Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 4 mois
Claire Chazal accueille pour ce nouveau numéro de « Au bonheur des livres », deux romanciers formidables et bien connus, Régis Jauffret et Justine Lévy, qui ont en commun, comme beaucoup d'écrivains de cette rentrée littéraire, de consacrer leur nouveau livre aux liens familiaux, et plus particulièrement à leur mère défunte.Ce qui rapproche « Maman » (Ed. Récamier) et « Une drôle de peine » (Ed. Stock), les deux ouvrages des invités, outre leur thème principal, c'est peut-être une forme d'humour un peu paradoxal : le refus en tout cas d'écrire simplement un tombeau littéraire traditionnel, avec sa part de pathétique, pour faire sentir les contradictions du personnage maternel, comme l'ambivalence des sentiments pour elle… Chacun des deux auteurs a une manière propre de désamorcer les lourdeurs, de se mettre en scène soi-même avec un peu de dérision et beaucoup de charme.Il y a une grande différence entre l'enfance de Régis Jauffret, qu'il dit lui-même heureuse, et celle de Justine Lévy, dont les conditions ont été beaucoup plus chaotiques : c'est aussi une affaire de générations, intéressante à interroger, puisque les deux femmes ne sont pas de la même époque. Dans les deux cas demeure cependant quelque chose d'un mystère : une maman marseillaise qui fut peut-être une grande manipulatrice, une jeune mère absente et très belle qui brûla sa vie... pourquoi ? Leur fils et fille tenteront ainsi d'expliquer à Claire Chazal ce qui les a poussé à retrouver par l'écriture leur génitrice disparue, en un geste où entre aussi, assurément, de l'amour. Année de Production :

Catégorie

📺
TV
Transcription
00:00– Bienvenue dans l'émission littéraire de Public Sénat,
00:20je suis ravie de vous retrouver pour un nouveau numéro de notre émission
00:23Au bonheur des livres, vous le savez, chaque semaine nous tentons de vous donner
00:27envie tout simplement de lire des livres et aussi de découvrir ou de mieux connaître
00:30leurs auteurs. Alors puisque cette rentrée littéraire est placée souvent,
00:35la plupart du temps, sous le signe de la famille, des origines,
00:38voici deux très bons livres de ce mois de septembre sur ce thème
00:42et deux bons auteurs que nous avons beaucoup aimés, que nous sommes ravis d'accueillir
00:45et ils parlent tous deux de leur mère. C'est d'abord Justine Lévy qui signe
00:49Drôle de peine chez Stock. Bonsoir Justine Lévy, merci beaucoup d'être avec nous.
00:53et Régis Geoffrey, j'allais dire toujours malin, qui ne va pas chercher midi à 14h
00:57et qui publie tout simplement Maman aux éditions Récamier.
01:02Alors Régis Geoffrey, vous aviez écrit Papa, ça c'était en 2020,
01:06sur votre père Alfred qui avait été emmené par la Gestapo un certain jour de la guerre
01:10et cette fois vous explorez donc le lien maternel avec Madeleine,
01:14morte à 106 ans en 2020, une mère qu'on découvre dévorante,
01:18peut-être manipulatrice, mais que vous n'avez jamais cessé d'aimer,
01:23malgré, vous allez nous le dire bien sûr, quelques mensonges,
01:26ces tendres graves, parfois dramatiques, mais aussi pleins d'humour.
01:30Un livre qui fait partie, je le précise, de la sélection du Renaudot Essai 2025,
01:34Régis Geoffrey, on en est ravis pour vous.
01:36Justine Lévy, donc vous aviez écrit plusieurs livres autobiographiques
01:38et vous avez déjà écrit sur votre mère dans le passé,
01:42il y a eu Le Rendez-vous en 1995,
01:44Mauvaise Fille aussi, qui avait été très remarquée,
01:47très beau livre en 2009, et voici donc Drôle de peine.
01:50Vous y faites un portrait complet de cette mère,
01:52elle s'appelle Isabelle d'Outreluigne,
01:54elle est née en 1949 et morte en 2004.
01:57Vous aviez raconté sa maladie, son cancer,
02:00alors que vous étiez vous-même enceinte, dans Mauvaise Fille,
02:03alors pourquoi aujourd'hui avoir voulu nous donner
02:05un portrait encore plus précis, plus exhaustif de cette mère ?
02:09– Tu peux bien ne pas me regarder.
02:10– Je suis désolée, je vais regarder devant moi.
02:14– Il peut intervenir, surtout.
02:15– Oui, oui, oui, n'hésitez pas.
02:17– Pourquoi revenir sur ma mère ?
02:20Parce que j'ai essayé de passer à autre chose,
02:24j'ai essayé d'écrire sur autre chose,
02:26j'avais écrit sur la maman d'Antonin Artaud,
02:28c'était mon précédent livre,
02:30et puis d'abord il n'a pas marché,
02:31j'étais vexée comme un poux,
02:33et puis ensuite je me suis rendue compte
02:35que de toute façon je parlais quand même de ma mère.
02:38– On n'était pas loin de la folie, oui,
02:39pas loin de tout ça.
02:40– Pas loin de la folie, j'ai plusieurs obsessions,
02:42les mères, la folie, le deuil, le chagrin,
02:47et en fait je n'ai pas tellement besoin d'aller chercher ailleurs
02:50parce que j'ai réellement tout près de moi
02:53cette personne, ce personnage de ma mère
02:57qui est extraordinaire.
