- il y a 4 mois
L'ancien garde des Sceaux Robert Badinter entre au Panthéon ce jeudi 9 octobre, soit 44 ans jour pour jour après l'abolition de la peine de mort.
Catégorie
📺
TVTranscription
00:00:00Merci beaucoup à vous à toutes et tous.
00:00:09Parfait.
00:00:19Je crois que le cours présidentiel attend qu'on leur indique la direction à prendre pour rejoindre le Panthéon.
00:00:26Donc voilà, c'est fait, on va pouvoir rentrer sous la nef du Panthéon, les attendent donc ces centaines de personnalités,
00:00:33mais la cérémonie n'aura pas lieu tout de suite.
00:00:34Donc au Panthéon, on va d'abord redescendre devant le jardin du Luxembourg, en bas de la rue Soufflot.
00:00:38Je crois que c'est la direction que prend en ce moment même le chef de l'État pour cette cérémonie.
00:00:43Jeanne Daudet, je vous ai coupé la parole il y a un instant avec Damien Gourlet.
00:00:46On me dit qu'elle vous a perdu, donc on va vous retrouver dans quelques minutes.
00:02:26Voilà, le chef de l'État qui est donc arrivé sur cette place du Panthéon.
00:02:46Steven Bellerick vous avez rejoint, chef du service culture de BFM TV.
00:02:50Qu'est-ce qui va se passer dans les minutes qui viennent ?
00:02:53Alors on va voir un enchaînement de prises de paroles, de discours et notamment ponctués de moments musicaux qui vont accompagner ce moment très solennel.
00:03:02On verra notamment Julien Clerc interpréter L'assassin assassiné, une chanson qui a eu une importance dans la vie sociétale selon les mots de Julien Clerc.
00:03:11C'est un texte de Jean-Luc Dabadi et qui a surtout été enregistré et chanté avant la promulgation de la loi en 1981.
00:03:18Et Robert Berdinter avait dit que Julien Clerc avait fait beaucoup plus que 20 conférences et 30 discours avec cette simple chanson qui avait marqué les esprits à l'époque.
00:03:27Et que Julien Clerc n'a pas voulu enregistrer pendant des mois et des mois.
00:03:31Il a fini finalement par la chanter à la télévision en 1979 à la mettre dans son répertoire ensuite pendant des mois sur scène pour finalement l'enregistrer en 1980.
00:03:42Ça sera un des moments forts de cette cérémonie.
00:03:44Et on va également voir de nombreux comédiens faire revivre des textes qui ont eu un écho pour Berdinter.
00:03:50On va entendre du Hugo notamment qui était l'un des auteurs favoris.
00:03:53Je reviens juste sur Julien Clerc parce que vous avez raison, ce sera sans doute le temps fort.
00:03:58On sera juste devant le Panthéon, soleil couchant.
00:04:00Enfin, je n'ai pas exactement l'horaire de la fin de la journée sur Paris.
00:04:04Mais je pense qu'on y sera à peu près sur cette chanson, l'assassin assassiné, que tout le monde ne connaît peut-être pas, qui est une chanson très longue.
00:04:10On va écouter d'abord.
00:04:11Le premier régiment d'infanterie de la garde républicaine.
00:04:14L'ensemble est placé sous les ordres du lieutenant-colain Nicolas Catroux, commandant en second le premier régiment d'infanterie de la garde républicaine.
00:04:23Voilà, on parlait de l'assassin assassiné qui va donc être interprété tout à l'heure au piano par Julien Clerc.
00:04:39Vous vous souvenez de la sortie de cette chanson ?
00:04:41Oui, je me souviens, mais je me souviens aussi que Robert Ballinter adorait la musique et qu'il a même écrit pour un opéra un texte, un opéra qui a été joué, sauf erreur de ma part, à l'Opéra de Lyon.
00:04:56Et c'était une de ses passions, la musique.
00:05:00Et quand il était président du Conseil constitutionnel, il organisait des petits concerts au Conseil constitutionnel le dimanche.
00:05:07Et François Mitterrand l'honorait de sa présence, était assis au premier rang et sommeillé pendant la musique, jusqu'au moment où il y avait une chanteuse qui apparaissait.
00:05:17À ce moment-là, il se réveillait.
00:05:19Ce que Steven raconte est extrêmement juste.
00:05:25Quand Jean-Louis Dabadi a composé la chanson, a écrit le texte, pendant des années, Julien Clerc a hésité.
00:05:34La violence était telle dans la société française sur la peine de mort qu'il a hésité à chanter parce qu'il pensait que son public allait être coupé en deux.
00:05:42Et donc, ça a été un événement politique très important.
00:05:46Voilà, on aperçoit l'image de l'intérieur du Panthéon qu'Emmanuel Macron et Brigitte Macron sont en train de rejoindre.
00:05:56Ça, ce sont les images de la place du Panthéon ou de la rue Soufflot sur lesquelles le cercueil de Robert Badinter va arriver dans maintenant quelques instants pour remonter cette rue Soufflot.
00:06:09Le cercueil reposera demain, après cette cérémonie, Michel Biard, dans ce qu'on appelle le caveau des révolutionnaires de 1789.
00:06:18Vous pouvez nous expliquer ce que c'est que ce caveau et pourquoi il va être avec les révolutionnaires de 1789, ce qu'il n'est pas a priori ?
00:06:25Je dirais que ce sont plutôt ceux de 1989.
00:06:28Alors, ce sont des révolutionnaires de la Révolution française, mais ce sont les trois qui ont été panthéonisés par François Mitterrand en 1989.
00:06:37Donc, il était un choix au demeurant délicat.
00:06:39J'explique dans mon livre comment Jean-Noël Janenet, mon collègue historien, a soufflé à l'oreille de Mitterrand les noms de monge de Condorcet et de Grégoire.
00:06:51Et l'un d'eux n'allait pas de soi, Grégoire, puisque ça a fait hurler à l'époque l'Église catholique.
00:06:57Parce que Grégoire était considéré comme quelqu'un qui n'était pas recommandable d'un point de vue historique aux yeux de l'archevêque de Paris.
00:07:05Voilà, il va donc les rejoindre à partir de demain matin dans ce caveau.
