00:00Alors il n'y a pas que le régime iranien, mais il y a notamment le régime iranien.
00:03Hier soir, c'est vrai que j'ai été auditionné par l'Assemblée pour parler notamment de l'ingérence iranienne en France
00:10et notamment des manipulations des services secrets iraniens, donc sur le territoire français,
00:15notamment dans les milieux universitaires, politiques bien sûr, c'était le sujet de l'audition.
00:22Et depuis 46 ans, si vous voulez, depuis les années 70,
00:27quelque chose que vos auditeurs ne doivent pas savoir, l'Ayatollah Khomeini, dans les années 70 et en 72, je crois,
00:33découvre Yasser Arafat faisant la une de plusieurs journaux en Europe et également aux Etats-Unis.
00:40Et il voit ce type dont il sait que ses troupes détournent des avions, commettent des attentats, des assassinats ciblés
00:47qui posent fièrement pistolets à la ceinture et que les intellectuels, les journalistes européens, américains aussi,
00:53trouvent très romantiques et donc il se dit « j'ai envie de m'en inspirer, je vais essayer de comprendre comment fonctionne ce type-là ».
01:00Il envoie l'un de ses bras droits à la rencontre de Yasser Arafat.
01:03Ce bras droits en question, qui s'appelle Motachamipour, va se retrouver dans un camp palestinien de la plaine de la Béka au Liban.
01:10Donc il va s'entraîner au maniement de la Kalachnikov, mais aussi à la rhétorique, à la fabrication des récits.
01:17Et quand il va rentrer vers l'Ayatollah Khomeini, pardonnez-moi, qui à l'époque est en exil, n'est pas en Iran,
01:22il va lui dire « c'est formidable, ce type a beaucoup à nous apprendre ».
01:26Et si vous voulez, c'est à partir de là que se fait la jonction entre les islamistes iraniens,
01:30les combattants de l'OLP,
01:33et que Khomeini comprend que la cause islamiste iranienne n'est pas très sexy,
01:38en revanche la cause palestinienne est très romantique auprès d'un certain nombre de journalistes et d'intellectuels.
01:44Et donc il va décider de l'instrumentaliser, il va apporter son soutien à la cause palestinienne.
01:48Quand il va prendre le pouvoir, j'essaye d'aller vite, mais quand il va prendre le pouvoir en 1979 en Iran,
01:53la première chose qu'il va faire, ça va être de recevoir Yasser Arafat à Téhéran,
01:58ça va être la première personnalité politique internationale qui va venir le rencontrer.
02:03Et il va commencer à financer Khomeini, donc en retour des bons services de Arafat,
02:09donc plusieurs milices, si vous voulez, palestiniennes.
02:12En échange de quoi, il y a un deal qui est passé à ce moment-là, c'est « je vous finance,
02:15mais en contrepartie, vous m'ouvrez en fait tous vos carnets d'adresses en Europe,
02:20notamment dans les universités, dans le monde associatif et dans le monde politique. »
02:25Et c'est notamment plutôt dans le monde de la gauche radicale, évidemment,
02:28que les hommes d'Arafat, si vous voulez, ont leur relais,
02:32qui sont encore manipulés aujourd'hui par les services secrets iraniens, y compris à Paris.
02:36Alors justement, pourquoi les services secrets iraniens, entre autres,
02:41ciblent nos universités, nos chercheurs, nos diplomates,
02:45pour relayer leurs éléments de langage ?
02:48Et ça, c'est souquin, donc il faut absolument en parler.
02:51Je vous remercie d'ailleurs de me poser la question et de me recevoir.
02:54Pour en parler, c'est très simple.
02:57Aujourd'hui, la République islamique d'Iran est très fragilisée.
03:00L'Iran, un petit peu géopolitique, mais en quelques secondes,
03:03vous avez deux tiers de la population iranienne aujourd'hui
03:06qui vit en dessous du seuil de pauvreté.
03:08Plus de la moitié des Iraniens peinent à se nourrir, en fait, deux fois par jour.
