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  • il y a 10 mois
Les éditions du Seuil publient ce 17 octobre "Les charognards", une plongée au cœur des pompes funèbres. Pendant un an, Matthieu Slisse, journaliste chez Médiacité, et Brianne Huguerre-Cousin, journaliste indépendante, ont rencontré des familles, des professionnels, examiné des contrats afin de comprendre le fonctionnement de l'industrie de la mort. Un secteur libéralisé en 1993 dont la croissance rapide a entraîné une hausse des tarifs bien plus forte que l'inflation et un "manque de transparence" à l'égard du public, déjà épinglés en 2019 par la Cour des comptes.
Regardez L'invité d'Anne-Sophie Lapix du 15 octobre 2025.

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Transcription
00:00Les grands invités de RTL Soir sont deux journalistes, Brian Huger-Cousin et Mathieu Slis.
00:08Bonsoir à tous les deux.
00:10Vous sortez une enquête exclusive intitulée Les Charognards aux éditions du Seuil sur le business des pompes funèbres.
00:17Qui sont les Charognards et pourquoi les affublez-vous de ce surnom ?
00:21Les Charognards, ce sont en fait les patrons et actionnaires des deux plus grands groupes de pompes funèbres aujourd'hui en France.
00:28Il faut savoir, et on l'a découvert à la faveur de cette enquête, qu'il y a aujourd'hui en France un marché de la mort, un business de la mort comme on l'appelle.
00:37C'est 3 milliards d'euros par an et à eux deux, deux groupes, le premier OGF avec sa marque Confinem Général, le second Funécap avec sa marque Roque Eclair,
00:47organise une obsèque sur trois en France et le qualificatif Charognard il est très fort, c'est certain.
00:53Mais on l'emploie parce qu'on le trouve à propos pour désigner une situation dans laquelle on a deux entreprises détenues par des fonds d'investissement parfois étrangers
01:03qui sont passées mettre dans l'art complexe de transformer des familles endeuillées en clients comme les autres.
01:10Alors vous décrivez des commerciaux poussés à vendre le plus cher possible ces services funéraires.
01:16Pour ça, ils sont par exemple incités à caser des options dans les contrats. Quelles options ?
01:22Il y a un service qui s'appelle le service de suivi après obsèque.
01:28En fait, c'est un service qui sert à faire des papiers administratifs par exemple, à changer la carte grise de la voiture des défunts,
01:37qui est complètement optionnel puisqu'en fait en France, dans la loi, on a juste le cercueil, la plaque d'identité du défunt, le moyen de transport évidemment,
01:48mais tout le reste est complètement optionnel.
01:50Ces services-là sont mis presque automatiquement sur les devis pour que les familles dépensent en fait cet argent-là
01:58et que derrière, les grandes entreprises puissent vendre tout simplement.
02:02Combien ça coûte des obsèques ? Le coût moyen ?
02:05Le coût moyen des obsèques en France, c'est 4 000 euros.
02:08Et avec des contrats pareils, on arrive à quel prix ?
02:11C'est vrai qu'en fait, ce qui est aussi difficile de donner un coût moyen des obsèques, c'est qu'il n'y a rien de plus personnel.
02:16Et on le sait tous, que les obsèques sont proches, on peut vouloir les personnaliser, on peut vouloir faire une crémation, une inhumation.
02:22C'est pour ça que c'est très difficile, ça peut vraiment varier du simple au double au quadruple.
02:26Mais vous dites qu'il y a une espèce de compétition au sein même de la boîte pour encourager les familles à investir de plus en plus
02:34avec un cercueil de première qualité, enfin ces mots-là qu'on va chercher pour les convaincre ?
02:39C'est vrai qu'on a reçu des mails qui étaient transmis aux conseillères funéraires.
02:45Donc les conseillères funéraires, ce sont en majorité des femmes.
02:48Et ce sont les personnes qui sont chargées justement d'accueillir les familles, d'organiser les obsèques.
02:52Et derrière, elles ont des directeurs qui leur envoient des objectifs à atteindre.
02:56Et ce qu'on a pu remarquer dans ces mails-là, c'est qu'elles sont mises en compétition les unes avec les autres,
03:01d'une agence à une autre.
03:02Donc on a les bons élèves en vert, les mauvais élèves en rouge.
03:07Et tous les jours, elles reçoivent ça pour pousser justement à vendre un maximum.
03:11Évidemment, ça choque car on s'adresse à des clients qui sont dans le chagrin, dans la détresse, dans une position de faiblesse.
03:17Mais est-ce qu'on peut vraiment reprocher à ces entreprises de vouloir faire du chiffre ?