00:07:09Voilà, Emmanuel Macron qui est en train de saluer la famille Badinter, qui est située sur la droite, quand on regarde dans sa direction.
00:07:17Et il a salué également toute une série de personnalités, Laurent Fabius, Manuel Valls, Bernard Cazeneuve, Anne Hidalgo.
00:07:23On les a vus rapidement à l'image. Voilà, Elisabeth Badinter est ici.
00:07:35Avec deux de ses enfants, Simon et Judith, Elisabeth Badinter, Steven Belric a joué un rôle très important dans la préparation de cette cérémonie.
00:07:56Elle était encore avec Emmanuel Macron il y a quelques jours pour finaliser tout ça.
00:08:00Oui, et c'est notamment elle qui a choisi les objets qui vont être dans ce panthéon, qui vont aller dans l'avenir et qui vont comme ça permettre aux gens de comprendre en quoi Badinter était fondamental.
00:08:16Peut-être qu'on peut en dire un mot, il y aura notamment trois livres.
00:08:19Ça veut aussi dire à quel point Badinter était un homme de lettres.
00:08:23Il y a une chose qu'on n'a pas dite encore, c'est par exemple lui qui a été...
00:08:26Je vous interromps, on va écouter.
00:08:26Je vous interromps.
00:08:56Il est des hommes qu'on suit sans les connaître, des voix qui habitent nos silences et dont les engagements deviennent les nôtres.
00:09:10Pour Robert Badinter, Victor Hugo fut l'un de ces hommes.
00:09:15Et parmi les mots qui l'ont guidé, ceux prononcés à la tribune de l'Assemblée constituante du 15 septembre 1848.
00:09:24Messieurs, comme l'honorable rapporteur de votre commission, je ne m'attendais pas à parler sur cette grave et importante matière.
00:09:36Je dirais peu de mots, mais ils partiront du sentiment d'une conviction profonde et ancienne.
00:09:47Vous venez de consacrer l'inviolabilité du domicile.
00:09:52Nous vous demandons de consacrer une inviolabilité plus haute et plus sainte encore, l'inviolabilité de la vie humaine.
00:10:04Messieurs, une constitution, et surtout une constitution faite par et pour la France, est nécessairement un pas dans la civilisation.
00:10:16Si elle n'est point un pas dans la civilisation, elle n'est rien.
00:10:22Eh bien, songez-y.
00:10:25Qu'est-ce que la peine de mort ?
00:10:27La peine de mort est le signe spécial et éternel de la barbarie.
00:10:34Partout où la peine de mort est prodiguée, la barbarie domine.
00:10:40Partout où la peine de mort est rare, la civilisation règne.
00:10:46Vous ne l'abolirez pas peut-être aujourd'hui, mais n'en doutez pas, vous l'abolirez ou vos successeurs l'aboliront demain.
00:10:57Dans le premier article de la constitution que vous votez, vous venez de consacrer la première pensée du peuple.
00:11:04Vous avez renversé le trône.
00:11:07Maintenant, consacrez l'autre.
00:11:10Renversez l'échafaud.
00:11:11Je vote l'abolition pure, simple et définitive de la peine de mort.
00:11:20Ces mots de Victor Hugo et tant d'autres qui ont fait date ont donné à la vie de Robert Badinter sa profondeur, sa force de conviction et son engagement sans compromis.
00:11:35Mais s'il s'est tant battu pour la justice, c'est aussi parce qu'il savait dans sa chair ce que l'injustice peut ravager.
00:11:47Car avant d'en faire un combat, ce fut pour lui une histoire.
00:11:54Une histoire de famille, une histoire de silence, d'exil et de perte.
00:12:05C'est là que commence son chemin, dans la mémoire.
00:12:09Dans la mémoire.
00:12:10Merci.
00:12:39Merci.
00:12:40Merci.
00:12:41Merci.
00:12:42Merci.
00:12:43Merci.
00:12:44Merci.
00:12:45Pivot.
00:12:46Pivot.
00:12:47Pivot.
00:12:47Tenez.
00:12:49Pivot.
00:12:51呃.
00:12:52Avond.
00:12:53Bureau.
00:12:55En avant.
00:12:57Marche.
00:13:08Pivot.
00:13:09Épaules.
00:13:11Épaules.
00:13:13...
00:13:43L'histoire de Robert Badinter commence au début du XXe siècle.
00:13:58Lorsque sa famille fuit la Bessarabie,
00:14:02les pogroms persécutaient cette communauté juive de l'Empire russe,
00:14:07menaçant la vie, les livres, les noms.
00:14:10C'est en France qu'ils choisissent d'émigrer.
00:14:15Ce qui comptait, c'est qu'en France, à cette époque,
00:14:19et seulement en France, vous aviez pour les Juifs
00:14:24la reconnaissance de leur citoyenneté et de leur dignité.
00:14:29Un pays où on se déchire pour un capitaine juif
00:14:32est un pays où il faut aller, disait-on alors.
00:14:361928 marque une date fondatrice pour la famille Badinter.
00:14:42En janvier, Simon, le père de Robert,
00:14:46devient français par naturalisation.
00:14:50En mars, Robert voit le jour à Paris.
00:14:54On parlera français, on lira les grands auteurs,
00:14:58et on croira en la République,
00:15:00celle des droits de l'homme,
00:15:01de la liberté de conscience et de l'école républicaine.
00:15:07L'histoire, pourtant, se fissure avec l'occupation,
00:15:12la nécessité de l'exil et les drames des rafles.
00:15:16À Lyon, en février 1943,
00:15:20Simon Badinter est arrêté.
00:15:22Robert ne reverra jamais son père.
00:15:27L'adolescent se poursuit en Savoie,
00:15:29sous une fausse identité,
00:15:30dans le village de Cognat, là-bas.
00:15:33Des anonymes ont fait le choix de la solidarité.
00:15:37Robert Badinter ne les oubliera jamais.
00:15:39Et il n'y a rien de plus important
00:15:43pour les jeunes générations
00:15:45que de savoir
00:15:46que leurs parents et leurs grands-parents
00:15:49étaient des gens biens.
