00:00Et alors j'ai la chance de recevoir ce matin l'un des plus grands rockers français aux quelques 3 millions de disques vendus.
00:07Bonjour Axel Bauer.
00:08Bonjour Thomas.
00:09Et merci d'être avec nous. Lui aussi il est beau hein Axel Bauer.
00:12Pas changé, pas bougé.
00:14Incroyable, incroyable. On vous l'a souvent dit d'ailleurs.
00:17Que j'étais beau.
00:18Ça vous a même embêté un peu à une période de votre vie, non ?
00:21Vraiment ? Non.
00:22Parce qu'il paraît que ça jouait sur votre crédibilité.
00:24Parce qu'on disait, il est trop beau sur Cargo, mais du coup c'est pas un vrai rocker.
00:30Les rockers sont beaux.
00:32Pas tous.
00:32Ouais, c'est vrai que j'étais plutôt un compositeur introverti.
00:38Donc être propulsé comme ça dans les médias et jouer cette image de Cargo, c'était à la fois fantastique,
00:47mais en fait je visais pas le succès.
00:49J'étais avant tout un dessinateur au départ, ou quelqu'un qui était passionné par le dessin.
00:54d'enfant, passionné par le dessin.
00:56Et puis après, je me dirigeais vers la composition.
01:00Et donc, voilà, c'est vrai que devenir un sex-symbole, c'était pas évident.
01:07C'était pas le projet.
01:08C'était pénible au quotidien.
01:10Olivier a le même problème.
01:11Bien sûr, c'était pas son projet de départ.
01:13Merci d'être là en tout cas.
01:14On a vu des photos d'Olivier Jeune, c'était pas son projet.
01:19Sans pas vous le confirmer.
01:20C'était tellement gratuit ça.
01:22Le projet m'a dépassé.
01:24Franck Hunch.
01:24Merci en tout cas, Axel Bauer, d'être là ce matin pour nous présenter.
01:28Alors, votre nouveau single.
01:36L'enfant prodigue et de retour.
01:38Mais alors, avant de parler et d'écouter ce titre,
01:41on va parler d'abord de l'enfant Axel Bauer,
01:44avec des petits sons pour mieux vous connaître.
01:46Axel, voici le premier.
01:47Et ça, c'est la voix de votre père.
01:54Franck Bauer, votre père, a été le dernier speaker de Radio Londres
01:58sur la BBC, cette radio de la Résistance,
02:01avec l'émission Les Français parlent au français,
02:03une phrase qu'il a prononcée exactement 517 fois.
02:07J'imagine qu'il était très fier d'avoir participé à la Résistance contre l'occupant.
02:13Je pense pas que mon père voyait les choses comme ça.
02:16D'abord, il a quitté la France parce qu'il savait,
02:21ça serait un peu long à expliquer,
02:22mais il savait que les Allemands allaient rentrer.
02:24Il avait vu l'Allemagne préhitlérienne et il est parti.
02:28Et il s'est engagé dans les forces de la France libre.
02:31Donc au début, on l'a nommé sur des missions d'espionnage, d'ailleurs.
02:34Et ensuite, ils l'ont amené directement à Radio Londres
02:40et ils lui ont appris à parler avec cette voix qui passait au-dessus du brouillage des Allemands.
02:46Et il est donc devenu un des speakers de Radio Londres.
02:50Avec un rythme très particulier dans la voix.
02:52Alors votre père, il s'est éteint en 2018 à l'âge de 99 ans.
02:56Et vous lui avez consacré plusieurs chansons dans votre bien-nommé album Radio Londres.
03:00« Ici Radio Londres, on est armé pour vous faire de l'ombre. »
03:11« Ici Radio Londres, en d'autres temps, on n'était plus résistant. »
03:20« En d'autres temps, on n'était plus résistant. »
03:22Belle phrase signée Boris Bergman.
03:24Et alors, derrière cette chanson, vous mêlez votre voix à celle de votre père.
03:28Vous l'avez fait ré-enregistrer, d'ailleurs, ces phrases.