03:00– Oui, qui est une sacrée matière.
03:00– Alors on découvre cette femme, Isabelle d'Outrelune,
03:03qui a été donc la compagne de votre père,
03:04Bernard-Henri Lévy,
03:05elle était très belle, blonde, mannequin,
03:07mais on va bien sûr parler de son caractère,
03:11mais qu'il semble qu'elle ait préféré sa liberté
03:13à cette époque-là à, disons, l'éducation de sa fille.
03:16Est-ce qu'on ne se trompe pas en disant ça ?
03:18– On ne se trompe pas, c'était vraiment,
03:20c'était une passionnée de la liberté,
03:22c'était une…
03:23elle pensait qu'elle allait révolutionner le monde,
03:28la société, les sentiments, la manière d'aimer,
03:30la manière de vivre,
03:31et je pense qu'elle pensait qu'on élevait les chiens,
03:34qu'on éduquait les chiens, mais qu'on n'élevait pas
03:37et on n'éduquait pas les enfants,
03:38que ça ne se faisait pas,
03:40et que politiquement, c'était petit bourgeois
03:42et dégueulasse d'élever des…
03:44de penser qu'on pouvait élever des enfants.
03:46Donc je n'ai pas été élevée comme ça,
03:49et en même temps, elle était…
03:51elle improvisait tout le temps
03:54cette espèce de non-éducation-là,
03:56donc c'était assez déroutant
03:58pour la petite fille que j'étais à l'époque.
04:00– Qui était laissée parfois livrée à elle-même,
04:02et vous précisez quand même,
04:04et on fait peut-être une parenthèse,
04:05qu'on va refermer assez vite,
04:06mais c'est vrai que,
04:08avec Régis Geoffrey, on le remarquait avant cette émission,
04:12que le père est un peu à la rescousse,
04:13et que vous en faites un portrait de ce père,
04:16pas comme un sauveur,
04:17mais comme quelqu'un qui assure quelque chose.
04:20– Si, si, un sauveur,
04:20parce que je sais qu'il ne savait pas
04:24dans quelles conditions je vivais
04:26jusqu'à 4 ans, je dirais,
04:29et puis quand il a compris,
04:30il m'a tout de suite reprise avec lui
04:32et j'ai changé complètement de vie.
04:35Et puis sauveur aussi,
04:37par rapport à ma mère,
04:38parce que jusqu'au bout,
04:40quand elle a eu une vie très très compliquée,
04:44et elle a eu une vie assez ruinée,
04:46dans tous les sens du terme,
04:47mais à chaque fois qu'elle avait besoin de lui,
04:49il était là.
04:50– Il était là,
04:51c'était la seule personne jusqu'au bout qui était là.
04:53– Alors on découvre donc cette Isabelle,
04:55elle est fantasque,
04:56elle est prise de liberté,
04:57mais elle vit aussi beaucoup dans l'excès,
05:00dans les addictions.
05:01Il y a la drogue, l'alcool,
05:03des amours très libres,
05:04une femme avec qui elle partage ses nuits,
05:07qui s'appelle Violaine.
05:08Est-ce qu'à ce moment-là,
05:09vous aviez le sentiment que c'était…
05:14j'allais dire qu'elle vous faisait du mal ?
05:18Ou est-ce que vous lui en vouliez
05:19d'avoir cette attitude-là ?
05:21– Non, non, certainement pas.
05:24Mais simplement, maintenant c'est quelque chose,
05:26et c'est formidable, de tout à fait normal
05:28et de tout à fait banal,
05:30cette espèce de…
05:33le fait d'être élevé par deux mamans ou deux papas,
05:38mais à l'époque c'était un non-dit absolu de la société,
05:42c'était un non-pensé même de la société,
05:44et moi toute petite, à 3 ans, 4 ans,
05:46j'étais dépositaire comme ça,
05:47d'une sorte de secret social,
05:49et je ne savais pas trop quoi en faire,
05:51y compris à l'école,
05:52donc ça c'était troublant,
05:53et puis j'avais une espèce de lucidité d'enfant,
05:57normalement on s'en rend compte plus tard,
06:00mais je me rendais compte assez tôt
06:01que ma mère aurait pu faire autre chose,
06:04qu'elle aurait pu être une mère comme les autres par exemple,
06:06mais qu'elle avait décidé de ne pas l'être,
06:07qu'elle aurait pu avoir une vie grandiose,
06:11c'est marrant comme j'avais le sentiment de ça très tôt,
06:15qu'elle aurait pu avoir une autre vie
06:16et qu'elle a choisi de la ruiner.
06:20– Oui, mais vous le voyez,
06:22alors évidemment, et ce qui est très touchant,
06:24c'est que vous lui trouvez des circonstances atténuantes,
06:25parce que vous allez enquêter,
06:26vous allez chez sa propre mère,
06:30et on découvre quelle éducation elle a reçue elle-même,
06:32et qu'au fond, on n'est pas complètement responsable de ses actes,
06:35il y a toujours une hérédité, quelque chose,
06:38qui s'est passé avant, qui est fondateur,
06:40sa mère n'était pas tendre,
06:41et son éducation a été dure,
06:42c'est ça que vous nous dites.