03:23Nous, ce qu'on pose comme question, je pense que c'est ce qui parcourt tout notre livre,
03:28c'est finalement, est-ce que la dépense funéraire, qui est une dépense si particulière,
03:33a tellement d'égards parce qu'on doit la prendre rapidement, parce qu'on est dans une situation de deuil ?
03:38Est-ce qu'on peut vraiment considérer les clients comme des acteurs rationnels qui prennent une décision éclairée ?
03:44En fait, c'est ça qu'on pose comme question.
03:45C'est vrai que ce qui nous a beaucoup marqué, c'est que ce secteur marchand se vit comme n'importe quel autre secteur marchand.
03:52Et c'est assumé comme tel, par exemple par la secrétaire générale de la Fédération nationale du funéraire.
03:57On est un secteur comme un autre.
04:00On se rend compte aussi, quand on regarde le profil des managers qui ont été recrutés par OGF,
04:04c'est des cadres, des anciens cadres de Bureau Vallée, de Castorama, des secteurs de l'habillement parfois.
04:08Donc en fait, les compétences qu'on leur demande, c'est des compétences de gestionnaire classique.
04:13Pour compléter ce que disait Brian tout à l'heure aussi, c'est vrai qu'on appelle ce livre, on l'a titré « Les charognards ».
04:19C'est très fort. On veut vraiment le préciser, c'est que les charognards, c'est en aucun cas les salariés de ces deux groupes,
04:28qui en fait sont quasiment les premières victimes de ce système, qui les met dans une position intenable,
04:32entre « je voudrais accompagner les familles, je suis dans un travail qui est si passionnant, une mission,
04:37et je suis percuté par des enjeux de rentabilité ».
04:38Pour vous, les charognards sont les propriétaires, les actionnaires, en gros.
04:42Ce que vous décrivez, ça sort du cadre de la loi, c'est de l'abus de faiblesse ?
04:48De l'abus de faiblesse ?
04:50En fait, ce qu'il faut bien comprendre, et d'ailleurs on l'a vu avec les familles qu'on a pu interviewer,
04:55c'est que les personnes sont tellement déconnectées de cette dépense-là.
04:59Qui sait, en avance, combien coûtent les obsèques ?
05:02Les prestations qui sont obligatoires, les prestations qui sont optionnelles.
05:06On a par exemple interviewé une famille qui a organisé les obsèques de leur maman,
05:11qui est décédée très abruptement, sans vraiment qu'on puisse s'y préparer en amont.
05:17C'était des personnes qui étaient vraiment profondément touchées, profondément marquées,
05:22qui avaient une émotion qui était réellement palpable,
05:25et qui vraiment se remettaient aux personnes qui organisaient ces obsèques.
05:30Elles leur faisaient confiance, en fait.
05:32Et c'est ça, elles disent d'ailleurs qu'on leur donnait le bon Dieu sans confession.
05:35Parce qu'en face, elles, elles ne savaient pas,
05:38et elles avaient des personnes qui étaient en position de sachante, finalement.
05:40Votre démarche fait beaucoup penser à celle de Victor Castanet,
05:43auteur du livre Les Fossoyeurs sur les EHPAD et Les Ogres sur les Crèches.
05:47Sauf que là, on ne maltraite pas des enfants ou des personnes âgées par souci de rentabilité.
05:52Vous dites qu'on maltraite parfois les corps ?
05:54Oui, tout à fait.
05:56On a eu des dysfonctionnements extrêmement graves,
05:59notamment un cas où un défunt était contaminé par des asticots
06:05qui devaient normalement être placés dans une cellule négative,
06:10qui est vraiment faite pour ces défunts-là qui sont dans des états de décomposition très avancés.
06:15Ce jour-là, la cellule n'était pas fonctionnelle,
06:18et ce corps-là a été placé avec les autres.
06:21Et la conséquence, c'est que tous ces asticots issus de cette décomposition
06:25ont contaminé les autres.
06:27Vous racontez aussi des cas d'inversion des corps.
06:30Mais ça, ce sont des accidents, pour le coup.
06:32Ce n'est pas lié à l'entreprise ?
06:35Ce sont des accidents, mais ce qu'a découvert Brianne,
06:38à la faveur de son enquête, c'est qu'en fait,
06:40il y a des méthodes pour essayer d'empêcher, finalement,
06:43c'est des procédures très strictes pour s'assurer que dans tel cercueil,
06:46il y a tel défunt.
06:48Et pour s'en assurer, en fait, la technique qui est dans la loi,
06:52c'est que ça doit être constaté par un officier de police.
06:56Donc, il appose un scellé sur le cercueil.
