle
17:51avec l'humain.
17:52Et je trouve ça quand même,
17:54même si la question morale peut se débattre,
17:56mais c'est aussi important d'en parler quand même.
17:59Humainement parlant, c'est quand même grave ici,
18:01mais j'espère qu'ils feront leur cas de conscience,
18:03quoi qu'il en soit,
18:04quelle que soit l'issue du jugement.
18:06Maxime Bailly, vous connaissez bien
18:07le dépôt du tribunal de Bobigny.
18:10Est-ce que vous pouvez nous en parler ?
18:12On parle donc des sous-sols du tribunal.
18:15Et c'est là que doivent rester, en tout cas,
18:19les personnes qui sont en garde à vue, notamment.
18:23C'est là où attendent les personnes
18:26qui vont être présentées à un juge d'instruction,
18:30ou être jugées par le tribunal correctionnel,
18:33ou être présentées à un juge des libertés de la détention.
18:35On peut y rester combien de temps ?
18:37Alors, il y a une rétention,
18:39parce qu'entre la fin de la garde à vue
18:40et la présentation à un juge,
18:41il doit y avoir un maximum de 20 heures.
18:43Sinon, la personne doit être remise en liberté immédiatement.
18:46Mais il faut s'imaginer ces geôles
18:48du tribunal judiciaire de Bobigny,
18:50parce que c'est un drame qui faille
18:52des faits comme ceux-là,
18:54ou qui sont dénoncés,
18:55pour qu'on puisse prendre conscience encore
18:58de l'horreur que représentent ces locaux.
19:01Les geôles, c'est...
19:02Des images, d'ailleurs, qui décident en même temps.
19:04Il y a quelques cellules individuelles,
19:06il y a des cellules collectives,
19:08il y a peu d'accès à l'eau,
19:09on est obligé de demander l'autorisation
19:11d'avoir du papier toilette pour faire ses besoins.
19:15Vous avez l'odeur, vous avez la crasse,
19:17vous avez les cris, vous avez les hurlements.
19:19Et à cela, les avocats,
19:21et notamment nos confrères de Seine-Saint-Denis,
19:22dénoncent depuis des années
19:23les conditions de détention de nos clients,
19:25les conditions dans lesquelles
19:26ils sont amenés à comparaître,
19:28et rien ne bouge.
19:29Vous avez un garde des Sceaux
19:29qui se préoccupe des conditions de détention
19:31de Nicolas Sarkozy,
19:32il ferait mieux de se préoccuper
19:33des conditions de détention
19:34au sein des dépôts,
19:36et plus particulièrement à Bobigny.
19:37Parce que dans ce tribunal,
19:40dans ce tribunal particulièrement,
19:42les avocats remontent systématiquement
19:44les incidents,
19:45la familiarité et l'absence de recul
19:47des policiers à l'égard de nos clients,
19:50les insultes qui fusent,
19:52les violences qui peuvent avoir lieu,
19:54et puis aujourd'hui, finalement,
19:56avec ces faits,
19:57on se rend compte qu'à quelques kilomètres
19:59de Paris, parce qu'à Paris,
20:00maintenant, il y a un tribunal tout neuf,
20:02mais il n'y a pas si longtemps encore,
20:03nos clients étaient dans un dépôt
20:07qui relevait plus du Moyen-Âge
20:09que des temps modernes,
20:10mais à quelques kilomètres de Paris,
20:12aujourd'hui, vous avez des locaux insalubres
20:14qui puent, c'est la crasse,
20:17et on veut que les gens se présentent
20:19dignes et sereins face à leur juge,
20:21c'est tout simplement inadmissible.
20:23D'ailleurs, si on se penche sur le dernier rapport
20:24du contrôleur des lieux de privation de liberté,
20:27qui date de 2021,
20:28ce rapport estime que ces cellules sont indignes.
20:32C'est aussi ce que vous avez constaté,
20:35Maître Lévy ?
20:35Oui, oui, tout à fait.
20:38Je vais dire exactement la même chose
20:39que mon confrère.