06:44– C'est ça que je savais,
06:45mais je suis allée fouiller un tout petit peu plus loin,
06:47ses parents étaient des aristos pétainistes,
06:53qui avaient donc une photo du maréchal Pétain,
06:56qu'ils avaient cachée après la venue de mon père dans leur maison,
06:59mais qu'ils avaient une photo du maréchal Pétain,
07:02un portrait du maréchal Pétain, pardon, dans le couloir,
07:05et ils ont laissé ma mère de manière extrêmement stricte,
07:09ils l'ont envoyée dans les pensionnats,
07:12et puis ils lui donnaient des médicaments dès que ça n'allait pas,
07:15elle a été élevée comme ça.
07:16– Alors ça crée des addictions, ça incontestablement,
07:19on ne peut pas…
07:19– Voilà, je pense que ma grand-mère a créé la toxicomanie de ma mère.
07:24– C'est terrible.
07:25Vous connaissiez, Régis Geoffray, cette Isabelle d'Autreluine ?
07:28– Non, vous ne l'avez pas rencontrée.
07:29– Ah non, personnellement, non, pas du tout.
07:31– Vous connaissez Bernard-Henri Lévy ?
07:32– Non, je connais un peu Bernard-Henri Lévy,
07:35mais récemment d'ailleurs, il y a quelques années.
07:38– Mais pas cette femme ?
07:39– Ah non, non, non.
07:41– Et vous avez rencontré des femmes qui ressembleraient à Isabelle d'Autreluine ?
07:45Vous avez croisé dans votre vie ?
07:47– Des femmes de cette génération ?
07:49– Si je les avais croisées, ça aurait été plutôt ma génération,
07:52quoiqu'un peu plus âgée.
07:54Moi, dans ma génération, moi, je n'en ai pas connu,
07:56parce que c'était la génération un peu avant.
07:58– Oui, c'est vrai.
07:59– Et nous, on n'allait pas à Katmandou,
08:00ça nous faisait rire plutôt, on ne faisait pas ça, nous.
08:04– Alors, puisque Régis Geoffray parle de Katmandou,
08:07vous découvrez, parce que vous enquêtez,
08:08et ce qui est intéressant aussi,
08:10c'est que vous découvrez que vous avez été conçue en Inde,
08:14que votre père faisait un reportage à ce moment-là au Pakistan,
08:17et que votre mère était enceinte et s'est trouvée là,
08:20et là, vous partez sur leurs traces.
08:22Là, vous faites ce voyage.
08:24– C'est très déstabilisant de partir sur les traces de ses parents,
08:27d'essayer de retourner dans leurs pas.
08:30Mon père était, donc, ils étaient tous les deux très très jeunes,
08:32ils étaient tout le temps au bord de se séparer,
08:34ils se séparaient d'ailleurs tout le temps,
08:35et puis, finalement, ma mère est tombée enceinte de moi,
08:38mais c'est très étrange de retourner à l'origine de sa propre origine,
08:42c'est troublant, je ne sais pas si j'ai bien fait, d'ailleurs.
08:46Mais enfin, voilà, je suis allée là-bas,
08:48c'était mon voyage de noces avec mon mari,
08:50et c'était finalement pas très, ni noces, ni festifs,
08:55ni quoi que ce soit, c'était un pèlerinage, une sorte de pèlerinage.
08:58– Oui, vous avez raison de vous interroger,
09:00parce que, je ne sais pas si vous avez bien fait,
09:02parce que ça paraît douloureux quand même, ce voyage,
09:04il paraît chaotique, en tout cas, vous êtes reprise d'angoisse,
09:08de phobie, de peur, qui sont peut-être au fond de vous-même,
09:13mais là, c'est très émouvant de sentir cette jeune femme
09:16que vous êtes un peu perdue, là-bas.
09:18– Totalement perdue, obsédée par ma mère,
09:21et puis, voilà, elle était là en permanence,
09:26elle était là tout le temps,
09:27et c'est, d'ailleurs, c'est une question que je me pose,
09:29est-ce que finalement, le fait de refouler les choses,
09:33est-ce que ça fait du bien ou du mal ?
09:35Je ne suis pas sûre que ça fasse du mal,
09:36peut-être qu'il ne faut pas déterrer les fantômes.
09:40– Ah oui, ça, c'est une question,
09:42ce qu'a dit se poser Régis Joffrey,
09:45puisqu'elle a crié sur son père et sur sa mère,
09:46donc on a déterré les fantômes aussi.
09:48– Oui, mais moi, c'est des fantômes qui se sont déterrés,
09:50tout ça, parce que j'ai écrit sur mon père,
09:51parce que je ne veux pas arrêter.
09:52– Oui, parce que vous trouvez une vidéo, oui.
09:54– Et j'ai écrit sur ma mère quand elle est morte, en effet.
09:58J'ai tenu une sorte de petit journal,
10:00comme ça m'arrive parfois,
10:01et je me suis trouvé avec un gros cahier,
10:04et donc je me suis dit, qu'est-ce que j'en fais ?
10:06Je vais peut-être le publier,
10:07et puis je me suis aperçu que ce n'était pas un livre.
10:09Ça a été un peu la rampe, le lancement du livre.
10:12– Alors c'est devenu après, évidemment…
10:13– Disons que le livre, il y a eu…
10:16Je crois en fait qu'il y a vraiment eu un livre
10:18parce que j'ai découvert certaines choses après sa mort.