06:59Et ce qu'on a découvert, c'est que parfois, pour aller plus vite,
07:03par manque de temps,
07:04c'était les employés de ces groupes
07:08qui apposaient eux-mêmes le scellé.
07:11Et donc, ça enlève une sécurité pour éviter que cette erreur arrive.
07:16Vous avez rencontré les dirigeants des deux entreprises que vous mettez en cause.
07:19Que vous ont-ils répondu ?
07:21Ils nous ont répondu que c'était des erreurs isolées.
07:25Moi, c'est quelque chose qui me marque beaucoup,
07:26parce que je me dis, je n'aimerais pas être à la place d'une famille victime
07:30à qui on dit, cette inversion de corps est une erreur isolée.
07:33Je trouve que c'est une phrase assez choquante,
07:36parce que derrière, qu'est-ce que ça dit ?
07:38On parle de famille endeuillée, on parle de victime, on parle de défunt,
07:43quelque chose qui nous touche profondément, nous,
07:45et qui, les personnes derrière, ne peuvent pas faire leur deuil correctement.
07:50Donc, pour moi, ces erreurs-là,
07:52on ne peut pas parler d'erreur comme on parlerait d'erreur
07:54dans le secteur de l'habillement ou dans un restaurant, finalement,
07:58où le plat n'est pas cuit à notre convenance.
08:00Une loi a libéralisé le secteur des ponts de funèbres en 1993,
08:05donc il y a 32 ans.
08:07Le but, c'était qu'il y ait de la concurrence, du choix,
08:09une baisse des tarifs.
08:11Ça n'a pas été le cas ?
08:12Effectivement, en fait, c'est ce qui ressort d'un rapport
08:15de la Cour des comptes, en 2019,
08:17où elle dit que les objectifs ne seront pas atteints.
08:19C'est-à-dire que l'objectif de cette loi, c'était
08:20mettre en concurrence, permettre aux tarifs, finalement,
08:23de mécaniquement baisser, parce que tout le monde va vouloir
08:25se positionner rapidement, la meilleure qualité pour tous.
08:28Et en fait, tout au contraire,
08:29ce que dit la Cour des comptes, c'est que
08:31le secteur, il s'est concentré, à nouveau,
08:34que les tarifs ont augmenté deux fois plus vite que l'inflation.
08:38Et le troisième point qu'elle dit, c'est
08:40qu'est-ce qu'on attend ?
08:42Et elle est on ne peut plus claire
08:44dans son rapport à la Cour des comptes.
08:46Elle dit, c'est à l'État de contrôler, en fait.
08:48C'est à l'État de réagir,
08:49parce que l'État a abandonné quasiment ce secteur
08:54sans contrôle, et donc elle leur dit
08:56qu'il faut se réveiller.
08:57Vous êtes deux journalistes très jeunes.
09:00Qu'est-ce qui vous a donné l'envie de vous intéresser
09:02au business des pompes funèbres ?
09:04Moi, à titre personnel, c'est que, comme beaucoup de Français,
09:07finalement, j'ai été confrontée, en fait, à des obsèques.
09:09Avant de découvrir journalistiquement, on va dire,
09:13ce sujet-là, je l'ai découvert personnellement,
09:16vu que j'ai aidé ma mère à organiser les obsèques de ma grand-mère.
09:19Et à ce moment-là, j'ai découvert,
09:22qui étaient les conseillers funéraires,
09:23à quoi ils servaient,
09:24comment une famille était accompagnée, finalement.
09:27Donc c'est comme ça que j'ai découvert personnellement ce sujet.
09:29Après, avec Mathieu, on a commencé ce travail à Médiacité,
09:33un média d'investigation locale.
09:35On l'a découvert, puisqu'on a été interpellés
09:38par deux professeurs d'histoire-géographie
09:40qui ont envie que cette dépense, qui est contrainte,
09:44soit remboursée par la Sécurité sociale,
09:46au même titre, finalement, que les soins de santé.
09:49Et donc, ils nous ont vraiment ouvert la voie, en fait,
09:52à ce qu'on commence notre investigation.
09:54Ça, c'est une demande qui n'arrive pas forcément au bon moment.
09:57Merci beaucoup, Brian Huger-Cousin et Mathieu Slis.
10:00Je rappelle le titre de votre livre-enquête,
10:02Les Charognards, aux éditions du Seuil.
10:04Il paraît, vendredi.
10:06Merci beaucoup.
10:08Dans un instant, dans RTL Soir,
10:09Florian Gazan nous sert l'info qu'on a failli manquer.
10:11Et puis, Arnaud Mulpa nous propose sa BDRTL du mois
10:14dans La Tentation du Soir.
10:16A tout de suite.
10:17RTL Soir
10:18Anne-Sophie
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