20:40On rencontre nos clients aussi
20:42avant qu'ils soient présentés,
20:44soit un juge d'instruction,
20:45soit devant un tribunal correctionnel.
20:46Donc, on a accès à ce dépôt de Bobigny.
20:49Alors, évidemment,
20:50on n'a pas accès aux cellules en elles-mêmes,
20:52mais on a des espèces de box individuels
20:55pour pouvoir s'entretenir avec nos clients.
20:57Et effectivement, ce sont les cris,
20:59les odeurs absolument nauséabondes
21:02les difficultés de pouvoir avoir accès,
21:05notamment à nos clients,
21:05parce que les escortes manquent.
21:08Et ce que disait notre confrère
21:10qui est en visio,
21:12où effectivement le manque de personnel,
21:15moi, je pense qu'il ne faut pas non plus
21:16jeter l'opprobre sur toute une profession.
21:19Vous avez des policiers
21:20qui font extrêmement bien leur travail,
21:22que ce soit à Bobigny ou à Paris,
21:24et qui s'occupent de détenus parfaitement bien.
21:26Et après, il y a toujours, malheureusement,
21:27comme dans toutes les professions,
21:28des brebis galeuses.
21:30Et je ne sais pas si les policiers
21:31qui, aujourd'hui, sont mis en examen
21:33seront reconnus coupables de ces faits ou pas.
21:36Nous ne le savons pas.
21:37Donc je pense qu'il faut prendre toutes les précautions.
21:39Mais pour en revenir à ces locaux
21:41du dépôt de Bobigny,
21:42ils sont particulièrement insalubres.
21:44Et effectivement, le rapport
21:45que vous venez d'évoquer
21:48est encore aujourd'hui, malheureusement,
21:51d'actualité.
21:52Et il l'est depuis plus de 20 ans.
21:54Évelyne Siermarin, vous connaissez vous aussi
21:58les conditions de détention,
22:00en tout cas, du tribunal de Bobigny.
22:02Vous partagez le constat de vos confrères ?
22:06Bien évidemment.
22:07Regardez effectivement le rapport
22:08de Dominique Simonot,
22:09la contrôleuse générale des lieux
22:10de privation de liberté,
22:11le rapport 2024.
22:13Il est sur le site de la contrôleuse générale.
22:16Elle décrit les locaux de garde à vue.
22:18On y attrape la gale, par exemple.
22:20Il y a vraiment un problème,
22:23si vous voulez, systémique
22:25des locaux de garde à vue,
22:27de la manière dont ça se passe.
22:28Je ne dis pas que l'ensemble des policiers
22:32peut être accusé de mauvais traitement.
22:35Absolument pas.
22:36Mais ce qui est très important,
22:38c'est que quand ça se passe,
22:40il y ait effectivement
22:42une inspection générale
22:44de la police nationale
22:45qui fasse son travail.
22:46Apparemment, elle est saisie
22:47et elle va faire son travail.
22:48et qu'il y ait des sanctions,
22:50qu'il soit des sanctions
22:51du type de celles
22:53qui ont commencé à être prononcées,
22:55à savoir évidemment une suspension.
22:57Ça ne peut pas être autrement
22:58une suspension immédiate.
23:00Et puis, il y a à s'interroger
23:02peut-être aussi
23:02sur la question des locaux de garde à vue
23:04sur la vidéosurveillance.
23:06Parce que cette vidéosurveillance
23:07a été limitée récemment.
23:10Mais peut-être depuis octobre 2024,
23:13elle était normalement
23:14dans toutes les cellules,
23:15mais elle a été limitée par la loi.
23:17Peut-être faudrait-il
23:18l'envisager à nouveau
23:20hors des cas
23:21où un détenu peut s'évader
23:23ou peut essayer de se suicider
23:25aussi pour voir
23:27comment se comporte la police.
23:28Ça peut être intéressant.
23:30Merci beaucoup.
23:31Merci à tous
23:32d'avoir été avec nous
23:32pour évoquer cette affaire.
23:34Et évidemment,
23:35on continuera à l'évoquer
23:36sur BFM TV.
23:37Sous-titrage Société Radio-Canada
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