03:31Mon père est venu dans mon petit home studio, dans mon petit studio.
03:36J'étais en train de travailler sur un album.
03:38Et il y avait un micro qui était ouvert, qui ressemblait d'ailleurs au micro de Radio Londres.
03:42La BBC.
03:43La BBC.
03:43Et donc mon père s'assoit devant le micro naturellement.
03:46Et on discute et je lui parle.
03:49On échange sur Radio Londres.
03:50Je lui pose des questions.
03:51Comment c'était, etc.
03:52Et il me dit « Ah, tu veux que je te fasse la voix que je faisais à l'époque dans ton micro ? »
03:58Parce qu'il aime bien ce micro.
04:00Et je dis oui.
04:00Et du coup, il me dit la célèbre phrase « Les Français parlent au français ».
04:05Et moi, j'enregistre.
04:06Et je me retrouve à voir l'homme qui était le speaker de Radio Londres,
04:11qui est au-delà d'être mon père,
04:13et qui vient de réenregistrer la phrase.
04:15Et je lui dis « Est-ce que tu veux qu'on fasse un titre hommage à la Résistance
04:24et aux speakers de Radio Londres ? »
04:26Et à ce moment-là, il me parle de tous les speakers connus et importants,
04:31et il me parle de Radio Londres.
04:32Et on a fait cette chanson ensuite avec Boris Bergman,
04:35qui a écrit des faux messages de Radio Londres.
04:38C'est-à-dire, les gorilles, bananes, l'archevêque,
04:41le Vatican doit faire avec, etc.
04:43Parce qu'il m'a venu beaucoup de commentaires sur YouTube
04:44de gens qui disaient « Il écrit vraiment n'importe quoi, Axel Bauer, aujourd'hui. »
04:48Il y a beaucoup d'idiot sur YouTube.
04:50C'est fou, ça.
04:51Et alors, votre père, il était aussi un musicien, jazzman.
04:54Il a notamment été batteur pour Django Reinhardt.
04:57Et quand vous étiez petit, Axel Bauer,
04:59il avait un travail qui lui permettait de rapporter plein de disques à la maison.
05:03et un jour, il revient avec un album des WOU.
05:21Ça doit vous parler, ça, Jean-Marc.
05:22J'adore, ce que vous voulez que je vous dise.
05:24L'opéra rock des WOU, Tommy.
05:26Il paraît que ça tournait en boucle à la maison, ça, Axel Bauer.
05:29Ouais.
05:29En fait, mon père avait beaucoup de disques de jazz.
05:33Parce que, vous l'avez dit, il était batteur de Django Reinhardt.
05:35Et à un moment, il était un passionné de musique.
05:39D'ailleurs, les premiers disques que j'ai écoutés en faisant mes petits dessins,
05:44c'était principalement ses disques à lui.
05:46Donc, j'ai écouté tous les pianistes de jazz.
05:49Bill Evans, Oscar Peterson,
05:51enfin, tout ce qu'il écoutait, y compris de la musique classique.
05:53Et effectivement, un jour, il est arrivé avec ce disque, Tommy des WOUs.
05:58Et ça a été un peu une déflagration,
06:00parce que c'était la musique de mon époque.
06:02Avant, j'écoutais la musique de son époque.
06:05Et voilà.
06:06Et il m'emmenait voir le concert des WOUs.
06:09Et ça a été un élément déclencheur pour moi.
06:12Alors, au départ, vous vouliez jouer de la batterie en écoutant les WOUs.
06:15Sur les coussins du salon.
06:17Bonne acoustique.
06:18Avec les ustensiles de cuisine de maman.
06:22Sachant que le batteur des WOUs, en plus, ça tapait.
06:25Oui, c'est pas le plus mauvais, bien sûr.
06:28Et puis, à 13 ans, finalement, en rentrant, vous dites là,
06:32voilà, c'est ça ce que je veux faire.
06:33Et vous avez demandé à votre mère une guitare.
06:36Et c'est vrai que vous vous êtes mis à la guitare,
06:38mais vous aviez une autre passion.