00:15:51Et parce que vous êtes tels,
00:15:53je vous en remercie.
00:15:56Cette enfance blessée lui apprendra
00:15:58que l'humanité sauve,
00:16:00que la justice protège,
00:16:03que la mémoire est un devoir.
00:16:05J'avais 13 ans
00:16:17quand mon nom
00:16:20a été arrêté au domicile
00:16:23que nous venions de quitter.
00:16:27C'était en octobre 1941
00:16:29pour gagner la zone libre.
00:16:33Il avait été dénoncé
00:16:35il a été envoyé à Drancy
00:16:38et de là
00:16:41a disparu.
00:16:46J'avais 14 ans
00:16:47quand ma grand-mère paternelle
00:16:50a été arrêtée à son domicile
00:16:52par des policiers français
00:16:55sur ordre de bousquiers.
00:17:00C'était au début de l'automne 1942.
00:17:02Elle avait 80 ans.
00:17:08On l'a descendue sur une civière
00:17:10et tout l'immeuble populaire
00:17:12où elle vivait
00:17:13s'est insurgée devant
00:17:16ce qui était un crime.
00:17:19on l'a envoyée à Drancy.
00:17:25Elle a été déportée
00:17:27presque immédiatement
00:17:28et bien entendu
00:17:30on n'a plus jamais eu de ces nouvelles.
00:17:34J'allais avoir 15 ans
00:17:39quand mon père
00:17:42a été arrêté à Lyon
00:17:43le 9 février 1943
00:17:47par la police allemande
00:17:49et envoyée à Drancy
00:17:51et de là à Pituvier
00:17:54a été déportée.
00:17:58Nous n'avons jamais eu
00:17:59de ces nouvelles
00:18:00bien entendu.
00:18:03J'ai fait partie
00:18:07de ces jeunes gens
00:18:08de ces membres
00:18:10des familles
00:18:11qui au printemps
00:18:131945
00:18:14se rendaient
00:18:16à l'hôtel Lutetia
00:18:18avec la photo
00:18:20des leurs
00:18:20pour demander
00:18:22aux survivants
00:18:23si peut-être
00:18:24ils ne les avaient pas vus.
00:18:27C'est cela
00:18:32mon adolescence à moi.
00:18:35Robert Badinter aspire
00:18:58à devenir professeur de droit
00:19:00mais à 22 ans
00:19:01il doit attendre.
00:19:03Il devient alors
00:19:04avocat au barreau de Paris
00:19:06avec Henri Torres
00:19:08il plaide dans le monde
00:19:10du cinéma
00:19:10et de la presse
00:19:12et représente aussi
00:19:13la fédération
00:19:13des orphelins de guerre.
00:19:16En 1965
00:19:17il obtient
00:19:18l'agrégation de droit
00:19:19et réalise
00:19:21enfin son rêve
00:19:22enseigné.
00:19:24Mais c'est en 1972
00:19:26que tout bascule vraiment.
00:19:28Son confrère
00:19:28Philippe Lemaire
00:19:29l'appelle à ses côtés
00:19:31dans l'affaire
00:19:31Buffet-Bontemps.
00:19:34Ensemble
00:19:34ils défendent
00:19:35Roger Bontemps.
00:19:37Accusé de complicité
00:19:38de meurtre
00:19:39ils risquent
00:19:40la peine de mort.
00:19:42L'opinion publique
00:19:43et la justice
00:19:44réclament
00:19:45un exemple.
00:19:47Bontemps
00:19:48sera condamné
00:19:49à mort
00:19:50et exécuté.
00:19:52C'est ce jour-là
00:19:53qu'il devient
00:19:53militant de l'abolition.
00:19:55Le jour
00:19:56où il assiste
00:19:57à la guillotine
00:19:57qui coupe en deux
00:19:59un homme vivant.
00:20:00il passe
00:20:02dira-t-il
00:20:03de la conviction
00:20:03intellectuelle
00:20:04à la passion.
00:20:06Dès lors
00:20:07il ne plaide plus
00:20:08jamais
00:20:08comme avant.
00:20:10L'affaire Patrick Henry
00:20:11en 1977
00:20:12confirmera
00:20:14ce combat.
00:20:14car cette fois
00:20:16il ne défend pas
00:20:17l'accusé.
00:20:18Il intente
00:20:19un procès
00:20:20à la peine de mort.
00:20:22Ses alliés
00:20:23sont des écrivains
00:20:24Hugo
00:20:25Camus
00:20:26Condorcet
00:20:27et des maîtres
00:20:29d'audience
00:20:29Henri Torres
00:20:31Jaurès
00:20:32Briand.
00:20:34Ses armes
00:20:35la justice
00:20:36la raison
00:20:38l'humanité
00:20:39et sa raison
00:20:41d'agir
00:20:42un son
00:20:43terrible
00:20:45tranchant
00:20:46irréversible
00:20:48celui de la guillotine
00:20:50le jour
00:20:51de l'exécution
00:20:52de Roger Pontan
00:20:53qu'il n'oubliera
00:20:55jamais.
00:20:55Philippe le maire
00:21:09prit bon temps
00:21:10par le cou
00:21:11et lui parla.
00:21:14Ce n'était pas
00:21:15un discours
00:21:16mais une incantation
00:21:18verbale
00:21:18où sans cesse
00:21:20revenait le mot
00:21:21courage.
00:21:23Tu es bien
00:21:24Tu es formidable
00:21:27Tu as du courage
00:21:30Seul importait
00:21:32la voix amicale
00:21:33les mots familiers
00:21:35cette tendresse
00:21:36secrète
00:21:37qui faisait
00:21:37irruption
00:21:37dans cette cellule
00:21:38et berçait
00:21:40bon temps
00:21:40au moment
00:21:41de mourir.
00:21:43Ce que Philippe
00:21:44accomplit
00:21:44en cet instant
00:21:45dépassa
00:21:46tout ce qu'un avocat
00:21:47peut espérer
00:21:48jamais atteindre
00:21:49au service
00:21:50de la défense.