03:12Vous avez en Iran deux tiers du territoire qui n'a plus accès, en fait, à l'eau potable.
03:16Vous avez aussi des coupures d'électricité.
03:18Il n'y a quasiment plus d'électricité dans les grandes villes.
03:22Donc c'est un pays aujourd'hui qui est au bord du gouffre.
03:24Et quand l'Iran se trouve fragilisé en général, que font ces services ?
03:28C'est la pratique de la diplomatie, en fait, de la terreur,
03:30prise d'otages, attentats, mais aussi l'influence.
03:34Et on est dans une période où, très fragilisés,
03:36donc ils ont réactivé leur réseau via les ambassades, d'ailleurs, on en parlera peut-être,
03:40mais via les ambassades dans le monde, notamment en Europe.
03:43La France, pour les Iraniens, je le dis, c'est un pays qui est très influent pour eux.
03:47Question de perception, mais ils considèrent que c'est le pays le plus influent d'Europe.
03:51Et évidemment, faire pression sur la France pour que la France fasse à son tour.
03:54Pression sur Israël, pour qu'Israël retienne ses coups à Gaza, retienne ses coups au Liban,
03:59et retienne ses coups contre la République islamique.
04:02Donc voilà pourquoi ils manipulent, s'ils voulaient, les foules, à commencer par les étudiants.
04:06C'est les plus faciles à mobiliser pour aller faire des manifestations,
04:08pour bloquer des amphithéâtres, et puis aller manifester place de la République,
04:12où on retrouve des agents, je l'ai raconté hier, j'ai donné des noms,
04:15où on retrouve des agents de la République islamique d'Iran,
04:18qui manifestent aux côtés de gens de la LFI, notamment de la France insoumise.
04:22Alors justement, on va parler de LFI dans un instant,
04:24mais pourquoi le régime iranien fait-il de la gérance en France ?
04:28C'est exactement ça, c'est-à-dire que le régime iranien, si vous voulez, depuis toujours,
04:31il a considéré que la France et ses intellectuels, notamment,
04:37toujours encore une fois, pas tous les intellectuels,
04:38les intellectuels de la gauche radicale, étaient un bon relais.
04:42Je vous explique pourquoi.
04:44En 1978, en octobre 1978...
04:46J'ai l'impression, pardon, ça me fait mal au cœur de voir comment la France,
04:50le terrain de jeu de tout le monde, là, comme ça...
04:51Ben oui, bien sûr, et ça ne changera pas.
04:53Et on fait comme si de rien n'était, on ferme les yeux.
04:56Rares sont les personnes comme vous qui osez en parler,
04:58c'est quand même juste incroyable.
04:59Pardon, pourquoi l'ingérence ? Ensuite, on parle de LFI.
05:02Mais quand Romény était en édile en France,
05:03d'octobre 1978 à janvier 1979,
05:08il est soutenu à l'époque par des intellectuels qui s'appellent Michel Foucault.
05:12Michel Foucault dit de Romény que c'est un saint, je le cite,
05:15Michel Foucault signe des papiers dans le Nouvel Observateur,
05:18dans le Corriéré, en fait, d'El Lacerra.
05:21Vous avez Jean-Paul Sartre, cofondateur, en fait, de Libération,
05:23qui fait partie de l'association de soutien à l'Ayatollah Romény.
05:27C'est quand même pas rien.
05:28Et Sartre, d'ailleurs, qui est très proche, comment dire,
05:32de Ali Chariati, qu'on désigne souvent comme étant le principal inspirateur,
05:36si vous voulez, de la révolution islamique, en fait, iranienne,
05:39qui lui-même, en fait, a créé une association
05:41qui s'appelle les Adorateurs Socialistes d'Allah.
05:44Il faut quand même le faire.
05:45Et en fait, nos intellectuels, si vous voulez,
05:47vont faire passer Romény pour un grand démocrate.
05:49Ils vont imprimer un discours, d'ailleurs,
05:52qui est le contraire de ce qui se passe en Iran.
05:54Et ça va prendre.