06:39Vous l'avez dit, c'était pour le dessin, Axel Bauer.
06:41Mais c'est finalement la musique qui va gagner.
06:44À 19 ans, vous laissez tomber votre préparation pour les beaux-arts,
06:47parce que vous étiez persuadé que vous aviez l'étoffe pour pondre le tube du siècle.
06:51Ça, j'ai adoré cette anecdote.
06:53Il paraît que c'était même une blague dans votre famille.
06:55On disait, alors, comment va ton tube ?
06:57T'en es où ?
06:58C'est vrai, hein ?
06:59On se moquait un peu de vous gentiment, quoi.
07:01Oui, on se moquait de moi gentiment.
07:02Et puis moi, je disais ça un peu pour qu'on me fiche la paix, aussi.
07:05Parce qu'il n'y avait rien de plus incertain que de se dire,
07:09bon, on va faire de la musique, surtout quand on est doué pour le dessin.
07:11Sauf que là où ils ont dû moins rigoler à votre famille,
07:14c'est en écoutant ces quelques notes mythiques.
07:16qui est là, on est en 1983.
07:21Il y a quoi comme instrument, là, meilleur ?
07:23Je suis toujours demandé.
07:24En fait, il y a des synthés, il y a toutes ces guitares.
07:30Il y a beaucoup d'électronique aussi, j'imagine.
07:32Il y a de l'électronique, oui.
07:33Il y a une batterie, surtout.
07:34Il y a la batterie de Manu Katché à la fin.
07:36Moi, je prenais des cours de musique acoustique
07:43avec le maître Yanis Xenakis, quand j'avais 19 ans, à Jussieu.
07:48Et c'est la première fois que j'ai vu des ordinateurs.
07:51Et j'ai écouté la musique de Varese,
07:54la musique contemporaine de Bartók.
07:56Et ça a été un peu une déflagration pour moi,
07:59qui était un jeune guitariste de rock, principalement.
08:02Et je me suis mis à composer de la musique avec des synthés.
08:05Et Cargo est composé sur ce qu'on appelle un ostinato,
08:07c'est-à-dire une note qui traverse,
08:09comme ça, qui vous met un peu dans une trance.
08:11Mais si vous analysez les harmonies derrière,
08:13c'est un morceau incroyablement romantique
08:15et extrêmement émotionnel.
08:18En fait, si on mettait juste les harmonies en avant,
08:20on se rendrait compte que c'est un morceau
08:22complètement dramatique,
08:23qui s'inspirait d'ailleurs des choses
08:25que j'ai écoutées à l'époque,
08:26qui étaient les métamorphoses de Richard Strauss,
08:27avec ces harmonies qui montent
08:28et qui descendent en même temps,
08:29qui s'enchevêtrent.
08:31Et ça nous amène donc à ce refrain,
08:32à reprendre en temps.
08:37Là, vous avez 22 ans, Cargo sort,
08:39c'est une déferlante en France,
08:41plus de 700 000 exemplaires vendus.
08:44Énorme succès.
08:45Alors qu'au départ, le patron de la maison de disques,
08:47Léon Cabat,
08:48il ne voulait même pas sortir cette chanson.
08:50Non, mais on ne peut pas lui en vouloir,
08:52parce que c'est une chanson extrêmement complexe.
08:54Très particulière.
08:55Elle est très chromatique dans ses harmonies.
08:58Vous avez un triton qui annonce le pont de la chanson.
09:02La chanson faisait 4 minutes 45,
09:04donc il voulait la couper pour la radio,
09:06il voulait couper le pont,
09:08il voulait couper le solo de guitare
09:09que j'ai fait aussi.
09:11Donc c'était compliqué, oui.
09:12Ça a été un carton immense
09:15et aujourd'hui, vous revenez,
09:17l'enfant prodigue du rock revient.
09:20Et dans un instant, Axel Bauer,
09:21on va parler de votre tout nouveau single annonciateur,
09:24de l'album que vous êtes en train de concocter.
09:27A tout de suite sur Europe.
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