00:21:52Il interdit
00:21:52à l'horreur
00:21:53d'entrer
00:21:53Il ferma
00:21:55bon temps
00:21:56à la peur
00:21:56à l'angoisse
00:21:59le protégea
00:22:00contre tant
00:22:00dignes minis
00:22:01comme
00:22:02une mère
00:22:03son petit
00:22:04Bon temps
00:22:07avait mis
00:22:07ses lunettes
00:22:08il enfilait
00:22:10sa chemise
00:22:10il voulait
00:22:12se rouler
00:22:12une cigarette
00:22:13ne trouvait
00:22:14plus le tabac
00:22:14un gardien
00:22:16vite
00:22:17lui entendit
00:22:17une déjà
00:22:18allumée
00:22:18maintenant
00:22:20il était
00:22:22maître
00:22:22de lui
00:22:23et parce qu'il
00:22:24allait mourir
00:22:25de nous aussi
00:22:26qui l'entourions
00:22:27les aides
00:22:30en bleu de chauffe
00:22:32entourèrent
00:22:32bon temps
00:22:32il fut assis
00:22:34sur la chaise
00:22:35ligoté
00:22:37redressé
00:22:38on tirait
00:22:40sur les liens
00:22:41à coups secs
00:22:43Philippe lui parlait
00:22:44il hochait la tête
00:22:46il fut empoigné
00:22:49Philippe l'étreignit
00:22:51je l'embrassai
00:22:52à mon tour
00:22:53déjà
00:22:54on l'entraînait
00:22:55la porte s'ouvrit
00:22:58Philippe
00:23:00laissa échapper
00:23:01une plainte
00:23:03la seule
00:23:05je me détournais
00:23:07nous entendîmes
00:23:09le claquement sec
00:23:11de la lame
00:23:11sur le butoir
00:23:12c'était fini
00:23:15en 1981
00:23:38François Mitterrand
00:23:40nomme Robert Badinter
00:23:41garde des Sceaux
00:23:42ministre de la justice
00:23:44pour lui
00:23:45c'est plus qu'une fonction
00:23:47c'est une promesse
00:23:49tenue
00:23:49celle d'un président
00:23:51à sa nation
00:23:52dans ma conscience
00:23:54dans le fort
00:23:55de ma conscience
00:23:56je suis contre
00:23:57la peine de mort
00:23:58à ce poste
00:23:59Badinter
00:24:00transforme le droit
00:24:01et marque
00:24:02la société française
00:24:03il abolit
00:24:04la peine de mort
00:24:05met enfin
00:24:06à des siècles
00:24:07de pratiques judiciaires
00:24:08de pratiques judiciaires
00:24:08sanglantes
00:24:09il met fin
00:24:10il met fin aux institutions
00:24:11et juridictions
00:24:12d'exception
00:24:13il supprime
00:24:14le délit
00:24:15d'homosexualité
00:24:16il s'investit
00:24:18pour l'amélioration
00:24:19du sort
00:24:20des détenus
00:24:20et des gardiens
00:24:21de prison
00:24:22il défend
00:24:23l'égalité
00:24:24pour tous
00:24:25il est un droit
00:24:27qu'aucune loi
00:24:29ne peut entamer
00:24:31qu'aucune sentence
00:24:33ne peut retrancher
00:24:35le droit
00:24:37qu'on ne peut jamais perdre
00:24:39le droit
00:24:40de devenir meilleur
00:24:41il inscrit aussi la France
00:24:43dans la convention européenne
00:24:45des droits de l'homme
00:24:45et il fait émerger
00:24:47un droit nouveau
00:24:48le droit des victimes
00:24:49en 1986
00:24:51il devient président
00:24:53du conseil constitutionnel
00:24:55et érige la constitution
00:24:56en rempart
00:24:58à travers lui
00:24:59la cinquième république
00:25:01retrouve une ambition
00:25:02libérale
00:25:03et humaniste
00:25:04ses repères sont
00:25:05Tocqueville
00:25:06Portalis
00:25:07Condorcet
00:25:08plus tard
00:25:10au Sénat
00:25:11il défendra
00:25:12encore et toujours
00:25:13les droits de l'homme
00:25:14comme écrivain
00:25:16il fera entendre
00:25:17une voix forte
00:25:18contre les dérives
00:25:19autoritaires
00:25:20l'oubli
00:25:21l'indifférence
00:25:23et en toute circonstance
00:25:25il rappellera
00:25:26que l'état de droit
00:25:27est une exigence
00:25:29de chaque instant
00:25:30je ne crois pas
00:25:32aux causes perdues
00:25:33je crois au contraire
00:25:34qu'aucune cause
00:25:35n'est perdue
00:25:37à l'avance
00:25:38par conséquent
00:25:39chacun doit combattre
00:25:40autant qu'il le peut
00:25:41et aussi longtemps
00:25:42que ça lui est donné
00:25:43pour les causes
00:25:45qu'il croit
00:25:45juste
00:25:46c'est à chaque génération
00:25:48de poursuivre ce combat
00:25:50car c'est aussi cela
00:25:52que Robert Badinter
00:25:53nous lègue
00:25:53une voix
00:25:55un chemin
00:25:56c'est cela aussi
00:25:59la république
00:26:00tout au long de ma vie judiciaire
00:26:18j'avais rêvé
00:26:20qu'un jour
00:26:21il me serait donné
00:26:23de transformer
00:26:24la justice française
00:26:26de lui donner
00:26:28au sein de l'Europe
00:26:29des libertés
00:26:30une place
00:26:32éminente
00:26:33emportement de jeune homme
00:26:36épris d'histoire
00:26:38ambition de la maturité
00:26:41nourrie par la réflexion
00:26:43universitaire
00:26:44et l'expérience judiciaire
00:26:47ma conviction était absolue
00:26:50la grandeur de la France
00:26:52ces mots qui aujourd'hui
00:26:56paraissent presque désuets
00:26:58et dont je me nourrissais
00:27:00depuis l'enfance
00:27:01la grandeur de la France
00:27:04ne résidait à mes yeux
00:27:06ni dans sa force militaire
00:27:08devenue seconde
00:27:10ni dans sa capacité économique
00:27:13même si celle-ci
00:27:14demeurait importante
00:27:15ni même dans le rayonnement
00:27:18de sa culture
00:27:19supplantée par la primauté