10:21C'est toujours des découvertes.
10:23Au départ, moi, j'ai écrit sur mes parents,
10:26sur moi-même, sur mon intimité, sur ma famille,
10:29c'est quelque chose que j'ai toujours refusé.
10:33Et donc, j'outrepasse complètement les bords.
10:36– Totalement, là, bien sûr.
10:37Là, c'est terminé, là.
10:38– Alors, pour Justine Lévy,
10:39il y a aussi la question de la grossesse de cette mère
10:41et dont vous vous demandez si elle n'a pas été…
10:45s'est pas déroulée en ayant une addiction à l'opium
10:47assez forte à ce moment-là,
10:48qui pourrait avoir des conséquences, d'ailleurs.
10:50– C'est vrai, oui.
10:51La question se posait,
10:52puisque j'ai retrouvé son ancienne maîtresse,
10:55j'ai retrouvé sa trace
10:55et je me suis dit que j'allais aller lui poser
10:57toutes les questions, dont celle-là.
11:00D'ailleurs, finalement, je me suis débinée
11:01et j'ai retrouvé sa trace,
11:02mais je ne suis pas allée la voir.
11:03Il y a quand même une ambiguïté par rapport à tout ça,
11:06est-ce qu'on veut savoir ou pas savoir, bon.
11:08Mais il y a quelque chose, en revanche,
11:12que j'ai appris, ça, c'est vrai,
11:14c'est que, et ça, on se pose toujours la question,
11:17je pense que personne ne sait vraiment répondre,
11:19est-ce que j'ai été une enfant désirée ou pas ?
11:21Et j'ai compris que, malgré tout, oui,
11:24j'ai été une enfant désirée,
11:25je ne suis pas juste un accident comme ça, post-68.
11:28– C'est fondamental de découvrir ça.
11:30– Ça, c'est assez, oui.
11:31C'est un bien que m'a fait cette recherche,
11:33cette chasse au trésor.
11:34– Je crois même qu'il faudrait se dire
11:38que, je crois que François Zolto l'avait dit,
11:41c'est religieux d'ailleurs,
11:42qu'on a demandé à naître.
11:43Moi, je crois beaucoup à cette chose,
11:44on a demandé à naître.
11:45– Oui, mais on vous a demandé pour vous, enfin…
11:48– Non, mais c'est philosophique, si vous voulez.
11:50– Il y a eu une volonté.
11:52– Voilà, on dirait qu'on a voulu vivre.
11:53– Non, Justine n'est pas d'accord.
11:55– Mais je sais, mais c'est juste une latitude.
11:57– Je suis ravie, mais…
11:58– C'est une pause, c'est une pause.
12:00– Alors, à signaler, on disait là,
12:02le père est présent et comme à la rescousse.
12:05Il y a aussi votre compagnon, Justine Lévy,
12:07vous l'appelez Pablo dans le livre,
12:09et franchement, il vous porte aussi.
12:11Il faut aussi le dire.
12:14Il accepte ces moments de dépression,
12:17ces moments sombres qui vous oppressent.
12:20– Et puis, c'est vrai que s'il n'avait tenu qu'à moi,
12:24si ça n'avait tenu qu'à moi,
12:26je ne pense pas que j'aurais été heureuse.
12:28Je pense que j'avais fait une sorte de pacte obscur
12:32avec ma mère de ne pas être plus heureuse qu'elle,
12:35de ne pas la surclasser, comme dans les avions.
12:40Et si ça n'avait tenu qu'à moi,
12:41je n'aurais pas été plus heureuse qu'elle.
12:42Et je pense que si je n'avais pas rencontré
12:44celui que j'appelle Pablo,
12:45lui m'a permis, oui, d'avoir une vie magnifique,
12:52je pense, des moments magnifiques,
12:53et d'avoir des enfants merveilleux, etc.
12:56Et donc, finalement, je suis plus heureuse qu'elle.
12:58– De casser la chaîne.
12:59– Oui.
13:00– Alors, Régis Zoffray, vous êtes écrivain,
13:02je vais dire, de la folie, de la cruauté familiale,
13:05et des textes courts, bien sûr,
13:06puisqu'on a lu vos micro-fictions,
13:10à plusieurs reprises ailleurs.
13:11Elles ont eu le prix Goncourt de la Nouvelle en 2018.
13:13Vous aviez eu aussi le prix Féminin pour Asile de Fous
13:15en 2005.
13:17Dans Maman, vous revenez donc sur la mort de Madeleine
13:20à 106 ans, en 2020.
13:24Alors, vous disiez que l'un de vos buts d'écrivain,
13:28c'était de ne pas parler de votre mère.
13:31Alors, pourquoi en parler aujourd'hui ?
13:33– Je m'en suis…
13:33– Alors, vous avez déjà expliqué,
13:34parce que vous avez découvert des traces,
13:37vous avez un peu enquêté, mais…
13:39– Je me suis aperçu, après avoir écrit ce livre,
13:42qu'en fait, j'avais pour but de ne pas écrire sur ma mère.
13:45Parce que les romanciers, quand même, racontent leur vie.
13:47Moi, j'avais une vie que j'aurais pu raconter,
13:49parce que finalement, mon père était handicapé,
13:50il était sourd.
13:51C'était une vie quand même particulière,
13:54j'aurais pu en parler.
13:55Je n'ai jamais parlé,
13:56et c'est donc la première fois que je parle vraiment
13:58de ma mère.
