00:00Bonsoir maître Jean-Michel Darrois, vous êtes l'un des avocats de Nicolas Sarkozy, vous êtes sonné ce soir ?
00:07Oui, oui parce que vraiment cette décision de culpabilité, on va y revenir, est tout à fait infondée
00:17et la sévérité, la lourdeur de la sanction ne peut qu'étonner,
00:24surtout que le parquet national financier qui n'avait pas de bonnes intentions vis-à-vis de Nicolas Sarkozy
00:30n'avait pas réclamé l'exécution immédiate et l'émission d'un mandat de dépôt
00:37et donc le tribunal a ordonné cette exécution provisoire et ce mandat de dépôt différé
00:46sans que nous ayons eu, nous avocats, l'occasion de plaider sur cette question.
00:55Donc vous n'avez jamais anticipé le fait qu'il aille en prison ?
00:59Comment ça se passe dans une audience pénale ?
01:02Après les interrogatoires, les témoignages, le parquet prend la parole et il réclame des sanctions.
01:08Il n'a pas réclamé l'exécution immédiate et le mandat de dépôt contre Nicolas Sarkozy.
01:13Donc il n'y avait aucune raison que nous plaidions sur cette question.
01:19Et si nous avions pu plaider, il est possible que la décision du tribunal eût été différente.
01:26C'est donc, me semble-t-il, une première violation des droits de la défense.
01:31Il y en a eu d'autres.
01:32Comment a réagi Nicolas Sarkozy quand il a entendu qu'il irait en prison ?
01:36Est-ce qu'il l'a tout de suite compris ?
01:37Ben non, c'est même le contraire.
01:40Alors, puisque, comme vous l'avez rappelé tout à l'heure madame, au début de l'audience,
01:45la magistrate, la présidente du tribunal, a annoncé qui serait condamné, qui serait relaxé.
01:52Il y a eu un certain nombre de relax, notamment celle d'Éric Wörth.
01:55Et puis, concernant Nicolas Sarkozy, elle a dit qu'il était relaxé partiellement,
02:04parce que vous entendez donc qu'il y avait un motif de condamnation,
02:07mais qu'il était relaxé pour le financement et pour la corruption.
02:13Condamné pour association de malfaiteurs, en revanche.
02:15Alors, en fin de compte, il va être condamné pour association de malfaiteurs.
02:20C'est une accusation qui a surgi après neuf ans d'instruction.
02:28Elle a surgi après neuf ans d'instruction, à mon sens,
02:31parce que ces neuf ans n'avaient rien démontré.
02:35Ils sont donc allés chercher une inculpation sur un délit d'association de malfaiteurs
02:44qui est qualifié de voiture balai dans les milieux judiciaires.
02:48C'est une espèce, c'est fourre-tout.
02:50C'est n'importe quoi.
02:51C'est-à-dire que ce qu'on semble reprocher,
02:55parce qu'il faut qu'on lise les 400 pages de la décision,
02:59mais il semble qu'on reproche à Nicolas Sarkozy
03:03des faits qui sont imputés à ses collaborateurs,
03:08lesquels ont été condamnés moins lourdement que lui.
03:11On lui reproche d'avoir laissé ses collaborateurs agir.
03:15Ses collaborateurs ont rencontré le numéro 2 du régime de Kadhafi,
03:22qui était un homme important.
03:24Ils l'ont rencontré en présence de Feux, Zidiaq, Taqedine.
03:28Sénoussi, le bras de red Kadhafi, ne parlait ni anglais ni français.
03:35Évidemment, Guéant et Hortefeux ne parlaient pas arabe.
03:39Donc, la discussion, et la présidente du tribunal elle-même l'avait soulevée,
03:45a été menée par Zidiaq Taqedine,
03:48dont on sait que c'est un menteur.
03:50Il était condamné pour ça.
03:51Enfin, c'était un menteur.
03:52Et donc, en fait, ni Hortefeux ni Guéant ne savent ce que a dit véritablement Sénoussi.
04:01Et puis, alors après, Guéant et Hortefeux ont nié,
04:06parce qu'ils avaient un peu honte d'avoir rencontré ce type-là,
04:09ils ont affirmé qu'ils n'avaient pas rencontré,
04:13qu'ils n'avaient pas informé, excusez-moi, Nicolas Sarkozy,
04:17et rien ne permet de dire que Sarkozy leur avait donné la moindre instruction
04:24d'aller discuter d'un financement de campagne électorale avec ce Sénoussi,
04:28alors qu'en plus, le financement n'a pas eu lieu.