00:27:21anglo-saxonne
00:27:22la grandeur
00:27:25et l'influence
00:27:26de la France
00:27:27sont pour moi
00:27:28à la mesure
00:27:29de son rôle
00:27:30au service
00:27:31des libertés
00:27:33qu'elle brille
00:27:35chez elle
00:27:36d'un éclat sans pareil
00:27:37alors son influence
00:27:40dans le monde
00:27:40se révèle
00:27:41supérieure
00:27:43à sa puissance réelle
00:27:44la justice française
00:28:04peut-être
00:28:05aussi
00:28:07ou peut-être d'abord
00:28:08une justice
00:28:08de liberté
00:28:09ce que Robert Badinter
00:28:11défendait
00:28:12c'était cette idée
00:28:14celle d'une justice
00:28:16humaine
00:28:17et d'une république
00:28:18au service
00:28:19de l'universel
00:28:20c'est ainsi que
00:28:22plus qu'un homme
00:28:23de justice
00:28:24il a été un humaniste
00:28:27par sa vie
00:28:28sa rigueur
00:28:30son refus
00:28:32des lois indignes
00:28:33de cette ambition
00:28:34être un humaniste
00:28:36c'est croire au jour
00:28:38même au coeur
00:28:39de la nuit
00:28:39c'est rester debout
00:28:41quand la justice
00:28:43vacille
00:28:44c'est avoir une foi
00:28:46absolue
00:28:47en l'homme
00:28:47Robert Badinter
00:28:50aura tout fait
00:28:52pour que la justice
00:28:54soit le chemin
00:28:55d'une société
00:28:56plus digne
00:28:57tenir
00:29:05à bras
00:29:07pivot
00:29:12en avant
00:29:15la marche
00:29:17vigo
00:29:26osé
00:29:29voilà
00:29:42marche
00:29:43Merci.
00:30:13C'était un jour à la maison, je voulais faire une chanson d'amour peut-être, à côté de la fenêtre, quelqu'un que j'aime et qui m'aimait.
00:30:36Lisez un livre de Giono, et moi penchais sur mon piano, comme sur un établi magique, j'essayais d'ajuster les mots à ma musique, le matin même à la santé.
00:31:04Un homme, un homme avait été exécuté, et nous étions si tranquilles, là au cœur battant de la ville.
00:31:23Ils sont venus à pas de loup, ils lui ont dit d'un ton doux.
00:31:35Tous ces jours, c'est l'heure, il les a regardés sans couleur.
00:31:44Il était à moitié nu, voulez-vous écrire une lettre ?
00:31:53Il a dit oui, il n'a pas pu, il a pris une cigarette.
00:32:02Je ne suis président de rien, moi je ne suis qu'un musicien.
00:32:09Je le sais bien, et je ne prends pas de pause, pour dire seulement cette chose.
00:32:24Messieurs les assassins commencent, oui, mais la société recommence.
00:32:36Le sang d'un condamné à mort, c'est du sang d'homme, c'en est encore, c'en est encore.
00:32:48Chacun son tour, ça n'est pas drôle, on lui donne deux, trois paroles, et un peu d'alcool.
00:33:02On lui parle, on l'attache, on le gâche dans la cour, un grand déloi, protège sa mort des regards.
00:33:16Et puis ensuite, ça va très vite, le temps que l'on vous décamite.
00:33:23Si je demande qu'on me permette, à la place d'une chanson d'amour, peut-être, de vous chanter un silence.
00:33:40Sous-titrage Société Radio-Canada
00:34:10Sous-titrage Société Radio-Canada
00:34:40C'est de France, c'est de cette enceinte, souvent, que se sont levées les plus grandes voies,
00:34:50celles qui ont résonné le plus haut et le plus loin dans la conscience humaine,
00:34:55celles qui ont soutenu avec le plus déloquence la cause de l'abolition.
00:35:00Vous avez rappelé, justement, Hugo, j'y ajouterai à cet instant, parmi les écrivains, Camus,
00:35:11comment ne pas penser aussi dans cette enceinte, à Gambetta, à Clemenceau et surtout aux banjoesses.
00:35:23Ceux qui croient à la valeur dissuasive de la peine de mort, ceux-là méconnaissent la vérité humaine.
00:35:35La passion criminelle n'est pas plus arrêtée par la peur de la mort que d'autres passions ne le sont,
00:35:46qui celles-là sont nobles, seules pour la peine de mort.
00:35:50On invente l'idée que la peur de la mort retient l'homme dans ses passions extrêmes.
00:35:56Ce n'est pas exact.
00:35:58Dans les pays de liberté, l'abolition est presque partout la règle.
00:36:06Dans les pays où règne la dictature, la peine de mort est partout pratiquée.
00:36:15Mais dans une république, dans une démocratie,
00:36:20quels que soient ses mérites,
00:36:23quelle que soit sa conscience,
00:36:26aucun homme, aucun pouvoir
00:36:29ne saurait disposer
00:36:32du droit de vie et de mort sur quiconque
00:36:36en temps de paix.
00:36:41Ressentir
00:36:42au profond de soi-même
00:36:44le malheur et la douleur des victimes.
00:36:49Mais lutter de toutes les manières
00:36:51pour que la violence et le crime
00:36:54recule dans la société,
00:36:57cette sensibilité,
00:36:59ce combat-là
00:37:00n'implique pas la nécessité
00:37:03de la mise à mort du coupable.
00:37:06« Cette justice d'élimination,
00:37:10cette justice d'angoisse et de mort,
00:37:17décidée avec sa marge de hasard,
00:37:20nous la refusons.
00:37:22Nous la refusons parce qu'elle est pour nous
00:37:25l'antijustice,
00:37:28parce qu'elle est
00:37:29la passion et la peur,
00:37:32triomphant de la raison
00:37:35et de l'humanité.
00:37:38Demain,
00:37:40grâce à vous,
00:37:42la justice française
00:37:44ne sera plus
00:37:46une justice qui tue.