14:00Et là, c'est une sorte de traversée.
14:04Alors, ce n'est pas la traversée des apparences,
14:06mais presque.
14:06C'est une sorte d'initiation à ma mère,
14:08telle qu'elle a été, telle que je l'ai découverte,
14:10et peut-être que je découvrirais à nouveau d'autres choses.
14:13C'est-à-dire une personne qui, en fait, avait un versant négatif,
14:16mais négatif envers moi.
14:18C'est ça qui était...
14:19Mais comment le découvrez-vous ?
14:20Il y a des révélations qui vous sont faites,
14:24qu'elle vous aurait trahie dès le début,
14:26c'est ce que vous écrivez.
14:27Qu'est-ce qui s'est passé, Régé Joffre ?
14:28– Alors, je ne le dis pas dans le livre.
14:31– Oui, pas explicitement.
14:32– Tout de suite, je joue Netflix, séries, etc.
14:36Mais là, comme c'est vous, je vais le dire.
14:39– Oui, vous lui reprochez des mensonges, quand même.
14:41– Ma mère qui, au moins, était quand même un peu folle,
14:43m'a toujours dit, donc dès l'âge de 7 ans…
14:46– Donc il y a quand même un point commun
14:47avec la mère de Justine, un tout petit peu.
14:48– Ah, peut-être.
14:49Et m'a toujours dit, à maintes reprises,
14:53qu'une princesse était née le même jour que moi,
14:55bon, née d'un peu de tout le monde,
14:57et qu'il y avait eu un horoscope par le mage de la cour,
15:00il n'y a plus de mage de la cour,
15:02et qu'on avait dit dans cet horoscope
15:04que les gens nés à midi,
15:06étaient très fiers de se voir nés à midi
15:07parce que les cloches avaient sonné,
15:09mais c'était parce que c'était midi,
15:10c'était dimanche midi,
15:12et auraient un destin hors série,
15:14et seraient malheureux en amour.
15:16Alors, il y a quand même une folie totale
15:17de dire ça à son fils,
15:19même si c'est la vérité.
15:21Et simplement, après sa mort,
15:22j'ai retrouvé cet horoscope...
15:24– Parce que vous ne vous l'aviez pas dit en face,
15:26vous l'avez retrouvé après.
15:28– Non, elle m'a dit ce que je vous dis,
15:30elle me le disait dans mon enfance,
15:32tous les quatre matins,
15:33je l'ai entendue dix mille fois,
15:35que dans mon horoscope,
15:36on avait dit que j'aurais un destin hors série
15:39et que je serais malheureux en amour.
15:41Et simplement, après sa mort,
15:42j'ai découvert l'horoscope,
15:43il y avait très peu de documents,
15:44on n'y a presque rien,
15:45et on disait que ces gens-là
15:48auraient un destin hors ligne,
15:50c'est un peu pareil,
15:51mais auraient une vie sentimentale heureuse.
15:53Donc c'est là où il y a une trahison fondamentale,
15:56c'est un peu comme un oracle de Delphes,
15:58tu tueras ton père et tu épouseras ta mère,
16:02c'est pas ça,
16:03mais c'est tu seras malheureux en amour.
16:05Et ça, ça a sûrement transformé ma vie,
16:08parce qu'il n'y a pas que l'amour,
16:09c'est une sorte de confiance en soi
16:11qu'on n'aura jamais.
16:12– Ah ben c'est fondamental,
16:13si vous en souvenez aussi bien,
16:15si c'était si répétitif,
16:16c'était quelque chose quand même,
16:17on se demande pourquoi,
16:18vous avez compris pourquoi elle vous disait ça ?
16:20– Non, mais peut-être qu'elle aurait une explication,
16:24mais il n'y en a pas,
16:25il n'y a qu'une explication négative,
16:28et donc c'est pour ça que je me suis aperçu
16:30que si je la perdais,
16:31je perdais mon enfance,
16:32je me perdais moi-même,
16:33et donc je la sauve,
16:36parce que j'en ai besoin,
16:38donc finalement elle m'a aimée en quantité,
16:41de façon énorme.
16:41– Oui, parce que c'est ce que vous dites,
16:42c'était une mère immense,
16:44c'était une mère envahissante,
16:45il y avait des photos de vous petits partout,
16:49dans l'appartement de Marseille,
16:52et ça c'est un souvenir tout de même qui réc,
16:54qui l'emporte finalement sur tout le reste.
16:56– C'est-à-dire, c'est surtout,
16:58j'essaie de sauver l'enfance,
16:59me dire que j'ai eu une enfance lumineuse, heureuse,
17:01et ça, ça m'est indispensable,
17:04parce que je me suis aperçu que si mon enfance s'en allait,
17:07c'était moi qui m'en allais aussi,
17:09et là je me suis dit, tiens,
17:10en venant à l'émission,
17:12je me suis dit, ma mère,
17:12voilà, j'en ai fait ce que je sais faire,
17:14c'est-à-dire j'en ai fait un roman,
17:16c'est-à-dire pour moi une œuvre d'art,
17:18parce qu'un roman c'est comme une chanson,
17:20c'est comme un poème, un tableau,
17:21c'est une œuvre d'art,
17:22et j'en ai fait ce que je savais faire,
17:24je me suis dit, bon ben,
17:25voilà, tout est dans l'ordre d'une certaine façon,
17:27j'ai fait ce que je pouvais faire de mieux,
17:29la chose que je sais faire en tout cas.
