00:00Place à votre signature Europe 1 du jour, Charlotte Dornela c'est avec nous.
00:04Charlotte, aujourd'hui Emmanuel Macron va faire entrer Robert Badinter au Panthéon,
00:08icône s'il en est de notre histoire judiciaire.
00:10Comment vous résumeriez l'héritage Badinter, Charlotte ?
00:14Robert Badinter, c'est l'abolition de la peine de mort.
00:16Et jusqu'à Emmanuel Macron, c'est ce qui demeure.
00:19Le président précisant dans un élan quasi religieux à propos de cette panthéonisation
00:23que, je cite, l'abolition de la peine de mort est un acte de foi envers l'humanité
00:27et que la déshumanisation, c'est-à-dire le mal, c'est ce que combat la République.
00:33La République, poursuit le chef de l'État, doit incarner la bienveillance.
00:37Et l'on peut déceler dans cette phrase l'autre héritage,
00:39bien plus conséquent dans notre justice du quotidien, de Robert Badinter.
00:43Car nos débats sans cesse renouvelés sur l'exercice de la justice,
00:47la conception de la justice, la politisation de certains magistrats,
00:50le laxisme de la réponse pénale,
00:52ne concernent jamais des personnes qui auraient été éligibles à la peine de mort ou quasiment jamais.
00:57Notre débat quotidien porte sur autre chose dans l'exercice de la justice
01:01envers qui cette fameuse bienveillance doit-elle s'exercer ?
01:05La victime ou le criminel ? La société ou celui qui la menace ?
01:08A la mort de Robert Badinter, le syndicat de la magistrature écrit
01:11« Nos pensées émues vont à sa mémoire et à ses combats qui, pour la plupart, furent aussi les nôtres ».
01:17Robert Badinter a œuvré avec ténacité et avec un acharnement hors normes
01:21pour émanciper notre système pénal de sa démesure punitive.
01:24Voici l'autre héritage du militant socialiste revendiqué et déterminé.
01:29Et concrètement, comment cela s'est-il traduit ?
01:31Qu'est-ce qu'on doit au garde des Sceaux, Badinter ?
01:34Outre la suppression de la Cour de sûreté de l'État et de la loi anti-casseurs,
01:37avant même d'abolir la peine de mort,
01:39Robert Badinter multiplie les sorties de prison par sa loi d'amnistie.
01:43Il évoque alors la générosité traditionnelle de la gauche française
01:46et précise qu'il met en œuvre, sans le formuler ainsi,
01:49une sorte de régulation carcérale de prison déjà pleine.
01:54Il instaure également l'idée de ces aménagements de peines qui hantent nos débats.
01:57Sous son règne, les peines de moins de six mois de prison
01:59seront transformées en travaux d'intérêt général.
02:02Il n'aime pas la prison et rêve déjà d'un tribunal de l'application des peines.
02:07C'est également à lui que nous devons la possibilité du recours individuel
02:10devant la Cour européenne des droits de l'homme
02:12et le développement de la jurisprudence qui asphyxie désormais toute volonté nationale.
02:17Et si le syndicat de la magistrature le salue avec autant de chaleur,
02:20c'est aussi pour service rendu.
02:22Dans les années 80, voilà déjà presque une décennie
02:24que la fameuse harangue de Baudot,
02:26qui réclame au magistrat d'avoir, je cite,
02:28« un préjugé favorable pour la femme contre le mari,
02:30pour l'enfant contre le père,
02:32pour le voleur contre la police,
02:34pour le plaideur contre la justice » est écrite.
02:36Cela n'empêche pas Badinter de choisir des membres de ce syndicat
02:39pour composer son cabinet,
02:41pour occuper les postes à responsabilité de la haute magistrature
02:44et surtout pour prendre les rênes de l'école nationale de la magistrature.
02:49En 84, trois ans après son arrivée,
02:51le Figaro écrit
02:52« Après cinq ans de socialisme,
02:54l'orientation à gauche est plus que jamais marquée
02:56et le ton monocolore évident.
02:57Les maîtres de conférences sont dans une forte proportion
03:00au syndicat de la magistrature. »
03:03Et lorsqu'il quitte son poste de ministre,
03:05l'icône devient président du Conseil constitutionnel,
03:07à l'époque où les principales dispositions
03:09des lois pascois visant à restreindre l'immigration sont annulées.
03:13Robert Badinter avait indiscutablement sa couleur politique.
03:17Et est-ce que cette action, elle faisait débat à l'époque ?
03:19Charlotte, est-ce qu'il n'est pas également connu,
03:20Robert Badinter, pour avoir considéré les victimes ?
03:23A l'époque, vous allez rire, entre guillemets,
03:26un syndicat de police écrit
03:27« Le virage est délicat à négocier,
03:29car plus que vous, nous sommes confrontés aux gens,
03:31à l'opinion publique, qui veulent qu'on arrête,
03:33qu'on défère, qu'on enferme. »
03:34Oh, la phrase est incroyable.
03:36Les accusations de laxisme se multiplient,
03:38Badinter se défend, je le cite,
03:40« Quelle que soit l'angoisse naturelle et légitime des Français,
03:42la justice ne saurait être régie par des rations de l'opinion publique. »
03:46Alors, c'est vrai, il crée un bureau d'aide aux victimes,
03:48l'octroi de subventions aux associations,
03:50il considère les victimes d'infractions routières en particulier,
03:53mais l'accusé, dans sa conception de la justice,
03:56est également une victime de la société,
03:58d'un système économique, du système judiciaire,
04:01bref, l'accusé doit être considéré comme tel.
04:04Robert Badinter avait évidemment le droit de le penser,
04:07d'autres ont le droit de penser le contraire,
04:09mais l'héritage de l'icône n'a jamais été concrètement remis en question.
04:12Jusqu'à ce matin, vous le faites ce matin, Charlotte Dornelas, merci à vous.
04:16Je ne suis pas garde des sceaux, ça ne vous rappelle, ça paie.
04:18Oui, oui, mais vous avez votre regard pertinent sur les choses,
04:20et c'est très important.
04:21Signature Europe 1, Charlotte Dornelas, merci Charlotte.
04:24Restez avec nous dans un instant.
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