00:37:50Demain,
00:37:51grâce à vous,
00:37:53il n'y aura plus
00:37:54pour notre honte
00:37:56commune
00:37:58des exécutions
00:37:59furtiles
00:38:00à l'aube
00:38:01sous le dénoir
00:38:03dans les prisons françaises.
00:38:06Demain,
00:38:08les pages
00:38:08sanglantes
00:38:09de notre justice
00:38:10seront
00:38:11tournées.
00:38:15Législateur français,
00:38:17de tout mon cœur,
00:38:18je vous remercie.
00:38:19Merci.
00:38:49M. Badinter, aujourd'hui, ce que vous nous laissez, ce ne sont pas des certitudes, ce sont des repères.
00:39:04Vous nous avez appris que la justice est fragile, qu'elle se tient debout grâce à des femmes et des hommes qui osent parler,
00:39:13et quand d'autres se taisent. Vous nous avez montré qu'elle ne tient pas seulement dans les lois, mais dans le regard porté sur l'autre et sur ceux qui portent les lois.
00:39:30Et c'est ici, devant l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, vous avez enseigné que nous mesurons l'héritage transmis à notre génération.
00:39:43Victor Hugo disait à son époque, il est un droit, qu'aucune loi ne peut entamer, qu'aucune sentence ne peut retrancher le droit de devenir meilleur.
00:39:59Aujourd'hui, à notre tour, nous prenons le relais pour défendre ce que vous avez incarné.
00:40:16La liberté, non pas comme un droit, mais comme une responsabilité.
00:40:22L'égalité, pas comme une idée, mais comme un combat.
00:40:27La fraternité, pas comme un mot, mais comme un geste.
00:40:31C'est un principe que chaque citoyen peut invoquer.
00:40:34Et par-dessus tout, l'humanité, celle qui refuse la peur, la haine, la vengeance, celle qui dit non à l'indifférence et oui à la dignité.
00:40:47Aujourd'hui, en votre nom, et pour tous ceux qui viendront après nous, nous gardons en mémoire vos mots.
00:40:56Tant que je vivrai, je combattrai la peine de mort.
00:40:58En avant, marche.
00:41:28Pivot!
00:41:53Tenez!
00:41:54Levez!
00:41:59Levez!
00:42:06Tivots!
00:42:09En avant!
00:42:10Marche!
00:42:20Étoilé!
00:42:20Étoilé!
00:42:24Étoilé!
00:42:25Étoilé!
00:42:26Étoilé!
00:42:26Étoilé!
00:42:27÷ilé!
00:42:28Étoilé!
00:42:29은
00:42:30officials!
00:42:32Merci.
00:43:02Applaudissements.
00:43:32Applaudissements.
00:44:02Applaudissements.
00:44:32Applaudissements.
00:45:02Applaudissements.
00:45:04Applaudissements.
00:45:34Applaudissements.
00:46:04Applaudissements.
00:46:34Applaudissements.
00:47:04Applaudissements.
00:47:34Applaudissements.
00:48:04Applaudissements.
00:48:34Applaudissements.
00:48:35Applaudissements.
00:48:46Un pas de côté.
00:48:50Marche.
00:48:53En avant.
00:48:56Marche.
00:49:04Merci.
00:49:34Les morts, ici aussi,
00:50:03nous écoutent.
00:50:07Et il est des voix que nous entendons encore résonner.
00:50:12Celle de Robert Badinter en est une,
00:50:16singulière et forte,
00:50:19porteuse des idéaux de la France et de la République.
00:50:25Robert Badinter, dans un instant, prendra place
00:50:28aux côtés des hommes de 1789.
00:50:33Condorcet, l'abbé Grégoire,
00:50:37Gaspard Monge.
00:50:38Et non loin reposent déjà Victor Hugo,
00:50:41Émile Zola,
00:50:42Jean Jaurès,
00:50:44Jean Moulin,
00:50:45Missac Manouchian et tant d'autres.
00:50:47Robert Badinter entre au Panthéon avec les Lumières et l'Esprit de 1789,
00:50:56la promesse accomplie de la Révolution.
00:50:59Robert Badinter entre au Panthéon avec les principes de l'État de droit,
00:51:05une certaine idée de l'Homme,
00:51:08inséparable de l'idéal républicain.
00:51:13Et dans cet instant, nous entendons sa voix,
00:51:24précise, articulée, aux accents quelquefois caverneux,
00:51:31montant soudain sous les échos de cette voûte,
00:51:34cette voix pleine de colère, d'indignation, de passion, toujours juste.
00:51:43Il entre au Panthéon et nous entendons sa voix,
00:51:46qui plaide ses grands combats essentiels et inachevés,
00:51:49l'abolition universelle de la peine de mort,
00:51:53la lutte contre le poison antisémite et ses prêcheurs de haine,
00:51:58la lutte pour la défense de l'État de droit.
00:52:05Ces combats sont ceux qui traversent les siècles
00:52:09et portent nos idéaux comme la définition véritable
00:52:13de ce que nous sommes.
00:52:18Combat contre l'antisémitisme, d'abord.
00:52:20Robert Badinter n'ignore rien
00:52:24de ce qu'est la lutte contre le négationnisme,
00:52:27contre Robert Faurisson et tant d'autres,
00:52:29et contre tous les faussaires de l'Histoire.
00:52:33On ne renonce jamais
00:52:36à combattre l'antisémitisme.
00:52:39Quand on a entendu dans la cour de son lycée,
00:52:42mort au Youpin,
00:52:43quand on a vu ses parents forcés de vendre leur boutique
00:52:46en raison des lois antisémites du régime de Vichy,
00:52:49quand on a frôlé l'arrestation à Lyon, rue Sainte-Catherine,
00:52:54quelques minutes après celle de son propre père,
00:52:58quand on sait sa famille, ses proches dénoncés,
00:53:01arrêtés, exterminés parce que juifs,
00:53:04quand on a attendu en vain le retour de ce père,
00:53:09arrêté à Lyon sur ordre de Klaus Barbie
00:53:12et assassiné à Sobibor,
00:53:16quand on a dû faire traduire ce même Klaus Barbie
00:53:19devant la cour d'assises d'une justice qui ne tue plus personne,
00:53:23même le plus ailé des criminels nazis.
