00:00RTL Matin
00:02Il est 7h39, L'Angléco, François Langlais, ce matin en ce jour de mobilisation d'une partie des agriculteurs.
00:08Vous nous dites qu'en effet, il serait temps de se réveiller pour sauver notre secteur agricole,
00:12d'autant qu'un clignotant vient de passer au rouge et pour la première fois.
00:16C'est vrai, pour la première fois depuis des décennies, la France pourrait être en déficit dans son commerce agricole cette année en 2025.
00:24On a les chiffres des 7 premiers mois, et ça vient des données de la Grèce et des douanes qui ont été révélées hier par le journal L'Opinion.
00:31Excédent sur ces 7 premiers mois, quasiment inexistant, 0,3 milliard en chute de 90% par rapport aux années précédentes.
00:41Bon, si la tendance continue, on est dans le rouge sur le solde annuel, c'est sûr.
00:45Il y a encore 30 ans, la France dégageait le deuxième excédent agricole mondial derrière les Etats-Unis,
00:52sans même compter les vins et spiritueux, qui sont largement positifs de leur côté.
00:56Mais François, est-ce que vous nous décrivez là, c'est un véritable effondrement ? Comment on l'explique ?
01:01Trois mauvaises faits.
01:03Un, les tarifs douaniers et les tensions géopolitiques.
01:06Deux, le niveau de l'euro, qui s'est quand même apprécié de 15%.
01:09Trois, une forte perte de compétitivité dans la plupart des secteurs agricoles.
01:15Mais comment les tensions géopolitiques dont vous parliez peuvent jouer sur nos ventes ? Comment ça se passe ?
01:20Regardez le marché algérien, par exemple, très important pour notre blé.
01:23Fermé intégralement, à cause de la brouille entre l'Algérie et la France.
01:26Concurrence à prix cassé provenant de la Russie, qui cherche à financer sa guerre et à contourner les sanctions.
01:32Tout ça a fait s'effondrer nos ventes de céréales.
01:35Et puis surtout, la montée du protectionnisme.
01:37La Chine, qui était l'un de nos gros clients pour les laitages, a par exemple déclenché des enquêtes anti-dumping.
01:42Pour les fromages encore, les Etats-Unis taxent maintenant à 15% sur des produits grand public, donc très sensibles au prix.
01:49Les taxes, ça joue aussi sur les ventes de cognac sinistrés.
01:54Après, il est vrai, il y a une forte embellie qui a suivi le Covid.
01:58Mais l'Amérique, aujourd'hui, taxe à 15% l'alcool français.
02:01Et la Chine, après avoir taxé lourdement, impose maintenant des hausses de prix.
02:06Inutile de dire que dans les Charentes, la région productrice du cognac, c'est le marasme total.
02:11En comprendant que toutes ces causes s'additionnent.
02:13Alors, je suis bien moins expert que vous, mais j'ai quand même l'impression que le plus inquiétant, c'est la perte de compétitivité, c'est ça ?
02:17Non, c'est vrai, bien sûr. Et c'est visible, par exemple, encore sur les laitages.
02:22Cheptel et collecte de lait diminue, on en est réduit à importer, vous n'allez pas le croire.
02:26Du beurre !
02:27Du beurre !
02:27On importe du beurre !
02:28On a la calice et on importe du beurre !
02:30500 millions d'euros de déficit sur le seul premier semestre 2025 !
02:34Honnêtement, c'est consternant.
02:36Bon, le coût de l'énergie est plus élevé qu'ailleurs, les difficultés croissantes à trouver de la main d'oeuvre, tout ça, ça pénalise toute notre agriculture.
02:44Sans compter l'incroyable empilage de règles et de contraintes, en particulier environnementales, qui enchérit les coûts.
02:50Ça dit, j'imagine qu'il y en a quelques-unes qui sont nécessaires de ces règles quand même.
02:53C'est vrai, mais le paradoxe, c'est qu'on les impose à nos producteurs, bien souvent d'ailleurs parce qu'on les surtranspose,
02:59elles viennent d'Europe mais on les surtranspose chez nous, ça fait monter les prix de notre production.
03:04Du coup, les Français se fournissent ailleurs, avec du poulet bas de gamme venu d'Ukraine par exemple,
03:09ou des fruits et légumes venus massivement du Maroc et d'Europe du Sud.
03:13Merci beaucoup François.
03:14Merci beaucoup.
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