17:32– Mais vous vous reprochez aussi
17:33de ne pas vraiment lui avoir parlé
17:35ou de ne pas avoir été très tendre avec elle à ce moment-là,
17:37vous dites, oui, j'ai eu une enfance lumineuse,
17:39enfin je me dis,
17:40je me persuade que j'ai eu une enfance heureuse,
17:43mais est-ce que je le lui ai dit, est-ce que j'ai…
17:44– Mais ça c'est beaucoup,
17:46c'est plus tard, c'est les dernières années,
17:47parce que l'humeur des gens ne va pas forcément
17:51en s'améliorant avec la grande vieillesse,
17:53surtout quand on a une lucidité au couteau,
17:55elle avait même prévu l'élection du président Macron
17:59avant tout le monde,
18:00elle regardait les chaînes d'info…
18:02– Elle aimait les horoscopes,
18:03elle aimait les voyantes,
18:04elle aimait…
18:04– Donc voilà, on avait des rapports de mère à fils,
18:10oui, qui étaient forts dans les deux sens du terme.
18:13– Oui, parce que c'est un livre, je le disais,
18:14il y a beaucoup d'humour, il y a de l'ironie,
18:18du drame aussi, mais il y a de la tendresse dans ce livre,
18:20on ne peut pas le nier.
18:22– Avec les mères, souvent, les fils,
18:24ces choses… – Oui, sans doute, oui.
18:26– C'est des choses qui arrivent,
18:29mais j'essaie de retrouver cette tendresse aujourd'hui,
18:32même si ça ne sert à rien,
18:34moi je crois que c'est très utile,
18:35parce que finalement, je crois que j'ai…
18:38j'ai fait mon devoir dans ce livre,
18:42je n'ai pas l'impression de l'avoir accablé,
18:45je pense que j'ai fait mon devoir de fils,
18:48et mon regret, ce serait qu'elle ne peut pas le lire,
18:51évidemment, mais je me disais que si jamais elle le lisait,
18:53on pourrait peut-être enfin parler,
18:56sur des bases, on aurait oublié, on parlerait, mais bon…
18:59– C'est déjà écrit, c'est noir sur blanc,
19:01vous concluez d'ailleurs,
19:03il vaut mieux aimer qu'être aimé,
19:05c'est plus…
19:06– Non, peut-être que je le dis,
19:08parce que je dis beaucoup de choses,
19:09c'est un peu une marée, à certains moments,
19:11ça confine un peu,
19:14à certains moments, au lyrisme,
19:16il vaut mieux être aimé,
19:18non, mais il y a une…
19:19au niveau de la force intérieure,
19:22aimer, c'est quelque chose de très, très fort,
19:25ça demande un effort d'aimer,
19:27voilà, se laisser aimer, non,
19:29mais aimer, ça demande un effort.
19:30– C'est un peu contre-intuitif,
19:31on sent que c'est bien sûr qu'il y a quelque chose…
19:32– Parce qu'on n'aime que des gens imparfaits,
19:33mais en étant soi-même imparfaits,
19:35voilà, simplement,
19:36on juge les imperfections des autres,
19:40pire que les siennes,
19:42quoi que je ne me vois pas dire ça à mes enfants,
19:44à dire qu'ils auraient une vie,
19:46leur dire qu'ils auraient une vie sentimentale, malheureusement.
19:48– Je ne sais jamais que vous leur diriez ça,
19:50mais est-ce que vous êtes d'accord,
19:51Christine Lévy,
19:52est-ce que aimer est plus facile qu'être aimé,
19:54ou est-ce qu'en tout cas,
19:54disons qu'il vaut mieux aimer,
19:57c'est plus difficile.
19:58– On ne peut pas être heureux si on n'aime pas,
20:01en tout cas, si on cherche ce vers quoi on tend,
20:03oui, il vaut mieux aimer,
20:05sinon la vie, c'est du chagrin en barre,
20:09il faut aimer.
20:10– Et parfois, c'est difficile de recevoir l'amour,
20:11de toute façon,
20:12enfin, ce n'est pas d'ailleurs plus facile que d'aimer,
20:14mais…
20:15– Sauf si on a été habitués très tôt,
20:17mais ce qu'est le cas,
20:19tu as aimé peut-être,
20:20vous avez été aimé.
20:21– Oui, j'ai été aimé.
20:22– Oui, c'est ce qu'on ressent du livre.
20:24– Mais après, on peut se poser la question
20:26sur la qualité, entre guillemets, de l'amour,
20:28parce que…
20:29– S'il est trop envahissant, oui.
20:32– Je dirais que je ne suis pas à l'abri
20:34de découvrir d'autres choses,
20:35parce que j'ai découvert aussi qu'elle mentait à propos…
20:38– Il y avait un neveu…
20:40– Oui, qu'elle disait que sa propre sœur
20:41avait abandonné son fils à l'âge de 14 ans
20:43parce qu'il était homosexuel et qu'elle l'avait élevé,
20:46alors qu'il est parti de chez ses parents à 27 ans.
20:48– Oui, elle s'arrangeait avec la vérité.
20:51– Et ses parents n'ont jamais été fâchés avec lui
20:52pour cette raison-là.