00:53:26Robert Badinter, né dans les années 20, ravagé par la haine des Juifs,
00:53:36s'est éteint dans nos années 20,
00:53:42où à nouveau la haine des Juifs tue.
00:53:45Et notre époque nous oblige.
00:53:50Alors n'éteignons jamais cette colère face à l'antisémitisme,
00:53:55visage premier de la haine.
00:54:00C'est le combat urgent de chacun d'entre nous
00:54:03pour que les Juifs ne soient pas seuls.
00:54:05C'est là surtout l'un des combats existentiels de notre République
00:54:09pour que nous demeurions ce que nous sommes,
00:54:12combat au nom même de notre universalisme.
00:54:21Robert Badinter, à 17 ans,
00:54:24réclamait au tribunal la restitution de l'appartement
00:54:29dont, pendant la guerre, sa famille avait été espoliée.
00:54:33premier procès et premiers mots du président alors.
00:54:41Monsieur Badinter, la déportation de votre père,
00:54:46cela n'intéresse pas le tribunal.
00:54:51L'injustice pour Robert Badinter,
00:54:54ce fut aussi cette phrase.
00:54:58Le mépris, la haine,
00:55:02l'odieuse condescendance antisémite.
00:55:07La justice, pour Robert Badinter,
00:55:10sera pour toujours le refus de cette phrase
00:55:13et de sa flétrissure.
00:55:16Alors, avocat, le jeune Robert Badinter ne s'assigne qu'une seule mission.
00:55:23Défendre la vérité d'un homme.
00:55:27Défendre la justice.
00:55:29Défendre l'accusé quel qu'il soit, quoi qu'il ait fait.
00:55:32Défendre l'homme derrière l'accusé et la dignité que nul ne peut lui ôter.
00:55:37Oui, défendre une certaine idée de la justice qui, pour être exemplaire, doit être impartiale.
00:55:47Voilà pourquoi il plaide pour la vie de Patrick Henry, qui a assassiné un enfant de 7 ans.
00:55:55Lui, Robert Badinter,
00:55:58qui, 5 ans plus tôt, aux côtés de ses confrères, n'a pu sauver Claude Buffet et Roger Bontemps.
00:56:09De cette exécution, Robert Badinter a tout vu.
00:56:12La guillotine dressée au petit matin.
00:56:17Le bruit du couperet.
00:56:19Un homme coupé en deux.
00:56:22Et la conviction plus que jamais ancrée en lui que ce spectacle n'est pas digne de la société des droits de l'homme.
00:56:29Que cette férocité qui croit venger nous déshonore tous.
00:56:33C'est ce chemin de vie qui mène Robert Badinter à François Mitterrand, dont il est un compagnon de route fidèle.
00:56:46Et c'est à lui, et à lui seul, que le premier président socialiste de la Ve République confie la tâche ultime.
00:56:55Tâche ultime.
00:56:58Obtenir l'abolition de la peine de mort.
00:57:03Face à une opinion rétive, Robert Badinter, au-delà des rangs de la gauche,
00:57:07sut convaincre des parlementaires, de la droite et du centre de voter en faveur de l'abolition.
00:57:15La loi fut promulguée.
00:57:17Voilà 44 ans.
00:57:19Ce combat, pourtant, n'est pas terminé.
00:57:26Et jusqu'au bout, il continua.
00:57:28Et nous continuerons de le porter jusqu'à l'abolition universelle.
00:57:34Pour Robert Badinter, chaque jour devant nous doit être un 9 octobre.
00:57:41C'est la même exigence qui habite le ministre de la Justice.
00:57:50Celui qui entend mettre fin à l'inhumanité dont peuvent être l'objet les prisonniers dans leurs cellules.
00:57:56Qui fait abroger, avec l'aide de Gisèle Halimi, la loi de Vichy réprimant encore l'homosexualité.
00:58:01Qui supprime les tribunaux d'exception des forces armées.
00:58:05Qui abroge la loi anticasseur qu'il juge, à juste titre, attentatoire aux libertés individuelles.
00:58:12Qui offre un nouveau recours, celui de la Convention européenne des droits de l'homme au justiciable.
00:58:18Qui donne plus de place aux victimes et protège mieux les atteintes à la dignité humaine.
00:58:25Garde des Sceaux, Robert Badinter est gardien d'un idéal.
00:58:31Et parce qu'il entend œuvrer en demeurant fidèle à ceux qui fondent l'engagement d'une vie.
00:58:40Il est critiqué, attaqué, moqué, vilipendé, insulté, injurié, haï même.
00:58:53Et jusqu'à aujourd'hui, cette haine odieuse de quelques-uns, le poursuivant même dans son soleil d'outre-tombe.
00:59:03Ses ennemis les plus farouches n'ont de cesse de vouloir lui accoler l'étiquette qu'il pense infamante de laxiste.
00:59:13Jusque sous les fenêtres de son ministère, il vocifère.
00:59:17Mais aujourd'hui, comme hier, ceux qui dénoncent le laxisme d'une justice qui ne tue plus n'aiment pas que la justice soit juste.
00:59:25Chaque fois que ses ennemis traitent Robert Badinter de laxiste, il lui décerne le titre d'humaniste.
00:59:32C'est au nom de cette exigence même, toujours guidée par le souci de protéger les lois fondamentales
00:59:41qui assurent à chacun d'entre nous liberté et dignité.
00:59:46Que le président du Conseil constitutionnel se fait le défenseur et le promoteur de l'état de droit.
00:59:54Robert Badinter le sait mieux que quiconque.
00:59:57Là où l'arbitraire se répand, là où l'état de droit est attaqué,
01:00:02prospèrent toutes les formes de haine, de racisme, d'antisémitisme.
01:00:08S'impose aussi la loi du plus fort ou la démagogie du moment.
01:00:14Oui, défendre l'état de droit.
01:00:20C'est protéger chacun dans sa dignité.
01:00:23C'est protéger la nation dans sa liberté.
01:00:27C'est protéger les lumières dans leur clarté.
01:00:31Parce qu'ils croient à l'universel, Robert Badinter porte ses combats au-delà des frontières.
