00:00Comme tous les week-ends aux environs de 7h20, on revisite l'actualité où on rend hommage à travers les archives politiques, cinématographiques ou musicales.
00:08Et aujourd'hui, c'était il y a un an, jour pour jour, un soir d'automne, un grand acteur s'est éteigné à 72 ans.
00:15Un acteur populaire, un mot utilisé avec précaution tant qu'on a l'impression que dans ce pays, il semble desservir ceux qui peuvent s'en targuer.
00:22Il était Jean-Claude Duce, éternel loser au cœur tendre des comédies cultes Les Bronzés et surtout dans Les Bronzés Fonduski, chauve, moustachu, fragile et obstiné.
00:31Il résumait à lui seul l'art du splendide, un rire mêlé de désillusion, une mélancolie cachée, sous la farce assurant après tout qu'on ne sait jamais sur un malentendu, ça peut marcher.
00:42Et ce matin, je vous parle évidemment de Michel Blanc, il n'était pas seulement Jean-Claude Duce.
00:45Derrière le comique empêtré, il y avait un bosseur forcené, un perfectionniste anxieux, celui qui dès l'enfance avait rêvé d'être pianiste,
00:54travaillant 6 à 7 heures par jour avant de comprendre qu'il ne serait jamais Arthur Rubinstein.
00:59Alors il changea de partition et rejoignit la troupe du splendide, ses copains de lycée, pour inventer une autre musique, celle du café-théâtre.
01:06Et si ses débuts furent enfermés dans la comédie, il brisa les murs avec fracas dans des films comme Tenue de soirée de Bertrand Blier en 1986 par exemple.
01:15Antoine, l'homme fragile qui s'éprend, rappelez-vous, de Depardieu, le travesti bouleversant qui valut à blanc d'ailleurs un prix d'interprétation à Cannes.
01:24Et à partir de là, il explora d'autres territoires avec une justesse toujours fantastique et un talent insolent.
01:30On pense ici à Grosse Fatigue notamment, dont on a diffusé récemment un extrait.
01:34Merveilleuse discussion avec un Noiré en plein craquage sur des Champs-Elysées absolument vides.
01:39Ou encore le film, Embrassez qui vous voudrez.
01:41Bref, des films et des cinémas en guise de psychanalyste où on sent que chaque complexe devient un outil, chaque noirceur une inspiration.
01:50François Sagan qui était une amie voyait en lui, je cite, un homme solitaire, blessé, déconcerté.
01:56Lui se décrivait avec justesse.
01:58Je suis un anxieux qui préfère l'action à la dépression.
02:01Alors ce matin, réécoutons-le dans un cadre peu ordinaire.
02:05Nous sommes en 1988.
02:07Michel Blanc est sur le divan d'Henri Chapier, émission culte.
02:10La voix posée, les yeux sombres.
02:12Il se confie à cœur ouvert sur l'agent, la gloire, la fragilité d'être acteur.
02:17C'est une archive extrêmement précieuse.
02:19Celle d'un homme qui, derrière ses personnages, n'a jamais cessé de chercher à se comprendre.
02:23Les gens ont l'impression que le succès ou l'argent changent énormément de choses dans la vie.
02:30Pas tellement chez vous, je crois pas.
02:31Ça change des choses dans la vie, si.
02:34J'espère que ça ne change pas la bête, mais ça change des choses.
02:38Parce que je peux vous dire que quand les gens vous reconnaissent dans la rue,
02:42quand les gens vous disent j'aime beaucoup ce que tu fais, ce que vous faites,
02:45quand ils vous demandent des autographes, quand ils font tout pour vous faire plaisir quand vous rentrez.
02:49C'est très injuste.
02:51C'est très injuste. Vous rentrez dans un restaurant, il n'y a pas de place, on vous en trouve une.
02:54C'est extraordinaire. Mais c'est vrai.
02:56C'est épouvantable.
02:58Bon, moi j'en suis ravi parce que c'est extrêmement gentil
03:01et puis parce que ça me facilite la vie d'une manière extraordinaire.
03:04Mais il y a des moments où je suis gêné.
03:05Parce qu'il y a des endroits où on se dit non, quand même, pas là.
03:08Mais t'arriver d'accompagner une amie aux urgences dans un service hospitalier
03:14pour un truc qui n'était pas dramatique.
03:16Et d'un seul coup de me dire non, quand même, pas là.
03:20Il ne faut pas qu'il y ait un passe-droit.
03:23Il y a peut-être un type en train de...
03:25De mourir.
03:26Il n'y a pas de cas.
03:26Il ne va pas me dire, je vous en prie, j'aime bien ce que vous faites.
03:30Je voulais signer un truc pour mon fils.
03:31C'est bon.
03:32Mais enfin, c'est quand même plutôt agréable en général.
03:35Donc ça change beaucoup de choses.
03:37Finalement, ça révèle.
03:38Voilà, ça révèle.
03:39C'est-à-dire que les gens qui sont profondément des salopards ou des cons,
03:44à partir du moment où on leur donne la possibilité d'épanouir ça,
03:48ils n'hésitent pas.
03:49Alors j'espère pas tomber là-dedans.
03:50Mais oui, mais il nous manque en plus, Michel Blanc.
03:53C'était en 1988, sur le divan, avec cette merveilleuse émission d'Henri Chapin.
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