20:54Donc, c'est quand même quelqu'un de particulier,
20:57c'est-à-dire que c'est vraiment un sauvetage,
20:59il faut quand même tendre la main à la sauver.
21:02Et je me dis, moi, elle m'a tendu la main du néant,
21:05finalement, elle m'a sorti du néant.
21:06– Et vous, vous lui tendez la main ?
21:08– Vous savez, il faut essayer de mettre les choses en ordre,
21:12de s'arranger avec ses morts.
21:16– Vous lui tendez la main pour exister vous-même,
21:18parce que sinon, c'est ce que vous dites,
21:19à ce moment-là, vous disparaissez.
21:21– On est toujours dans l'égoïsme le plus total, malheureusement.
21:23– Oui, et Justine Lévy, d'ailleurs, il y a de la tendresse,
21:27je le disais dans le livre de Régis Geoffrey,
21:29mais il y en a aussi dans le vôtre, évidemment, bien sûr.
21:32– J'ai passé l'âge de la colère, je crois.
21:33J'étais plus en colère quand j'ai commencé
21:36à écrire sur ma mère,
21:37et puis maintenant, je la comprends mieux.
21:41Et puis surtout, en fait, c'est horrible de dire ça,
21:44mais quand elle est devenue très malade,
21:45à la fin de sa vie, on s'est beaucoup rapprochés.
21:48– Ce que vous écriviez, d'ailleurs.
21:49– Oui, j'écris que ça lui a sauvé la vie,
21:52mais de tomber malade,
21:54parce qu'elle a arrêté de se droguer,
21:55elle a arrêté de se vouloir du mal,
21:56elle a arrêté de s'en faire du mal,
21:58elle a commencé à être gentille avec elle,
21:59mais nous aussi, on s'est retrouvés,
22:02elle vivait chez moi, et donc on s'est enfin parlé,
22:04on s'est enfin dit les choses.
22:05Donc bien sûr, moi aussi, j'aurais aimé
22:07qu'elle lise ce livre-là.
22:09Enfin, j'aurais aimé qu'elle vive tout court,
22:10mais je ne suis pas en colère.
22:13– Oui, et même, il y a une forme de pardon.
22:15Enfin, même si…
22:16– Je n'ai pas grand-chose à pardonner,
22:17parce que c'est vrai que je n'ai pas été une enfant,
22:20mais j'en veux plus à l'époque qu'à ma mère.
22:23Et puis surtout, il m'a fallu du temps,
22:25mais je deviens un peu enfant maintenant.
22:27J'accède à une forme de légèreté maintenant, enfin.
22:31Et bon, tout ça, je lui dois, d'une certaine manière.
22:33– Évidemment, et comme on le disait tout à l'heure aussi,
22:36d'avoir eu la force de casser cette chaîne du malheur,
22:38entre guillemets, c'est assez formidable aussi.
22:40– Cette chaîne de l'autodestruction.
22:41– Oui, de l'autodestruction, oui.
22:43Peut-être d'une forme de folie ou d'addiction, évidemment.
22:46– Oui, c'est vrai que ça, c'est quelque chose qui…
22:49Il n'y a rien qui me fasse plus peur que la folie,
22:51la folie mentale.
22:53– Est-ce que chacun, vous avez interrogé votre famille,
22:56enfin, ou après, sur ce que vous aviez écrit
22:59sur ces personnages féminins ?
23:01Je ne sais pas, moi, vos enfants, Régis Geoffray,
23:03ou sur les regards qu'ils auraient pu avoir sur leur grand-mère ?
23:06– Mes enfants, oui, mais oui, il n'y a pas un regard…
23:10Oui, ils avaient de très bons rapports avec…
23:14– Ils n'ont pas été ni choqués, ni…
23:15– Non, à théorie, non.
23:16Mon fils l'a lu, il m'en a parlé,
23:18il n'avait pas l'air d'avoir été choqué.
23:21– Oui, et pour vous, Justine, Bernard-Henri Lévy, par exemple,
23:25est-ce qu'il avait le même regard ou est-ce qu'il a compris ?
23:27– Il ne m'a pas dit.
23:28Il ne m'a pas dit quel regard il avait.
23:30Quant à mes enfants, je pense que ça ne les intéresse pas du tout.
23:33Et ils ne lisent pas mes livres, et c'est tant mieux comme ça.
23:36– Mais ils vont peut-être les lire.
23:38– J'espère pas.
23:40– Ça, on ne sait pas, mais oui.
23:42En tout cas, est-ce qu'on peut considérer que pour vous deux,
23:45cette recherche du passé, peut-être ses découvertes d'ailleurs,
23:49et puis ces petites enquêtes qu'on mène,
23:51vous ont conduit à vous sentir mieux ou peut-être un peu apaisée ?
23:57Vous le disiez, vous êtes content d'avoir fait ça finalement, Régis ?
24:00– Oui, il y a une sorte de…
24:02Oui, ça a été utile, alors que je ne crois pas du tout au livre utile,
24:08et pourtant, ça m'a été utile.
24:11– Votre père, c'était pareil.
24:13– Et surtout, la mort de ma mère,
24:17la naissance de ma petite-fille est arrivée quatre ans plus tard,
24:20malgré tout, elles sont liées,
24:23parce que dans ma petite-fille, je dis que ma mère est dedans,
24:25si vous voulez.