01:00:43En Europe, d'abord, où il aide de jeunes démocraties à écrire leur constitution.
01:00:48Comme témoin du procès Hichmann à Jérusalem ou artisan du procès de Klaus Barbie à Lyon,
01:00:54militant de la justice internationale,
01:00:56Robert Badinter défend ce refus de l'impunité,
01:01:00assignant à chaque bourreau sa peine.
01:01:03Car les crimes, partout et toujours, doivent trouver leur juste châtiment.
01:01:09Robert Badinter, c'est la vie juste.
01:01:20Partout et toujours, défendre ce droit de chacun à devenir meilleur.
01:01:26Partout et toujours, rendre l'homme plus libre.
01:01:31C'est par le savoir et l'éducation que l'on s'arrache à ses assignations.
01:01:36Croire en l'homme, c'est croire, oui, qu'il peut devenir meilleur.
01:01:40Et le combat de Condorcet fut le sien.
01:01:43Fils d'immigrés russes, naturalisés français,
01:01:49Robert Badinter devient professeur agrégé.
01:01:52C'est par l'amour qu'on trouve parfois la force de cette quête.
01:02:00Robert et Elisabeth Badinter écrivent du couple formé par Condorcet et Sophie.
01:02:07Ils sont l'un pour l'autre, le monde entier.
01:02:12À leur tour, à leur manière,
01:02:16Elisabeth et Robert sont l'un pour l'autre, l'universel tout entier.
01:02:22Lumière d'un grand amour,
01:02:25amour des grandes lumières.
01:02:29Alors oui, ce soir, Robert Badinter entre ici avec ses combats et nous entendons sa voix.
01:02:41Nous entendons sa voix qu'en visitant Auschwitz pour la première fois, un jour de printemps,
01:02:47Robert Badinter remarqua trois fleurs dans ce champ dévasté et songea.
01:02:52C'est en voyant ces fleurs que j'ai compris que la vie est plus forte que la mort.
01:02:57nous entendons sa voix et derrière elle se dessine son sourire, une confiance, une espérance.
01:03:12Alors oui, les morts nous écoutent.
01:03:17À nous aussi de les entendre,
01:03:21de nous dresser à notre tour,
01:03:24de porter leur combat à nouveau
01:03:30pour que les vivants espèrent.
01:03:36Vive la République.
01:03:38Vive la France.
01:03:39Vive la France.
01:03:40Vive la France.
01:03:50Les lieux.
01:03:54Merci.
01:04:24Merci.
01:04:54Merci.
01:05:24Applaudissements.
01:05:54Sous-titrage Société Radio-Canada
01:06:24Dans une famille aimante, attachée au savoir et à la République, il reçoit de sa grand-mère, Idis, la mémoire des origines.
01:06:33Quand je repense à mon enfance, c'est toujours ma grand-mère que je revois, et toujours avec bonheur.
01:06:38Paris occupé s'assombrit. La famille part et se réfugie à Lyon en 1942.
01:06:4612 rue Sainte-Catherine, son père est pris. Il ne reviendra pas.
01:06:56Longtemps, je rêvais de ce qui était consciemment un impossible retour.
01:07:04Alors, c'est à nouveau la fuite. L'adolescence se fait exil, à l'abri de la ville de Cognin, en Savoie.
01:07:13Même quand tout vacille, Robert continue à se consacrer à ses études.
01:07:22Mon ambition première et constante était d'être professeur de droit.
01:07:30Les études deviennent un refuge, une force, une ambition.
01:07:42Devenu avocat, il voit la justice en chair et en cri.
01:07:45Henri Torres, son mentor, le lui avait dit.
01:07:48La mort, c'est l'injustice à l'état brut, celle qui ôte à l'avocat sa raison d'être parce qu'elle est définitive.
01:07:54Quand un avocat voit un homme qu'il a défendu, être condamné à mort et puis ensuite exécuté, ça ne peut pas le laisser insensible.
01:08:10Son combat devient celui-ci. Défendre, pour tous, le droit de vivre.
01:08:16En 1981, François Mitterrand le nomme garde des Sceaux, ministre de la justice.
01:08:21Il porte ce combat plus haut, plus loin, jusque dans l'hémicycle de l'Assemblée nationale, le 17 septembre 1981.
01:08:33Pendant une heure et 23 minutes, il livre son ultime combat contre la peine de mort.
01:08:40Demain, grâce à vous, la justice française ne sera plus une justice qui tue.
01:08:51Le 9 octobre 1981, la loi portant l'abolition de la peine de mort est promulguée par François Mitterrand.
01:08:58Tout au long de sa carrière, François Mitterrand lui accorde respect et confiance, lié par une amitié et une loyauté à toute épreuve.
01:09:19Ministre, président du Conseil constitutionnel, sénateur.
01:09:25Dans chaque fonction, il défend l'humain.
01:09:28Robert Badinter, c'est la République faite homme.
01:09:31Il l'incarne, il la serre, sans relâche.
01:09:34Ces combats franchissent les murs, les frontières, jusqu'au cœur des prisons, jusqu'à Strasbourg, jusqu'au Tibet.
01:09:53Toujours au nom des droits de l'homme.
01:09:55Et ce besoin de dire, d'écrire, toujours.
01:10:21Écrire pour faire histoire.
01:10:29Écrire pour faire mémoire.
01:10:37Je me souviens, la première fois que j'ai été à Auschwitz, c'était le printemps.
01:10:44J'étais allé là parce que c'était un devoir à mes yeux.
01:10:48Et là, à l'entrée, entre les interstices des blocs de béton, j'ai vu des petites fleurs qui avaient poussé.
01:10:57Et je suis resté longtemps à les regarder.
01:11:01Et je me suis penché, j'en ai cueilli deux.
01:11:03Et le soir même, quand je suis revenu, j'ai écrit à ma mère, en lui disant, j'ai compris, en regardant ça,
01:11:12que la vie était toujours plus forte que la mort.
01:11:15Et dorénavant, c'est ainsi que je vivrai et que je raisonnerai.
01:11:22La vie est plus forte que la mort.
01:11:24Applaudissements.
01:11:35Applaudissements.
01:11:36Merci.
Commentaires