05:55Et Romény, si vous voulez, il considère
05:56que la France est un terrain propice, en fait,
05:59pour faire de l'influence.
06:00Jusqu'à aujourd'hui, c'est son successeur, Ali Khamenei,
06:03mais qui continue à le faire via ses services.
06:05Parlez-nous, Emmanuel Radzavi, du rôle de LFI en France.
06:10Il y a, si vous voulez, une jonction qui est importante à comprendre
06:14entre les mouvements d'extrême-gauche et les mouvements islamistes.
06:17La révolution iranienne a pu se faire
06:18parce que les communistes iraniens et les islamistes iraniens,
06:22en fait, ont opéré une sorte d'alliance.
06:24Pourquoi ?
06:25Parce que c'était des mouvements qui étaient révolutionnaires,
06:27dans les deux cas,
06:28et qui avaient pour point commun, en fait,
06:30d'être anti-impérialistes, anti-colonialistes
06:32et anti-occidentalistes,
06:35pour reprendre, en fait, leur sémantique.
06:37Et si vous voulez, aujourd'hui, on assiste exactement à la même chose.
06:40C'est ce que j'ai expliqué hier à l'Assemblée nationale.
06:42On voit s'opérer, sur le sol français, la même jonction.
06:47Les islamistes savent qu'il faut s'approcher de l'extrême-gauche
06:50pour les raisons que je viens d'évoquer,
06:51puisqu'elles portent les mêmes combats, en fait, que ça a marché en Iran à l'époque.
06:56Et donc, aujourd'hui, les agents,
06:58ce dont j'ai parlé hier à l'Assemblée nationale,
07:00les agents des services secrets iraniens,
07:02mais ils ne sont pas les seuls, il y a d'autres pays qui sont concernés,
07:04donc instrumentalisent la cause palestinienne
07:06pour approcher ces mouvements, en fait, d'extrême-gauche,
07:09mais aussi les mobiliser.
07:10Et ce qui est important, je parlais notamment, en fait,
07:12d'un agent d'influence iranien qui s'appelle Shaheen Azami,
07:14qu'on a vu, qui est aujourd'hui, en fait,
07:16mis en examen pour apologie du terrorisme.
07:18Vous retrouvez des gens comme ça,
07:19aux côtés de députés ou d'eurodéputés,
07:22comme Rima Hassan, de la France, insoumise.
07:24Jonction révolutionnaire.
07:25Dernière question, peut-être rapide.
07:27Est-ce que vous pensez que la France a sous-estimé
07:28la pénétration de l'islam politique ?
07:31Écoutez, je pense qu'il y a eu beaucoup d'inconséquences.
07:33Moi, ça fait près de 30 ans, maintenant,
07:35que je travaille sur ces sujets-là, pour les grands médias.
07:37Je suis atterré, et vous savez, je suis d'origine iranienne,
07:40vous l'avez rappelé, je suis atterré de voir,
07:43aujourd'hui, en France, se reproduire exactement
07:45les mêmes mécanismes qu'en Iran à l'époque.
07:47Alors, je sais que Comparaison n'est pas raison,
07:49que Téhéran n'est pas Paris, n'empêche que.
07:51Ce sont exactement les mêmes mécanismes.
07:52Les Kabyles disent la même chose, les Iraniens disent la même chose,
07:55et personne n'écoute.
07:56Non, mais bien sûr, écoutez, on n'écoute pas les gens comme nous.
07:59Nora Bussini, qui est une de mes consoeurs,
08:00qui a témoigné aussi devant l'Assemblée,
08:02qui est une analyse très courageuse.
08:04Enfin, écoutez, on sait de quoi on parle,
08:07nous sommes des enquêteurs,
08:08on est très précis dans ce qu'on raconte, très argumentés.
08:11À un moment donné, il faut quand même un peu nous écouter.
08:13Aujourd'hui, on préfère écouter des imams fréristes
08:15ou salafistes, ou des agents travaillant
08:17pour l'ambassade d'Iran à Paris.
08:22Sous-titrage Société Radio-Canada
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