24:26Alors, je dis que, voilà, elle est là, c'est son arrière-grand-mère,
24:32elle fait partie de ses gènes, elle fait partie d'elle.
24:35Et est-ce que je pouvais lui donner une grand-mère
24:38que son grand-père n'aurait pas aimée ?
24:42Ce n'est pas possible.
24:43C'est très lié aux deux, c'est pour ça que ça se termine
24:45par quelque chose sur elle,
24:49que je cite le nom près.
24:51Je cite aujourd'hui Elisa.
24:54– Bien sûr, la petite-fille, évidemment.
24:58Et pour vous, Justine,
25:00c'est un des grands regrets de ma vie,
25:03que mes enfants n'aient pas connu ma mère,
25:04et puis savoir comment elle aurait été,
25:06est-ce qu'elle se serait rachetée,
25:07est-ce qu'elle aurait été une très bonne grand-mère
25:09à défaut d'avoir été…
25:10– Parce que parfois, ça saute cette génération.
25:12– Sûrement, elle aurait été fantasque,
25:15elle aurait été comme elle est,
25:17mais sans doute, je ne sais pas en fait,
25:19sans doute à Sagi, j'ai envie de me dire ça,
25:22et puis j'aurais aimé qu'ils la connaissent, oui.
25:24Ça, c'est vrai.
25:26Bon, j'aurais aimé qu'elle soit là.
25:28– C'est surtout ça.
25:28Et puis vous avez compris que vous aviez été sûrement désirée,
25:31et c'était déjà formidable et important.
25:33– C'est-à-dire qu'on voudrait reconstruire
25:34non seulement notre vie,
25:36mais celle des gens qui ont vécu,
25:38quand on écrit,
25:39parce que, comme on pourrait le dire,
25:41on a l'impression que ça pourrait se faire.
25:43– Moi, j'aurais voulu la sauver, je crois, surtout.
25:45Et je pense que j'aurais pu la sauver,
25:48et que je ne l'ai pas fait,
25:49ça, c'est une des grandes culpabilités de ma vie,
25:51un des grands regrets de ma vie,
25:52de ne pas l'avoir sauvée.
25:53– Moi, après avoir lu le livre,
25:55c'est pas…
25:56ne me regarde pas,
25:58mais à la lecture du livre, je ne pense pas.
26:00Je pense que vous avez fait tout ce qu'il fallait
26:02et tout ce que vous pouvez faire.
26:03– Bien sûr.
26:04– C'est mon avis.
26:05– Merci beaucoup déjà tous les deux
26:07d'être venus nous voir.
26:09C'était vraiment passionnant
26:11et tout à fait touchant, surtout, et sincère.
26:13Quelques coups de cœur.
26:14Alors, puisque nous parlions des mères,
26:16eh bien, voilà, le portrait de celle qui est très connue,
26:19enfin, pas tellement pour sa tendresse,
26:21Folcoche, l'héroïne de Vipère au point d'Hervé Bazin.
26:24Et c'est Émilie Lannet qui a enquêté
26:25sur les relations réelles
26:26qui unissaient l'écrivain à sa mère.
26:29Et puis, alors, on fait un petit pas de côté,
26:31mais avec le petit éloge de nos sœurs,
26:33de Nathalie Azoulay,
26:34que nous avions reçu, d'ailleurs,
26:36il y a peu de temps,
26:38aux éditions Folio.
26:40Et puis, pour ma part,
26:41juste, je signale,
26:42mais ça ne me paraît même pas un coup de cœur.
26:44C'est un peu une évidence.
26:45Le livre de Robert Badinter,
26:46ce sont les derniers entretiens qu'il a accordés.
26:48C'est très simple.
26:49Ça s'appelle « Vivre »
26:50parce que toutes les épreuves qu'il a subies,
26:52que sa famille a subies,
26:53son père déporté,
26:55sa grand-mère morte pendant la guerre,
26:57cette souffrance fait qu'il faut quand même
26:59continuer à vivre.
27:01Et il le dit avec beaucoup de pudeur,
27:03enfin, comme il a toujours aussi
27:05mené ses combats
27:07et expliquer, exprimer ses idées.
27:09Merci beaucoup.
27:10Justine Lévy,
27:11ça s'appelle « Drôle de peine »
27:12chez Stock.
27:12Et Régis Geoffray,
27:14ça s'appelle « Maman ».
27:16Voilà.
27:17Vous êtes ici sur « Récamier ».
27:18Et on croise les doigts pour vous,
27:21Régis Geoffray.
27:22Vous en fichez des prix ?
27:23Pas du tout.
27:24Pas du tout.
27:24Comme dit la chanson,
27:26« Everybody wants a box of chocolates ».
27:29D'accord.
27:29Je l'ai très mal prononcé.
27:30C'est une chanson de Régis Marc-Hen.
27:32On adore.
27:34Alors voilà, c'est la fin de cette émission.
27:36Merci beaucoup de l'avoir suivie.
27:37On se retrouve très vite
27:37au bonheur des livres.
27:39À vite.
27:39Sous-titrage Société Radio-Canada
27:42Sous-titrage Société Radio-Canada
27:45Sous-titrage Société Radio-Canada
27:48Sous-titrage Société Radio-Canada
27:50Sous-titrage Société Radio-Canada
27:53Sous-titrage Société Radio-Canada
Écris le tout premier commentaire
Ajoute ton commentaire

Recommandations