04:30Donc, vous vous dites que Nicolas Sarkozy n'était au courant de rien ?
04:33Voilà. Je confirme.
04:35Vous confirmez, oui.
04:36Et je voudrais juste vous donner deux éléments strictement juridiques.
04:42Le tribunal judiciaire, celui qui vient de condamner Sarkozy,
04:49déclare dans une décision du 8 février 2024,
04:55« En l'absence de toute preuve, une juridiction pénale de jugement ne saurait,
05:00sans méconnaître le principe de la présomption d'innocence,
05:04déduire la culpabilité d'un prévenu d'une hypothèse fut-elle vraisemblable. »
05:11Or, la condamnation de Sarkozy repose exclusivement sur des hypothèses d'hypothèses.
05:18Et donc, le principe selon lequel tout inculpé est présumé innocent,
05:26et que dans le doute, l'innocence doit être déclarée,
05:30ces deux principes essentiels n'ont pas été appliqués à Nicolas Sarkozy.
05:35Alors, il y a aussi cette question d'exécution provisoire,
05:38c'est-à-dire, vous avez fait appel déjà, vous avez déposé cet appel ?
05:42On a fait appel.
05:42Voilà. Malgré tout, Nicolas Sarkozy, la condamnation est maintenue,
05:46et il va de toute façon aller en prison.
05:48J'espère que vous êtes choqué, parce que, envoyé en prison,
05:56alors qu'on fait appel, que la condamnation repose sur des hypothèses
06:01qui, en principe, ne doivent pas être tenues par des juridictions de jugement,
06:06on peut quand même penser qu'il y a une justice spéciale pour Nicolas Sarkozy.
06:11C'est-à-dire quoi ? C'est une décision politique ?
06:13Non, je ne dirais jamais que c'est une décision politique,
06:17au sens où on emploie ce terme.
06:20Mais c'est une décision politique,
06:24dans la mesure où les magistrats ont voulu,
06:30comment dire, pour ne pas choquer les juges,
06:35ont voulu démontrer qu'ils donnaient un coup de balai dans la politique.
06:41Ce n'est pas ce que nous a dit tout à l'heure la secrétaire nationale
06:45de l'Union syndicale des magistrats, Catherine Vendier,
06:47elle affirme que cette exécution provisoire n'est pas une rareté.
06:50Écoutez.
06:51C'est le propre de tous les justiciables,
06:53de mettre quelqu'un en prison entre deux procès.
06:56Il y a 86%, j'ai regardé les statistiques cet après-midi,
07:0086% des décisions qui condamnent quelqu'un
07:03à une peine de 5 ans d'emprisonnement ou plus en première instance,
07:06qui est exécutée immédiatement.
07:08Donc, M. Nicolas Sarkozy n'a pas bénéficié d'une décision plus sévère que les autres.
07:15Il a un traitement identique aux autres justiciables.
07:20Voilà, pas de traitement de défaveur.
07:22Que répondez-vous, M. Darrois ?
07:23Je réponds qu'il n'était pas obligé d'ordonner l'exécution provisoire,
07:29et que c'est quand même la première fois qu'un président de la République va être mis en prison
07:37pour un délit, une fois encore, dont le tribunal lui-même reconnaît qu'il n'a pas été commis.
07:45Car il était poursuivi pour financement de la campagne électorale.
07:50Il est démontré que c'est faux puisqu'il est relaxé de ce chef.
07:53Il était poursuivi pour corruption, il aurait été le corrompu,
08:01et là aussi, le tribunal déclare qu'il n'est pas coupable de ce fait.
08:08Mais il est coupable d'association de malfaiteurs, a dit le tribunal.
08:11Nicolas Sarkozy est convoqué le 13 octobre par le parquet national financier,
08:15et c'est à ce moment-là qu'il connaîtra la date de son incarcération.
08:19Généralement, c'est rapidement après ?
08:22Ça dépend, ça dépend, c'est assez rapide.
08:27Donc ça va être au mois d'octobre ?
08:29Peut-être plus tard.
08:30Il y a des tas de questions personnelles qui se posent,
08:34et qui permettent d'évaluer les modalités de la détention.
08:40Dans quelle prison, ça vous le savez déjà ?
08:41Ça, je ne sais pas.
08:43Et vous avez une demande spéciale par rapport à ça ?
08:46Écoutez, pour l'instant, on n'a pas réfléchi à ça,
08:49on a réfléchi à ce que disait le jugement.
08:52Merci beaucoup, Maître Jean-Michel Darrois.
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